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TOME XVII

2 H. DE CHAIGNON.

un peu de partout offrir le produit de leurs chasses ou de leurs captures; ce qui augmente d'autant ces richesses. Avant d'aller plus loin, je tiens à lui témoigner ici, l'expression de ma reconnaissance, pour les bons rapports que nous avons eus ensemble, sans oublier de mentionner les nombreux échantillons dont il a bien voulu me gratifier.

D'une manière générale, on peut avancer que ce sont les Reptiles qu'on rencontre le plus journellement en Tunisie, et qu'une simple promenade permet quelquefois d'en capturer, sans être muni de tout l'attirail de pêche ou de chasse. Je commencerai par eux. Il est bien entendu que je ne parlerai que des Reptiles que j'ai rapportés; il en sera de même pour les Oiseaux, les Mammifères, etc. Il ne s'agit point d'un traité zoologique, pas même d'un exposé méthodique, mais d'un simple journal de voyage, si on peut l'appeler ainsi, où seront consignées les observations faites au fur et à mesure des trouvailles.

Reptiles.

 Bir-M'Cherga, localité où j'ai séjourné le plus longtemps, j'ai retrouvé la Tortue de terre, Testudo mauritanica (Dum. et Bibr.), toujours aussi abondante.  partir des premiers jours de printemps, pendant la saison des pluies, on n'en voit pas, ou seulement à de rares intervalles quand le soleil se fait sentir. Dès ce moment, elles commencent à se rechercher pour l'accouplement. Une de celles que nous avons mangées au commencement de mai avait, dans son intérieur, trois œufs bien formés. J*en ai conservé deux après les avoir vidés; ils sont de la grosseur d'un œuf de pigeon ; la coque très blanche est assez résistante et de forme absolument elliptique.

Bir-M'Cherga, qui pourra prendre de l'importance un jour, en est encore à ses débuts. Un puits, une poste-école, une cantine, une maison de forgeron, et c'est tout. Mais ce

qui en fait le grand intérêt pour le voyageur qui passe, c'est son voisinage à oôté des importantes ruines d'une cité antique : VOppidum Guiffense de la carte d'État-Major au i/50,000, feuille d'Oudena. Ces ruines couvraient plusieurs hectares. Malheureusement, tous ces débris imposants, fûts de colonnes, chapiteaux, grandes pierres d'appareils, etc., qui jonchaient le sol ou y étaient enfouis, tendent à disparaître ; ils ont été en partie déplacés, brisés et employés pour l'empierrement de la route de Tunis au pont du Fahs. Le reste a concouru à la création d'une nouvelle route partant de Bir M'Cherga et se dirigeant sur le djebel Âziz, où une compagnie italienne exploite en carrière un très beau marbre noir veiné de blanc, dont j'ai rapporté plusieurs spécimens.

Bir-M'Cherga est à 25 kilomètres à l'Ouest de Zagbouan et sur le même parallèle. La plaine qui sépare ces deux régions est traversée du Nord au Sud, par l'oued Miliane, où abonde la Tortue d'eau douce, Emys leprosa (Schw.). Je n'en parlerai pas autrement, l'ayant déjà signalée dans mes notes de 1901 ^ J'en ai rapporté quelques jeunes sujets.

Il existe en Tunisie une troisième espèce de Tortue, mais bien plus rare et très localisée; cette espèce est représentée dans quelques parties de l'Europe et en France, dans certains départements du centre et de l'ouest. C'est la Tortue bourbeuse, Cistudo Europasa (Guich.), Testudo lutaria (Rondelet).

De concert avec M. Blanc, nous fûmes la pêcher dans un petit oued, à cours d'eau interrompu, dans la plaine qui s'étend entre Krombalia et Soliman. Elle existerait également dans l'oued Sidi-Saâd qui coule à 3 kilomètres au sud de la Cebala, petite station sur la ligne du Mornag.

I. Vicomte H. de Chaignoo, Sur quelqueê oiseaux et reptiles de la Tunisie teptentrionale. (BaU. Soc. HisL nat. d'Aatun, XIV, 2 (1901), p. 145.)

