‹ Contributions à l'histoire naturelle de la TunisieChapitre 23 sur 367 · TOME XVII · texte numérisé non relu

TOME XVII

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tanica (Linn.), et ne paraissaient différer que par l'âge et la taille.

Je suis retourné, en 1903, aux ruines d'Oudena, mais un peu trop tôt et par un temps relativement froid ; aussi n'ai-je rien aperçu à découvert, non plus que dans les différents souterrains ou citernes, où Tannée précédente j'avais rencontré de nombreuses Tarentes de très grande taille. La coloration de cette espèce est assez variable, suivant le milieu. Celles qui séjournent dans les endroits sombres, privés de soleil, sont de couleur brune très foncée. Celles qui habitent les rochers bien exposés, sont presque blanches, d'un blanc sale, ou gris clair. Mais d'une manière générale, la coloration est toujours moins sombre chez les jeunes sujets que chez les adultes ; elle n'est donc pas d'un grand secours pour la caractéristique des variétés.

Bien qu'il ne fasse pas partie de la faune tunisienne, je ne veux pas passer sous silence le Psammodrome hispanique, Psammodromus hispanicus (Fitz.), espèce rare en France et qui m'a été envoyée de Marseille par M. Blanc. Son habitat principal est l'Espagne. Ce sujet provient des carrières de sable de Mazargues, où nous l'avions cherché en vain en 1901. Ce petit Saurien est localisé dans ces grandes sabUères et n'a pas été rencontré ailleurs, au moins dans les environs de Marseille. Sa taille ne dépasse guère 11 centimètres. Il est d'une agilité extrême et très difficile à capturer. Il se reconnaît aux bandes qui parcourent le dessus du corps et les flancs et qui peuvent se partager de la manière suivante : six bandes blanches ou blanchâtres encadrent une ligne de gros points qui court sur le milieu du dos; les quatre autres bandes, deux de chaque côté, sont plus claires que les deux médianes ; l'intermédiaire est bordée en dedans par une seconde ligne de points irréguliers ; enfin la ligne des flancs, plus blanche encore que la seconde, coupe en travers une ligne de gros points noirs qu'elle sépare en deux. Le dessous du corps

est bleuâtre sans taches, les écailles sont petites, imbriquées, faiblement carénées ; leur disposition rappelle celle des Psammodromes tunisiens.

Si nous passons aux Ophidiens, la première famille est celle des Boïdéas qui est représentée dans le nord de la Tunisie par le genre Eryx ; cette famille renferme les plus grands serpents connus. L'Eryx Javelot, Eryx Jaculus (Lion.), n'en est qu'un diminutif très réduit et bien inoffensif. J'ai été assez heureux pour rencontrer, à deux reprises, cette espèce fort rare et surtout bien localisée. Une première fois, dans les sables non loin de la mer, aux environs d'Hammam-Lif, où elle avait été prise par un jeune Arabe, qui n'avait rien trouvé de mieux que de lui écraser la tête; ce sujet pouvait être d'âge moyen. Une autre, le 27 avril 1903, à Bir-M'Cherga même, en soulevant une pierre, au milieu d'un petit édifice en ruines, comme on en rencontre un peu partout ; la pierre recouvrait un trou qui servait de refuge au reptile et avait dû abriter quelque rongeur. Ce second sujet est bien adulte et mesure 0"^45. D'après M. Doumergue, il peut atteindre 0°*60. Le corps de ce serpent est à peu près cylindrique ; la tête n'est pas distincte du corps, le dessus est recouvert par de petites plaques polygonales. Les écailles dorsales sont petites, imbriquées et disposées très régulièrement. Sur la queue elles sont plus courbées ou plissées, ce qui la rend presque rugueuse ; la queue est très courte, épaisse et raide. Le fond de la coloration est jaune rougeâtre avec des taches plus foncées et de couleur uniforme, mais dont la disposition est difficile à décrire ; le dessous est blanc rougeâtre avec des pointillés noirs sur les flancs. Ce reptile se nourrit de petits mammifères et de sauriens qu'il étoufife en s'enroulant autour d'eux, à la façon des grands représentants de son ordre, Pythons et Boas. On se rend bien compte de cette force de résistance et de pression musculaires quand on

