‹ Contributions à l'histoire naturelle de la TunisieChapitre 351 sur 367 · PAR M. ALBERT GAUDRY · texte numérisé non relu

PAR M. ALBERT GAUDRY

J'ai l'honneur de présenter à la Société d'histoire natu* relie, un mémoire intitulé : Fossiles de Patagonie, Dentition de quelques animaux.

Notre Société connaît M. André Tournouër. Il faisait partie du groupe de savants qui ont accompagné M. Liard,

lors de sa visite à Âutun, en 1902, et j'ai alors donné quelques renseignements sur les résultats des recherches paléontologiques de ce vaillant explorateur.

M. Tournouër a quatre fois déjà entrepris des fouilles dans les terrains tertiaires de la Patagonie, et il se prépare à partir pour un cinquième voyage. Il a rapporté au Muséum de Paris une multitude de fossiles. Toutes les personnes qui s'intéressent à la vieille nature se rendront compte du plaisir et de l'admiration que nous avons éprouvés, devant les débris de tant de créatures dont le Muséum de Paris n'avait aucun représentant. Mais ce n'est pas tout d'admirer; il faut dégager les échantillons de la roche où ils ont été enfouis, les raccommoder, rapprocher les différents os appartenant au mâme genre, et enfin les placer dans la galerie de paléontologie. Plusieurs de nos confrères d'Âutun comprennent ce travail, car une partie de leur vie se passe à ranger les précieusetés qu'ils ont rassemblées avec un admirable dévouement. Le labeur devient plus grand, quand il s'agit d'énormes bêtes, qui ne se laissent pas manier et loger aisément. Les fossiles que le Muséum de Paris doit à la générosité de Bernard Renault, de MM. Roche, Bayle, Gambray et d'autres membres de notre Société d'Autun, occupent seulement quatre vitrines dans la galerie de paléontologie, bien qu'elles constituent une de ses principales richesses scientifiques. C'est qu'ils datent des âges primaires, où les Vertébrés, à leur aurore, étaient encore petits et imparfaitement formés : en cela même, consiste leur puissant intérêt pour le naturaliste philosophe» il en est autrement des fossiles rapportés de Patagonie, par M. André Tournouër; ils ont vécu dans lès temps ter* tiaires, alors que les Mammifères avaient acquis des dimen* 6ions gigantesques : Pyrotherium, AstrapotheriVrm^ Homalo^ dontherium étaient gros comme des Mastodontes. Le nou* veau professeur de paléontologie, notre ami M. Boule, se demande comment il va pouvoir les placer dans une galerie

déjà pleine? Cela n'est passa principale difficulté. Je vais vous dire ce qui nous préoccupe le plus.

Les collections de paléontologie du Muséum ont été rangées dans un ordre géologique, selon les époques où les animaux ont paru sur la terre. Lorsque on les passait en revue, on se confirmait dans la croyance que, d'après les découvertes faites en Europe, en Asie, aux États-Unis, le développement des êtres a été à peu près uniforme dans leHi divers pays : l'évolution, pensions-nous, a poursuivi sa marche majestueuse à travers les âges, sans que rien ne l'arrête.

Or, voici que la Patagonie nous apprend que ce qui a semblé vrai, dans les limites de l'hémisphère boréal, cesse de rêtre dans Thémisphère austral. Les gisements du Cerro Negro et de Casamayor, à la base des terrains tertiaires de Patagonie, offrent dés fossiles semblables à ceux du Torréjon, aux États-Unis, et de Cernay près de Reims, qui marquent aussi les débuts du Tertiaire dans notre hémisphère. Mais bientôt il s'est produit une extrême divergence; l'évolution a marché rapidement chez nous, au lieu qu'en Patagonie elle s'est arrêtée. Les êtres n'ont pas cessé de changer, parce que le propre des êtres, ce n'est pas la fixité, comme on le croyait il y a peu de temps encore, le propre des êtres c'est le changement. De très nombreux genres ont apparu en Patagonie, sans correspondre à une évolution continue,, sand enfanter un sensible progrès. Ainsi, pendant que nos pays, à l'époque miocène, ont vu l'apogée du monde animal se manifester, par l'épanouissement des créatures, non seulement les plus gigantesques, mais les plus fortes, les plus agiles, les plus intelligentes et les plus belles, la faune miocène de la Patagonie était, en dépit de toutes ses variations, dans un état analogue à l'état de notre Éocène. Si donc on intercale les curieux fossiles miocènes de la Patagonie dans les vitrines où se trouvent les Mammifères miocènes de l'hémisphère

boréal, les enchaînements sembleront brisés; on ne cornprendra plus les progrès de la vie, manifestes dans la galerie actuelle.