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En Kroumirie, elle ne serait pas rare dans les délaissés des petits cours d'eau qui descendent au sud d'Âin-Draham, dans Toued EI-Kébir. Le temps m'a manqué pour aller à sa recherche, pendant le premier séjour que j'ai fait dans cette localité ; mais nous y sommes retournés au mois de mai 1904, et avec succès, comme on le verra plus loin.

J'ajouterai quelques mots à la description qu'en donne M. Doumergue, dans sa belle monographie sur la Faune erpétologique de VOranie^ travail auquel je me permettrai de faire de nombreux emprunts.

Sans vouloir établir de distinction entre les familles, uniquement pour savoir à première vue distinguer les trois espèces de Tortues précitées, si on place à côté les uns des autres trois sujets de même taille, on remarque de prime abord que, comme épaisseur, la Tortue bourbeuse tient le milieu entre la Tortue mauritanique eiVEmys leprosa; elle est moins haute que la première et bien moins aplatie que la seconde. Chez la Tortue bourbeuse, le plastron est réuni à la carapace par un cartilage qui rend mobile cette sorte de charnière ; chez les deux autres espèces, cette soudure est rigide. Toujours en prenant des sujets de même taille, la longueur de la charnière chez la Tortue bourbeuse est de 0™023, chez VEmys leprosa de 0°036; la longueur de la carapace étant chez les deux de 0"115. Chez VEmys leprosa^ la couleur de la carapace est uniformément d'un gris roussâtre, mélangé de verdâtre sans taches. Chez la Tortue bourbeuse, le fond de la coloration de la carapace est à peu près pareil, mais plus clair, tirant au jaunâtre et tout parsemé de taches noires allongées, plus ou moins interrompues et dirigées obliquement à l'axe de la carapace. Cette disposition des taches n'est pas absolument constante. Quelquefois elles sont entièrement détachées et ne sont plus que des points noirs plus ou moins marqués. Cette différence peut provenir du sexe ou de Tâge et non du milieu, car nous avons trouvé les deux variétés dans les mêmes

eaux. Quoi qu'il en soit et sans parler des autres caractères, la coloration ne permet pas de confondre les deux espèces. D'ailleurs, la Testudo mauriianica étant exclusivement terrestre, le doute ne pourrait porter que sur les deux autres qui sont aquatiques.

Mais où la Tortue bourbeuse semble différer beaucoup de VEmys leprosa^ c'est au sujet des mœurs et des habitudes. Je n'ai pu l'étudier en pleine nature, dans les oueds qu'elle affectionne ; mais je l'ai suivie à plusieurs reprises chez M. Blanc, où les Tortues bourbeuses que nous avions rapportées de Krombalia avaient été mises dans un grand baquet, en compagnie de nombreuses Emys leprosa. Pendant que ces dernières, la carapace toujours ternie, restaient au fond de l'eau presque sans mouvements, conservant toujours leur odeur repoussante et repliant leurs membres dès qu'on faisait mine de les toucher, les Tortues bourbeuses, bien improprement qualifiées de ce nom au moins pour la circonstance, étaient toujours en mouvement, tète et pattes dehors, ne dégageant aucune odeur, la carapace lisse et luisante, agitant tête et pattes quand on les prenaient dans la main, et ne rentrant sous la carapace aucun de ces appendices, semblant, pour ainsi dire, tout à fait familières.

M. Doumergue attribue l'odeur dégagée par VEmys leprosa à la vase dans laquelle elle séjourne et dont elle est imprégnée. Il me permettra de ne pas être de son avis; toutes celles que j'ai pu capturer dans les cours d'eau que j'^i visités, oued Miliane,oued Siliana, oued El-Âmor, etc., et dont les eaux pour la plupart ne sont pas stagnantes, répandaient la même odeur, surtout au bout de quelques instants. Il s'agit donc bien d'une émanation sut generis^ qui persiste également dans les eaux claires. C'est l'effet de sécrétions qui sont principalement évacuées quand on tient l'animal entre les doigts, et exhalent alors leur odeur caractéristique.

