PAR M. B. RENAULT
Les dernières recherches de M. Grand*Eury ont élargi le champ des investigations des paléobotanistes; ce ne sont plus des fragments de plantes que Ton peut espérer rencontrer à rétat fossile, c*est le sol même qui a porté, vu pousser ces plantes que Ton peut recueillir. Dans une série de Notes importantes insérées dans les Comptes rendus^ en 1893-1894, le savant paléontologiste a démontré que les sols mêmes de végétation ont été conservés à Tétat fossile, présentant ainsi des plantes enracinées in situ^ tantôt transformées en houille par Taction encore mystérieuse des bactériacées, tantôt minéralisées par des infiltrations d'eaux siliceuses ou calcaires.
Les travaux exécutés pour les recherches d'anthracite dans le Roannais ont rencontré des bancs siliceux très étendus contenant de nombreux débris de végétaux du Culm^. Les environs de Grand-Croix, Rive-de-Gier, etc., peuvent fournir également des sols fossiles de végétation, en partie fragmentés par les travaux dus à la culture et aux constructions. Brongniart les a comparés à une sorte de terreau minéralisé par la silice. Je ne doute pas que le chemin de fer n'ait traversé à Dracy-Saint-Loup, près Autun, un sol de végétation fossile, là où j'ai rencontré des Stig^ maria et Sigillaria Brardi^ quelques-uns des fragments étaient transformés en houille, les autres silicifiés. Les collections du Muséum possèdent un échantillon de Psaro^ nius espargeollensis trouvé par la Société géologique de
1. Un résumé de cette note a été présenté par M. Ed. Bornet, àrAcadémie des sciences, au cours de la séance du 16 mai 1904.
t. Lettre à H. Dumas, à la suite d'une mission dans le Roannais confiée par rinstitut à H. Renault, 1877, t. LXXX, p. 1467.
France, long de 4°"70. C'est ausai dans ce champ que j*ai rencontré des fructifications de Macrostachijay des tiges de Colpoxylon wduense, de Medullosa elegans et de nombreux fragments de Psaronius. C'est dans le champ de la Justice, voisin de celui des Espargeolles, que Mgr Landriot a découvert le Sigillaria elegans (Sigillaria Menardï), étudié et décrit magistralement par Brongniart. Je pense que ces deux champs représentent les restes argilo-siliceux d'un sol de végétation fossile occupé jadis par des Fougères et des Sigillaires. Les forêts de l'époque houillère étaient donc formées surtout de Cryptogames arborescentes. D'autre part, on peut reconnaître que les sols de végétation fossile minéralisés comme ceux d'Autun peuvent former des sortes d'ilôts où se sont concentrés certains genres de végétaux. Nous pouvons citer entre autres le champ des Borgis, situé près du domaine de Ménincourt, à Âutun, connu depuis longtemps comme la patrie des Calamités silicifiées arborescentes, décrites par Brongniart sous les noms de Calamo^ dendroUy d'Arthropitus^ etc. Ces Cryptogames munies d'un cambium^ ayant produit un bois secondaire, développé, homogène, comparé par de nombreux botanistes à celui des Gymnospermes. ^
Il existe plusieurs autres sols de végétation fossile, dans les environs d'Autun. Autour du petit étang de Margenne, j'ai rencontré de nombreux fragments de troncs de Calamodendron striatunij portant des verticilles de rameaux. Des recherches ultérieures pourraient y faire rencontrer des épis de fructifications.
Les sols de végétation fossile permettront, par une étude patiente et approfondie, de résoudre un certain nombre de problèmes de botanique.
C'est ainsi que le gisement des Borgis, par la présence simultanée des tiges de Colpoxylon œduense et de Medullosa