En adoptant pour les collections de paléontologie une classification zoologique, on aurait rencontré aussi des difficultés pour intercaler les fossiles de Patagonie ; car, ainsi que je l'ai dit à la Société d'Autun, dans ma note de 1902, beaucoup de genres ne rentrent pas dans les ordres admis jusqu'à présent.

Tandis que la plupart des Mammifères terrestres de Patagonie s^éloignent beaucoup de ceux de l'hémisphère boréal, ils ont entre eux des traits de ressemblance. Soit qu'ils proviennent des étages du Deseado et du Goli-Huap, inférieurs au Patagonien marin, soit qu'ils appartiennent à l'étage Santacruzien placé au dessus, ils ont des rapports si intimes que, malgré les importants travaux d'Owen, de Plower, de Burmeister et plus récemment ceux de MM. Ameghino, Moreno, Lydekker, Roth, Mercerat^, nous avons parfois de la peine à les déterminer. Dans le mémoire que j'ai l'honneur d'offrir à la Société d'histoire naturelle, j'ai réuni un grand nombre de figures de dentition, placées les unes au dessous des autres, dans la même position, de sorte qu'on puisse comparer leurs divers éléments. J'espère que ces figures aideront à distinguer plusieurs des genres tertiaires de la Patagonie. Dans un second mémoire, j'étudierai les membres. Ensuite, si Dieu me prête vie, me basant sur ces travaux préliminaires, minutieux, mais indis« pensables, je tâcherai de montrer comment la marche de l'évolution a été, dans l'hémisphère austral, différente de ce qu'elle fut dans notre hémisphère.

1. M. Scott publie en ce moment, un grand ouvrage sur les Mammifères de la Patagonie, mais jusqu'à présent il s'est occupé seulement des Édentés.

Contributions à la flore du département de Saône-et-Loire (année 1904).

Les zélés botanistes qui, ohaque année, enrichissent la flore du département de Saône-et-Loire de découvertes nouvelles, n'ont pas été moins heureux cette année ; et la Société d'histoire naturelle d'Âutun s'empresse, comme d'habitude, d'en prendre date dans ses Bulletins.

C'est d'abord à Autun même, M. Porte, conservateur de nos herbiers, observateur sagace, qui, en fouillant les .mares des bords de TArroux, a trouvé au Pont-Marmotan, commune de Dracy-Saint-Loup, le Letnna trisulca L., nouveau pour l'arrondissement d' Autun, et indiqué par le D*^ Garion dans le seul arrondissement de CharoUes. A jioter que cette élégante « fleur d'eau n ne surnage et n'est apparente qu'aux mois de mai, juin, à l'époque de sa floraison; elle s'enfonce ensuite sous l'eau d'où on la retire seulement en arrachant les souches des autres herbes.

M. Porte a retrouvé le rare Alisma natans L., en bon état de fleurs et de fruit, dans le petit étang de Chantai, commune de Monthelon (30 août), et à Curgy, dans les champs cultivés, le Taraxacum erythrospemum Andrz. Bor! (12 mai).

Le Stratiotes aloïdes L. pullule au Pont-Marmotan, où cette hydrophy te septentrionale a été introduite, et sa j)etite histoire mérite d'être racontée. C'est M. Tabbé Lequin, professeur au petit Séminaire d' Autun et botaniste passionné, qui rapporta, en 1885, des environs de Rouen, où il est depuis longtemps naturalisé, quelques pieds de Stratiotes pour être répartis dans différentes pièces d'eau des environs d' Autun. A Saint-Ëmiland, il envahit certains étangs et réservoirs à tel point que M. Oh. Ozanon, propriétaire, dut les mettre à sec pour le détruire. Au Pont-Marmotan, il s'est maintenu depuis 1887 et multiplié

en envahissant les mares voisines, où il a été transporté soit par les filets des pêcheurs auxquels s'acorochent ses feuilles aciculées, soit par les crues de la rivière, car M. Porte a remarqué son absence en amont, et sa présence en aval de Surmoulin, dans tous les relais de la rivière.

A signaler comme importants appoints h la flore adventice autunoise, dus aux herborisations de M. Porte :

Lepidium Draba L. Curgy, sur les crêts (12 mai).

Trifolium striatum L. Chaussée de l'étang neuf à Auxy (août). — Également retrouvé sur les talus de la voie ferrée entre Dracy-Saint-Loup et Gordesse (D' Gillot).

Bchinospermum Lappula Lehm. Sur les cavaliers de l'usine de schiste de Margenne, commune de Monthelon (10-30 août).

Et sur les talus du chemin de fer départemental d'Autun à Château-Ghinon, derrière l'usine électrique :

Ammi majus L., en quantité (25 octobre 1903).

Crucianella angustifolia L. (10 juillet 1904).

