I. — But de l'Excursion
L'excursion du 24 avril 1904, à laquelle assistaient un assez grand nombre de sociétaires \ avait pour but principal la visite des travaux exécutés pour la construction d'un chemin de fer, à l'usage des nouveaux crassiers des usines du Creusot.
Établi sur le versant méridional de la montagne qui limite le rivage nord du bassin houiller du Creusot, ce chemin de fer a nécessité des terrassements importants, présentant un très grand intérêt géologique. Les grands
1. MM"** V. Berthier et Félix Graillot; M^'« Jeanne Bertbier; MM. Georges André; Pierre Bertbier; Bligny; Bouvet; Gadant; le D' Oillot; Félix Graillot; Jarlot James ; Marlot ; Menand ; Pasleur ; Roidot-Errard ; Jean Sauzay, et V. Berthier, Chaumonot et Douhéret de Monteenis, et de la section du Creusot : MM>B*'Camusat et Diard; MM. Bertbier Ernest; D' Bichet; Camusat; Cbambrun; Cbanlon; Charollois; Desvignes père; D' Diard; Dumontet; D' Gaillard; D' Gérard; Jardot; D' Lagoutte; Laprét; Marchai; Marchand; Nidiaut; Raymond et Vary.
talus, taillés à flanc de coteau, les tranchées profondes qu'il fallut ouvrir en quelques endroits, pénètrent dans les strates houillères et les quartzites dévoniens (grauwacke), dont l'allure, les relations et les accidents divers, devenaient dès lors faciles à étudier.
Les considérations géologiques concernant les travaux du chemin de fer et le bassin houiller du Creusot feront l'objet principal de ce compte rendu. Toutefois le programme de la journée ayant été complété par une course extra muros^ je donnerai ici un aperçu sommaire des choses intéressantes qu'il nous a été permis de voir dans cette deuxième partie de Texcursion.
Après un déjeuner, très bien servi par M. Desvignes, restaurateur au Creusot, membre de la Société d'histoire naturelle d'Autun, les excursionnistes prirent, en voiture, la direction de Montcenis, où devait se faire la première halte.
N'oublions pas de dire que quelques dames, désireuses de bénéScier de la clémence de la température, n'hésitèrent pas à affronter le langage plutôt barbare de nos savants, et à venir modiGer très agréablement la composition de notre caravane.
Montcenis. — A Montcenis, division de l'excursion en deux parties, Tune s'en allant visiter les rares vestiges du vieux château, l'autre se dirigeant en toute hâte à l'extrémité de la ville, pour admirer la riche collection préhistorique réunie par M. Chaumonot, percepteur, et à laquelle il travaille depuis de nombreuses années.
Des ruines du château, l'histoire n'est plus à faire, depuis les travaux récents de MM. BuUiot, de Charmasse, Courtois, Fyot, etc. ^ Il suffira de rappeler que, sur le sommet de la montagne, à la place d'un ancien castf*um romain,
1. Voyez surtout : £. Fyot, U CliàtelUnie de Monteeniêt <^D8 1^ htémoires dé U Société Êduenne, noUYelle série, XXIX (1901), p. 289, et XXX (1902), p. 16?, avec plan. — F. et H. Courtois, Notei iur le château de Montcenis et $e9 carreaux émàillée, ibid. X (1891), p. 119.
s'était élevé un château fort, relevant, comme fief ou châtellenie, du duché de Bourgogne, et dont Thistoire nous est connue depuis Tan 1215. Soumis aux vicissitudes des guerres du moyen âge et brûlé en 1368, ce château paraît avoir repris, en 1375, le développement et Taspect qu'il garda jusqu'au dix-huitième siècle, où dès l'année 1745, il est déjà signalé comme a totalement écrasé et en ruine. » Ses débris servirent de carrière pour la construction des maisons d'alentour et même pour l'empierrement des routes. Mais les plans nous en ont été heureusement conservés. Il en résulte que l'enceinte fortifiée du château n'avait pas moins de 350 mètres de circuit, et renfermait un donjon flanqué de quatre tours, dont les fossés plus ou moins comblés et un pan de muraille encore debout, sont les derniers vestiges. Après avoir jeté, du haut du « signal, n à la cote de 475 mètres, un coup d'œil sur le panorama qui s'étend, surtout à l'Est et au Sud, sur le Creusot, la vallée de la Bourbince, le mont Saint- Vincent et les collines du GharoUais, nous visitons, à mi-côte, en descendant, un vieux puits, qu'une ancienne légende a fait appeler le a Puits du Trésor, » et nous nous hâtons de rejoindre, chez M. Chaumonot, les anthropologistes en train d'examiner sa collection.
Les silex qui composent cette collection et dont un grand nombre a vivement intéressé les amateurs, sont trop nombreux pour qu'il m'ait été permis d'en faire une nomenclature. On y trouve tous les objets habituels des stations de l'âge de pierre : percuteurs, haches, grattoirs, pointes de flèches, etc., etc.
Parmi les objets qui rendent cette collection intéressante, je citerai surtout les nombreuses pièces recueillies dans les environs directs de Montcenis. Ces pièces, seuls vestiges des âges préhistoriques, semblent nous dire que la vieille cité montécinoise, dont l'histoire se perd dans la nuit des temps, a une origine aussi vieille que les hommes.
Espérons que M. Chaumonot, dont la patience a su réunir un aussi grand nombre de pièces, voudra couronner son œuvre, en dotant notre Société d'un catalogue raisonné de sa collection, ainsi que d'une étude sur les relations des diverses stations qu'il a pu visiter et même découvrir.
