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Prix Petit-d'Ormoy, de dix mille fk^ncs

« Voilà un grand savant qui a reçu bien peu de récompenses î » Lui, ne s'en est guère soucié, sauf tout à fait au déclin de sa vie. Simple et bon, il a beaucoup pensé aux autres ; il n'a jamais pensé à lui I II a passé sa vie, les yeux fixés sur son microscope^ préoccupé uniquement de trouver quelque chose de nouveau pour l'histoire des vieux âges.

Bernard Renault a puissamment contribué à révéler la genèse du monde végétal. Les merveilleux fossiles des environs d'Âutun lui ont fourni d'incomparables matériaux d'étude. II a réalisé ce tour de force d'évoquer devant nos esprits charmés les forêts qui couvraient notre France, il y a des millions d'années; il a découvert la structure intime des feuilles, des tiges avec leurs vaisseaux ponctués, leurs trachées déroulées, des graines aux enveloppes multiples, et il nous a permis d'assister à leur reproduction, en nous montrant le tube pollinique qui s'introduit dans l'ovule. Il a appris aux microbiologistes que leur examen pouvait s'étendre jusqu'au temps où se formait la houille; car il a révélé les microbes qui ont déterminé la structure du charbon de terre, restée jusqu'à lui un mystère impénétrable pour les géologues.

Il a rêvé de créer dans sa ville natale, l'ancienne cité des Bduens, qui a jeté tant de lumière sur la Gaule, une société d'histoire naturelle, sœur de la belle Société Eduenne, où il ferait partager à tous les jouissances que lui donnait l'étude de la grande nature. Il a réalisé ce rêve. Depuis vingt ans, la Société d'histoire naturelle d'Âutun offre, dans une ville de quinze mille habitants, le spectacle étonnant d'une réunion de plus de cinq cents hommes, voués au culte de la science pure et faisant des publications dignes des plus importantes cités. La démocratie française, en voulant diminuer les inégalités sociales, inquiète quelquefois par la pensée qu'elle rapetissera les gprands pour les mettre au niveau des petits. Mais Bernard Renault a montré qu'on peut diminuer les inégalités sociales, en élevant les petits au niveau des grands ; car la Société d'histoire naturelle d'Autun comprend surtout des hommes de positions très simples. Ce sera pour Bernard Renault, pour ses collaborateurs et pour la ville d'Autun, un éternel honneur d'avoir été dans notre pays le point de départ d'un mouvement intellectuel des classes modestes de la Société, comme on n'en a jamais vu chez nous.

La Société d'histoire naturelle d'Autun a complété son œuvre en réunissant des collections précieuses, et en mourant, son président a pu espérer qu'à défaut de quelque donateur généreux dont l'argent serait si bien et si utilement placé, une loterie, autorisée par un vote

de la Chambre des députés, allait permettre l'érection d*im mudée où ces collections seront mises en honneur.

La tombe de Bernard Renault sera entourée du respect de tous les travailleurs. Elle portera les esprits vers la bienfaisante étude des magnificences de la nature. En saluant cette tombe, les habitants d'Autun pourront dire avec quelque fierté : Peu de villes ont droit de se vanter d'avoir produit un homme d'un plus grand cœur et d'une plus grande intelligence que Bernard Renault l

Puis, d'un ton ému, M. Roche, vice-président de la Société d'histoire naturelle d*Autun, adresse à M. Bernard Renault ce suprême adieu :

La Société d'histoire naturelle d*Âutun, que j'ai l'honneur de représenter en cette triste circonstance, fait une grande perte. Messieurs, en la personne de son savant président M. Bernard Renault.

La science perd un de ses représentants les plus remarquables.

Ses amis perdent et regrettent un homme de bien qui leur était cher à tous.

Notre Société perd son fondateur, son créateur.

Par ses brillantes relations avec les savants, avec les professeurs du Muséum, il avait su la faire connaître, les intéresser à son œuvre, puis la faire apprécier et l'élever au beau rang qu'elle occupe aujourd'hui dans le monde scientifique. Il avait su la placer sous le patronage des princes de la science. Les maîtres en paléontologie, en géologie, en botanique et autres branches de l'histoire naturelle voulaient bien lui prêter leur appui, que notre Société continuera à mériter. Aucune société ne compte un pareil patronage.

Toujours dévoué à son œuvre, toujours préoccupé du développement à donner à notre Société, il savait encore lui obtenir des subventions, des distinctions, des encouragements.

Vous vous rappelez tous. Messieurs, cette belle manifestation scientifique qu'il sut procurer à notre Société et à la ville d'Autun, par la visite des illustrations savantes qui accompagnaient M. Albert Gaudry, notre grand savant, président de l'Institut, le digne successeur des Buffon et Cuvier, le président d'honneur de notre Société.

Sa vie était consacrée entièrement à la science et à notre Société. Jusqu'à ses derniers jours, il ne pensait qu'à achever un grand travail pour notre Bulletin, sur l'organisation et la fécondation mystérieuse des plantes de l'époque primaire.

La soienoe perd, Messieurs^ un de ses illustres enfants.