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saisit ranimai à moitié enfoui dans son trou. Pendant un séjour prolongé en Algérie, M. E. Olivier n'a jamais rencontré cette espèce. *

Parmi les Colubridées aglyphes, c'est-à-dire à dents toutes lisses, M. Doumergue signale deux espèces : la Coro^ nella Amaliae (Bôttger) et la Coronella girundica (Strauch.). D'après cet auteur la Coronella girundica des auteurs algé« riens et la Coronella Amalim seraient très ^voisines, peutêtre même au point de ne représenter que les variations d'une même espèce, la Coronella gii^ndica d'Europe.

MM. Doumergue et E. Olivier considèrent ces espèces ou variétés comme très rares ; aussi dois-je rapporter les sept ou huit sujets que j'ai rencontrés dans les mois de mars, avril et mai 1903, à la Coi^onella cucullata (Dum. et Bibr.) ou Macroptodon cucullatus (Geoffroy), la Couleuvre à capuchon, dont aucune cependant ne possède le capuchon ; ce dernier est réduit à une bande de chaque côté du cou, et à une ligne oblique au dessous et en arrière de rœil; et encore ces caractères ne sont-ils pas constants chez tous mes sujets. Ils ont été capturés les uns au djebel Maouine, d'autres au Bou-Kournine et enfin dans les ruines de Sibi-Bou-Zit, à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Zaghouan, au confluent de l'oued Miliane et de l'oued Melah. C'est toujours en soulevant des pierres que je les ai trouvés ; l'entrée de leur galerie était généralement à côté, et comme il ne faisait pas encore très chaud, surtout le matin, il était assez facile de s'en emparer.

Ne possédant pas comme terme de comparaison la Coronella girundica d'Europe, je ne dirai rien des caractères assez difficiles à saisir pour distinguer les deux espèces, ces caractères reposant principalement sur la disposition des plaques de la tête ; sous ce rapport mes sept ou huit

1. E. Olivier, les Serpents du nord de l'Afrique^ extrait duAfaritiel pratique de l'Agriculteur algérien, par MM. Rivière et Lecq, 1899.

sujets ne me semblent pas différer. Il en est autrement pour la coloration, surtout chez le sujet capturé à Sidi-Bou-Zit et qui est le plus grand, O'^Sl. Le dos est d'une couleur grise uniforme, presque sans taches; le dessous est blanc jaunâtre, la ligne des carrés noirs sous le ventre à peine indiquée ; les côtés du corps n'ont pas la teinte vermillon ; sur le dos il n'y a guère qu'une ligne médiane de taches interrompues et très effacées. Les taches de la tête sont apparentes, mais bien plus pâles que dans les sujets plus petits. Les bandes obliques de chaque côté du cou, celles de l'œil sont à peine indiquées. Les autres exemplaires, sans être absolument uniformes, se rapprocheraient du type.

Je tiens de M. Blanc un exemplaire de la Couleuvre à capuchon, mais alors avec le capuchon bien marqué. Ce sujet lui avait été envoyé de Kebili ; l'exemplaire n'est peut-être pas complètement adulte; mais ces derniers n'atteignent jamais une grande taille et ne dépassent guère 0^30 à 0°*40. Chez l'animal vieux le capuchon tend à disparaître, mais le dessus de la tête reste toujours plus sombre que le corps. C'est toujours la Coronella cucullata (Dum. et Bibr.) de M. E. Olivier, mais la coloration générale est bien différente de celle présentée par mes sujets du nord de la Tunisie. D'après M. Doumergue la Couleuvre à capuchon offrirait plusieurs variations. Celle que je possède a O^'SS de longueur ; le dessus du corps est d'un gris perle; le capuchon n'occupe que l'arrière de la tête et borde les pariétales, sous forme de bande courbe de O'^OOô de largeur, qui redescend sur les côtés du cou et s'arrête à hauteur des arrière-labiales. Sur la ligne médiane du corps des taches circulaires brunes bien indiquées et distancées de 6 à 7 millimètres se succèdent jusqu'à l'extrémité de la queue. Sur les flancs, deu^t autres lignes de points plus petits sont disposés alternativement, ce qui amène les points de la ligne inférieure à se trouver à hauteur de ceux de la ligne médiane. Le dessous du corps

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ne présente aucune tache ; Tavant de la tête est brun olivâtre, mais peu foncé. M. Doumergue la dit commune à Oran; elle se tient sous les pierres.