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S'il en était différemment, la Tortue bourbeuse, que je n'ai jamais vue que très propre, je le répète, devrait exhaler la même odeur quand on la retire des endroits vaseux où elle peut se couvrir de boue et s'en imprégner. Elle doit se trouver quelque part dans ces conditions et c'est sans doute cette particularité qui lui a valu son nom.

Dans l'immense plaine nue et dénuée de tout arbre qui s'étend entre Krombalia et Soliman, coule l'oued Oum- Melah, les Arabes disent Lou-Mila (petite eau), qui serpente au milieu des hautes herbes et des joncs. L'eau en est douce mais impotable quoique coulant toute l'année, car le sol est formé d'alluvions terreuses et plus ou moins marécageuses. Cet oued n'est à proprement parler qu'un gros ruisseau, sans profondeur de berges qui disparaissent d'ailleurs en partie sous la végétation ; il ne renferme aucun poisson, mais de nombreuses tortues : VEmys leprosa qui est toujours la plus commune, et surtout la Cistudo lutaria qui n'y est pas rare. Ce n'est donc plus dans un « baquet » que j'ai pu l'étudier, mais en pleine nature ; ce qui me permet de confirmer ce que je disais plus haut à propos de cette espèce, c'est qu'elle est exempte de toute mauvaise odeur, tandis qu'à côté VEmys leprosa est toujours une infection. Je crois pouvoir avancer également que cette espèce n'habite pas l'oued Miliane ; les trente-cinq ou quarante sujets que j'y ai capturés en plusieurs fois n'étaient toujours que des Emys leprosa.

L'Emys leprosa pullule dans l'oued Debbane ; elle est bien là dans son milieu ; par contre, nulle trace de la Cistudp lutaria; ces eaux, stagnantes une partie de Tannée et impotables en toute saison, ne doivent pas lui permettre d'y habiter. L'oued Bagra, que j'ai visité en 1904, renferme de nombreuses Tortues, mais uniquement de l'espèce la plus commune, Emys leprosa. En revanche, elle ne vit pas dans les eaux salées de l'oued El-Hammam.

Les Tortues abondent également dans l'oued Bezirk,

entre Soliman et Korbeus. Pensant qu'il s'agissait de ÏEmys leprosa, nous n'y attachions pas grande importance, quand, au bout de peu de temps, les Arabes qui nous accompagnaient, nous apportèrent une vingtaine de Cistudo lutaria de toutes les tailles, quelques-unes bien adultes jusqu'aux plus jeunes de la grosseur d'une pièce de vingt sous, d'autres, enfin» présentant toutes les grandeurs intermédiaires; mais pas un seul exemplaire de VEmys leprosa. Cette capture était des plus intéressantes ; elle implique de toute évidence que VEmys leprosa n'existe pas dans ce milieu où elle est remplacée par la Cistudo lutaria qui y est aussi commune que VEmys leprosa dans d'autres cours d'eau. Tout récemment, dans une nouvelle excursion à Toued El-Amor, cette espèce se voyait par paquets de douze ou quinze sur le bord des flaques d'eau stagnante ; les plus jeunes perchées sur le dos des adultes et accrochées à celles-ci, retombaient à l'eau en même temps.

On peut conclure de ce qui précède que la Cistudo lutaria ne vit que dans les eaux claires et coulant toute l'année ; ce qui ne veut pas dire que VEmys leprosa ne se trouve pas dans les mêmes conditions, au moins pour un temps; mais alors dans des eaux qui au moment des grandes sécheresses, Toued Miliane, l'oued El-Âmor, par exemple, peuvent passer à l'état de délaissés d'eaux stagnantes et croupies^ où jamais la Cistudo lutaria ne séjournerait.

Dans les autres oueds que j'ai visités récemment, l'oued R'zella, l'oued Guédouairia, oued El-Mahdi, etc., VEmys kprosa est très commune ; l'autre espèce ne s'y trouve pas. Mais là où abonde VEmys leprosa^ c'est surtout dans les R'dirs. On appelle ainsi des creux plus ou moins profonds, où séjourne l'eau de pluie, jusqu'au moment des sécheresses. On les trouve généralement au fond des vallons, où ils sont disposés en chapelet ou en ligne interrompue.