Centaurea hybrida AH. DC. (C. solsHtialis L.X^noouio^a Lamk), même date ; un seul pied au milieu d'une colonie de C. solstitialis L. La détermination de cet hybride a été confirmée par M. 0. Rouy, qui le considère comme un C. solstitialis '^maculosa (et même maeulosa var. rhenana). Il n'est pas douteux qu'il ait été introduit, comme les espèces précédentes, à l'état de plantes adventices indigènes et sporadiquesy avec des sables ou des matériaux de construction provenant des bords de la Loire. Le Centaurea hybrida AU. ne peut pas être, ici, considéré comme un XC. oœrulescensX solstitialis, suivant l'opinion de Focke, mais, si Ton admet, avec M. Rouy {Revue de bot. systém,, II, 1904), que les Centaurea ccerulescens Wild., maeulosa Lamk, etc., sont des sous-espèces de C. paniculata L. {sp. colL), il est à prévoir que leurs hybrides présenteront des apparences et caractères divers, qui les rendront difficiles à distinguer à moins d'être bien renseigné sur leur

origine. Dans le cas qui nous occupe il n'est pas douteux qu'il ne s'agisse d'un croisement de C, solsUtialis L. par C. mckmlosa Lamk, très commun sur les bords de la Loire, plutôt que par sa variété rA^nana, spéciale à TAIsaoe. Boreau {FL cent. France^ éd. 3, p. 355), n'indique C. hybrida qu'à Issoudun (Indre). L'hybride trouvé à Autun a le port de C. solstitialiSf mais plus rameux, à tiges moins ailées, à feuilles étroitement pinnatipartites, à anthodes petites, munies d'écaillés involucrales pâles, sans taches, garnies de cils jaunâtres et terminées par une épine courte et non vulnérante, à fleurs d'un jaune très légèrement purpurin.

A Mont, canton de Bourbon-Lancy, M. C. Basset, instituteur, qui nous a déjà fourni tant de documents intéressants sur la végétation de notre département S nous signale encore :

Isopyrum thalictroïdes L. Forêt de Qermigny, près Bourbon-Lancy (14 avril 1904).

Corydalis solida 8m.f idem.

Agrimonia odorata Mill., Sarroux, commune de Mont.

X Epilobium Mragonum X roseum Lévlé. Mont, d'où cet hybride a été soumis à l'examen de Mgr H. Léveillé, le savant monographe du genre et déterminé par lui.

Epilobiumroseumh.^ forme : E. Bassûti Lévlé, inédit. Mont, au Sarroux, « variété curieuse à port de E. cephalostigma et E. leiospernum du Japon ». H. Léveillé in liU.

Symphytum tuberosum L., Bourbon-Lancy, bords du ruisseau de Vezon, à l'entrée de la forêt de Germigny, près Givalois (15 mai 1904); localité où cette plante, rare pour notre pays, ne semble pas avoir été retrouvée depuis Carion (Ca^ai. pi. vase. S.-ehL.^ 1865, p. 71).

Chenopodivm Botrys L. Sables de la Loire, à Bourbon- Lancy.

1. Cl. Basset, Contributions à U flore du départ, de Saône-et-Loire, dans BulL Soc. Met. ntLt. d'Autun^ XJ, 2(1898), p. 183; Herboriêâtionê bourbonneiêeê, ibid., XII, 2 (1899), p. 318; NoUê de géographie botanique, ibid., XV, 2 (1902), p. 267.

Narcissus pseudo-'Narcissus L. Bourbon-Lancy, forêt de Germigny (avril).

M. Basset s'est adonné, en dernier lieu, à l'étude du genre RubuSy largement représenté dans la région, et a soumis ses récoltes à Texamen de M. H. Sudre, professeur à l'École normale d'Âlbi, et qui, depuis de longues années, s'est constitué le spécialiste de ce genre aussi difficile qu'épineux. Voici la liste des Ronces reconnues par M. Sudre et nommées par lui. Elles sont classées dans l'ordre adopté par M. N. Boulay, dans le tome VI* de la Flore de France de G. Rouy. RuBus PLiCATUS W. et N. {groupe). Mont, rocailles au

Champ-Long.

R. suLGATUS Vest. Mont, bois du Sarroux. R. HAMULOSus Lef. et MUlL Mont, les Bouchots.

R. MAGROPHYLLUS W. et N. {sp. COlL).

a TYPicus N. Boul. {R. macrophyllus W. et N.). Mont, chemin de Sainte-Glaire.

Hybride : XR. phyllostachys P. J. MttU. (it. piletoskichys X thyrsoïdeus). Mont, haie aux Bouchots. — Hybride d*après M. Boulay ; ne le serait pas d'après M. Sudre.