Le même auteur en signale deux variétés du désert de rOuest. La description que je viens d'énoncer ne concorde pas avec celle qu'il en donne ; mon exemplaire cependant a été rapporté du Sud. Cette différence proviendrait-elle de l'âge?

Quoi qu'il en soit, il me semble bien difficile d'identiGer les deux variations et de n'en faire qu'une même espèce, surtout quand il s'agit de jeunes sujets; il faut ajouter cependant que la coloration n'est pas le caractère essentiel et unique. A l'exemple de M. Doumergue qui n'osait se prononcer entre une Coronella Amalix et un Macroptodon cucullaPaSj pour une Couleuvre non adulte, je laisserai à plus autorisé que moi le soin de trancher la question.

Je n'ignore pas que, pour la plupart des auteurs, toutes ces variétés font partie de l'espèce Macroptodon cucullatus (Geoffroy), synonyme de Coronella cucullaUi (Dum. et Bibr.).

Dans les premiers jours de mai, M. Blanc m'a remis, en bel exemplaire, une femelle bien adulte de la Couleuvre appelée Fer à cheval, Zamenis hippocrepis (Linn.). Elle avait été prise par un Arabe dans les environs de Tunis où elle n'est pas rare. Elle mesure l'°24. C'est de tous les serpents de la Tunisie, le plus beau comme coloration. Le dos est dans son ensemble d'un marron foncé ou rouge caroubier, divisé par des lignes ou sinuosités jaunes qui forment alors des taches irrégulièrement losangiques, encadrées par des losanges jaunes. Les flancs sont marqués de taches noires maculées de jaune. La tète porte de larges bandes disposées en fer à cheval; le ventre est d'un blanc jaunâtre un peu rosé. Cette espèce peut atteindre une très grande taille. D'après M. Doumergue, des personnes dignes de foi ui auraient affirmé avoir mesuré des Couleuvres de 2™50

à i'^SO; elle atteindrait par ce fait une taille supérieure & celle du Cxlopeliis monspessulanus (Rozet).

Le Fer à cheval ne craint pas de se rapprocher des habitations; il se nourrit de souris, de rats, de campagnols; il n'hésite pas à monter sur les arbres et les toits pour y chasser les oiseaux.

Je n'ai rapporté cette année qu'une seule (JonleuTre vipérine, une jeune, prise par mon guide kabyle, dans la source supérieure de BuUa-Regia, autre cité romaine célèbre par ses thermes alimentés par de belles et abondantes eaux qui sourdent au pied même du djebel R'bia, dont le flanc Est porte BuUa-Régia. Ces ruines sont i 7 kilomètres de Souk-el-Ârbâ.

Dans l'oued Miliane, où je suis allé à plusieurs reprises cependant, au printemps de 1903, je n'ai pas revu la Vipérine aux endroits où, l'année précédente, j'en avais capturé et surtout aperçu un certain nombre. Cette espèce est la même en Tunisie qu'en Europe : (Jonleuvre vipérine, Trùpidonotus viperinus (Latr.). C'est un serpent aquatique, mais pas exclusivement cependant, de même que notre Couleuvre à collier qu'on trouve indistinctement dans Teau ou loin de l'eau. M. Doumergue admet que les jeunes, surtout pendant la belle saison, préfèrent le séjour dans Teau, tandis que les adultes se tiendraient de préférence sur terre. Le peu que j'ai pu en observer confirmerait bien cette manière de voir. Dans l'eau, elle ne nage que lentement, et dans les sources ou sur les sables peu couverts, elle se laisse prendre facilement. Il n'y a que dans les profonds où forcément on ne peut l'atteindre.