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 Soliman même, dans le village arabe, nous avons pris de nombreux exemplaires de VEmys leprosa dans de véritables eaux de purin !

Désireux, ainsi que M. Blanc, d'approfondir Thistoire de la Tortue bourbeuse, nous sommes retournés, sur la fin de mai 1904, en Kroumirie, et voici le résultat de nos observations :

En allant du Camp de la Santé à Aîn-Draham, et à 3 kilomètres de cette dernière localité, la route coupe perpendiculairement à son axe une vallée peu profonde mais bien ouverte, au milieu de laquelle coule toute Tannée un gros ruisseau ; cette vallée très fertile est un peu marécageuse. C'est de ce ruisseau que M. Blanc avait rapporté les premières Cistudo lutaria^ paraissant différer de celles de la plaine. Nous fûmes assez heureux pour en capturer une quinzaine d'exemplaires présentant toutes les tailles. Ce nombre était plus que suffisant pour nous permettre de nous former une opinion par leur comparaison avec ceux de la plaine. Soit de Toued Bezirk, de Toued Malah ou oued Belli près Krombalia, dont nous possédions un nombre de sujets au moins égal.

. Le caractère qui semblait le plus saillant pour différencier la Cist. lutaria d'AIn-Draham de celle de la plaine, reposait sur la présence tout autour de la carapace et sur le tiers environ de sa hauteur, de cannelures très accusées et suivant la ligne de suture des écailles, c'est-à-dire parallèles à celle-ci. La carapace est elle-même de couleur plus foncée et à dessins ou pointillés différents. Sur la tète, le cou, les mouchetures brunes sur fond jaune sont plus grandes; l'œil blanc et non jaune. A l'examen il n'a pas été difficile de constater que tous ces caractères ne sont pas absolus, mais superficiels et accidentels, vu que parmi les échantillons d'Aïn-Draham il y avait des yeux blancs et des yeux jaunes, des taches sur la tête et le cou, les unes grosses, les autres moindres. D'autre part, les

dessins sur la carapace sont sans uniformité et tout aussi variés. D'ailleurs la coloration générale de la carapace n*est qu'une question d*âge et de milieu. Chez les jeunes elle est toujours propre et unie; chez les adultes, elle Test quelquefois moins. Dans Toued Bezirk, par exemple, il y a même de très vieux sujets qui Font encroûtée d'une sorte de végétation verdâtre, qui ne résiste pas, du reste, à un lavage un peu énergique. Quant aux cannelures, c'est absolument affaire d'âge. Chez les sujets d'âge moyen, elles sont bien visibles ; chez les vieux, elles sont usées par le frottement et disparaissent. On peut d'autant mieux se rendre compte de la chose, qu'il existe des exemplaires intermédiaires chez lesquels l'usure n'est encore que partielle et montre plus ou moins le fond des cannelures.

II n'y a donc pas lieu de considérer la Cistudo lutaria d'Aîn-Draham comme une espèce différente de celle de la plaine, ni même comme une variété.

Il ne reste plus à présent qu'à vérifier si la Cisludo lu^a^ ria de France peut s'identifier avec celle du nord de la Tunisie. Pour cette étude M. Blanc attend de nouveaux matériaux que M. E. Olivier doit lui envoyer du Bourbonnais.

Si nous passons aux Sauriens, le plus commun à Bir-M'Cherga et dans les environs est assurément l'Ophiops d'Occident, Ophiops occidentalis (E. Olivier), qui se reconnaît à son absence de paupières. Dans l'alcool, l'œil blanchit comme celui des Couleuvres ; il a l'écaillure des Psammodromes, c'est-à-dire les écailles dorsales très imbriquées, carénées et terminées en pointe.