R. orbifolius V. Lef. Mont, à la Groix-Blanche, chemin transversal.

Hybride : X R- peracuiifrons Sudre (R. orbifolius X cœsius?). Mont, vers les Bruyérettes.

R. albiflorus Boul. et Luc. Mont, chemin des Bouchots, Chatay. G.

R. ULMIFOLIUS Schott.

R. rusticanus Merc. Mont, haies. T. G.

Hybrides : X R- pulverulentus Sudre (fl. ulmifbliusX

tomentosus). Mont, route de Maltat.

Xfi. iomentellifolius Sudre (fl. tomentosus Xulmifolius).

Même localité.

R. Heoygarpus Focke.

R. Gilloiii N. Boul. Bourbon-Lancy, haies, près de la

gare P.-L.-M.

R. THTRSOiDEUs Wimm. [sp. coll.).

R. candicans Weihe. Chalmoux, vieille route de Bourbon, vers le pont. Mont, route de Maltat. R. TOHKNTOSUS Borkh.

Var. glabratus Oodr. (R. Lloydianus O. Oenevieri). Mont,

friches au Sarroux.

Hybride : X fl- similigemis Sudre {R. Lloydianus X vesti^

tus). Mont, près de Chatay.

R. VESTiTus W. et N.

« albifiorus N. Boul. (fl. leueanthenus P. J. MtilL). Mont,

friches au Sarroux.

/5 roseiflorus N. Boul. {R. vestitus P. J. MtiU.). Mont,

champs à VézenoL Hybride : X A. leucanthemoîdes Sudre [R. vesMus {leu-

canthenus) X (tibiflorus). Grury, bords du ruisseau à

la Theugne.

R. RADULA W. et N.

R. mutabilis G. Genev. {R. Genevieri Bor.?) Mont, près

de Chantai.

R. discerptus P. J. MtlUer. Mont, bois du Sarroux. R. Menkei w. et N.

R. distractus P. J. MUU. Bourbon-Lancy, lisière du

bois à Givalois.

Hybride : X R- muricatus Boul. et Gillot {R. Menkei X

serpens). Mont, chemin de Vers-le-Mont.

M. Basset s'est, en outre, occupé des Muscinées et, en attendant qu'il nous donne la liste complète de ses récoltes, il indique sur les rochers qui dominent rétablissement thermal de Bourbon-Lancy, et où se maintient, en abondance, le « Nombril de Vénus », Umbilicus pendulinus DC. les Mousses suivantes :

Hypnum alopecurum L. Hypnum sericeum L.

— rojTurus Poil. — Stockesii Turn.

— denticolatom L.

A Mont :

Onoophorus Bruntoni Schimp.

Dicranella rufesoens Schimp.

Dicranum montanum Hedw.

Bracbythecium rivulare B.E.

— albicans B. E.

Plagiothecium elegans Schimp.

Amblystegium fluviatile B. E.

— varium Lindb.

Hypnum rugosum Ebrh.

Hypnum cordifolium Hedw.

Grimmia montana B. E.

Ulota Hutchinsiœ Schimp.

Physcomitrium sphœricum

Brid.

Marsupella emarginata Dum.

Lophocolea heterophylla Dom.

Sphagnum subnitens R. et W.

— subsecundum Nées, etc.

Et à Étrigny, dans la vallée de la Grosne

Eucladium verticillatum B. E.

Neckera crispa Hedw.

Amblystegium filicinumdeNot., Etc.

Le Brionnais, dont MM. E. Château et Q. Ormezzano préparent une « Florule raisonnée », leur a fourni quelques nouveautés, en premier lieu, une variété de Rose hybride, manifestement issue d'un croisement de Rosa arvensis Huds., indigène, avec une des races de R. gallica L., cultivées dans les jardins de Marcigny. Ce Rosier occupe, en effet, au-dessus du bourg de Marcigny, sur la vieille route de Semur, un espace d'une vingtaine de mètres, sur lequel ses souches drageonnantes se sont propagées dans la haie, au voisinage de R. arvensis. Ses larges et belles fleurs, rosées et odorantes, le font rechercher par les habitants de Marcigny, qui en font des bouquets. Nous avons pu l'observer sur place et constater ses affinités, et aussi ses différences, avec les autres hybrides déjà connus et décrits de R. arvensis et de R. gallica. Ses styles rapprochés, mais libres et fortement velus, hérissés, ses folioles à dents simples y etc., le rattachent au groupe deXR- Schleicheri H. Braun (G. Rouy, FI. de France, VI, p. 268). Son disque conique et ses larges pétales le rapprochent de X R- conica Chabert, et ses folioles aiguës, acuminées, ses rameaux fortement aiguillonnés de X R' conica var. acutifolia Boullu (Cariot et Saint-Lager, Et des fleurs, 8"* éd., p. 246); ses styles hérissés, laineux, de