Le 5 mai 1904, par un temps lourd et orageux, de nombreuses Couleuvres vipérines, de toutes tailles, grouillaient dans l'oued Miliane. J'en ai capturé deux sujets adultes, dont l'un mesure O'^GO et l'autre 0°'48. Au bout de quelques instants, chacune d'elles a dégorgé le repas du jour, c'està-dire des Barbeaux avalés entiers et proportionnés à la

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taille du reptile. Comme ce poisson abonde dans Toued, on peut croire qu'il fait le fond de leur nourriture, si ce n'est pas exclusivement à toute autre.

D'après M. E. Olivier, la (Jonleuvre à collier, TropidonotiÀS natrix (Linn.), si commune en France, est rare en Algérie. Elle existerait, entre autres localités, à la Ghiffa. Je n'ai pas appris qu'elle ait été capturée en Tunisie. De son côté M. Doumergue fait remarquer qu'elle n'a pas été signalée dans la province d'Oran, ni sur ses limites.

Grâce encore à l'obligeance de M. Blanc, j'ai pu enrichir notre musée du Psammaphis Schokari (Forsk.), Psammophis sibilans (Doumergue), ou Psammophis punciatiis (Dum. et Bibr.), provenant de Kébili; c'est le Zeurig des Arabes. Ce serpent est remarquable par son corps très long et très grêle, ne dépassant pas un centimètre de diamètre chez les plus gros. La tête est longue et étroite ; la taille peut atteindre l'^SO; il est d'une agilité extrême. D'après M. Doumergue, sa coloration est variable, mais à motif le plus souvent formé de bandes étroites bicolores ou multicolores qui parcourent tout le dessus du corps. Ces bandes manquent parfois; elles sont alors remplacées par des lignes de points disposées sur un fond uni. Dessous blanc jaunâtre, uniforme ou maculé de noir.

Chez le plus grand de mes sujets qui est adulte et dont la taille dépasse le mètre, le dessus du corps est gris jaunâtre, uniforme, sans bandes apparentes, la tête un peu plus foncée. Les flancs sont blancs et pointillés de noir. Le dessous du corps est jaunâtre ; cette teinte dessine une bande mal limitée, toute pointillée de noir également, mais les points sont plus rapprochés, plus irrégulièrement distribués que sur les flancs, où ils courent en une ligne noire discontinue, chaque point occupant le milieu des gastrogènes. Un trait noir partant de la narine se prolonge, en passant par l'œil, jusqu'à l'extrémité des pariétales. L'autre sujet plus jeune a une coloration plus variée. Le dessus du corps

est parcouru par sept lignes à peu près parallèles diversement teintées, et se prolongeant au moins jusqu'à hauteur de l'anus, où elles finissent par s'atténuer et se confondre. Sur le milieu du dos, un trait blanc part de la tête et se continue sans s'élargir; il est encadré par deux autres traits ou bandes de couleur grise bordée de noir à l'extérieur. Ces bandes s'élargissent avec le corps et se rapprochent de mêm« en arrivant vers la queue. Â ces bandes succède un irait blanc de chaque côté, semblable à celui du milieu, peut-être un peu plus large et d'un blanc plus vif ; puis tout à fait en dehors et sur le haut des flancs, une dernière bande grise plus claire que les intermédiaires. Cette bande est la prolongation du trait brun qui, partant de la narine, traverse l'œil et se continue jusqu'à l'extrémité. Le dessous du corps est entièrement blanc, sans taches, sauf quelques pointillés à hauteur et sur les côtés du cou.

Ce serpent n'est pas rare dans le désert ; il est difficile à capturer à cause de son extrême rapidité à fuir ; il se réfugie dans des trous creusés dans le sable, sous les toufifes de plantes désertiques.

M. E. Olivier l'a rencontré en nombre, entre Biskra et Laghouat. En 1896, j'en ai rapporté un exemplaire trouvé mort le long de l'oued, en aval de la source chaude d'Hammam-Salahin, près de Biskra.

