‹ Contributions à l'histoire naturelle de la TunisieChapitre 352 sur 367 · D' X. GILLOT · texte numérisé non relu

D' X. GILLOT

1. D' X. Gillot, Pltaitti ràreê ou nouvelleê pour le départ, de fi.-et-L., (Uns Bull. Soc, hist. nàL d'Autun, XIII, 2 (1900), p. 253 ; G. Basset, ConlHb. à là flore de S.-et'L., Ibid., XV, 2 (1902), p. 272.

L'Histoire naturelle aux Concours agricoles de Palinges, Digoin et Bourbon-Lancy.

Depuis quelques années, nous visitons régulièrement les concours organisés par la Société d'agriculture de Charolles, afin de relever tout ce qui a trait aux sciences naturelles. Deux comptes rendus ont déjà été publiés, ceux de Marcigny^ et de Chauffailles^; nous les complétons aujourd'hui par des notes prises en 1902 à Palinges, 1903 à Digoin et 1904 à Bourbon-Lancy.

1* AgricuUure et engrais, — De nombreux exposants présentent des produits dans cette section; nous signalerons seulement les principaux : TÉcole primaire supérieure de Marcigny et MM. Guichard - Lacôte , Martin, Qarenne, Michelin. Tous démontrent les bons résultats obtenus par la sélection, les semis en lignes et remploi des engrais chimiques. M. Guichard, chevalier du Mérite agricole, obtient des rendements phénoménaux : 50 hectol. de blé et 15,000 kilog. de paille à l'hectare.

M. Michelin, instituteur à Montceaux-l'Étoile, a eu l'heureuse idée de photographier les récoltes ayant reçu des engrais chimiques ; les résultats obtenus sont merveilleux ; ils forment un tableau fort instructif devant lequel bien des personnes se sont arrêtées qui seraient passées outre, si les chiffres n'avaient été illustrés de vues bien réussies. Voici les résultats consignés sur ce tableau :

1. Les Scienceê naturelles au eoneours agricole et viticole de Màreigny in Bull, Soc. hist, nat. d'Autun, 1900, 2, p. 208-220.

2. Le Concours agricole de ChauffàilleSt io BuU. Soc, hiêl, nat, d^Autun, 1901, 2, p. 242-258.

ISSSaiS sur me. ^ rheclare. à l'hectare.

Planche I. — Avec nitrate de soudo. 1.650k. 3.600k.

— Sans nitrate de soude. 1 .300 1 .350

Excédents 350 2.250

Planche II. — Avec nitrade de soude. 1 .540 3.400

— Sansnitrate 1.130 1.190

Excédents 410 2.210

EMais sur Seigle.

Planche III. — Avec nitrate de soude. 1 .800 5 . 400

— Sansnitrate 1.250 3.100

Excédents 550 2 . 300

Essais sur Avoine.

Planche IV. — Avec nitrate de soude. 1 . 830 3 . 000

— Sansnitrate 1.050 1.400

Excédents 780 1 . 600

Planche V. — Expériences en pots sur avoine, faites par les élèves de l'école de Montceaux-l'Étoile :

N** l,pas d'engrais, 44 tiges, hauteur moyennne 0"65

N^ 2, superphosphate, 52 tiges, hauteur moyenne.... 0"'80 N"" 3, superphosphate et nitrate, 66 tiges, haut, moyenne 1"'52

Dans chaque pot qui a reçu les mêmes soins culturaux, il a été semé le même jour, le même nombre de grains.

Planche VI. — Emploi du nitrate de soude sur prairies naturelles, représenté par deux tas de foin qui ont été récoltés côte à côte et sur une même surface; mais tandis que la première parcelle a été fumée au nitrate de soude, la seconde n'a pas reçu d'engrais.

Devant des résultats aussi frappants, tous les cultivateurs sont retournés chez eux avec la ferme intention d'organiser

sur leurs terres des essais oomme ceux de M. Michelin. Nous ne saurions d'ailleurs trop les y engager, car nous sommes persuadé que l'avenir de l'agriculture est dans l'emploi des engrais chimiques.

C'est dans cette section que Técole primaire supérieure de Marcigny avait réuni les meilleures plantes de prairies et les principales maladies des plantes. Des premières, nous ne dirons rien, elles sont suffisamment connues, mais il n'en est pas de même des secondes. Nul n'ignore qu'il existe actuellement une véritable médecine des végétaux, mais peu nombreux sont les cultivateurs capables de distinguer les diverses affections dont souffrent les plantes et qui connaissent les remèdes à leur appliquer. Un effort sérieux a cependant été tenté dans cette voie. Depuis plusieurs années les maladies des plantes figurent dans les concours ; mais c'étaient des essais timides, repris sous une forme plus scientifique par notre ami Marceau, professeur de sciences naturelles et d'agriculture a Marcigny. Chaque échantillon naturel des organes atteints comporte une description sommaire de l'état pathologique, avec mise en relief des caractères les plus saillants, indication des noms scientifiques et vulgaires de l'affection et les remèdes à employer ; nous avons noté :

Rouge du pin p&r Lophodermium Pinastri.

Charbon des céréales » Ustilago segetum.

— du mais » — Mayadis.

La carie du blé » Tilletia caries.

L'ergot du seigle » Claviceps purpurea.

Le blanc du houblon » Sphesrotheca Castagnei.

L*antrachnose du noyer » Marsonia Juglandis,

L'érinose du noyer » Eriophyes tristriatus et sa

variété erinea.

La hernie du chou » Plasmodiophora Brassicœ.

La rouille des rosiers » Phragmidium subcorticium.

La pochette du prunier » Exoascus Pruni.

La cloque du pocher » — deformans.

Le puceron du pèoher » Aphis Persicœ.

La cochenille du pécher » Chermes Persicœ.

La rouille du pommier » Gymnosporangium clavd-

rise forme,

— du poirier » Gymnosporangium S&hinœ,

L'oidium » Erisyphe Tuckeri.

Le mildiou » Peronospora viticola.

Le rot blanc » Coniothyrium Diplodiella.

Le black-rot » Guignardia Bidwellii.

La maladie de la pomme de terre » Phytophtora infestans. La nouvelle maladie — » Bacillus solanicola, etc.

2* ApicuUure. — Depuis que la Société d'agriculture a organisé dans ses concours une section apicole, l'élevage des abeilles fait des progrès marqués dans le Gharollais. Nombreux sont les exposants, mais nous ne citerons que MM. Seguin, de Verosvres, qui a construit un nourrisseur simple et pratique, et J.-M. Blanc, de Beaulon (Allier), inventeur de ruches perfectionnées, d'un piège permettant de capturer, dans une seule belle journée, tous les fauxbourdons d'une ruche, et des pastilles au miel genre pastilles de Vichy.

3** Horticulture. — Tous les visiteurs des concours agricoles apprécient les belles plantes fleuries telles que Begoniay Fuchsia^ Géranium, Pelargonium, ou les sujets en fleurs naturelles, comme les armes de Digoin reproduites en couleurs exactes, par M. Buty, ou la corbeille décorative de M. Perceval, formée de pétales roses et de fleurs agglomérées, au milieu desquelles est une plante du Midi dénommée « Chenille surprise » ; c'est le Scorpiurius vermiculata, une légumineuse à gousse hérissée, roulée sur elle-même, imitant une chenille; on utilise cette ressemblance pour effrayer les convives en mettant bien en évidence quelques fruits de cette plante dans le potage ou la salade.

 côté sont des fruits savoureux et la fraise à gros fruits Saint'Jateph, obtenue et mise en culture par l'abbé Thivol-

let, curé de Chenoves; elle est précoce, productive, d'excellente qualité et franchement remontante. Puis c'est une nouveauté : le fraisier Président Krûger^ créé par M. Roidot, chevalier du Mérite agricole à Montceaux-rÉtoile ; il donne de mai à octobre de nombreux gros fruits rouges en forme de cœur, très délicats. C'est une variété remontante, sans filets, se multipliant par éclats et convenant tout particulièrement pour former des bordures.

