RAPPORT SOMMAIRE
Fait au nom de la 11* commission d'initiative parlementaire i chargée d'examiner le projet de résolution de M. Germain Perler et plusieurs de ses collègues, ayant pour objet d'autoriser une loterie en vue de la création d'un musée à Autun (Saône-et-Loire), par M. Léon Gauthier (Vosges), député.
Messieurs,
Dans la séance du 3 mars 1904, nos honorables collègues, MM. Germain Périer, Sarrien,Dubief, Petitjean, Chaussier, Bouveri, Simyan, Chevalier, Eugène Schneider, formant l'unanimité des représentants du département de Saôneet- Loire, ont déposé un projet de résolution tendant à autoriser la Société d'histoire naturelle d'Autun à obtenir, au moyen d'une loterie, les ressources nécessaires pour grouper dans un musée ses importantes collections.
Cette loterie porterait sur un capital de 300,000 francs, avec billets du prix de 1 franc. Le produit net serait consacré à l'achat du terrain, à la construction des bâtiments
1. Cette commission est composée de MM. Ernest Cauvin (Somme), président; Lebrun, secrétaire; Godet, Janet, Jumel, Catalogne, Rougier, Deschanel, Achille Adam, lieutenant-colonel du Halgouet, Léon Gauthier (Vosges), Audigier, Paul Bignon, Rigal, Perrin, Léglise, comte de Pomereu, Loque, Debussy, Failliot, Chambon, comte du Périer de Larsan.
du musée et à raménagement des collections. Le mode d'émission et le contrôle des comptes seraient réglés, sui* vant Tusage, par un arrêté du ministre de l'Intérieur.
Votre 11* Commission d'initiative parlementaire, saisie de ce projet, vous en propose l'adoption.
Il n'est peut-être pas, en province, de société scientifique qui, pour le nombre et la valeur de ses membres, pour l'importance de ses travaux, pour la richesse de ses collections, puisse être comparée à la Société d'histoire naturelle d'Âutun.
Cette société a été fondée le 1*' avril 1886 et reconnue d'utilité publique par décret du 15 mai 1895. Elle compte actuellement plus de 600 membres, parmi lesquels figurent, soit comme membres d'honneur, soit comme membres titulaires, de hautes personnalités : M. Bayet, directeur de l'enseignement supérieur et des Sociétés savantes au Ministère de l'Instruction publique; M. Liard, vice-recteur de l'Académie de Paris; MM. Edouard Bornet, Bouvier, Ernest Chantre, Chauveau, Albert Gaudry, Albert Giard, Ernest Hamy, Alfred Lacroix, Michel Lévy, Edmond Perrier, Zeiller, membres de l'Institut; MM. Marcellin BouUe, Léon Maquenne, Stanislas Meunier, Léon Vaillant, professeurs au Muséum ; bien d'autres savants encore, de hauts fonctionnaires, des sénateurs, des députés de la région, parmi lesquels je me bornerai à citer notre collègue M. Oermain Périer qui, en sa qualité de maire d'Autun, entoure la Société d'une sollicitude particulière.
Mais, Messieurs, quelle que soit la notoriété, l'illustration même des noms que je viens de citer, ils ne suffiraient pas à marquer le caractère vraiment original de la Société d'histoire naturelle d'Autun. C'est qu'en effet, outre qu'elle donne un grand exemple de décentralisation, cette Société est essentiellement populaire, démocratique ; elle recrute la masse de ses adhérents parmi les commerçants, les industriels, les instituteurs, les artisans, les ouvriers. Rien
-sodé plus suggestif, rien de plus touchant, pourrait-on dire, que la liste de ses membres, où toutes les professions, toutes les fonctions sociales, jusqu'aux plus humbles, comptent des représentants. A Autun, on estime que la science ne doit pas se confiner dans sa tour d'ivoire, qu'elle doit être toute à tous, qu'il n'est pas de castes scientifiques pas plus qu'il n'est de castes sociales, et qu'enfin, si la démocratie n'est pas un vain mot, il est tout aussi légitime, tout aussi nécessaire, de faire participer le peuple à la contemplation des merveilles de la science qu*à l'exercice du pouvoir politique.
Le président de la Société est M. Bernard Renault, assistant au Muséum, auteur de nombreux travaux d'histoire naturelle; le président d'honneur est M. Albert Oaudry, président de l'Académie des sciences, qui vient tout récemment de céder à son collaborateur et ancien assistant, M. Marcellin Boule, la chaire de paléontologie qu'il occupait au Muséum, avec tant d'éclat, depuis 1872.
M. Albert Gaudry peut être considéré comme le fondateur de la paléontologie historique ou philosophique. A l'origine de cette science nouvelle, on rencontre, il est vrai, le grand nom de Guvier; mais il appartenait à M. Gaudry de faire entrer dans cette science l'idée d'évolution. En cela, M. Gaudry a été le continuateur de Lamarck et de Geoffroy-Saint-Hilaire, l'émule de Lyell et de Darwin. Son célèbre ouvrage, dont le titre seul est un programme, les Enchaînements du monde animal^ a fait une profonde impression sur le monde savant et sur la jeunesse des écoles ; il est demeuré classique. Son Essai de paléontologie philosophique^ paru en 1896, est, par la hauteur des vues, par l'ampleur et la sérénité de la doctrine, l'une des belles œuvres de la philosophie scientifique de notre temps.
Vous jugerez avec votre commission. Messieurs, qu'une association ainsi composée, honorée par de tels patronages, mérite toute la bienveillance des pouvoirs publics.