La (Jonleuvre de Montpellier, Cxlopeltis lacertina (Wagl.), est très commune dans le nord de la Tunisie ; j'en ai rapporté un jeune sujet provenant des sables d'Hammam* Lif. C'est la plus répandue autour de Bir^M'Gherga. Elle se reconnaît, au premier abord, par sa tête profondément excavée longitudinalement. La coloration est assez variable suivant l'âge. Chez mon sujet, une grande tache noire assez longue existe sur la tête; dos à fond gris brun, parcouru par quatre lignes de points noirs allongés. Sur la ligne médiane, de grandes taches brunes quadrangulaires sont séparées transversalement par des lignes blanches. Le

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dessous du corps est d'un blanc jaunâtre, sans taches; la gorge présente quelques macules dans le sens longitudinal. Taille 0"47.

D'après M. Doumergue le Cœlopeltis monspessulanus^ de même que le Zamenis hippocrepis^ peut dépasser 2 mètres.

Contrairement aux autres couleuvres, dont la morsure est inoffensive, celle de la Couleuvre de Montpellier peut être dangereuse. La piqûre n'est pas occasionnée, comme chez les Vipères, par des crochets mobiles placés en avant, mais par les dents postérieures de la mâchoire supérieure qui sont plus longues que les antérieures et sillonnées en avant. Ces dents étant situées tout à fait au fond de la bouche, le venin ne peut être injecté qu'à un corps qui pénètre dans la gorge. Les chances d'être atteint par elles sont donc plus rares.

Dans son Catalogue raisonné des Reptiles et Batraciens de la Tunisie^ M. Valéry Mayet place le Cœlopeltis lacertina dans la famille des OpisthoglypheSj avec le Macroptodon cucullatus et le Psammophis sibilans; c'est dire que ces trois Couleuvres seraient venimeuses.

Dans Tordre des Serpents venimeux, il faut citer en premier lieu le Naja-Naja Haje (Linn.), Bouftera des Arabes. J'en possède un exemplaire qui serait âgé de deux ans, provenant des environs de Kairouan. Contrairement aux autres vipériens, il n'y a pas de crochets mobiles ; toutes les dents sont fixes. Les dents antérieures de la mâchoire supérieure cannelées, très venimeuses, sont bien plus grandes que celles qui les suivent ; la tête est garnie de plaques comme chez les Couleuvres. Brun plus ou moins foncé en dessus, avec quelques écailles de couleur plus foncée; dessous du corps d'un blanc très sale, et entièrement brun sur la région pectorale, sur une longueur d'au moins un décimètre. Chaque gastrogène est bordée de brun ; aussi le dessous du corps présente-t-il une apparence annelée. Avec sa tête garnie de plaques, le jeune Naja peut souvent être pris pour une

Couleuvre. Gomme je le mentionnais dans une note précédente, ce serpent n'est pas rare dans les environs de Kairouan, et à plus forte raison plus au Sud. D'après M. Doumergue^ il habitait de préférence les lieux bas et humides. Il peut atteindre 2 mètres de lon^i^i^ur.

N'ayant pu l'obtenir ni la trouver moi-même, je ne citerai qae pour mémoire la Vipère lébitine, Vipera lebitina (Linn.) en arabe Lefia. Sans être très commune, elle existe aux environs de Tunis et plus au Sud, à hauteur de Zaghouan. D'après la description qui m'en a été donnée, elle aurait été prise à Bir-M'Cherga, dans une petite baraque en planches habitée par un colon, où elle se serait introduite pendant la nuit. Il est regrettable que ce sujet n'ait pas été conservé. Dans le nord de la Tunisie, il n'y a vraiment que ce reptile qui soit à redouter.

La Vipère ammodyte, Vipera ammodytes (Latr.), que M. E. Olivier signale comme se rencontrant aux environs d'Alger et de Bône, n'a pas été envoyée à M. Blanc par ses chasseurs, non plus que trouvée par lui dans le nord de la Tunisie ; c'est dire que, si elle y existe, elle doit y être des plos rares.

Le R. P. Maillet-Guy a bien voulu se dessaisir en faveur du musée d'Âutun de trois exemplaires de la Vipère à cornes. Cérastes comutus (Linn.). Ces sujets sont fort intéressants, non pas tant par eux-mêmes, que comme indication de provenance. La Vipère à cornes n'est donc pas confinée uniquement dans les sables désertiques ; elle peut remonter beaucoup plus haut vers le Nord. Tous les ans on en apporte au Père, quelques sujets que ses élèves trouvent principalement au pied des ceps, en travaillant la vigne. Elle doit fréquenter également la brousse, mais on n'a pas de raison d'aller l'y chercher. La majeure partie des terrains est sablonneuse, conséquence de la désagrégation des grès, qui sont les roches dominantes sur une grande étendue.