la variété lasiostyla Gillot et Ozanon {Bull. Soc, bot. France^ XLIX (1902), p. 334); et cependant il diffère des uns et des autres par son disque en cône bien moins saillant, largement tronqué au sommet, surmonté par un faisceau de styles laineux, par la dentelure simple de ses folioles arrondies, mais non cordiformes à la base, par ses fleurs d'un rose plus pâle ou panachées, ses fruits lisses, etc. Tant il est vrai que, chez les hybrides, les variétés des parents, changeant avec les localités, peuvent produire à rinQni des combinaisons dont aucune n'est absolument identique. Sans y attacher plus d'importance qu'il n'en mérite, nous avons cru pouvoir décrire l'intéressant hybride de Marcigny, sous le nom de variété Brionnaise, BrannovicensiSy le Brionnais tirant son nom du pays des Gaulois Brannovices, Brcmnovicii de César.

X RosA ARVENSis L. X GALLiGA L. = A. SchleicheriH. Braun in Beck von Managetta, FL von Nieder-Oesty p. 773; 0. Rouy, FL de France, VI, p. 268, var. Brannovicbnsis Gillot et Ormezzano. Tiges robustes, dressées dans les haies, rameuses, à longs sarments décombants. Rameaux rougeâtres, hétéracanthes, garnis d'aiguillons faibles et droits ou légèrement inclinés, et d'acicules glanduleux nombreux. Pétioles pubescents, aiguillonnés et très glanduleux. Stipules étroites, à oreillettes divergentes, glanduleuses sur le dos et les bords. Folioles, 5, grandes (dimensions moyennes : longueur = 56 millim. ; largeur = 34 millim.), vertes en dessus, glaucescentes et pubescentes en dessous, à nervure médiane glanduleuse, ovales-elliptiques, arrondies à la base, aiguës ou acuminées au sommet, à dents simples ou irrégulières, quelques-unes à peine surdentées. Bractées étroites, velues glanduleuses. Pédicelles solitaires, ou 2-4, allongés rougeâtres, chargés de soies glanduleuses. Pétales grands, d'un rose pâle ou panachés, arrondis à la base, à onglet irès couri. Fleurs grandes, de 5, 6 et 8 centimètres de diamètre, à odeur suave. Disque en cône tronqué, à base élargie.

Styles allongés, rapprochés, mais libres, plus courts que les étamines, fortement hérissés, comme laineux. Fruits ovoïdes, glabres^ ou portant à peine quelques soies glanduleuses à la base, contractés au sommet, les uns avortés, la plupart arrivant à maturité, mais plus ou moins déformés, et renfermant des achaines peu nombreux et d'apparence stérile. Le pollen, examiné au microscope, donne une proportion moyenne de 75 7© de grains bien conformés.

Habitat, Saône-et-Loire : Marcigny-en-Brionnais, vieille route de Semur, dans une haie à droite en montant, à 500 mètres environ au-dessus du bourg. PI. : 4-14 juin. — Fr. : 28 juillet 1904.^

M. Q. Ormezzano avait également appelé notre attention sur deux variétés de Houx remarquées par lui dans le Brionnais; Tune, qui semble répondre à la forme commune, répandue partout, lleco Aquifolium L., var. vulgaris; Tautre qui, par la forme des feuilles et des fruits, rappelle un peu le port de VAucuba japonica L., et que, pour ce motif, nous avons appelé Ilex aquifolium, var. augubifor- MIS Gillot et Ormezzano. Cette variété, décrite avec détails dans la Revue de botanique systématique et de géographie botanique de G. Rouy (octobre 1904), diffère du type par ses tiges plus élevées, de 5 à 6 mètres, ses rameaux allongés, à écorce d'un vert jaunâtre et luisant; ses feuilles plus larges, plus ovales, d'un vert plus clair, parfois légèrement jaunâtre, les inférieures, moins épaisses, à 1-3 dents de chaque côté, les supérieures toujours inermes; ses fruits

1. Les rôflezions que nous aTons émises sur la grande variablUtô des hybrides, notamment du groupe Aosa gullicti X aroensis, sont confirmées dans un article récent de M. l'abbé Hy {Sur les Roses hybrides de l'Anjou issues de Rosa gallica, dans Journal de botanique, XVIII, 1904, n» 23, eztr. 12 pages), avec une classification adaptée aux Roses de TÂnjou, mais dans laquelle il serait difficile de faire rentrer Thybride que nous venons de décrire, et dont l'un des parents doit provenir d'une de ces variétés de « Rose de Provins », Rosa gillicà L. {R. pro» vincitilis AU.), introduite, à titre de plante ornementale ou officinale, dans les jardins de l'ancienne abbaye de Marcigny et, de là, probablement répandue dans le pays.

sensiblement plus gros, ovoïdes et d*un rouge vermillon plus clair, comme orangé. Ce Houx croît principalement sur les chailles à silex jurassiques des coteaux du Brionnais, aux environs de Marcigny, Sainte-Foy, Semur, etc.