Quelque appétissantes qu'elles soient, nous délaissons cependant les fraises pour visiter plus longuement les plantes de serres, la plupart exotiques, que nous avons peu souvent l'occasion de voir en si nombreux et si beaux représentants. Il y a là des produits apportés par de nombreux horticulteurs charoUais et plus spécialement par MM. Martin fils aîné, de Digoin, et Buty, de Paray-le- Monial. Voici les plantes observées :

Fougères : Adianthum cuneatum. -^ Alsophila australiSj fougère arborescente de l'Australie méridionale et de la zone intertropicale des montagnes boisées du nouveau continent, pouvant s'élever à 10 ou 12 mètres. — Aspidium violaceum. — Asplenium Lacksooni. — Pteris argyrea, originaire de l'Inde. — P. longifolia. — P. tremula,

 Palinges était exposé un herbier de 300 fougères de serres et de pleine terre, par M. Goby, de Génelard, renfermant de nombreuses variétés à partitions anormales ou à extrémités des frondes en crêtes, analogues à celles de Pteris aquilinay var. cristata Gillot*, découverte il y a quelques années à l'orée du bois des Cornus, sur Saint-Martindu-Lac, par M. Ormezzano.

Aroîdées : Anthurium Scherzerianum, l'une des plus belles aroîdées cultivées dans nos serres ; originaire de Nouvelle- Grenade.

1. D' Gillot, Anomalies deln fougère commune^ Pteris àquilinà h,, vweléié crûtàta, in Bull, Soc, hist. nat. AtUun, XI, 2. 1898, p. 199.

Ctpëragébs : Cypm^us Papyrus L. Plante qui fournissait la matière première à la fabrication du papyrus, sur lequel étaient écrits les manuscrits de ce nom, retrouvés pour la plupart dans les tombeaux égyptiens. ^

Palmiers : Toutes les espèces appartenant à cette famille sont recherchées par Thorticulture, et dans leur patrie beaucoup sont une ressource précieuse pour les habitants. Elles fournissent, en effet, leur bois, le lait de coco, le chou palmiste, le sagou, une liqueur contenant du sucre et de Talcool, etc. Nous avons noté :

Areea Bauerij de l'île Norfolk. — A. sapida^ de Nouvelle- Zélande. — Chamœiops eœcelsa^ des régions élevées de l'Himalaya et du Népaul. — C. humilis^ de la région méditerranéenne ; tous les deux sont assez rustiques pour pouvoir vivre en pleine terre dans le midi de la France. — Geonoma imperialis^ originaire des forêts vierges de l'Amérique tropicale, a des tiges grêles comme les roseaux. — Kentia Balmoreana. — K. Forsteriana^ tous les deux de Nouvelle-Calédonie. — Laiania borbonica^ à feuilles en éventail. — Phœnix canariensis. — P. reclinata.

GoMMÉLiNACÉES : Tradescautia virginica, très jolie plante connue sous le nom d'Éphémère de Virginie.

LiLiACÉES : Lilium lancifolium, var. rubrum^ portant des fleurs grandes, d'un rose tendre, lavées de carmin. — Phormium Veitchiij originaire de la Nouvelle-Zélande, comme le Phormium tenaxy dont les feuilles longues de 1 à 2 mètres, renferment des fibres textiles connues sous le nom de lin de la Nouvelle-Zélande.

AsPARAGiNACÉES : Asparagus tenuissimus. — A. plumosus superbus ; ces deux jolies plantes fournissent une verdure flne pour la décoration des garnitures de table. — Aspara^ gus decumbenSj nouveauté très élégante. — A. Sprengeriy

1. D' Diard, le PêpyruB et se$ Uiages^ in Bull. Soc. Mit. nàt, d'Autun^ 1900, 2, p. 79.

variété récemment introduite en Europe, forme de superbes suspensions à rameaux retombant pouvant atteindre 1™50. — Ih-acœna amabilis. — D. Bruanti, — D. cannœfolia. — D. Cant7^eHi. — D. indivisa^ avec ses deux variétés lineata et Veitchii. — D. Lindeni. — D. Pareyi. Les Dracœnas ou Dragonniers, originaires des Canaries ou de la Nouvelle- Zélande, sont fréquemment cultivés en serres tempérées, comme plantes vertes d'ornement. Dans leur patrie ils atteignent des dimensions énormes et fleurissent vers vingtcinq ou trente ans. Le Dracœna Draco d'Orotava, au pied du pic de TénérifTe, a détenu pendant longtemps le record de la longévité et du volume, mais il a été détruit par une tempête.

M USAGÉES : Musa Ensete. Les bananiers sont fort répandus dans les serres, et ce sont des plantes de première utilité dans les pays tropicaux, où on les cultive pour leurs fruits, aussi abondants que savoureux et qui constituent la nourriture habituelle de ces régions.

Broméliacées : Billbergia nidularium^ var. S^-Innocenti et var. Laurenti. — Billbergia rhodocyanea. Plantes herbacées vivaces de TAmérique tropicale, cultivées en serres chaudes pour leur abondante et éclatante floraison.

Cycadagébs : C^jcas revoluta. Cette plante originaire du Japon a Taspect d'une fougère arborescente; elle est très recherchée pour orner les serres ; sa moelle fournit un sagou inférieur, mais néanmoins susceptible d'entrer dans l'alimentation.

Conifères : Abies Nordmanniana du Caucase. — A. pmsapo^ du midi de l'Espagne, sont d'excellents sujets à placer par petits groupes dans les parcs. — Araucaria compacta. — A. excelsa. — A. glauca. Originaires des régions * tropicales ou subtropicales, les Araucarias sont des arbres élevés et pyramidaux qui exigent l'orangerie l'hiver. — Pinus ausiriaca, — P. strobus. — Thuja aurea silvestris sont très employés pour reboisement. — T. compacta, — T. ele-

gantissima. — T. oceidentalis, sont plantés dans les cimetières, petits jardins où ils forment des rideaux, abris de verdure, et peuvent être taillés. — Thujopsis dolabraia^ originaire du Japon. — Wellingtonia gigantea. — Cupressus fastigiaùa. — Taxus baceaia,

EuPHORBiACÉES : Cvoion Benoît Comte et Van Hostersei ne sont que deux variétés du Croton sebifeiiAm ou arbre à suif de la Chine, dont les grains sont entourés d'une espèce de cire très blanche, servant à faire des chandelles.

Artogarpées : Ficus elastica, var. foliis variegatis. Le beau feuillage de cette variété du Figuier élastique en fait l'un des arbres les plus beaux des serres tempérées où il est connu sous le nom de Caoutchouc. C'est son suc laiteux qui fournit la plus grande partie du caoutchouc de Tlnde.

Composées : Arctotis grandiflora ; très florifère de juillet jusqu'aux gelées; reoommandable pour la fleur coupée; se ferme entre deux et trois heures du soir, pour ne s'ouvrir que le lendemain matin. Originaire d'Âbyssinie et de l'Afrique australe. — Mikania scandens] convient pour suspension. — Ageratvm nain. Princesse Pauline. — Zinnia élégant, double, à bords des pétales dorés. Variété inédite et bien distincte des variétés anciennes, obtenue par M. Martin père, de Digoin.

RuBiAGÉES : Bouvardia Hogarthi, très belle plante à fleurs doubles, roses, originaire du Mexique.

Crassulacées : Crassula spatulata. Originaire du Cap, veut l'orangerie.