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Batraciens*

Parmi les Batraciens, le plus commun dans les oueds, sources, flaques d'eau ou dans leur voisinage, est la Grenouille verte, Rana esculenta (Linn.). Il est inutile d'en décrire les caractères génériques qui sont les mêmes que chez la Grenouille verte de France. Quelques détails seulement sur les variations locales.

Pallas en a fait une variété, sous le nom de Ridibunda que les auteurs ont adopté. D'après M. Doumergue, la variété barbaresque différerait du type par le tubercule du métatarsien interne qui serait plus petit, mais cependant saillant et ressemblant à un orteil atrophié.

Suivant le milieu, la coloration varie ; celles qui habitent les eaux claires et courantes, l'oued Miliane, l'oued Siliana, Foued El-Amor, etc., ont des couleurs claires, et pour celles-là, la coloration verte générale me semble plus blanchâtre que chez notre Grenouille de France. Celles qui séjournent dans les endroits couverts, ou dans la boue à l'abri de la lumière, sont plus foncées. Il en est du reste de même en France.

Une belle femelle provenant de l'oued Miliane a le dos verdâtre assez uniforme. Chez le mâle, le dos tirerait sur le grisâtre. Chez les deux sexes, le corps et une partie des flancs sont marqués de quatre rangées de grandes taches brunes arrondies, mais non disposées parallèlement, ou ne l'étant que vaguement. Les flancs sont marqués de taches plus petites semées irrégulièrement. Les pattes postérieures sont barrées de larges taches brunes ; celles de devant présentent trois taches irrégulières et diminuant d'importance en se rapprochant des doigts. Le ventre est d'un blanc pur. L'arrière des cuisses est blanc également, mais moucheté de points noirs chagrinés ; cette particularité suffirait pour

distinguer, au moins chez les adultes, la grenouille verte du Discoglosse.

Chez certaines variétés trouvées dans les flaques d'eau, autour du puits de la sebkra Boucha, le dos, brun verdâtre très foncé, est coupé sur la ligne médiane, par un large sillon d'un beau vert doré qui va jusqu'au bout du museau. Le dos est ainsi divisé en trois bandes, deux sombres et une claire, les latérales étant trois fois plus larges que la médiane ; sur les bandes sombres quelques petites taches irrégulières. Le tympan est très visible ; la lèvre supérieure est bordée en clair comme le dos ; le ventre est d'un blanc pur. J'ai retrouvé cette variété en Kroumirie et surtout dans les hautes herbes arrosées par les sources de BuUa- Regia; elle affecftionnerait de préférence les eaux stagnantes ou couvertes.

Dans ma précédente note, j'avais mentionné par erreur la Crapaud de Mauritanie ; il s'agissait du Crapaud vert, Bufo viridis (Laur.). Je n*en parlerai que pour rappeler que j'en ai retrouvé, cette année, de nombreux et très beaux exemplaires bien adultes. Le mâle est toujours plus petit et de couleur un peu plus foncée que la femelle. Mon plus gros sujet qui est une femelle mesure 12 centimètres. Pendant l'hiver, ce crapaud séjourne dans la terre et sort peu ; en découvrant les galeries abandonnées par les Gerboises, ou en faisant tomber les blocs fendillés des tufs calcaires ou creusés par les rongeurs, on est assuré d'en trouver. Vers la fin de février, il n'est pas rare dans les flaques d'eau, autour de Bir-M'Cherga ; à ce moment les sexes commencent à se rechercher pour l'accouplement.

J'ai rapporté cette année deux exemplaires à peu près adultes du Crapaud de Mauritanie ou Crapaud panthère, Bufo mauritanien (Schlegel), et quelques jeunes ; mais ils ne proviennent pas des environs de Tunis, non plus que de Bir-M'Cherga, où il doit être rare. Ces exemplaires viennent de Kroumirie, dans les environs d'Aîn-Draham.