M. Q. Ormezzano nous a, de plus, signalé :

Ambrosia artemisiifoUa L. Haies, terres aux Falcons d'Anzy-le-Duc, plaine de THôpital-le-Mercier, Saint- Yan. Plante adventice américaine, qui se propage le long de la Loire au point de devenir nuisible aux cultures.

Hieracium boréale Pries.

— — ^. scabiosum Sudre, var. fruticetorum (Jord. Bor.) Marcigny, au Champeau. (Cf. Sudre, les Hieracium du centre de la France (1902), p. 19 et pi. HI, ûg. d.)

Aspidium aculeatum Wild. Bois de Glenne, près Marcigny.

Dans une promenade faite, le 28 juillet 1904, & travers le Brionnais, nous avons trouvé, aux Chatats, commune de Briant, Sison Amomum L., abondant sous les haies, Erythrxa pulchella Fr., etc. La veille, aux environs de Marcigny, MM. Ormezzano et Château nous avaient fait récolter, le long de la route qui longe la Loire, entre Marcigny et Baugy, au lieu dit « les Chailloux » :

X Lappa intermedia Rchb. f . Bor ! (t. major X minor)^ abondant au milieu des parents, entre lesquels on trouve toutes les transitions possibles, tant pour la grosseur des capitules que pour leur disposition le long de la tige et à l'extrémité des rameaux. Cette facilité de croisement, jointe à la fertilité des achaines, semble indiquer un métissage plutôt qu'une véritable hybridation, et confirme l'opinion qui consiste à ne voir dans Lappa major Gœrtn. et Lappa minor DC. que deux sous-espèces d'un même type. La brièveté du tomentum des tiges et des feuilles, et l'absence de poils aranéeux sur l'involucre difîérencient ces variations de L. pubens Bor.

Lactuca virosa L. avec deux variétés : Tune, qui parait

la plus commune et se retrouve seule dans le Morvan autunois, a les tiges purpurines ou maculées de rou^e, ainsi que les nervures des feuilles et les écailles de Tinvolucre, avec les fleurs d*un jaune orangé en dehors; on peut rappeler var. cruentata. L'autre a les tiges et les nervures des feuilles immaculées grisâtres ou jaunâtres, les écailles involucrales d'un vert pâle, et les ligules d'un jaune soufré, concolores en dehors, var. flavida {L. fiavida Jord. ?) Pas plus que Lamotte {Prodr. fl. plat. cent, de la Fr.^ p. 467), nous n'avons pu trouver dans la longueur des achaines, la forme des feuilles, etc., même à l'examen d'échantillons authentiques, de différences qui permettent de distinguer, autrement qu'à titre de variétés, le L. fla^ vida Jord. de L. virosa L.

Veronica anagallidiformis Bor. {FL cent. France, éd. 3, p. 489). Sur les bords vaseux des mares de la Loire. Doit être considérée comme une variété remarquable ou sousespèce de V. Anagallis L., qu'elle remplace dans la localité, non seulement par les poils glanduleux qui couvrent les rameaux, les pédicelles et les calices, mais par son port plus grêle, ses tiges diffuses, rameuses dès la base et longuement radicantes.

M. E. Château nous signale encore, comme découvertes récentes dans le Brionnais :

Rosa dumalis Bechst.

— — B. rubelliflora Rip. Bois avant d'arriver à Jonzy, bords de la route par Semur-en-Brionnais, 9 juin 1904.

R. rubiginosa L.

— — /ï. umbellata Leers. Route de Marcigny à Sarry, 16 juin.

Stenactis annua Nées. Un seul pied trouvé sur le bord de la Loire, au Port-Chassel de Bourg-le-Comte. Composée nord-américaine, déjà notée comme adventice en Europe à la fin du dix-septième siècle; s'y répand de plus en plus, surtout le long des chemins de fer, et trouvée sur les con-

fins de notre département, dans la Nièvre, par M. P. Oagnepain (Topog, botanique de Cercy-la^Tour^ 1900, p. 170).

Wahlenbergia hederacea Rchb. Route de Marcigny, à michemin de Montceaux-rÉtoile, dans un pré tourbeux, à côté de la route, avec une variété à fleurs blanches (Merlin).

PolysUchum ThelypterisRoth.y même localité.

Lamium maculatum L. var. albiflorum (i. niveum Schk.). Haie au Bas du Ris à Bourg-le-Comte, 15 avril.

Euphorbia Esula L. var. riparia (Jord.). Route de Saint- Julien-de-Jonzy à Saint-Bonnet-de-Cray, 9 juin.