Saxipragagées : Hydrangea hortensia. — H. Otaxa, — H. paniculata. — H. rosea. Les Hydrangeas sont originaires de la Chine et du Japon. D'après A. Dubois {Monographies des communes du Charollais, p. 277), Philibert Commerson qui le premier fît connaître l'Hortensia en France et le dédia à Hortense Lepeauté, femme d'un célèbre horloger de Paris, serait né à Toulon-sur-Arroux. Il importe de relever une double erreur à propos du nom de Commerson (et non

Commerçon) et de son lieu de naissance, à Châtillon-Ies- Dombes (Ain), le 18 novembre 1727. Il exerça seulement pendant quatre ans (1760-1764), la médecine à Toulon-sur- Arroux, où il s'était marié. Il était, en effet, médecin et naturaliste du roi Louis XV, membre de l'Académie des sciences et compagnon de Bougainville dans son voyage autour du monde ; il découvrit plus de mille plantes nouvelles et mourut à TIle-de-France, le 13 mars 1773. ^

4* Exposition scolaire. — C'est à Texposition scolaire que les sciences naturelles sont le mieux représentées. Beaucoup d'instituteurs organisent, avec le concours de leurs élèves, de petits musées scolaires qu'ils sont heureux de placer sous les yeux du public. Ces collections, utiles au point de vue pédagogique, ont des valeurs très diverses au point de vue scientiOque. Celles formées par des maîtres isolés sont loin de valoir celles de leurs collègues déjà nombreux qui font partie de la Société d'histoire naturelle d'Autun; aussi ne saurions- nous trop engager les instituteurs naturalistes à faire partie d'une société savante, où ils trouveront des guides sûrs pour les diriger.

Beaucoup de travaux ont été exposés, mais nous ne citerons que ceux qui ont une certaine valeur scientifique ou qui nous ont permis de relever quelques stations de plantes intéressantes.

M. Sorgues, instituteur à Vitry-en-CharoUais membre correspondant de la Société d'histoire naturelle d'Autun, a réuni de nombreux silex taillés de la riche station de Vitry 2. Il a eu l'excellente idée d'accompagner sa collection d'un plan de la commune indiquant l'emplacement exact où chaque objet a été trouvé.

1. Voyez : Martyrologe et Biographie de Commeraon, par le D' F. B. de Montessus, Chalon-sur-Saône, 1889.

2. V. F. Pérot, Paléoethnologie dea valléea de la Loire, de la Bourbince et de VArroux, in Bull. Soc. hiat, na(. d'Autun, IV, p. 89.

Dans l'herbier de M*** Rigolet, institutrice à Palinges, nous avons vu de beaux échantillons de FrUillaria meleagris, de Saint-Laurent-lès-Mâcon, et de Sisymbrium sophia^ plante adventice rudérale, de Palinges.

Nous arrivons à l'herbier de M. Basset, instituteur à Mont, membre titulaire de la Société d'histoire naturelle d'Autun et de l'Académie internationale de géographie botanique dont il est lauréat. M. Basset a deux herbiers ; l'un embrasse la flore de France, l'autre est exclusivement local ; il ne contient que des plantes du canton de Bourbon-Lancy ; c'est celui qui était exposé. Il forme douze cartons, dont un de Rubus et de Rosa; il est accompaprné d'un catalogue comprenant, outre l'indication très précise des localités, rénumération et la description d'un grand nombre de variétés pour les genres Viola, Hypericum, Erodium, Rubi^, Rosa, Ceniaurea, etc.

Cette importante collection renferme quelques plantes nouvelles pour la région, voire même pour le département, qui viennent d'être Tobjet d'une note spéciale dans les Bulletins de la Société d'histoire naturelle d'Autun'. On y retrouve toutes les plantes rares que M. Basset a trouvées et décrites dans ses publications antérieures^ et dont nous rappelons les plus remarquables : Calepina Corvini Desv., Lepidium Smithii Hook., Viola Paillouxi Jord., Viola arvensis var. semi'velutina Grognot, Vicia lathyroîdes L., Anthémis collinaJovd., Centaurea maculosa Lamk.,X Primula média Peterm. {P. elatior X of/icinalis), Veronica spicata L., Lindermia gratioloides Lloyd, Scirpus maritimtÂS L., Asplenium germanicum Weiss., Marsilia quadrifolia L., etc., etc.

Ajoutons que la collection de M. C. Basset est complétée

1. ContrihulioM à, là flore du département de Saône-et^Loire (année 1904). V. plus haut, p. 158.

2. C. Basset, Contribution à U flore du département de Saône-et-Loire, dans Bull. Soc. hist. nat. d'Autun, XI, 2 (1898), p. 183; Herborisations bourbonnaises^ ibid. XII, 2 (1899), p. 118; Notes de géographie botanique, ibid., XV, 2 (1902), p. 267.

par un carton de Zoocécidies, la plupart communes sauf deux ou trois dont Tune, qui nous paraît être due à un coléoptère sur Thesium humifusum d'Étrigny, n'est ni décrite par KiefTer *, ni par Darboux et Houard. ^

Deux autres, Tune par un Aphide sur Arabis hirsuta d'Étrigny, et Vautre par Mecinxxs Linarix Panzer, sur les racines de Linaria vulgaris de Mont, n'avaient pas encore jusqu'ici été trouvées en Saône-et-Loire.

Il est excessivement rare de trouver dans un concours agricole, une exposition aussi importante que celle de M. Basset; aussi le jury a été^ unanime à lui décerner le premier prix avec ses félicitations.

E. CHATEAU et Q. ORMEZZANO.

Les Fossiles des colonies françaises*

Conférences faites aa Muséum d'histoire naturelle, le 1? et le 28 avril 1904,

PAR ARMAND THEVENIN, ▲Mistant d« Pâléontologi*.

Les colonies françaises, répandues pour ainsi dire au hasard sur la surface du globe, ne constituent pas une entité géologique et le sujet de ces conférences peut paraître quelque peu ingrat; je Tai adopté pour répondre au programme général de renseignement colonial du Muséum, dont le but est à la fois de faire connaître Thistoire naturelle des possessions françaises et d'y provoquer des découvertes nouvelles qui enrichissent la science et accroissent les collections de notre grand musée.

1. J.-J. Kieffer, Synopiis dei Zoocécidieê d'Europe^ dans Annales de la Soc. ent. de France. 1901.

2. Darboux et Houard, Catalogue êyatématique dea Zoocécidies de ^Europe et du bassin méditerranéen, Laboratoire d'évolution des êtres organisés, 3, rue d»Ulm, Paris, 1901.

Je ne vous donnerai pas de détails sur les procédés à employer pour recueillir les fossiles, les consolider sur place, etc. M. Marcellin Boule, que je remercie d'avoir bien voulu me charger de prendre cette année la parole devant vous, a plusieurs fois, dans ses conférences aux voyageurp, indiqué cette technique et vous Ta rappelée Tan dernier encore. Les explorateurs seront toujours les bienvenus au laboratoire de Paléontologie, où ils peuvent acquérir rapidement les notions indispensables. Je vous répéterai seulement qu'il est nécessaire de faire, autant que possible, une coupe géologique du gisement et d'inscrire immédiatement sur l'étiquette qui accompagne chaque échantillon toutes les indications utiles.

Je n'ai pas à vous rappeler Tutilité des fossiles ; ils servent à la fois au géologue et au prospecteur, pour fixer l'âge d'un terrain. Le premier utilise ces données, comme l'archéologue se sert des médailles, pour dater les événements de l'histoire de la terre; le second apprend qu'il faut rechercher dans des strates inférieures ou supérieures à celles qui sont devant lui, des combustibles, certains niveaux métallifères du phosphate, du sel, du gypse, etc.

Il y a une autre façon d'envisager l'étude des fossiles, c'est de considérer, dans les différentes couches sédimentaires, chaque forme organique comme descendant d'une forme plus ancienne et légèrement différente, et de rechercher les enchaînements des êtres, les lois de leur évolution. Mais le sujet de cette conférence ne se prête pas à une telle interprétation des fossiles. Je vais donc les utiliser uniquement comme des médailles de la création.

Je suppose connus les différents termes de la classifica-* tion géologique et de la classification zoologique.

Nous étudierons aujourd'hui brièvement les fossiles de nos colonies de l'Afrique septentrionale, occidentale et centrale et, dans le second entretien, les fossiles de Mada-

gascar et des possessions françaises d'Asie, d'Océanie et d'Amérique.

L'exposé des connaissances paléontologiques relatives à TAlgérie et à la Tunisie exigerait une série de conférences. Je ne puis vous en présenter ici que le résumé très bref; j'insisterai davantage sur les découvertes faites au cours des explorations récentes, dans les régions les moins connues.