En Oranie, M. Doumergue l'avait considéré comme rare ; depuis, il en a retrouvé de nombreux exemplaires. Au djebel Maouine, près de Bir-M'Cherga, et sur les collines environnantes; c'est la seule espèce que j'y aie vue en 1903. Précédemment j'en avais rapporté un Psammodrome

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Aigire. Quoique de petite taille, TOphiops est très agile, et quand il court dans la brousse de Romarins qui est son habitat de prédilection, il est difficile à saisir. On le voit apparaître aux premiers rayons de soleil, après la saison des pluies, en février ; c'est à ce moment qu'il est le plus facile à capturer. En soulevant les pierres, le matin, on le trouve engourdi, ou s'il rentre dans son trou, on peut l'en retirer avec une pioche.

En dehors du territoire de Bir-M'Gherga qu'il fréquente peu, n'ayant pas d'endroits assez couverts ou assez pierreux pour se dissimuler, je citerai le gros Lézard ocellé^ Lacer ta ocellata (Daud.), qui n'est pas rare aux environs de Tunis non plus qu'en Kroumirie et dans bien d'autres localités. Pour l'obtenir facilement, il faut le chercher au printemps, autant que possible le matin, sous les déchets de tiges et de raquettes de Cactus. Il se laisse prendre sans peine, ou ne va pas loin. Pendant les fortes chaleurs, il échappe facilement, surtout dans les endroits pierreux et broussailleux. Il ne craint pas de choisir comme retraite les trous pratiqués le long de la paroi verticale d'anciens puits abandonnés, où l'on ne se douterait pas qu'il puisse accéder, si on ne le surprenait sur le fait.

En Kroumirie, en outre des adultes, j'en ai capturé un grand nombre de jeunes qui avaient la taille de notre Lézard des murailles. Pour ne parler que de la coloration, sans tenir compte du nombre et de la disposition des plaques ventrales et dorsales, tous les Lézards ocellés que j'ai pu voir de près étaient d'un vert bleuâtre uniforme sur tout le dessus du corps, avec des granulations plus ou moins concentriques, mais disposées sans régularité. Il n'y avait pas de grandes ocelles ; ce doit être la variété Pater de Lataste qui est la plus commune dans le nord de la Tunisie, et intermédiaire entre le Lézard ocellé de France et le Lacerla viridis. J'ai vu chez M. Blanc une autre variété venant du Sud ; celle-ci, sur un fond bleu clair uniforme,

a tout le dessus du corps et les flancs parsemés de grandes ocelles bien dessinées et disposées symétriquement.

Serait-ce là la variété Tangitana? Pourtant parmi les jeunes venant d*Ain-Draham, il y en a au moins deux dont la ligne des ocelles est très bien dessinée sur le dos qui présente un fond vert bleuâtre uniforme. Le sujet que j*ai rapporté est un </ adulte pris au Bardo, à la fin de décembre .

Le Lézard des murailles, Lacerta murali$(Dum. etBibr.), existe en Tunisie, mais il m'a semblé aussi rare qu'il est commun en France ; je ne Tai vu qu'en Kroumirie, dont le climat se rapproche davantage de celui de TEurope. J'en ai capturé un aux environs d' Ain-Draham, et un second bien adulte au-dessus des belles sources de BuUa-Regia, avec trois jeunes de l'année. Spécifiquement cette espèce ne diffère pas de la nôtre qui varie également, en France, du nord au sud. Ceux que j'ai rapportés, tout en n'ayant pas été trouvés sur le même point, étaient semblables.

D'après M. Doumergue, la variété verte du Lacerta muralis serait la plus commune en Berbérie. Cependant je ne l'ai pas trouvée.

Mes deux exemplaires ont le haut du dos marron clair et les flancs d'un marron plus foncé, les deux couleurs séparées par une ligne de points blancs qui se prolonge jusqu'à l'extrémité de la queue; le desous du corps, chez les jeunes surtout, est blanc bleuâtre. Cette espèce que je disais commune à Bir-M'Cherga, dans ma note de 1901, doit y être rare, si même elle y existe. Je l'avais confondue avec YOphiops occidentalis.

Le Psammodrome Algire, Psam. Àlgirus (Lat. ; Ë . Olivier), est aussi une des espèces qui se montrent les premières au printemps. Une des localités qu'il affectionne de préférence, ce sont les environs d'Hammam-Lif. Dans les petits vallons qui descendent du Bou-Koumine et sur la bordure des plantations de pins d'Alep, il vit en compagnie de

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VOphiops occidentalis, M. Blanc et moi prîmes les premiers sujets dans le courant du mois de mars. Les petits pâtres arabes qu'on rencontre un peu partout sont d'une grande ressource pour ces sortes de recherches.