VeratrumalbumL. Parc du château de Moulin, près Poisson, où d'après M. Ormezzano, il existe depuis de nombreuses années et se propage de graines dans les clairières du parc. Il ne parait pas y avoir été cultivé, et Tintroduction naturelle de cette plante, si commune dans les pâturages montagneux de l'Auvergne et de la Loire, rencontrée même, plus près de nous, dans plusieurs localités deTAUier (A. Migout, FL de V Allier, 2* éd., p. 380), n'a rien d'inadmissible.

Dans la même région occidentale du département, M. Tabbé R. Sbbillb, curé d'Issy-FÉvêque, bien connu comme bryologiste, en même temps que botaniste compétent, nous ayant signalé quelques plantes intéressantes, une excursion eut lieu, sous sa direction, le 30 juin 1904, aux environs de Maltat, qui ne paraissent guère avoir été explorés depuis le D*^ Carion, c'est-à-dire depuis un demisiècle. En contournant le bois do Breuil pour aboutir au hameau des Bruyères, à 5 ou 6 kilomètres de Maltat, on rencontre sur les bords des chemins VOlexnanus Sm., de plus en plus abondant et plus ou moins accompagné de son parasite VOrobanche Ulicis Desm., assez vaguement indiqué par Carion entre Maltat et Vitry {Catal. pi. vase. S.-ô^-L., 1865, p. 77). Dans une lande, qu'un défrichement menace de faire disparaître, immédiatement au-dessous des Bruyères, sur la lisière même du bois^ cette Orobanohe foisonne, parfois en touffes de cinq à six sujets, sur led

racines de l'Ajonc nain. Les caractères distinctifs assignés par Desmoulins, Boreau, etc., à cette plante pour la distinguer d'O. cmenla Bert. (sépales entiers, rarement bifides, corolle à lèvre supérieure moins échancrée, à lobes se recouvrant par leurs bords, étamines inégalement insérées au-dessus de la base de la corolle, etc.), sont purement quantitatifs et inconstants, et ne permettraient guère de la séparer d'O. cruenta^ si ses habitudes biologiques ne dénotaient une adaption toute spéciale. Nous l'avons, en effet, observée par centaines de pieds, exclusivement sur les racines de VUlex nanus, alors que croissaient, au voisinage, plusieurs espèces de Légumineuses : Genista anglica, LotuSy Trifoliumj Vicia^ etc., qui en étaient complètement indemnes, alors qu'ailleurs elles servent souvent de support à 0. cruenta. Il faut donc tout au moins admettre comme variété, VOrobanche cruenta Bert. var. Ulicis (Desm.), commune dans le département de l'Allier, en Sologne, etc.

Dans la même lande, au milieu des Ajoncs nains et des Bruyères qui les accompagnent : Ericacinerea L., Calluna vulgaris Salisb., nous avons récolté :

Polygala depressa Wend. Serratula tinctoria L.

Hypericum pulchrum L. Centaurea nigra L.

— humifusum L. Hypochœris maculata L. 1

Genista anglica L. Jasione montana L.

Antennaria dioica Gœrtn. Platanthera bifolia Rich.

Seneoio adonidifolius Lois. Danthonia decumbens DC.,eto.

Toutes plantes à caractère nettement silicicole, de même que le groupe suivant d'espèces hydrophiles, abondantes dans un petit marais sablonneux :

Drosera rotondifolia L. Juncus acutiflorus Ehrh.

^ intermedia Hayne. Eriophorum angustifolium L.

Parnassia palustris L. Heleocharis muiticauiis Dietr.

Helodes palustris Spach. Carex pulicaris L.

Carum verticillatum Koch. — flava L.

Erica tetralix L. — • panicea L.

Anagallis tenella L. Molinia cœrulea Mœncb., etc. Junous tenageia L.

Et surtout le rare Rhynchospora fusoa R. et Sch., qui pullule dans cette localité, ainsi que sur les bords de Tétang voisin du Breuil, en même temps que les Helodes palusiris et Erica tetralix^ et en outre :

Radiola linoides Gmel. Carex leporina L.

Lotus uliginosus Schk. Nardus striota L.

Illecebrum verticillatum L. Âgrostis pumila L. * Rhynchospora alba Vahl.

Sous les haies voisines : Sedum cepœa L., Campanula patula L., etc.

Revenus à Maltat, nous avons remonté la vallée du ruisseau de Valence, au milieu d'une flore également silicicole, des mieux caractérisées par le Genêt à balai, la Digitale pourprée, la Fougère commune, et en outre :

Mal va moschata L. Gnaphalium silvaticum L.

Trifolium elegans Sav. Stachys alpina L.

Rubus Gillotii Boul. Luzula multiflora L.