On ne connaît pas, en Afrique, de fossiles d'âge cambrien ou silurien. Au Congo, les géologues, notamment M. Barrat, ont attribué au Silurien et aux autres terrains paléozoiques, une série de schistes, d'arkoses, de grès, sans y avoir trouvé aucun fossile ; je vous signale donc un premier point qui mériterait des recherches.

Le Dévonien affleure, sur une large surface, dans le Sahara ; il y est connu depuis longtemps, depuis le voyage de Barth, au cours duquel Overweg Ta découvert dans le pays des Touareg Adzger. M. Foureau a recueilli des fossiles, et notamment un grand Hoinalonotus^ au Tassili de Mengough. On a trouvé des Spirifer caractéristiques du Dévonien, dans le Sahara central {S. Bouchardi) et au Sud de la Tripolitaine, aux environs de Mourzouk {S. cf. mesooostalis).

C'est dans le Sahara occidental qu'ont été signalés, en ces dernières années, les plus nombreux fossiles du Dévonien. Plusieurs explorateurs, parmi lesquels M. Flamand et M. Gautier, le lieutenant Bavet, ont trouvé près de Beni-Abbès, dans l'oued Saoura, à Charouin, dans le Gourara, la série complète des assises dévoniennes, avec de nombreux polypiers, notamment Calceola sandalina^ des Clyménies, des Goniatites qui ont été étudiées par M. Haug, un OrihoceraSj un Phacops.

Voici des Clyménies recueillies à Charouin, par M. Gautier. M. Flamand a signalé dans le Touat et le Tidikelt, des fossiles de même âge {Spirifer aff. Rousseauiy Chonetes sp., Pleurodictyum,,.).

Cette faune dévonienne présente beaucoup d'analogies avec la faune d'Europe, et elle nous montre que la mer s'étendait sur le Nord de l'Afrique, l'Espagne, le Midi de la France et jusqu'en Asie Mineure, puisque nous rencontrons les mêmes fossiles dans ces pays divers.

La mer a recouvert encore l'Afrique septentrionale, pendant le Carbonifère. Lenz a recueilli et Stache a étudié les premiers fossiles marins de cet âge, découverts ' en Afrique. M. Foureau en a trouvé également à une latitude de 27® environ, entre le Tassili et l'Erg d'Issaoun [Producius Cora, nombreux Crinoîdes), mais c'est surtout dans la vallée de la Zousfana, non loin de Bechar, et dans le Tidikelt, entre In-Salah et Akabli, que les fossiles du Carbonifère marin abondent. Voici des fossiles de l'oued Zousfana envoyés au Muséum par le capitaine Normand et par le lieutenant Poirmeur : des Polypiers constructeurs de récifs {Lilhostrotionj etc.), de nombreuses tiges de Crinoîdes (Poteriocrinus), des Bryozoaires (Fenesiella, Archimedes)^ des Brachiopodes [Producius semireticulatuSy Spirifei^siriatuSy Rhynchonella)^ des Céphalopodes [Orthoceras).

Ce sont là des fossiles analogues à ceux de Visé ou de Tournay, de Russie ou d'Amérique, et la mer gagnait sans doute l'Espagne et les Pyrénées, où l'on connaît la même faune, par la Sardaigne et le Nord de la Tunisie, car dans Tune des îles de la Galite, M. Issel a signalé des Crinoîdes et des Bellerophorij identiques à des espèces de Sardaigne K

Il faut rechercher dans le Carbonifère des fossiles végétaux qui feront découvrir peut-être des gisements de charbon, à proximité des voies de pénétration dans TAfrique centrale. Overweg a trouvé une Sigillaire, M. Foureau arecueilli un Lepidodendron et signalé des amas charbonneux

1. M. Barrât a rapporté au Dinaatien sans preuves paléontologiques» des schistes argileux et des arkoses des l>ords de l*Ogouô.

dans les grès; M. Bureau étudie un Stigmaria du djebel Béchar.

On ne connaît pas de fossiles d*âge permien dans nos possessions africaines.

La mer s'est étendue, pendant Vépoque triasique^ sur une partie de TAlgérie, mais les fossiles y sont rares ; on trouve, par exemple, des Hyophoria costata dans des calcaires à Souk-Ahras (Constantine), ou à Noisy-les-Bains (Oran). Les assises moyennes et supérieures du Trias semblent s'étendre loin vers le Sud, dans le Sahara, sous forme de calcaires, de dolomies, d'argiles bariolées salifères, mais on n'y a pas signalé la présence de fossiles caractéristiques.

Dans la région équatoriale de l'Afrique, les hautes vallées du Sénégal et du Niger, le Congo et rOgooué traversent des grès que les explorateurs ont assimilés provisoirement aux grès de Karoo, c'est-à-dire à une formation continentale de l'Afrique du Sud, qui renferme des gisements de reptiles fort intéressants, tels que le Pareiasaurus. Il serait donc du plus haut intérêt de rechercher des fossiles dans ces grès, et cette recherche pourrait présenter un intérêt pratique, car, dans les grès de Karoo, se trouvent les plus importants charbonnages de l'Afrique australe.

Le Jurassique est inconnu dans toute l'Afrique centrale et, dans l'état actuel de nos connaissances, il faut admettre que cette région était alors émergée S niais il est bien développé en Algérie, en Tunisie et dans le Sahara septentrional.

Le Lias où les collectionneurs trouvent en France tant d'ammonites et de bélemnites contient les mêmes fossiles en Algérie. Je ne puis ici vous les signaler tous. Parmi les découvertes récentes, j'indiquerai la présence des Car-dinies et Cypricardia porrecta de l'Infralias, dans la région

I. On sait que des fossiles du Jurassique moyeu oot été recueillis en Abyssinie ti sur la côte des Somalis.

des hauts plateaux oranais. Le Lias inférieur renferme quelques fossiles à Saida (Oran), à Souk-Âhras (Constantine). Le Lias moyen et surtout le Lias supérieur sont beaucoup plus riches en fossiles; on les observe jusque dans le Sud oranais, et le colonel Jourdy a recueilli des fossiles du Toarcien dans la région de Figuig, au djebel Kardacha. M. Flamand en a signalé près du chott Chergui, et je puis vous citer comme localités moins lointaines la Kabylie du Djurjura, la bordure du massif des Traras, dans la province d'Oran, ou le djebel Zaghouan, près de Tunis. On trouve là la faune d'ammonites du Toarcien de la France méridionale et de TAndalousie, de nombreux Harpoceras et CœloceraSj des Lytoceras et des Phylloceras.

Le Jurassique moyen et supérieur d'Algérie et de Tunisie renferme également des fossiles nombreux et semblables à ceux de France. On a pu distinguer dans la province d*Oran ou au Zaghouan la même succession de zones caractérisées par des ammonites. Voici des Ammonites Brongniati^ macrocephalus y ancepSy des Perisphincies du Zaghouan, etc..

Les oursins sont nombreux à cette époque dans l'Afrique du Nord, et je dois vous signaler comme un des joyaux de la collection paléontologique du Muséum, les magnifiques spécimens d'oursins siliceux, recueillis dans le Kimeridgien de Géryville et patiemment dégagés par le colonel Durand.

On trouve en Algérie, dans les calcaires du Jurassique supérieur les mêmes fossiles que dans le Dauphiné. C'est le Tithonique avec une faune d'Ammonites spéciale (Hoplites^ Neumayria...) connue depuis les travaux de Bayle, Ville et Coquand, à Lamoricière, près d'Oran, avec des Térébratules percées ou bifides {Pygope), avec des hydractiniaires {Ellipsac ténia de Tunisie).

Je dois signaler ici, car jusqu'à présent les découvertes de vertébrés fossiles ont été exceptionnellement rares dans

les terrains secondaires d'Algérie, la présence d'un crocodilien (Goniopholis)^ trouvé par M. Gentil, à Lamoricière.

