MOIS DB JUIN
POIDS DU H. C
SI unoi
•ATOBil
Hauteur d*eau tombée en juin : 53%. J. C.
Il est donné lecture des communications suivantes : Un Procédé de destruction des Mouches.
Effets produits par les solutions d'aldéhyde formique sur la Mu$cà domeslicay par Q. Parant, vétérinaira.
Pendant les années que nous avons passées au laboratoire de M. le professeur Petit, à TÉcole vétérinaire d'Alfort, nous avons observé, pour la première fois, l'action très toxique des solutions d'aldéhyde formique sur la Mouche commune (Mttsca domestica). Â ce laboratoire, les pièces anatomiques intéressantes, recueillies au cours des diverses autopsies pratiquées, étaient placées un certain temps, dans de larges cristallisoirs contenant une solution de formol. Comme certains tissus, moins lourds que l'eau, flottaient à la surface (poumon en particulier), on était obligé, afln d'éviter la putréfaction des parties surnageantes, de les recouvrir d'une lame de coton hydrophile imbibée de ce liquide fixateur. De nombreuses mouches venaient sucer ces lames de coton et, tous les jours, on trouvait autour de ces cristallisoirs, et voire même dans ces réoi-* pients, de nombreux cadavres de ces insectes.
C'est alors que nous est venue l'idée de tirer profit de cette constatation et de nous servir de l'aldéhyde formique comme moyen de destruction des mouches. Nous avons été également amené à rechercher : 1^ s'il s'agissait d'une asphyxie causée par les vapeurs dégagées par cette substance ; 2® s'il s'agissait d'une véritable intoxication occasionnée par la succion de corps imprégnés de solutions de formol ; 3"" le titre de la solution que l'on devait employer pratiquement dans les deux cas. C'est le résultat de ces recherches. Messieurs, que nous avons l'honneur de vous présenter.
- il9 —
A. — Deslruotlon des Mouches par asphyxie.
Si Ton enferme des mouchée dans une cage, et que Ton place cette cage sous une cloche reposant sur une assiette contenant une solution d'aldéhyde formique à 40 pour 100 (solution de formol du commerce), les mouches meurent en un temps variant de quatre à cinq minutes. La mort survient presque aussi rapidement si, au lieu d'une solution à 40 pour 100, on emploie une solution à 20 pour 100. Avec une solution à 10 pour 100, il faut déjà vingt minutes pour tuer ces diptères. Âvec^ne solution à 2,5 pour 100, il nous a fallu une heure et demie pour arriver à ce résultat. Quant aux solutions très faibles employées en médecine et en chirurgie comme solutions désinfectantes (1,2 pour 1000), au bout de six heures de séjour sous la cloche, les mouches vivaient encore et ne paraissaient nullement incommodées.
On est donc en droit de conclure, croyons-nous, que : les solutions d'aldéhyde formique à 40, 20, 10 ^ 5 ei 2,5 pour 100^ émettent des vapeurs qui^ absorbées par les voies respi^ ratoires^ sont toxiques pour la Mouche commune j et la toxicité est d'autant plus grande que ces solutions sont plus con* centrées.
Si nous examinons cette mouche que nous enfermons dans une cage sous une cloche reposant sur du formol, nous ne tardons pas à la voir perdre de sa vivacité. Au bout de quelques minutes elle ne se déplace plus avec la même agilité qu'au début de Texpérience ; elle ne peut avancer que très lentement et avec beaucoup de peine ; ses mouvements deviennent incohérents; elle ne peut plus se soutenir, tombe sur le côté, se relève aussitôt pour aller tomber un peu plus loin. Ses pattes se raidissent et bientôt elle s'arrête, reste immobile, jusqu'à ce qu'elle tombe une dernière fois pour s'agiter un peu et mourir.
Ce procédé de destruction des mouches par asphyxie pourra être employé dans la pratique. Pour cela, il suffira
de clore assez hermétiquement la pièce dans laquelle on veut opérer, et de suspendre dans cette pièce des morceaux de toile imbibés d'une solution de formol à 40 pour iOO. Un autre procédé consisterait à pulvériser des solutions fortes d'aldéhyde formique, à l'aide d'un des pulvérisateurs quelconques, que l'on emploie couramment pour la désinfection des habitations.