Epilobium montanum L. Carex remota L.

Scieranthus perennis L. Âira flexuosa L., etc. Senecio adonidifolius Lois.

Quand, explorant Tétroit vallon qui aboutit au hameau de Montot, nous avons été tout surpris de rencontrer une nombreuse colonie de plantes plus ou moins calciphiles :

Helleborus fœtidus L. Verbascum nigrum L.

Hypericum hirsutum L. Digitalis lutea L.

Genista sagittalis L. Linaria spuria Mill.

Rubus tomentosus Borkh. Euphorbia Cyparissias L.

Âgrimonia Eupatoria L. Omithogalum pyrenaicum L.

Ribes alpinum L. Tamus oommunis L., etc.

M. le vicomte H. de Chaignon, géologue distingué, qui nous accompagnait, n*eut pas de peine à nous expliquer ce

1. Oq sait que VAgroêtia pumiU L., qui nous a paru partiouliôrement abondant, n'est qu'une forme abortive de A. vulgarU With«, due à l'arrôt de développement causé par une Ussilaginée parasite de la fleur, le Tillelià decipieru Kœm. {Uredo êegelum var. dectpiens Pers.)

contraste, en nous démontrant qu'après avoir quitté dans le bas de la vallée les grès et quartzites dévoniens presque complètement dépourvus d'éléments calcaires, au point de ne produire aucune effervescence par les acides, nous venions de rencontrer une assise de schistes carbonifères, parcourus en tous sens, par de minces filons de calcite qui, désagrégée et dissoute par les agents atmosphériques, apporte au sol végétal une dose de chaux qui atteint parfois 5 et 6 7o} ot qui rend compte de Tapparition de ces colonies végétales hétérotopiques ^ Il est regrettable que des analyses quantitatives de la terre n'aient pas été faites au calcimètre ; elles auraient certainement révélé une très inégale répartition de la chaux sur différents points de la vallée, et même sur des points très voisins les uns des autres, confirmant les données déjà bien connues de Tédaphisme chimique.

 relever deux détails importants. D'une part, c'est sur le versant Sud-Ouest de la vallée que les espèces calciphiles sont le plus abondantes, quelques-unes même exclusivement cantonnées, dans les parties inférieures, à peu de distance du ruisseau, tandis qu'elles sont plus rares sur le versant Nord-Est, et seulement au bas de la côte. C'est, en effet, sur le premier versant, plus exposé aux vents dominants et à la pluie, que les roches ont été plus attaquées, leurs éléments plus dissociés, et par là même le sol plus enrichi en éléments calcaires. — D'autre part, la proximité, le mélange même d'espèces voisines, mais d'appétence édaphique différente, favorise l'hybridation entre ces espèces. C'est ainsi que nous avons rencontré plusieurs pieds de X Digitalis purpurascens Roth, mais uniquement sur le versant Nord-Est couvert de Digitalis pwrpurea L., tandis que Digitalis lutea L. se voyait, presque seule, sur

1. D' Gillot, Influence de la compoêilion minéràlogique dee rochee sur U végé^ telion; colonieê végèteleê hétérotopiques, dans Bull. Soe. bot, de France, XLI (1894), session extraordinaire en Suisse, p. xvi.

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le versant Sud-Ouest, en face, ce qui nous a donné la forme D. purpurea tP X lutea o*.

Le Rubus tomentosus Borkli, au voisinage de Rubi disooloris (A. Gillotii Boul., R. ulmifolius Schott.), des haies inférieures, a produit également un hybride, qui serait à étudier de plus près.

Tout près de là, dans la vallée de la Theugne, au-dessous du moulin de ce nom, sur la rive droite du ruisseau, de grands rochers noirâtres, formés par des assises superposées des mêmes quartzites et schistes carbonifères, et sur lesquels végètent à la fois leB Asplenium Trichomanes L., calciphile préférente, et Aspl. septentrionale L., silicicole exclusive ; ces deux petites fougères donnent naissance à leur hybride, X Aspl. germanicum Weiss. {A. Breynii Retz.), que M. l'abbé R. Sebille a eu le mérite d'observer, dans des conditions analogues à celles où M. Basset nous l'avait précédemment fait étudier à Chalmoux, près de Bourbon- Lancy. *

Au-dessus du moulin de la Theugne, on retrouve les quartzites dévoniens dénudés, avec leurs plantes silicicoles. A noter, en terminant, Lotus angtistissimus L. {L. diffwus Solander), sur les pelouses, Verbascum album MilL, variété à fleurs blanches de F. Lychnitis L. et plus spéciale aux terrains siliceux, et à la ferme de Ghizeuil, Marrubium album L., strictement localisé autour de l'habitation, où il a vraisemblablement été introduit comme plante officinale.

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