L* Algire se reconnaît à sa queue très longue ; c'est certainement de tous les Sauriens, avec la même grosseur de corps, celui qui a la queue la plus longue; les écailles dorsales sont carénées et se prolongent en pointes subépineuses. Le dos est d'un brun roussâtre et limité de chaque côté par un trait assez large, généralement jaunâtre, qui s'étend jusqu'à la queue. Un autre trait jaunâtre sur les flancs est séparé du premier par une bande roussâtre. En outre des sujets capturés au Bou-KournineJ'en ai rapporté quelques autres des environs d'Aîn-Draham qui ne diffèrent pas des premiers.

Avec M. Blanc, j'ai cherché en vain le Psammodromus Blanci (Lat. ; E. Olivier), espèce qui lui a été dédiée, comme ayant été le premier à la faire connaître en Tunisie.

Elle se trouve dans les parages d'Hammam-Lif, plutôt dans les endroits bas que sur les hauteurs, dans les lagunes desséchées à végétation saline ; peut-être ne faisait-il pas encore assez chaud quand nous y fûmes. Ce Psammodrome est beaucoup plus petit que l'Algire ; il ressemblerait comme taille et un peu comme coloration à l'Ophiops ; mais l'absence de paupières chez ce dernier ne permet pas de confondre les deux espèces. Tout en ne le possédant pas encore, je ne veux pas le passer sous silence; la première capture qu'en fera M. Blanc sera pour le musée d'Autun. Cette espèce serait plus rare en Tunisie qu'en Oranie et en Algérie, où les auteurs la disent commune.

Les espèces du genre Acanthodactylus ont le corps plus trapu, moins eflilé que les Psammodromes, la queue moins longue; les écailles du dos sont plutôt petites, non carénées ou avec carènes peu visibles à l'œil nu.

Dans une course à Hammam-Lif, vers les premiers

jours de mai, toujours en compagnie de M. Blanc, nous avons trouvé VAcanthodactyltis Blanci (Doum.). C'est encore lui qui a fait connaître cette espèce ; c'est pourquoi elle lui a été dédiée par M. Doumergue. Elle n'est pas rare sur les sables bordant la mer; nous en avons capturé cinq sujets, dont quatre adultes et un jeune. Dans le jeune âge, la queue est bleue en dessous ; c'est un caractère assez constant chez toutes les espèces d'Acanthodactyles.

VAcanthodactylfÂS Boskianus (Lataste), le Lézard Bosqoien, variété asper (Aud. et Sov.), est une charmante espèce qui ne se trouve pas dans le nord de la Tunisie. M. Blanc Ta reçue des environs de Gafsa. A l'âge adulte, ce Lézard est bien reconnaissable par les sept lignes d'un fauve plus ou moins foncé qui parcourent le dos et alternent avec des bandes d'un gris argenté. La longueur totale peut atteindre de 0*170 à 0"190. Il habite les sables. Le musée d'Autun en possède trois exemplaires dont deux ont les raies un peu effacées, par suite de leur séjour prolongé dans Talcool.

M. Blanc m'a remis, provenant de Gafsa, deux Acanihodactyles Panthère, Acanthodactylus Pardalis (Licht.), dont Tun avec les carènes des écailles de chaque côté de la base de la queue relevées en un triangle assez saillant et faisant paraître la queue épineuse, pourrait bien être la variété spinicauda de M. Doumergue. Ils sont de même taille et mesurent O'^lOB environ. Les écailles dorsales sont petites, subarrondies et lisses. Les doigts sont légèrement dentelés. Le fond de la robe est gris jaunâtre ; une bande de cette couleur de 3 millimètres de largeur, le long de la colonne vertébrale, est bordée par une série de taches sombres, disposées en ligne avec une certaine symétrie ; gorge et ventre blancs ; gouttelettes claires sur le haut des membres. Cette espèce est commune à Gafsa; elle habite les terrains pierreux de préférence aux sables. On la trouve également sur les hauts plateaux (Doumergue).

