LA STATION DE ROSEREDIL
facture aussi belle que ceux découverts dans d'autres stations contemporaines, ils ont du moins tiré le meilleur parti possible de Tunique matière dont ils pouvaient disposer.
Instruments trouvés.
Si le coup de poing représenté à la planche 14 eût été trouvé dans les ballastières de Chelles, il eût été considéré d'emblée comme contemporain de cette époque. Il est taillé à très gros éclats, sur les deux faces. De larges enlevages lui donnent une forme amygdaloide. La pointe est assez aiguë avec taille un peu moins grossière que celle des faces. Vus de profil, les côtés sont sinueux bien que tranchants ; la base est arrondie et conserve un peu de la croûte du nodule. L'empoignure est facile et les doigts se placent d'eux-mêmes aux endroits ménagés à cet effet. C'est bien là le type caractéristique du Ghelléen. Les sinuosités latérales ont été obtenues au moyen du percuteur, par des coups portés tantôt à droite, tantôt à gauche, de sorte que l'instrument présente sur ses faces des cupules produites par l'enlevage des conchoïdes de percussion. Les vives arêtes de la taille sont quelque peu émoussées. L'instrument est représenté grandeur naturelle : hauteur 137 millimètres, largeur 73, épaisseur à la crosse 39. Poids 302 grammes.
Boucher de Perthes n'eût pas désavoué la « Langue de chat* », objet de la planche 15. L'instrument est presque plat, de belle conception et de forme harmonieuse. De face, la pointe est arrondie, de profil elle est acérée ; la base est rectiligne avec cortex pour préhension. Les côtés sont droits et tranchants. Les faces sont taillées avec soin bien qu'à gros éclats. Des retouches ont été faites au pourtour. C'est assurément l'œuvre d'un préhistorique habile qui a su allier l'esthétique à la qualité de l'outil. La matière elle-même
1. C'est ainsi qae l'apôtre de la préhistoire désignait les outils achealéens. Plus tard, M. G. de Mortillet leur donna le nom de coups de poing.
fut soigneusement choisie : le silex est de bonne densité, sans impuretés, sans la plus petite géode. Cet instrament, représenté également de grandeur naturelle, est l'un des plus beaux récoltés jusqu'ici à Rosereuil. Hauteur 113 mil* limètres, largeur au milieu 71, épaisseur à la base 21. Poids 182 grammes.
Une autre forme intéressante est celle de l'instrument, face et profil (planche 16). Il est linguiforme, avec pointe acérée, très mince et côtés tranchants. Le renflement anormal du talon de préhension le différencie des précédents. Alors que Poutil ne mesure que 90 millimètres en hauteur, 60 en largeur, l'épaisseur est de 45 à la base, soit moitié de la hauteur. Le profil donne un véritable triangle à côtés incurvés. L'empoignure est facilitée par le cortex du nodule qui n'a pas été entièrement taillé. C'est encore là un beau type de coup de poing remplissant entièrement la main; Dans une dépression naturelle du nodule, le doigt majeur se place à l'aise. La taille faciale est bien faite et la conception admirable.
Les autres coups de poing trouvés à Rosereuil peuvent être classés entre ces trois principaux types. Ils se présentent un peu plus ou un peu moins allongés, plats ou épais, avec talons de préhension plus ou moins renflés, arrondis ou rectilignes, mais tous contemporains, de même facture et pour ainsi dire de même forme.
Le plus petit instrument récolté, admirablement taillé d'ailleurs, ne mesure que 64 millimètres en hauteur, 46 en largeur et 14 en épaisseur. Presque tous les instruments gros ou petits, même ceux qui n'affectent pas la forme du coup de poing, ont conservé sur leurs faces et une partie de leur pourtour, une plus ou moins grande quantité du cortex des nodules dans lesquels ils ont été taillés. De plus, la préhension est toujours indiquée par le renflement de la base. C'est là la caractéristique de l'industrie de cette inté«> ressante station. Cette taille avec empoignure est visible-