Les fossiles de Vlnfracrétacé d'Algérie et de Tunisie présentent également beaucoup d'analogie avec ceux de France, et on trouve une faune particulièrement riche d'Ammonites ferrugineuses, de Bélemnites plates, d'Oursins depuis la Tunisie (Zaghouan, Dj. Reçass, Bou-Kournin) jusque dans la province d'Oran (Arlal), en passant par l'oued Cherf et le Dj. Taya (Constantine), les environs de Sétif (Dj. Bou-Thaleb) et de Miliana.

On trouve là dans le Néocomien les fossiles bien connus en France, tels que VExogyra Couloni; parmi les oursins prédominent les Toxasteret lesHeteraster, parmi les Céphalopodes, on recueille des formes déroulées. Vous pourrez voir un faciès urgonien à Réquienies. (Dj. Bou-Thaleb). Dans TAptien vous recueillerez les mêmes Orbitolines que dans le Midi de la France. L'Albien est également fossilifère.

Il est possible que la mer, pendant Tlnfracrétacé, surtout à la An de la période, se soit étendue sur une assez grande partie de l'Afrique, et je dois vous indiquer des fossiles dans la zone littorale du Oongo, où M. Choffat et M. Stanislas Meunier ont signalé des Céphalopodes déroulés. On a trouvé des fossiles analogues sur la côte des Somalis et M. Kilian a fait remarquer combien la faune aptienne du Sud-Est de l'Afrique (Delagoa) est identique à celle de France ; il y aurait eu alors une très large dissémination de la faune marine.

C'est surtout pendant le Crétacé que nous avons des preuves paléontologiques certaines de cette extension de la mer. On trouve des fossiles du Cénomanien depuis Figuig, In-Salah, El-Goléah, jusqu'en Tripolitaine , jusqu'en Egypte et en Syrie. Zittel a depuis longtemps remarqué que ce terrain présente là une faune spéciale (faciès africano* syrien), où abondent les Huîtres et les Oursins (surtout les Hemiaster)y tandis que dans la région septentrionale de

TAlgérie et de la Tunisie, la faune du Cénomanien est très identique à celle de l'Europe méridionale {Acanlhoceras rhotomagense, Scaphiies œqualiSy TurriliteSy Caprina^ etc.).

Le Crétacé inférieur fossilifère est connu depuis les explorations de Lenz, aux îles Élobi, en face de Tembouchure du Gabon {Stolicskaia dispar, Schlœnbachia inflata.,.), et il est fort possible qu'on trouve un jour des fossiles de cet âge non loin de Libreville.

En Algérie, à l'époque turonienne, la faune a changé ; il n'y a presque plus d'Huîtres et les nombreux Hemiaster sont remplacés par des Oursins réguliers; des genres d'Ammonites nouveaux apparaissent {Pseudotissotia, Vascoceras) ; les Rudistes descendent vers le Sud et M. Pervinquière a recueilli dans la Tunisie centrale des Hippurites [H. Requienij etc.). On trouve jusque dans la Tunisie méridionale des BiradiolUes {B. cornupastoris). La faune d'Ammonites présente des espèces qui ne sont connues jusqu'à présent que dans l'Inde.

A répoque sénonienne, il y a un nouveau changement de faune, provenant sans doute d'une modification dans la direction des courants marins; les Huîtres redeviennent abondantes {Ostrea Nicaiseij Villei^ Ovenuegi.,.)^ en même temps que les Oursins irréguliers (Hemiaster Fournelij etc.).

On connaît des fossiles d'âge turonien ou sénonien en dehors de l'Algérie et de la Tunisie, dans les colonies françaises d'Afrique. M. Barrât a signalé dans l'estuaire du Gabon, non loin de Libreville, aux villages de Dévies et de Glass, des fossiles du Crétacé moyen (Ammonite indéterminée. Huître, Inoceramus labiatuSy Echinobrissus pseudominimus^). M. Stanislas Meunier a indiqué à Palenquine, au Sénégal, l'existence de fossiles « d'aspect crétacé. »

On savait depuis Overweg et depuis les missions Rolland

1. On a recueilli au Congo portugais de nombreux fossiles du Crétacé qui ont été étudiés par H. Cboflbt.

et Foureau, que le Crétacé s*est étendu sur le Sahara oriental et septentrional; mais on pouvait admettre, il y a quelques mois, que le Sahara central et le Soudan avaient été émergés pendant le Turonien et le Sénonien. Une découverte fortuite nous montre qu'il n'en est rien; le commandant Monteil avait conservé, comme souvenir de son expédition, un caillou qu'il avait un jour recueilli entre le lac Tchad et Bilma et qui montrait, malgré la patine du désert, une structure rayonnée ; ce caillou fut remis récemment à M. de Lapparent et il est maintenant dans la collection de paléontologie du Muséum; le voici. C'est un oursin du genre Nœtlingia^ caractéristique du Crétacé supérieur dans l'Inde^. L'année dernière les capitaines Gaden et Cauvin rapportèrent des fossiles qu'ils avaient recueillis en plein centre de l'Afrique, dans le Damerghou, non loin de Zinder, vers 14^ de latitude. Voici un de ces fossiles donné au Muséum par le capitaine Cauvin. Ce sont des Ammonites appartenant au genre Vascoceras du Turonien.

Il résulte de ces découvertes que l'Afrique centrale a été, en grande partie, recouverte par la mer pendant le Crétacé, et que les explorateurs peuvent y trouver d'autres fossiles.

Nous arrivons à Vèi^e tertiaire. Quels étaient alors les habitants des mers sur l'emplacement de nos colonies d'Afrique? Les plus importants par leur nombre étaient à coup sûr les nummulites, ces foraminifères de grande taille, dont l'abondance est telle dans les dépôts éocènes des bords de la Méditerranée, que ces dépôts ont été longtemps désignés sous le nom de terrain nummulitique. Ce terrain nummulitique est surtout développé dans la région côtière d'Algérie.

Les mollusques et les oursins sont abondants dans les assises éocènes un peu plus méridionales ; il est d'ailleurs

1. Rohlf a signalé la présence d'Ammonites enire Bilma et Âgaden. Il serait désirable que ces gisements d'Ammonites fussent retrouvés.

remarquable que, parmi ces mollusques, il y aurait, suivant M. Locard, plus d'espèces communes entre la Tunisie et rinde, qu'entre la Tunisie et TAlgérie. Les courants du Crétacé supérieur continuaient probablement à se faire sentir dans le même sens pendant TÉocène.

Parmi les dépôts éocènes, les phosphates de Tebessa (éocène inférieur) et de Gafsa (éooène supérieur) ont une importance spéciale. Ils ont été découverts par M. Philippe Thomas, Tun des savants qui ont le plus contribué à l'exploration géologique et paléontologique de la Tunisie, qui mérite la reconnaissance du Muséum, dont il a enrichi largement les collections, mais qui a droit surtout à un tribut d'admiration pour son désintéressement scientifique, car il n'a voulu tirer aucun avantage de sa découverte dont il avait pourtant immédiatement reconnu Timportance économique. Ce n'est pas ici le lieu d'étudier l'origine de ces phosphates, bien que tout le phosphore ait été apporté là probablement par des êtres organisés, animaux ou végétaux (diatomées). On y a trouvé des restes de vertébrés marins, notamment de nombreuses dents de squales, un crocodilien, un beau crâne de tortue.

Au Sénégal et dans le Soudan, on a découvert récemment des fossiles éocènes. M. Stanislas Meunier avait signalé à Palenquine (Sénégal), des fossiles d'aspect éocène (dents de poissons et foraminifères). M. Rambaud avait recueilli également quelques fossiles peu caractéristiques (Odontaspis ciùspidata), entre Dakar et Saint-Louis. M. Chevalier a ramassé au puits de Baol (Sénégal), un oursin, connu déjà dans l'Éocène [Echinolampas Goujoni). Un sondage aux environs de Saint-Louis a rencontré le terrain nummulitique. Enfin, à 400 kilomètres à l'ouest de Zinder, dans la vallée de Tamaské, dans le Damerghou, le capitaine Gaden a recueilli des fossiles caractéristiques de l'Éocène ^ Il faut

1. M. Barrât, à la suite de ses explorations et des observations de Pechuel Lœsch, a conclu que la Talaise de l'Ogooué et du Gabon est formée de terrains tertiaires.

donc admettre que l'Afrique centrale a été, en partie au moins, recouverte par la mer éocène.