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Il est encore une espèce de Lézard qui affectionne les environs d'Hammam-Lif, moins dans les parties sableuses du bord de la mer, que dans les grands délaissés de terrains marneux à végétation saline. C'est rEremias de Guichenot, Eremias GuichenoH (Doum.). Il n'y est cependant pas commun; ce n'est qu'après plusieurs courses infructueuses avec M. Blanc, que nous avons pu, vers le 8 mai, en capturer deux sujets adultes, mâle et femelle. Il est vrai d'ajouter que dans les courses précédentes, le temps n'avait pas été des plus favorables.

L'Eremias se rapproche des Acanthodactyles ; il est cependant plus petit de taille et le corps est plus effilé ; les doigts n'ont point de denticules latéraux; la couleur est variable. Les deux individus capturés à Hammam-Lif ont sur le dos une bande foncée assez large, et sur le côté deux autres bandes dont la plus extérieure est la plus étroite ; les trois bandes sont séparées par deux lignes blanches. Les lignes foncées sont formées par des taches noires ou ocellées, disposées en séries et entremêlées de points blancs. M. E. Olivier ne le distingue pas de VEremias guttulata (Lichst.), que M. Doumergue considère comme une seconde espèce, qui serait plus particulièrement confinée dans le Sud.

Parmi les Scincoïdiens il faut citer, en premier lieu, le plus commun de tous, le Gongyle ocellé, Gongylus ocellatus (Strauch.), et, avant tout, pour rectifier une grave erreur commise dans ma note de 1901. Tout ce que je disais du Scinque des boutiques se rapporte au Gongyle. J'en ai encore revu, en 1903, des jeunes, au Bardo, dans les fossés du palais beylical, et des adultes un peu partout. Après la saison des pluies, de même que le Lézard ocellé, il n'est pas rare d'en trouver sous les déchets de tiges de Cactus. M. Doumergue, d'après Boulanger, en indique quatre variétés qui se distinguent principalement

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par la coloration du dos et la disposition des ocelles. Généralement le fond des parties supérieures est gris ou fauve clair, orné de séries transversales de taches quadrangulaires figurant plus ou moins grossièrement un damier; une bande noire plus ou moins marquée, court le long des flancs; le ventre est toujours d'un blanc sale. Mes exemplaires ne paraissent pas présenter plusieurs variétés; ce serait celle appelée Teligugu {Gmel.) qui est la forme la plus répandue. Il semble que chez les sujets jeunes ou d'âge moyen, la coloration du dos, sans être absolument uniforme, soit cependant plus constante que chez les adultes. D'après H. E. Olivier, on pourrait encore multiplier ces variétés, car il est rare de rencontrer deux individus bien exactement semblables. Cependant un exemplaire jeune provenant de Gafsa diffère sensiblement des jeunes trouvés au Bardo. La coloration générale est beaucoup plus pâle et les taches dn dessus du corps à peine indiquées. Si ces variations se présentent chez les adultes comme chez les jeunes, et si elles sont constantes, il y aurait une différence bien établie entre les sujets provenant du Nord et ceux capturés dans le Sud.

J'ai reçu de Qafsa, un sujet bien adulte de rEomeoes d'Algérie, Eumeces Algeriensis (Peters.), pris au mois de mai. Le dos est dun gris brun avec des bandes orangées disposées transversalement et interrompues; les intervalles sont parsemés assez irrégulièrement de points blancs. Tout le dessous du corps est blanc; la queue très longue, effilée vers le bout; aussi la taille peut-elle atteindre 0"35 à0°'4O. M. Doumergue le signale comme habitant les ravins des collines incultes, dans les endroits où se trouvent de grosses pierres sous lesquelles il se cache; il est d'ailleurs fort rare.

Je tiens de M. Blanc trois exemplaires du Scinque des boutiques, Scineus officinalis (Laur.), deux adultes et un jeune, pris dans le courant d'avril, aux environs de Gafsa.