La Société d'histoire naturelle d'Autun exerce une action régionale étendue. Ses réunions sont ouvertes à tous ; sa bibliothèque, riche d'environ 3,000 volumes, est mise à la disposition des sociétaires; ses excursions sont très suivies. L'ensemble dé ses publications comprend actuellement vingt magnifiques volumes d'une documentation des plus riches. Elle compte parmi les collaborateurs de ses bulletins, à côté des grands noms dont s'honore la science française, les noms modestes et, j'oserai dire, aussi méritants, de professeurs, d'instituteurs, de naturalistes locaux. Là encore, on retrouve l'heureuse collaboration qui réunit tous les membres de la Société en une haute et féconde école d'enseignement populaire mutuel.
Les collections de la Société sont des plus importantes et des plus précieuses, et malgré leur installation défectueuse, elles sont l'objet de nombreuses visites. On en trouvera une intéressante description dans l'exposé des motifs que les signataires du projet ont joint à l'appui de leur demande. Je ne referai pas cette description, mais je signalerai, en passant, la galerie zoologique qui comprend de nombreux mammifères, parmi lesquels des pièces rares ; une collection orniihologique qui a beaucoup de réputation et compte plus de 4,000 oiseaux d'Europe ; une collection ovologique^ des collections entomologiques et conchyliologiques d'une grande richesse.
La botanique, la géologie, la minéralogie, sont représentées par des spécimens de toute nature, par de nombreux échantillons bien étiquetés, provenant la plupart de la région. La paléontologie a une place d'honneur dans les vitrines de la Société, ce qui s'explique par la richesse du bassin d'Autun en fossiles animaux et végétaux, en bois silicifiés, en coquilles fossiles, etc.
<c Or, nous disent les promoteurs du projet, toutes ces richesses scientifiques, comme il en existe réellement dans peu de villes de France, même des plus importantes, sont
très insuffisamment installées dans les combles du collège municipal d'Âutun, obligeamment prêtés, mais à titre provisoire. Elles occupent la plus grande partie des mansardes au troisième étage. Les salles sont trop restreintes; une très complète collection de roches locales, intéressantes pour la géologie du plateau central de France, réunie par M. de Chai gnon, ne peut être exposée. Une collection considérable de champignons en terre cuite, peints ad naiuram^ est entassée dans des vitrines trop étroites, sans pouvoir être exposée pour Futilité publique. De nombreux paquets de plantes à classer attendent, en dehors des locaux du musée, la possibilité d'y prendre place. Enfin, faute d'espace la Société a été à plusieurs reprises dans la triste nécessité de refuser des collections du plus grand intérêt, qui risquent ainsi d'être perdues pour la science. »
« Le local est donc très incommode, gênant pour le collège et trop insuffisant pour l'importance des collections. Cependant, tel quel, le musée a déjà rendu bien des services ! Il en rendrait davantage s'il était pourvu d'une installation plus spacieuse et plus convenable que tout le monde réclame!... »
Telles sont. Messieurs, les doléances^des membres de la Société d'histoire naturelle d'Autun. Elles paraissent des plus justifiées, et Ion comprend sans peine le désir ardent qu'éprouve la Société de voir cesser un état de choses aussi regrettable. « Je fais des vœux pour qu'on vous fasse une installation digne de vous, » disait M. Albert Gaudry aux membres de la Société en 1901. Et M. Liard en 1902 : (c Puisque vous m'invitez^à revenir parmi vous, je souhaite vivement que mon prochain voyage à Autun ait pour but d'inaugurer le petit]muséum organisé par la Société d'histoire naturelle et digne des travaux qu'elle a entrepris. »
De tels vœux ne peuvent demeurer stériles. La Société projette de loger son musée dans un bâtiment neuf, indépendant, spacieusement et commodément aménagé.
composé d'un rez-de-chaussée et d'un étage, et offrant un développement superficiel de 1,000 mètres carrés.
On ne peut qu'approuver en principe un tel projet, mais le capital nécessaire à son exécution ne peut venir, ni de la Société elle-même, dont les faibles ressources ont été entièrement absorbées jusqu'ici par les frais d'installation, d'entretien et les dépenses du Bulletin, ni de la ville d'Autun dont le budget très restreint ne peut supporter une entreprise aussi considérable.
La ressource la plus sûre, la plus certaine et la plus pratique a paru être l'organisation d'une loterie au capital de 300,000 francs. Le succès, disent les promoteurs, en parait assuré.
Je termine, Messieurs, en citant les paroles que prononçait M. Albert Gaudry à la séance de l'Académie des sciences du 25 avril dernier, en présentant le compte rendu des travaux de la Société d'histoire naturelle d'Autun, en 1903.
« Voici seize années, disait M. Oaudry, que M. Bernard Renault, président de cette Société, me prie de présenter le Bulletin, et voici seize années que je témoigne de mon étonnement pour le succès toujours grandissant de la Société. J'ai parlé plusieurs fois de l'importance de ses publications, du nombre extraordinaire des membres dont elle est composée. Je dois ajouter que, grâce à l'amour de l'histoire naturelle qu'elle a répandu dans les campagnes comme à la ville, elle reçoit des dons continuels; elle possède des collections magnifiques de zoologie, de botanique, de géologie, de paléontologie. En ce moment, elle aspire à faire un musée pour les réunir. Si elle peut réaliser ses espérances, ce sera un des plus curieux musées départementaux de France. »
Votre Commission, Messieurs, s'associe au vœu exprimé par l'illustre savant et, désireuse d'en hâter la réalisation, elle a l'honneur de vous proposer d'adopter le projet de résolution suivant :