A l'époque oligocène^ une grande partie de TAlgérie était exondée; on trouve là comme en France, des mollusques terrestres et fluviatiles (Smendou, Polygone de Gonstantine), et il serait fort intéressant de trouver une faune de mammifères dans les dépôts d'argile rouge que les géologues algériens attribuent àTOligocène et qui sont analogues, comme aspect, à des dépôts fossilifères de la France centrale et d'Espagne.

Le Miocène marin est largement représenté en Algérie avec trois divisions fossilifères (Cartennien, Helvétien, Sahélien). Sa faune, riche en Pecten^ en Ostrea (0. crassissima)^ en Scutelles, en Clypéastres, présente des analogies nombreuses avec celle du Languedoc, du Dauphiné et d'Espagne. A la même époque, une partie de l'Algérie était exondée, et on trouve des mollusques terrestres, fluviatiles bu lagunaires. Je vous signalerai seulement les dépôts à Hélix de Biskra, de Bordj-Bou-Arredidj. On connaît peu de restes de vertébrés d'âge miocène : Poissons des marnes d'Oran, Mastodonte du Cherichira (Tunisie).

Le Pliocène se présente sous la forme de dépôts marins peu étendus à Pecten cristatus^ Ostrea lamellosa^ Terebra^ tula ampulla^ nombreux Oursins près d'Alger, dans le sahel d'Oran et près de Mostaganem ; on observe des dépôts continentaux de même âge avec des mollusques terrestres, lacustres ou fluviatiles, en de nombreuses localités telles qu'Aïn-Jourdel (Gonstantine), Aîn-el-Bey (Gonstantine), Hussein-Dey (Alger), Puits Karoubi (Oran).

M. Thomas et M. Pommel ont recueilli des ossements de mammifères d'âge pliocène, Hipparion, Elephas Borsoni, Elephas meridionalis. M. Oaudry a décrit un Hippopotame venant du Pliocène de Bône qui présente six incisives comme les espèces fossiles de l'Inde, tandis que les hippo-

potames d'Afrique ou ceux du Pliocène de France n'en ont que quatre. *

L'exploration des alluvions quaternaires et des cavernes a fourni à Pomel (à Palikao, Aboukir, Cherchel, Terniflne), de nombreux ossements qu'il a décrits en de volumineux mémoires. La plupart de ces animaux ont émigré vers le Sud (Éléphants, Rhinocéros, Hippopotame, Antilope gnou); d'autres tels que l'Ours ont disparu totalement de la faune d'Afrique, d'autres comme le chacal et l'hyène ont persisté. Voici une corne d'un bufïle d'une énorme taille {Bubaîus antiquus) qui a été trouvée dans l'oued Seguin et récemment donnée au Muséum.

L'homme a laissé dans les dépôts quaternaires, les traces de son industrie. On y trouve des instruments paléolithiques, et vous voyez ici une série de beaux instruments en quartzite, provenant du gisement du lac Karar (Oran), découvert par M. Gentil et étudié par M . Boule. L'homme a laissé les traces de son art dans les nombreux dessins rupestres que recherchent maintenant avec soin, sur toutes les parois rocheuses, les explorateurs du Sud algérien. ^

On avait émis, il y a quelques années déjà, l'hypothèse que les grands chotts représentaient les derniers témoins de l'extension d'une mer intérieure. C'est un paléontologiste, Tournouêr, qui a donné le meilleur argument à rencontre de cette manière de voir, en montrant que le Cardium edule trouvé en abondance sur les bords du chott Melrir n'est associé à aucune espèce marine ou d'eau saumâtre, qu'il est au contraire mêlé à des mollusques d'eau douce, et qu'il peut vivre dans une lagune dessalée. Les

1. Je ne puis que mentioiiDer ici les importants dépôts détritiques attribués le plus souvent au Pliocène sur les cartes géologiques, et où Ton n'a trouvé jusqu'à présent aucun fossile caractéristique.

3. Bien que la plupart de ces dessins rupestres soient à coup sûr fort anciens, puisqu'ils représentent souvent des animaux tels que l'Éléphant ou le Bubale qui ne font plus partie de la faune saharienne, il serait prématuré de conclure qu'ils sont tous l'œuvre des hommes du quaternaire ; il y en a de plusieurs époques.

premiers Cardium ont été apportés dans les chotts par quelque Palmipède ; ils s'y sont multipliés et la salure des chotts est due non à la mer, mais aux terrains salifères encaissants.

Je dois enfin vous signaler une autre catégorie de dépôts quaternaires, dont l'étude peut fournir des notions géologiques importantes, sur les derniers mouvements du sol et les migrations des faunes. Ce sont les plages soulevées, particulièrement fossilifères aux environs de Sfax et de Monastir, où elles dominent d'une dizaine de mètres en moyenne le niveau de la mer et renferment, avec des espèces de mollusques vivant actuellement dans la Méditerranée, des espèces actuelles émigrées au Sénégal, telles que Strombus bubonius^ Conus papilionaceus, Conus germa^' niiSy Cancellaria piscatoria.

De tels dépôts, correspondant à des phénomènes géologiques récents, peuvent être observés sur presque toutes les côtes africaines, et un sondage à Saint-Louis (Sénégal) a rencontré à 150 mètres de profondeur, la coquille d'un mollusque qui vit encore actuellement dans la Méditerranée et rOcéan.

L'histoire géologique de Madagascar est différente de celle de l'Afrique septentrionale et centrale, qui nous a surtout occupés jusqu'ici; elle présente beaucoup plus traits de ressemblance avec l'histoire l'Inde.

Le laboratoire de paléontologie du Muséum a reçu, depuis une dizaine d'années, de nombreux envois de fossiles de Madagascar, recueillis par les explorateurs et les officiers du corps expéditionnaire, notamment par MM. Ârdouin^ Bastard, de Bouvier, Colcanap, Condamy, D"" Decorse, Gautier, Grandidier, Grillot, Mager, Perrier de la Bâtie, Schnebeli, Vuillaume, et M. Boule a pu tracer, d'après ces

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Fis. 2. — Esquisse géologique de Madagascar, par M. Marcelin Boule. (Extrait . de Madagascar au début du vingtième siècle^ Paris, de Rudeval, éditeur.)

envois et d'après les documents les plus récents, la carte géologique de Tile.

Les plus anciens fossiles connus à Madagascar appartiennent au Lias, mais les terrains qui les renferment ne sont pas les plus anciens terrains sédimentaires de Tile ; ils surmontent un ensemble de grès, où il serait d'autant plus intéressant de trouver des fossiles que, d'après leur aspect et leur situation, on a assimilé ces grès aux dépôts d'origine continentale, largement développés dans l'Afrique australe (Karoo- formation), et dans l'Inde (Qondwanaformation), où Ton a rencontré des restes de reptiles qui ont pu être considérés comme les ancêtres des mammifères.

Les fossiles du Lias' ont été trouvés dans l'Âmbongo, c'est-à-dire dans la région du cap Saint-André, à Ânkilahila [Harpoceras, Spiriferinesa, Mollusques divers), et à Nossi-Bé {Harpooeras divers et Spiriférines). En ce dernier point, on observe, dans les couches marines, une intercalation de couches à végétaux qui constituent les charbons de Nossi-Bé ^ dont M. Zeiller a étudié la flore fossile.

Le Lias fossilifère a été signalé en d'autres points encore, notamment dans le Nord-Ouest de l'île, à Andranosamonta et Ankaramy, par MM. Baron et Newton, dans le Sud-Ouest, à Morondava, par Fischer, mais d'après des fossiles moins caractéristiques.