B. — Destraotlon des Mouches par Intoxloatlon.
Si nous exposons, dans une chambre où il y a des mouches, une assiette sur laquelle nous plaçons une feuille de papier buvard imbibée d'une solution d'aldéhyde formique à 10 pour 100, et que, nous semions quelques grains de sucre sur ce papier, nous voyons les mouches venir sucer avidement ces grains de sucre qui se sont eux*mêmes imprégnés de la solution. Or, nous constatons que ces mouches sont tuées très rapidement, les unes restant sur le papier même, les autres réussissant à voleter un peu, mais ne tardant pas à tomber à très peu de distance de l'assiette. Les solutions à 5 et 2,5 pour 100 sont aussi très toxiques. La solution à 1,25 pour 100 agit aussi, mais beaucoup trop lentement pour pouvoir être utilisée au point de vue pratique. Les mouches viennent peu sucer les grains de sucre imbibés de solutions concentrées à 40 ou 20 pour 100; elles sont sans doute chassées par l'odeur trop forte qui s'en dégage. -
Il nous semble dif&cile d'admettre que, dans ce cas, il s'agisse seulement d'une intoxication par les voies respiratoires comme dans la première série d'expériences ; car, si l'on opère en plein air, le résultat est encore le même. En outre, si l'on opère avec une solution à 10 pour 100, le temps qui s'écoule entre le moment où une mouche vient sucer les grains de sucre empoisonnés et le moment de sa mort, est inférieur à vingt minutes, temps nécessaire pour asphyxier cet insecte sous une cloche avec une solution
au même titre. Nous oroyoQs donc plutôt que les mouches, suçant le sucre imbibé de la solution d'aldéhyde formique s'empoisonnent et l'on pourrait en conclure que : l'aldéhyde formique en solution à 40, 20, 10, 5, 2,5 pour 100^ absorbé par les voies digestives est excessivement toxique pour les mouches^ et ces dernières sont tuées beaucoup plus vite qu'avec les vapeurs dégagées par ces solutions.
Au point de vue pratique de la destruction des mouches dans les appartements, les solutions à 40 et 20 pour 100 me paraissent devoir être rejetées ; non seulement parce que les mouches viennent peu sucer les grains de sucre imbibés de ces solutions ; mais ces dernières émettent des vapeurs très irritantes pour les yeux de l'homme. Il faudra donc employer les solutions comprises entre 2,5 et 10 pour 100. Les solutions à 5 et surtout à 8 pour 100 nous ont paru être les meilleures.
Après avoir ingéré une certaine quantité de formol, si la mouche ne meurt pas subitement, elle s'envole péniblement de l'assiette sur laquelle elle se trouvait pour tomber à environ 50 centimètres de son point de départ. Tombée à terre, elle n'a plus la force de se déplacer : les deux pre-* mières paires de pattes présentent de la raideur, tandis que la troisième paire, paralysée, est allongée, écartée du corps, complètement immobile. Entre temps l'insecte essaie de voleter, mais les ailes n'ont pas la force voulue pour l'enlever. Il semble donc y avoir aussi une parésie des ailes. Puis la mouche tombe sur le côté ou sur le dos, tourbillonne un peu sur elle-même, reploie ses pattes sous son thorax et meurt.
Ces divers symptômes sembleraient indiquer que les solutions d'aldéhyde formique agiraient sur le système nerveux, et principalement sur les trois ganglions nerveux thoraciques qui, on le sait, innervent les appendices et la région du thorax.
Nous croyons donc que ce sont là des procédés très rapides
et très économiques pour U destruction des mouches, en raison du prix peu élevé du formol et de son emploi facile et inoffensif. Ces procédés nous paraissent en outre très pratiques et supérieurs à tous les papiers dits tue-mouches que nous avons pu voir ; seulement, les solutions d'aldéhyde formique employées soit pour Tintoxication, soit pour Tasphyxie, s'évaporent assez vite; aussi, au point de vue pratique, conviendra-t-il de renouveler au moins une fois par jour les papiers buvards ou les linges imbibés de ces solutions. Pour cela, il suffira de les humecter avec un peu d'une solution préparée à l'avance que Ton conservera dans une bouteille.
Combattre les mouches dans les pièces habitées est chose facile avec les moyens que nous préconisons, mais si Ton veut s'en débarrasser comme les Américains ont fait des moustiques à Cuba, il faut les atteindre dans les milieux mêmes où elles se reproduisent : les cabinets d'aisances et tous les endroits où se trouvent des matières en décomposition leur offrent des refuges protecteurs favorisant leur éclosion et leur développement. C'est donc dans les cabinets, sur les tas de fumiers et, en un mot, partout où se trouvent des matières organiques en voie de putréfaction, qu'il faudra verser des eaux chargées de formol. Les mouches venant fatalement à ces endroits s'asphyxieront ou s'intoxi* queront.
Cette destruction des mouches peut paraître futile au premier abord. Cependant la Mouche commune n'est pas seulement cet insecte désagréable qui vient nous importuner l'été par les temps chauds, mais dans certains cas elle peut être un agent redoutable de propagation de maladies contagieuses. Sa trompe molle, évidemment, ne lui permet pas d'inoculer directement les microbes, mais elle peut les apporter sur ses pattes et aller les déposer dans les plaies.
En outre, il n'est pas toujours besoin d'une plaie pour
transmettre une maladie, et dans les maladies dites « à virus volatil » comme la peste bovine, la péripneumonie, la fièvre aphteuse et tant d'autres, les mouches venant sucer les cadavres emportent le virus sur leurs pattes et vont ainsi répandre au loin ces épizooties si redoutables pour Tagriculture. D'ailleurs, voici ce que dit M. le professeur Raillet dans son Traité de Zoologie médicale et agricole : « En se repaissant de matières fécales, elles (les mouches) sont exposées à y recueillir une foule de microbes pathogènes ou d'œufs de parasites qu'elles vont ensuite déposer sur les aliments de l'homme ou des animaux, soit par simple contact, soit avec leurs excréments. Les recherches de Grassi, en effet, ont établi que les œufs de Trichocéphales, de Ténias, d'Oxyures traversent le tube intestinal de la Mouche commune sans être aucunement altérés par les sucs digestifs, et Savshenko et Simmonds ont fait la même observation pour le bacille du Choléra. » ^
Ceci vous montre bien que l'homme lui-même n'est pas à l'abri de Faction funeste de ces diptères ; et que beaucoup de parasites qu'il héberge dans son tube digestif lui sont souvent apportés par les mouches.