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Le fond de la robe est blanchâtre aveo des bandes transversales brunes, le plus souvent continues, mais d'autres fois interrompues vers le milieu. Entre ces bandes sont des points noirs bordant les écailles, mais très irrégulièrement distribués. Le dessous du corps et les flancs sont absolument blancs. Chez les adultes surtout, le museau est très aplati en forme de coin, bien fait pour fouir dans le sable, les pattes sont courtes et robustes. Ce Scincoîdien n'est pas rare dans les dunes et les parties sablonneuses du désert. Les Sahariens en sont très friands; ils le mangent après l'avoir pelé et fait griller. C'est celui qu'on appelle vulgairement le Poisson de sable.

Toujours en compagnie de M. Blanc, nous avons pris, en grand nombre, le Seps chalcide ou Seps à trois doigts, Seps tridactylus (Laur.), à Saint-Germain, dernière station du chemin de fer avant Hammam-Lif . C'était dans les derniers jours de mars, par un soleil déjà chaud. Il faut de préférence le chercher dans les parties de prairie où l'herbe est la plus haute et la plus fournie, parmi les graminées, les joncs. Dans la végétation saline, si elle n'est pas un peu dense, il est plus rare, ne pouvant se dissimuler que difficilement. Comme ce reptile est d'une agilité extrême, il faut se précipiter à deux mains pour le saisir, encore échappe-t-il facilement ou il ne vous laisse que sa queue !

Ce Scincoîde a le corps serpentiforme et se rapproche de notre Orvet fragile, sauf quatre petites pattes tout à fait rudimentaires, qui ne peuvent servir en aucune façon à la reptation. D'après M. Doumergue, les sexes différeraient. Chez les femelles il y a, sur le dos, une bande médiane assez claire, qui divise les bandes noires en deux séries symétriques. De chaque côté de la ligne médiane, deux traits noirs vont de la nuque à la queue; deux autres traits sur le haut des flancs; dessous du corps gris bleuâtre. Les mâles aevdiient généralement de couleur uniforme; tous les sujets que j'ai eus en mains étaient linéolés, mais à vrai

dire pas uniformément; peut-être ces derniers représentaient-ils des mâles?

A Bir-M'Cherga, vers cette même époque, j'ai également vu des Seps dans de grandes herbes qui limitaient les cultures d'avec la brousse. Mon plus grand sujet à 0°'25 de longueur. M. Doumergue cite la taille de O'^SIS, et il paraît qu'en Afrique elle n'atteint pas la taille de ceux d'Europe qui peut aller jusqu'à 0"'40 environ.

Dans ma note de 190i, j'avais dit quelques mots sur rHémidactyle ▼errucnleux (Hemidactylas turcicus Linn.). Au retour de ce premier voyage, je n'en avais guère rapporté que des jeunes. En 1903, en les recherchant pendant la saison des pluies, janvier, février, j'en ai trouvé de nombreux sujets bien adultes. Un exemplaire atteint O"*! 10 de longueur. M. Doumergue le dit assez rare; je crois qu'il ne faut pas le chercher dans les endroits trop secs, trop brûlés par le soleil. Autour de Bir-M'Cherga, au djebel Maouine, on peut le donner comme commun. Je Pai trouvé surtout en démolissant, au moyen d'une pioche, certaines parois tuffacées, faisant saillie au-dessus du sol, toutes fendillées et n'offrant aucune résistance. Elles sont sillonnées, même assez profondément, par de nombreuses galeries habitées par des rongeurs ; mais THémidactyle préfère les fissures, les fentes; il en est de même pour le Platydactyle. Inutile de revenir sur la description de ces deux reptiles dont j'ai déjà parlé dans ma note précédente.

Sans s'attacher aux autres caractères, on ne peut les confondre à l'inspection de la face inférieure des doigts dont les écailles sont divisées en deux séries symétriques, par un étroit sillon chez THémidactyle ; chez la Tarentola, les doigts offrent en dessous des lamelles transversales sans sillon médian.

M. Doumergue signale plusieurs variétés de Tarente que je n'ai pas eu l'occasion d'observer. Tous les sujets que j'ai pu capturer semblaient se rapporter au type Tarentola maurU

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