Tous les excursionnistes, réunis chez M. Chaumonot, s'apprêtent à quitter Montcenis.
Avant le départ, un five o' clock^ gracieusement offert par M*^* Chaumonot, ramène les esprits à des sentiments plus modernes.
Qu'il me soit permis, avant de quitter Montcenis, de remercier M. Chaumonot, et d'affirmer à M'"* Chaumonot l'assurance des sentiments reconnaissants de tous, pour son aimable accueil et la grâce parfaite avec laquelle elle s'est empressée de nous faire les honneurs de sa maison.
La Tour du Bost. — Quittant Montcenis, non sans avoir recueilli quelques nouveaux excursionnistes, dont plusieurs dames, nous dirigeons notre course sur la Tour du Bost. Plusieurs d'entre nous ont tenu à visiter cette tour, dont Torigine remonte au moyen âge, et dont la description et l'histoire ont terminé la si glorieuse carrière du regretté M. Bulliot. M. Rey, fermier actuel, a bien voulu nous faire les honneurs du logis, des caves au sommet; nous lui adressons tous nos remerciements.
Le domaine dont elle dépend appartient à M. le comte de Charrin, dont nous avons vu, d'un peu loin, le château de Bruel, de construction moderne, et dont les terres, qui constituent une des grosses propriétés foncières de la région, se répartissent en vingt- trois fermes, sur une superficie de 2,000 hectares. La Tour du Bost est un monument militaire, servant pendant les temps troublés du moyen âge, de défense aux propriétés privées, dont les tenanciers s'y retiraient pour se mettre à l'abri des hordes de pillards qui ravageaient le pays. Construite, mi-partie au douzième
siècle, mi-partie au quatorzième, elle a conservé jusqu'à aujourd'hui son aspect imposant; et, malgré les injures des temps, la chute de ses planchers et les lacunes de sa toiture, il serait encore facile de la réparer, et c'est un devoir qui semble incomber à un propriétaire soucieux de conserver à notre pays une de ses curiosités historiques, dont il est question, dans les chartes, depuis 1286, comme fief d'Ârvier du Bois, et dont le nom de Bos ou Bost se lit déjà dans des actes de 1311. M. Bulliot en a relaté, en détail, les origines, Thistoire et l'état actuel ^ Entièrement carrée, elle mesure 43 mètres de hauteur, avec ses quatre faces percées de rares et étroites ouvertures; elle était divisée en sept étages, aujourd'hui en partie effondrés, et auxquels on accédait par un étroit escalier en pierre, ménagé dans l'épaisseur des murailles, et dont les cent trois marches, encore toutes en place, permettent de grimper jusqu'à la plate-forme terminale, d'où la vue rayonne sur tout le pays voisin. A noter, la porte d'entrée surélevée, à laquelle on accédait par un escalier mobile ou échelle, qu'on pouvait retirer à l'intérieur en cas d'attaque ; les caves voûtées servant de citernes ; la gaine d'un treuil permettant de monter les provisions d'étage en étage, les cheminées monumentales, les fenêtres de guet aux étroites embrasures, etc. L'aspect extérieur de la Tour du Bost a été imité, avec dimensions un peu restreintes, dans la construction de la cage du mouton d'essais, du nouvel atelier des bandages des usines du Creuset.
Source chaude de la Crôte. — Continuant notre course dans la direction de Saint-Symphorien-de-Marmagne, nous arrivons au hameau de la Crôte, écart de Saint-Symphorien, où M. Debourdeau nous attend pour nous fairQ visiter une
1. J.-G. Bulliot, la Tour du Boêt, dans les Mémoireê de la, Soc. Èduenne^ nou* velle série, XXVIII (1900), p. 111; XXIX (1901), p. 371; XXXI (1903), p. 247, avec de nombreuses phototypies, dessins et plans. Ce mémoire inaclievé. de M. Bulliot a été complété, d'après les notes qu'il a laissées, par M. le comte de Chastellux, membre de la Société Eduenne.
source chaude située dans Tun de ses prés, appelé la a Bourbière chaude, » et traversé par le ruisseau de Lavaur.
Cette source est connue depuis fort longtemps. Elle a été décrite par M. de Morveau en 1773 *, et Courtépée lui consacre un long alinéa dans sa Description du duché de Bour^' gogne^ au chapitre relatif à Montcenis.
Je ne connais pas d'analyse récente de cette source, mais on peut se faire une idée générale des sels minéraux qu'elle tient en dissolution, d'après l'analyse qui en a été faite en 1778, par M. le D' Durande.
A l'évaporation il a obtenu par livre (0^,4895) :^
1 Va grain de sel marin à base d'alcali minéral ;
1^4 grain de sel marin à base terreuse;
1 grain de terre, dont une partie magnésie et l'autre partie neutralisée par l'acide vitriolique.
Ramenée au litre, la proportion en grammes pour chacun des éléments ci-dessus aurait été respectivement de 0^,1624, 0«,1894 et 0«,1083.
Soit un poids total d'éléments minéraux, par litre, de 0«,4601.
Cette eau qui, d'après Courtépée 3, et le fait a été constaté maintes fois depuis, purge avec douleur et tranchée, est, en somme, très peu minéralisée, la majeure partie des eaux de source l'étant davantage.
Cette source n'émane donc pas d'origine profonde, comme on semblait le croire.
La température n'est pas très élevée ; nous avons constaté 21** C. lors de l'excursion, c'est-à-dire une température supérieure de 3 à 4 degrés seulement à la température ambiante. Si cette source a été qualifiée de source chatÂde,