Le Bajocien et le Bathonien sont connus en plusieurs points : dans le bassin de la Betsiboka, au Nord-Ouest, près de la vallée du Manambolo, dans la partie moyenne de l'ile, et près de TuUear, au Sud. Je ne puis faire ici la nomenclature des espèces ni celle des gisements signalés par Fischer, MM. Richardson, Newton, Baron, Boule, Douvillé. On a trouvé des Lamellibranches, des Gastropodes, des Brachiopodes, des Polypiers et jusqu'à présent un petit nombre d'Ammonites. Je vous signalerai seulement, dans le Bajocien d'Andranosamonta, la découverte d'un Sténéo-

saure, reptile voisin des crocodiles, et la présence de fossiles silicifiés non loin du Bémaraha.

D'ailleurs ces fossiles appartiennent à des espèces signalées en Europe, et il semble en être de même dans Tlnde, à la même époque ; nous avons dit qu'il en est de même en Algérie. La différenciation des provinces zoologiques a été progressive.

Le Callovien et VOxfordien sont également fossilifères, notamment aux environs de Morondava et à Bérakétra, à la latitude de Tulléar. Voici de beaux échantillons de Macrocephalites macrocephalus^ de Perisphinctes plicatiliSy de Phylloceras Puschi.

Je ferai remarquer que ces fossiles sont identiques à des fossiles d'Europe, et qu'il ne semble pas exister encore une faune indo-malgache très distincte.

Cette faune se différencie nettement au Jurassique supérieur, et on a trouvé à Madagascar, des espèces des grès de Katrol (Inde), à Ambalia et surtout à l'Ouest des monts de Bémaraha. Je signalerai, en passant, que cette faune a été observée dans l'Afrique orientale, anglaise et allemande.

Les assises du Jurassique de Madagascar renferment de nombreux ossements de Dinosauriens dont je vous présente quelques exemplaires recueillis par M. Bastard, appartenant à un Sauropode voisin de Brontosaurus, Le capitaine Colcanap en a recueilli récemment un grand nombre dans le Nord-Ouest de l'île, et vient de faire au Muséum un très important envoi.

L'Infracrétaoé est certainement représenté à Madagascar, et voici de grands Acanthoceras datant de cette époque ; ils viennent de Besarotra, dans la région du Sakondry, et ont été étudiés par M. Boule. On retrouve même à ce niveau des formes d'Europe telles que Phylloceras Velledx^ Desmo^ ceras Beudantij mais l'étude de cette faune est moins avancée que celle de la faune crétacée.

Le Crétacé est très fossilifère à Madagascar. Vous reconnaissez ici des espèces caractéristiques du Cénomanien telles que Acanthoceras rhotomagense, Schlœnhachia inflaia^ Turrilites tuberculatuSy venant de la vallée du Sakondry, où ils ont été recueillis par M. Gautier, ou bien de la Montagne des Français, près de Diégo-Suarez, où M. Mager les a récoltés.

Tous les paléontologistes qui se sont occupés de Madagascar ont eu entre les mains des fossiles du Crétacé supérieur, mais les plus beaux gisements ont été découverts à la Montagne des Français, par M. Schnebli, et dans le Ménabé, par le capitaine Condamy. Ils contiennent à la fois des espèces de Tlnde (Oolatoor-group et Arrialoor-group)^ telles que Pachydiscus rotalinusj Pachy disons Tweenianus, Haueri^ ceras Gardeniy Brahmaites Brahma^ et des espèces de TEurope occidentale comme Schlœnbachia Haberfellnerij 2\irrilUes polyploctASj Mortoniceras Texanum.

Les huîtres abondent (notamment G. vesicularis^ G. pro'boscidea, Alectryonia ungulaia)j ainsi que les Inocérames (/. Cripsi).

On admettait, pour expliquer ces analogies de faune avec rinde, l'existence d'une presqu'île indo-malgache et l'émersion de la région centrale et orientale de Madagascar ; mais le lieutenant Grillot et M. Qautier ont envoyé au Muséum des fossiles venant de la partie orientale de Tîle (Fanive* lona), qui ont permis à M. Boule d'indiquer sur cette côte la présence du Crétacé supérieur {Lyloceras Indra et oursin du genre Nœtlingia). *

Je dois indiquer comme un fait paléontologique im* portant, l'existence de Dinosauriens à Madagascar, pendant le Crétacé. Voici des ossements recueillis par le D' Decorse.

1. Un envoi da colonel Mouleyres à M. Douvillé a récemment confirmé les observations de M. Boule. Il est fort désirable que les explorateurs recherchent avec soin les fossiles dans la région orientale de Madagascar.

La présence de TÉocène à Madagascar est prouvée par Tabondance des nummulites dans certaines roches, notamment aux environs de Diégo-Suarez et à Nossi-Bé.

L'Oligocène marin y est également connu et renferme, avec des foraminifères caractéristiques (Lépidocyclines), une faune de mollusques qui est, d'après les études de M. Paul Lemoine, analogue à celle des dépôts contemporains des îles de la Sonde.

On ne sait rien des faunes fossiles de Madagascar, entre rOligocène et le Néolithique, et je dois vous signaler tout l'intérêt qu'il y aurait à rechercher des ossements fossiles, dans des dépôts continentaux (alluvions, calcaires d'eau douce, cavernes, tufs volcaniques) de la grande île. Ces recherches donneraient peut-être la clef de l'histoire paléontologique des Lémuriens, qui vivaient en Europe à l'Oligocène et qui sont maintenant confinés à Madagascar.

Au Néolithique correspond la faune fossile des marais (Amboulisatra...) On y a trouvé de grands oiseaux, dont le plus connu est VjEpyornis^ de grandes tortues (TesPudo Gran^ didieri), de grands lémuriens (Megaladapis^ etc.), des hippopotames; il est certain que ces animaux ont été contemporains de Thomme et je vous présente, par exemple, un os d'hippopotame taillé par quelque ancêtre des Malgaches actuels.

Telle est brièvement résumée la paléontologie de Madagascar. Nous venons de voir qu'on y rencontre, à certaines époques, les mêmes fossiles que dans l'Inde ; ces fossiles se trouvent aussi dans VInde française : ils ont fait Tobjet d'un travail importantd'un paléontologiste viennois, M. Kossmatt, et il est à souhaiter que le Muséum reçoive bientôt des ammonites de Pondichéry. *

1. A Karikal» dans llnde française, se trouve un gisement de mollusques d*àge pliocène, qu'a décrits M. Cossmann.

L'histoire de rindo-Gliine (Annam, Laos, Tonkin) est totalement différente de celle de THindoustan. L*Hindou8tan a été émergé pendant la plus grande partie des temps primaires, pendant le Trias et le Lias inférieur, mais on y trouve des fossiles marins des temps secondaires et surtout du Crétacé. L'Indo-Chine au contraire n*a plus été recouverte par la mer, à en juger d'après les connaissances actuelles, après le Jurassique inférieur, mais en revanche elle était immergée pendant le Dévonien, le Carbonifère, le Permien et le Trias.

Le Silurien n'est pas connu dans nos possessions d'extrême Orient ni même dans les régions immédiatement voisines.

Le Dévonien moyen et le Dévonien supérieur sont fossilifères non loin des frontières du Tonkin, comme l'ont montré les explorations de MM. Loczy et Leclère, dans le Se-Tchouen et le Yunnan. On y a trouvé notamment A^ypa eœplanataj Spirifer paohyrhynchus^ S. ^ntocu ium, des Rhyrt" chonelleSj des Orthis^ des Polypiers. M. Monod a signalé dans le Kouang-Si, un trilobite [Phacops Vasseuri) et des restes de poissons.

Ce Dévonien contiendrait des gisements de charbon.

Le Carbonifère est représenté par des formations marines qui sont d'ailleurs connues en Chine et jusqu'au Japon, avec une faune analogue. Les fossiles les plus caractéristiques sont des foraminifères : Fusulina et Schwagerina {S, princeps)^ des Brachiopodes : Productus etSpirifer {S.mosquensis); il y a de nombreux polypiers {Lonsdaleia^ etc.). Tous ces fossiles ont été trouvés par la mission Leclère, dans la Chine méridionale.

