lourn. phys. de Tabbé Ro2ier, février t
2. Analyse extraite de Courtépée, Description du duché de Bourgognet 2* édition* III, p. IbO.
3. D'après Courtépée, une tasse d'argent, où l'on avait puisé de l'eau, s'est trouvée teintée à IHntérieur d'un jaune orangé vif que l'on eut beaucoup de peine à faire disparaître. Le bétail évite la source (toc. cit., p. Idt).
c'est parce qu'elle ne gèle jamais et fait tache Thiver, au milieu de la glace qui recouvre les terrains très humides qui Tavoisinent. Ce fait n^est dû qu'à la constance de sa température. Et, par le fait, les botanistes qui nous accompagnent, et que la date trop précoce de l'excursion a, jusqu'ici, privés de toute récolte, nous font observer qu'au voisinage de ces tourbières, on commence à voir les premières fleurs des Cardamine pratensis L. et Carex vulgaris Fries, tandis que les talus des fossés y sont recouverts par les coussinets, d'un vert gai, d'une petite mousse rare, Dicranella cerviculata Schimper, espèce turficole qui n'a encore été trouvée, dans notre département, que dans les tourbières de l'étang de Fragny, près d'Autun, par M. R. Sebille.
La source chaude de la Crôte est située sur la bordure d'une vaste tourbière en activité qui, d'après les sondages qu'en a faits M. Debourdeau, a une profondeur maximum de 1"*50. Placée un peu en contrebas, elle reçoit l'eau par le fond de la tourbière où, par suite de Tinconductibilité de la tourbe, la température ne subit pas, ou très peu, les influences extérieures et reste à peu près constante.
Émanant d'un milieu où les fermentations végétales sont très actives, l'eau est surtout sulfureuse et l'odeur en est très nettement accusée lorsqu'on la goûte; elle se décèle même d'assez loin lorsque l'on se trouve placé sous le vent. C'est, sans contestation, à ces sulfures que l'eau doit ses propriétés purgatives.
Quant aux éléments minéraux qui, comme on l'a vu, sont très peu abondants, ils appartiennent aux roches granulitiques qui forment la base fondamentale des terrains de la région. Ce sont, parmi les éléments alcalins : la soude, la potasse, la chaux ; parmi les éléments terreux : la magnésie, l'oxyde de fer. La présence de ces sels résulte de l'action des acides organiques sur les minéraux qui, dans les plantes, accompagnent toujours les tissus végétaux.
Il serait facile, je crois, de créer une source identique, peut-être plus sulfureuse et plus minéralisée, en ouvrant, au milieu de la tourbière, un puits atteignant le terrain solide.
Saint-Symphorikn-de-Marmagne. — Prenant congé de M. Debourdeau, après lui avoir exprimé nos remerciements, nous nous dirigeons, sans arrêt, sur Saint-Symphorien, dernier terme de l'excursion.
L'heure de la séparation n'ayant pas encore sonné, nous faisons une visite rapide aux travaux de recherches effectués pour trouver de TUranite. Le gisement en est connu depuis très longtemps, mais il n*a guère fourni jusqu'alors que des échantillons épars, ou quelques filons très minces. Si Ton a tenté de nouveaux travaux de recherches, c'est à la suite des belles expériences de M. et M"' Curie, qui ont démontré la puissance radio-active exceptionnelle de ce minéral.
Malheureusement, les fouilles avaient été comblées récemment et il a fallu nous contenter de quelques rares paillettes glanées de ci, de là, tout au plus sufiisantes pour attester la présence du minéral dans ces terrains qui appartiennent à la granulite.
Je renverrai, pour l'historique du gisement de Saint-Symphorien, aux notices de M. de Chaignon et de M. Lacroix, publiées dans les bulletins de notre Société ^ Toutefois, je signalerai ici que, d'après des renseignements que je tiens de source autorisée, les plus beaux échantillons d'uranite, provenant de la région, émanent non de Saint- Symphorien, mais de la commune de Marmagne, près de la Trochej écart de Marmagne, situé sur la rive gauche du Mesvrin, en face de la gare du chemin de fer.
L'heure avancée met fin à notre excursion. Une partie des excursionnistes prend le train de six heures et demie, qui correspond à Âutun ; les autres reprennent le chemin
1. Séances du 6 avril et du 17 août 190?, tome XV, p. 39 et 220; séance du 12 Juillet 1903, tome XVI, p. 134.
du Creusot, regrettant les nombreuses places vides des voitures, mais très satisfaits de cette agréable et très intéressante journée, passée en la compagnie de leurs collègues autunois.
n. -- Coup d'œU sur llxnportanoe dei Crafsiers dei Uiinei du Creuset.
Par suite de leur extension continuelle, les usines du Creusot voient constamment s'augmenter la proportion des déchets stériles résultant des opérations métallurgiques ou de travaux divers. Le volume actuellement conduit aux crassiers est voisin de 700 mètres cubes par vingt-quatre heures.