Appelé au Muséum par Brongniart, le célèbre et savant fondatenr de la botanique fossile, pour Taider à terminer son remarquable ouvrage, que sa santé ne lui permettait pas d'achever, il put mettre au point ce que Brongniart était forcé d'abandonner. Il prit ainsi une large part à ce bel ouvrage de botanique fossile. Il devint son continuateur ; ses travaux, ses études, ses diverses publications, les communications qu'il réservait pour notre Bulletin, ses recherches sur l'action microbienne dans la formation de la houille, font connaître des découvertes importantes.

Les paléobotanistes d'Angleterre, d'Allemagne, d'Amérique, d'Autriche, de Belgique, etc., citent toujours Brongniart et Renault. Le mois dernier encore, deux savants professeurs de botanique fossile de l'Université de Londres, MM. Oliver et Scott, dans une grande étude sur les bois de l'époque primaire, citent à chaque page M. Renault et ses découvertes.

Ce sont ces travaux si appréciés, surtout à l'étranger, qui ont fait connaître au monde scientifique les richesses de notre pays, et qui ont illustré notre ville aujourd'hui célèbre et remarquable pour tous ceux qui s'intéressent à l'histoire naturelle.

Pour ses nombreux amis, la mort de M. Renault est une grande perte; tous ceux qui l'ont approché ou connu, ont su apprécier dans cet homme de bien, toutes les qualités de son cœur, tout son dévouement à ses amis. Toujours prôt à rendre service, il le faisait souvent avec une telle discrétion qu'on ignorait d'où il provenait.

Pour ses anciens élèves de Cluny, son souvenir leur était cher ; tous lui étaient sympathiques et reconnaissants; ils étaient heureux quand ils avaient l'occasion de le rencontrer.

Ce souvenir sera non moins cher à tous les membres de notre Société qui tous étaient ses amis, au milieu desquels il était si heureux de venir passer ses vacances; sa présence était toujours pour eux une véritable fête.

Au nom de tous ses amis, je viens lui donner ce dernier adieu. Adieu, cher ami, adieu 1 adieu pour l'éternité !

Un grand nombre de sociétaires ainsi que la majeure partie des sociétés correspondantes ont exprimé leurs sentiments de condoléance et leurs regrets à la réception de la lettre de part.

Parmi les témoignages d'estime et d'admiration pour

notre regretté président, nous reproduirons seulement les deux lettres suivantes qui résument toutes les autres :

Messieurs,

Maintenant que Bernard Renault dort au milieu de vous, près de la chère Société qu'il avait fait naître et grandir, et qui possédait tout son cœur, laissez-moi vous témoigner les regrets que j'éprouve en voyant disparaître ce merveilleux observateur; mon admiration pour son œuvre, et aussi, hélas! ma tristesse en présence des profondes déceptions qui ont assombri sa fin. Mieux que tout autre, pourtant, il avait droit aux rayons du soleil qui viennent éclairer, à son couchant, une vie tout entière consacrée à la pure science !

Veuillez croire à mon dévouement pour la Société^ et agréer, etc.

Bouvier,

Professeur au Muséum d'histoire naturelle de Paria.

Monsieur le Vice-Président,

C'est avec une peine profonde que je viens d'apprendre le décès de M. Bernard Renault. Depuis longtemps je connaissais et j'appréoiais le rare mérite de ce savant si avisé, si laborieux, qui sut porter la lumière dans tant de questions obscures, et qui honora vraiment, on peut le dire, les diverses compagnies auxquelles il appartint. Â votre Société, en particulier, dont il fut le très distingué et très dévoué président, je tiens à envoyer, avec les condoléances de l'Administration supérieure, l'expression de mes propres regrets.

Agréez, eto

Bayet, Directeur de rEnsefgnement supérieur.

La Société ratifie la décision prise par le bureau relativement aux obsèques de Bernard Renault. Elle approuve, en outre, le projet de lui élever au cimetière d'Âutun, un monument par souscription. Enfin, elle prie M. Roche de vouloir bien être son interprète auprès de M. Yovanne Renault et de M*"* Bocquet, pour les remercier du généreux abandon qu'ils ont fait à la Société des objets exposés sur la table du Bureau. Ce sont :

Le portrait en platinophotographie de B. Renault; sa croix de la Légion d'honneur; sa décoration d'officier de

rinstruction publique; les médailles d'or qui lui avaient été décernées, pour ses travaux scientifiques, par la Société de l'industrie minérale, TAcadémie de Dijon et le gouvernement autrichien.

 côté de ces précieuses reliques, figurent de nombreuses notices et communications à l'Académie qui seront utiles pour la biographie de notre président, ainsi que plusieurs ouvrages dont il est l'auteur : Études sur les Sigillaires^ sur les Microorganismes ^ sur les Poroxylons^ sur les Calamariées, sur le Bogheady sur la Clathropodium Morieri, sur la Flore carbonifère, etc.

Il est donné lecture d'une notice nécrologique parue dans le journal la Nature (n* 1640, du 29 octobre 1904), et consacrée par M. Albert Oaudry à B. Renault, puis la séance est levée en signe de deuil.

A l'issue de la séance, les membres du Bureau se constituent en réunion privée, afin d'aviser aux meilleurs moyens de réaliser la motion qui vient d'être votée. Ils approuvent un projet de circulaire dont on trouvera ci-après le libellé, et décident que cette circulaire sera adressée non seulement à tous les membres de la Société d'histoire naturelle d'Autun, mais aux sociétés correspondantes, aux amis de B. Renault, et à toutes les personnes marquantes dont on voudra bien indiquer le nom et l'adresse.

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