Nous n'avons étudié l'action des solutions de formaldéhyde que sur la Mvtsca domestica, mais il serait intéressant de savoir si d'autres insectes nuisibles pourraient être également détruits par ce procédé.
Nous avons pensé, Messieurs, qu'il serait intéressant de
1. à Les Mouches domestiques sont formellemeQt accusées de transporter la fièvre typhoïde. Elles se chargent de matières septiques auprès des sujets atteints de dothiénentérle et vont ensuite déposer les microbes qu'elles ont ainsi recueillis sur les matières alimentaires, sur le pain, la vaisselle, les verres et, par Tune ou Tautre de ces voies, les bacilles peuvent pénétrer dans le tube digestif. Il est donc extrêmement utile, au point de vue de l'hygiène, de détruire le plus possible de mouches dans les appartements, et surtout de détruire celles qui pullulent et font leurs œufs dans les étables et écuries mal tenues, de détruire ces œufs et enfin, d'autre part, de stériliser immédiatement tous les produits septiques provenant des malades, afin d'empêcher les mouches d'y venir s'y infecter. • {Médecine moderne^ numéro 40, 5 octobre 1904.)
vous faire part de notre humble travail, parce que nous n'avons pu trouver nulle part de documents sur la question, et qu'il en résulte un procédé pratique à bien des points de vue, et facilement réalisable pour nous débarrasser de ces désagréables bestioles que sont les Mouches communes.
La communication de M. Parant donne lieu à quelques observations. Tout d'abord, M. le président prie l'auteur de vouloir bien expérimenter l'efficacité de son procédé dans une des salles de nos collections littéralement envahie par les mouches, malgré les hécatombes qu'on en fait chaque année et les procédés employés pour se débarrasser de ces malpropres insectes.
Puis M. le D*^ Gillot demande si la solution recommandée par M. Parant ne produirait pas un effet meilleur, en l'employant sous forme de pulvérisations faites directement sur ces insectes.
Enfin M. Camusat ajoute qu'il a essayé les pulvérisations d'une solution de formaldéhyde dans son domicile, sur la recommandation de M. le D^ Bichet, et que l'emploi de cette solution n'a pas donné de résultat bien satisfaisant.
M. Parant répond que le titre de la solution employée était sans doute trop faible. M. Camusat se propose de renouveler l'expérience avec une solution plus forte.
Nécrologie : M. de Rocquigny-Adanson.
Un grand savant a disparu ! Guillaume-Charles de Rocquigny- Adanson, descendant d'une ancienne famille de Normandie, vient de mourir aux Sables-d'Olonne, le 17 août 1904 ; il n'était âgé que de cinquante-deux ans.
Sa dépouille mortelle repose à côté de celle de sa femme,
dans le cimetière de Moulins, à l'ombre d'un superbe mausolée qu'il avait fait édifier.
Ancien officier de cavalerie, il avait quitté la carrière militaire lors de son mariage avec la fîUe de M. Doumet- Âdanson, propriétaire du parc et du musée de Baleine, œuvre de plusieurs générations des Âdanson.
C'est dans ces milieux scientifiques que se développèrent rapidement ses goûts pour les sciences naturelles ; il s'y trouvait déjà porté par les études approfondies qu'il avait faites des sciences exactes; il en donnait continuellement les preuves par ses propositions mathématiques et par la définition de théorèmes les plus ardus.
Mais la mort impitoyable sépara bien vite cette union ; dès ce moment, M. de Rocquigny s'abandonna tout entier à l'éducation de ses trois jeunes enfants, dont il s'occupa avec la sollicitude d'une mère.
Sans négliger ses études, il vécut entre les sciences et ses enfants, auxquels il sut en inculquer les goûts.
Les lois de l'atavisme sont largement développées dans la race des Adanson, le passé et le présent l'ont prouve surabondamment.
Le grand mais modeste savant dont nous avons raison de déplorer la perte, faisait partie de toutes les œuvres de bienfaisance de notre ville ; partout où il y avait du bien à faire, notre confrère était là, sa bourse s'ouvrait très largement pour le soulagement des misères ; il aimait les pauvres, il ne sut que beaucoup donner sans ne jamais rien refuser.
D'une trempe aussi rude que son nom auquel les pièces de son blason font une si vive allusion ^, M. de Rocquigny- Adanson était resté fidèlement attaché aux principes politiques et religieux dont il avait hérité de sa famille; profondément convaincu, il était l'homme de bien dans toute l'acception du mot.