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Dans ces localités, ce crapaud habiterait de préférence les endroits humides, sous les grosses pierres au bord des oueds.

Comme chez le Crapaud vert, la coloration est moins vive chez le mâle que chez la femelle ; cette dernière a le fond d'un roux olivâtre, avec de grandes taches chocolat sur la tête. Sur le dos les taches sont nombreuses subarrondies ou allongées irrégulièrement; le ventre est d'un blanc jaunâtre sale. Le dessus du corps est très verruqueux, surtout sur le haut des flancs; les tubercules du ventre sont petits et lisses. Du bout du museau à l'anus, mon plus gros sujet mesure 9 centimètres. D'après M. Doumergue, il peut atteindre de 25 à 27 centimètres.

Ce Crapaud a, à peu près, les mêmes mœurs que le Crapaud vert ; il ne circule que la nuit pour chercher sa nourriture et dévore une grande quantité d'insectes. C'est un animal à protéger, mais je crois que la présence de l'eau ou de terrain très frais lui est encore plus indispensable qu'au Crapaud vert.

Dans la partie du ruisseau d'écoulement de la source chaude de la Laverie, où l'eau est encore tiède, de même que dans les bassins avoisinants, il faut signaler comme communie Crapaud de Mauritanie. Â cette époque de Tannée (18 mars), les sexes étaient, pour la plupart, accouplés. Il semble remplacer là le Crapaud vert dont je n'ai pas vu un exemplaire. Il en est de même dans Toued Sidi-Abdallah .

MM. Doumergue et E. Olivier signalent la présence du Crapaud vulgaire, Bufo vulgaris (Laur.), dans le nord de l'Algérie; ce serait le même que notre Crapaud vulgaire de France. Sans parler de la coloration, il se distingue de ses congénères par l'absence d'un repli cutané saillant sur le côté interne des tarses. M. Doumergue ne l'a pas trouvé en Oranie; M. E. Olivier le dit commun aux environs d'Alger et de Bône; M. Blanc ne le connaît pas dans la Tunisie.

Le Disco^osse peint, DUcoglo$suspictus (Otth.) n'est pas le moins intéressant des Batraciens de la Tunisie ; ce n*est pas qu'il soit absolument rare, mais encore faut-il le chercher dans les lieux où il habite : terrains frais, arrosés.

Dans une course avec M. Blanc, sur laquelle je m'étendrai plus loin à propos des Tritons, nous avons rapporté de beaux spécimens du Discoglosse peint, que nous ne pensions pas rencontrer dans ces conditions. Je Tai trouvé également à BuUa-Regia, dans les grandes herbes arrosées par les sources, et enfin à Ain-Draham, sous les pierres, dans les pâturages humides, à l'ombre des chênes-lièges.

M. Héron-Royer ^ admettrait deux espèces de Discoglosses : D. pichis et D. auritrAS. Je cite un de ses passages : « Le premier a le corps court et trapu, et ses membres postérieurs sont plus épais et plus courts que chez Vauritus. Ce dernier atteint une plus grande taille et ses formes sont plus élaneées; son aspect est celui de la Grenouille agile, mais sa coloration est beaucoup plus variée; elle présente un ensemble de nuances et de dessins le plus souvent symétriques et très agréables à la vue. »

MM. Doumergue et E. Olivier, à la suite de Boulenger, n'en font qu'une seule et unique espèce : le Z). picius (Otth.). Toutefois ces auteurs admettent de nombreuses variations et variétés; j'ai pu en constater quelques-unes. Le caractère principal du genre réside dans la présence de cinq doigts aux pattes de devant, le pouce étant réduit à un tubercule ; le deuxième doigt est presque aussi large que le pouce, épais et court. Un mâle pris au moment des amours a le pouce, le deuxième et le troisième doigt garnis du côté interne et en dessus, d'une large plaque lichéniforme d'un brun noir. Chez le même sujet capturé dans une flaque d'eau, à 12 kilomètres de Medjez-el-Bab, sur la route de Tunis, le dessus est d'un gris olivâtre uniforme ; le dos est orné de taches

I. H6roo-Royer, Bull. Soc. mL d'AeclinuU. de France, 1901, l** série.

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brunes ovalaires, atténuées, très distantes et régulièrement disposées; des tubercules sur le dos, ainsi que sur les reins et les cuisses ; le haut des flancs portant un fort pli de la peau. Le bout du museau, à partir de Fœil, est noirâtre; les membres sont coupés par de larges taches d'un brun noirâtre qui vont en se rétrécissant vers les extrémités; le haut des cuisses en arrière est blanc, sans taches, comme le dessous du corps. Sous la lèvre inférieure et la bordant, une tache noire très prononcée décrivant un cintre. La poitrine est mouchetée irrégulièrement de tout petits points noirs.