M. Counillon a signalé un poudingue à Schwagerina princeps^ dans le Laos, à Louang-Prabang.

Au Tonkin le Carbonifère est bien représenté aux environs de Bac-Lé et d'Allong. Le gisement fossilifère le plus connu est la montagne de l'Éléphant, dans le delta, à l'Ouest

Fio. 3. — Esquisse géologique de l'Iudo-Chine française, d'après MM. Fuchs et SaladiD. (Annaleê d9$ Mineê, 1882, pi. YJ.)

d'Haîphong. Il a été signalé par M. Jourdy, et M. Douvillé en a étudié les fossiles [AthyriSj Spirifer mosquensis, Pert" tremiteSy Lophophyllum^ Syringopora).

Ce Carbonifère contient des couches de charbon exploitéesy qui sont intercalées au milieu des assises marines. Il en est de même en Chine, non loin du Tonkin (gisement de Yunnan-Sen).

A Louang-Prabang, M. Counillon a trouvé) dans des argiles violettes, une faune de ProduciuSj Schwagerina^ Lonsdaleia, qui représente le «Carbonifère supérieur ou le Permien inférieur. Le Permien marin parait être très fossilifère près de la frontière du Tonkin, dans la Chine méridionale, où M. Monod et M. Leclère ont recueilli : Lmorina^ Straparollus^ Pachypora^ Productus intermedius^ Spiriferina cristata.

Les dépôts du Trias, en Indo-Chine, sont également, pour la plupart, des dépôts marins et établissent la continuité entre les formations de même âge de THimalaya d'une part, du PaciOque d'autre part. Aux environs de Lang-8on et sur le trajet du chemin de fer de Lang-Son à Phu-Lang- Tuong, on a trouvé des Myophoria^ des Ammonites voisines des Ceratites (NoriUs). Dans la haute vallée de la Rivière Noire on a signalé une Ammonite du genre JuvaviteSy que M. Diener a décrite.

Mais il y avait aussi, dans notre colonie, des dépôts triasiques continentaux, car M. Counillon a signalé à Louang- Prabang, dans des argiles, de nombreux ossements de reptiles, parmi lesquels il a recueilli un crâne de Reptile anomodonte (Dicynodon)» C'est là une formation qui se relie à celle de Gondwana (série de Panchet) dans l'Inde, où on trouve aussi des Dicynodon, et à celle de Karoo, dans la colonie du Cap. J'appelle tout particulièrement votre attention sur ce gisement peu connu.

Les assises infraliasiques ont une importance spéciale au Tonkin, car les amas puissants de charbon de Kebao,

de Hongay, de Dong-Trieu, paraissent s*être déposés à cette époque ; on y a trouvé en effet des empreintes végétales abondantes, et M. Zeiller a reconnu que cette flore contient de nombreuses espèces du Rhétien d'Europe, mêlées avec des formes indigènes de la flore à Glossopteris de llnde. Il serait intéressant de rechercher la faune des terrains qui forment le toit ou le mur de ces exploitations. ^

Il est probable que la mer du Lias inférieur s'est étendue presque jusqu'au Tonkin, car M. Monod a recueilli tout près de cette province, une Ammonite qu'il rapporte, bien qu'avec doute, au genre Schlotheimia, D'après le même géologue, des recherches inédites de M. Counillon, il résulterait que les charbonnages du Laos (Vin Phuoc) contiennent des fossiles du Lias. Il y a là beaucoup de découvertes à faire.

Après le Lias sinon avant, la mer n'a plus recouvert le Tonkin, TAnnam, le Laos ou le Cambodge, et je ne puis plus vous signaler de fossiles, sauf des plantes d'âge crétacé ou tertiaire, qui ont été trouvées avec des mollusques d'eau douce {Unios^ Tulotomes)^ dans les charbonnages de Yen-Bay, sur le Fleuve Rouge.

Il y aurait à trouver, en Indo-Chine, des gisements de mammifères d'âge tertiaire, contemporains des dépôts des Siwaliks de l'Inde. Voici des fossiles de Birmanie, des environs de Mandalé, qui appartiennent à cette formation {Elephas namadicus^ Crocodiles^ etc.), je ne crois pas qu'on en ait recueilli dans une région plus orientale. On ne sait rien non plus sur les fossiles du Quaternaire de cette région, où abondent les grottes.

1 . Il serait aossi à souhaiter qae l'on pût connaître les fossiles des charbon* nages de Nong-Son, non loin de Toarane,

La répartition pour ainsi dire fortuite de nos colonies nous oblige à quitter maintenant TAsie, pour passer à rOcéanie. La seule possession française où l'on ait recueilli quelques fossiles est la Nouvelle-Calédonie.

Les terrains sédimentaires fossilifères n'occupent qu'une faible partie de Tile Les terrains cristallophylliens, phyllades, schistes, quartzites d'âge inconnu y sont très développés et traversés par des roches granitiques, porphyriques, d'importants massifs de serpentine et des filons métallifères (cuivre, nickel, chrome, quartz aurifère, etc.).

Les fossiles les plus anciens qu'on ait signalés indiquent la présence du Carbonifère ^ M. Piroutet a indiqué récemment à Podibéry, aux environs de Bourail, un calcaire à Nummulites pristina et Fixsulines, mais il serait utile de vérifier ce fait, car la présence de nummulites dans le Paléozoîque n'est plus admise. On ne connaît pas de fossiles du Permien.

La présence du Trias marin est connue depuis une trentaine d'années. Deslongchamps a indiqué l'existence de Pseudomonotis salinaria, ainsi que de Spirigera^ à Tile Hugon; M. Heurteau, M. Piroutet ont retrouvé ces fossiles. Voici des Ammonites (i4rc^/^5, Phylloceras)^ données par M. Fille au Muséum, et qui caractérisent le Trias; on trouve leurs analogues dans l'Himalaya. Mais il y a eu pendant le Trias moyen ou inférieur, une période de dépôts continentaux, car Deslongchamps puis M. Crié ont signalé la présence de bois fossiles {Araucarioxylon aiÀStralé), Le même régime était réalisé en même temps dans la Nouvelle-Zélande, où Ton a trouvé des reptiles terrestres. Il serait intéressant de rechercher ces reptiles dans la Nouvelle-Calédonie.

Le Lias inférieur est fossilifère ; on y a signalé Ostrea

1. La collection de Paléontologie du Muséum renferme pourtant quelques fossiles d'aspect plus ancien, probablement du Dévonien, qui ont été rapportées par M. Gamier et signalée dès 1867 par le docteur Fischer.

sublamellosa^ et M. Piroutet a recueilli noiamment Spiri^ ferina WalcoHi^ S. rostrata, Lytoceras cf. cornucopiw^^ dans des couches supérieures à celles où M. Heurteau avait trouvé Mytilus problematicus^ à Teremba.

On ne connaît pas de fossiles du Jurassique moyen et supérieur en Nouvelle-Calédonie, et il est probable, d'après ce qu'on sait des régions voisines (Australie et Nouvelle- Zélande), que la Nouvelle-Calédonie était émergée. M. Piroutet considère pourtant comme appartenant au Jurassique

Ltulia in^xt^crétaoéf et trëùstcâr .

Edtftlle: I: I $00.000

Fis. 4. — Esquisse géologique schématique de la partie centrale de la Nouvelle- Calédonie» d'après M. Piroutet. (Bulletin de la Société géologique de France, 1903.)

supérieur, les assises à Cardium^ Ostrea sublamellosa^ etc., et M. Pelatan, en 1892, avait signalé la découverte d'Ammo^ ni tes macrocephalus. ^

Mais le fait certain est que les charbonnages des environs de Nouméa renferment des plantes {Podozamiies^ Sas^ safras, Cinnamonum)^ dont M. Zeiller a reconnu l'âge crétacé. Ces couches d'eau douce alternent avec des couches marines, où M. Piroutet a recueilli des Baculites^ un HolcostephanuSj des Desmoceras et Acanthoceras. Les mêmes alternances sont observables en Nouvelle-Zélande.

1. Ce sont peut-être ces Spiriférinea que Deslongchamps puis M. Heurteau ont observées et signalées comme Spirifer.

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