Des exemplaires trouvés à Ain-Draham et à Bulla-Reg^a diffèrent sensiblement des premiers. Ils se rapprocheraient de la variété ou espèce D. auriius^ de M. Héron-Roy er.

La taille n'est pas plus grande, mais les formes sont plus élancées, les membres plus grêles et plus longs ; et la coloration très différente. M. Doumergue signale cette variété dont la description s'applique de point en point à mes sujets : fond des parties supérieures d'un brun verdâtre, sans taches, divisé dans son milieu par une bande jaune doré, de trois à quatre millimètres de largeur, allant de l'anus au bout du museau et s'élargissant à angle ouvert en arrière, pour se prolonger au-dessus des yeux. Un trait courbe noir sépare cette partie du bord de la lèvre supérieure qui est un peu moins foncé que le dos. En dessus de chaque flanc, une seconde bande dorée part de l'arrière de l'œil et se prolonge jusqu'au pli des cuisses en s'atténuant; ces deux bandes latérales encadrent les deux bandes de fond vert brunâtre, qui sont trois fois plus larges que la bande médiane. Le dessous du corps est blanc jaunâtre, sans taches, ainsi que le dessous et l'arrière des cuisses. Cette variété doit être constante, car les deux localités, Ain-Draham et BuUa-Regia, sont assez éloignées l'une de l'autre et à une altitude bien différente. Dans quelques exemplaires d'Aîn-Draham, les bandes du dos sont rem-

placées par trois oa quatre lignes de gros points irrégulièrement ovalaires, disposés sur un fond uniforme gris verdâtre. Certains ont les taches noires traversées par un trait blanc. Chez les sujets jeunes la présence du pouce est moins sensible ; l'atrophie en est presque complète.

Pour en Bnir avec les Reptiles, je dirai quelques mots sur le dernier ordre, celui des Urodèles.

M. Boulenger et, à son exemple, MM. Doumergue et E.Olivier, ont réuni dans le genre Molge^ les espèces barbaresques désignées antérieurement sous le nom générique (le Tritons. M. Doumergue en cite trois espèces ; M. E. Olivier, deux seulement. Je me permettrai d'ajouter quelques observations aux descriptions que donne sur ce genre le premier de ces auteurs.

Dans le courant de 1902, on avait signalé à M. Blanc, la présence de Lézards d'eau^ dans de petites flaques d'eau, délaissées d'un ruisseau d'écoulement d'eau pluviale, qui traverse la route de Medjez-el-Bab à Tunis, à douze kilomètres de Medjez, et sur lequel un ponceau en pierres avait été construit. Nantis de ces renseignements et ne doutant pas que ces Lézards d'eau ne soient autre chose que des Tritons, nous partîmes le 11 mars, M. Blanc et moi, pour Hedjez. Une voiture nous eut bientôt amenés au douzième kilomètre où, après quelques hésitations, nous reconnaissons le ruisseau en question. Au moyen d'un filet en fort tulle, nous explorons une demi-douzaine de ces flaques et parvenons à capturer treize Tritons, avec plusieurs Discoglosses dont j'ai parlé plus haut. Les Tritons avaient déjà pondu et leurs œufs agglutinés dans la matière gélatineuse étaient appendus aux brindilles sur le bord de l'eau.

De retour à Tunis, il nous fut facile de les étudier à loisir, sur le vif, M. Blanc les ayant tous mis avec les œufs dans un petit bassin d'eau courante situé au Bardo. Le premier passé en revue et paraissant le plus gros était une femelle; longueur totale 0"169; longueur du corps 0"073,

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