Loger pareille quantité de matières n'est pas toujours chose facile, surtout lorsqu'il y a lieu de compter avec la valeur des terrains. Beaucoup d'usines, notamment dans TËst, sont obligées, pour réduire les frais d'achats de terrains, de créer, dans leur voisinage direct, des montagnes artificielles, dont quelques-unes ressemblent de loin à de véritables cônes de déjection.
Les crassiers des premières installations métallurgiques du Creusot avaient été établis à la base du versant méridional de la montagne dite de la Marolle^ en face de la gare du chemin de fer de Paris-Lyon. Un faubourg, actuellement en démolition et qui porta le nom de Crassier^ se construisit en ce lieu, vers le milieu du siècle dernier, et la caserne militaire (caserne de Cercey), construite en 1873, fut bâtie directement sur la tête de ce crassier.
Ce crassier, trop exigu et sans communication directe avec les usines, depuis la construction de la ligne de Chagny à Nevers, fut abandonné. Les déchets furent dès lors employés à combler une vallée érosive, longue et profonde, creusée dans les grès rouges permiens et s'étendant, à l'Est des usines, jusqu'aux confins de la Villedieu.
C'est sur ces remblais très solides, constitués principalement avec les laitiers des hauts fourneaux, que furent
construits les nombreux ateliers créés depuis 18*76 : atelier des presses et pilons, atelier des blindages, ateliers d'électricité, ateliers d*artillerie, casse-fonte, polygone d'artillerie, etc.
Cette vallée dont le fond était formé par des argiles, exploitées pendant de nombreuses années pour la fabrication de la brique belge, est à peu près comblée aujourd'hui, et il était nécessaire de trouver un nouvel emplacement pour les crassiers.
Les emplacements importants faisant absolument défaut dans les environs directs de l'usine, on dut chercher du côté de la vallée du Mesvrin. Cette vallée est située au Nord, parallèlement à la vallée houillère dont elle n'est séparée que par une ligne de collines relativement peu élevées. Sur le versant septentrional de ces collines se trouvent plusieurs dépressions, ou combes, assez importantes. Ces combes ont une très forte déclivité qui ne permet guère l'existence de la terre arable, emportée par le ruissellement dans la vallée du Mesvrin au fur et à mesure de sa formation. Un tel sol est réfractaire à la végétation, et sa nature granitique ne fournit guère qu'un habitat propice au genêt à balais (Sarothamnus scoparius)^ ce qui lui donne une valeur très insignifiante.
C'est dans l'une de ces combes, située au lieu dit les CrouilloUes, et descendant jusqu'à la vallée du Mesvrin, près de l'issue du tunnel de la ligne P.-L.-M., que seront établis les nouveaux crassiers. Ces crassiers, qui pourront sufiire aux besoins des usines pendant une quarantaine d'années, ne serviront pour le moment qu'à la verse des laitiers des hauts fourneaux et aux déchets divers.
Les mâchefers, provenant des foyers à grille, continueront, pour plusieurs raisons, à être transportés aux crassiers de la Villedieu.
La verse actuelle se fait le long de la ncruvelle voie ferrée des crassiers pour compléter les remblais, et les
mâchefers, qui sont encore rouges à leur arrivée, pourraient mettre le feu dans les bois qui flanquent la colline. D'autre part, ces mâchefers ont toujours été classés à part dans les crassiers. Après quelques années de dépôt, on les reprend pour en extraire, par tamisage, une sorte de sable ferrugineux qui, employé avec la chaux, procure un mortier de construction de qualité exceptionnelle, aussi bien pour les travaux de fondations que pour ceux de superstructure.
m. — Aperçu historique sur lei Houillèrei du Creuset.
Il ne sera pas sans intérêt, pour notre localité, de refaire ici rhistorique des houillères du Creuset; les documents qui s'y rapportent étant, le plus souvent, épars dans diverses brochures, généralement peu répandues dans le public.
Le plus ancien titre connu jusqu'à ce jour, et cité par tous les auteurs qui ont écrit sur le Creuset, consiste en un parchemin, daté de 1252, existant aux archives de Dijon. C'est un acte de vente, par Henry de Monestoy, à Hugues IV, duc de Bourgogne, de « ce qu'il avait es villas de la Villedieu sous Montcenis et de Crosoi, tant en hommes, bois, preSj comme autrement. »
Très souvent on a confondu, cela bien à tort, le hameau de Crosot avec la Charbonnière. Sur un plan topographique établi en 1781, pour déterminer remplacement de la première usine projetée, j'ai retrouvé, très bien désignés, le hameau de Charbonnière sur l'emplacement actuel des Riaux, et le hameau du Creuset (il s'appelait déjà ainsi), au lieu dénommé aujourd'hui la Combe-Denis.
Le hameau de Crosot, ainsi que la Charbonnière, faisait partie de la paroisse du Breull ^ et se trouvait ainsi placé sous la juridiction du bailliage de Montcenis. Son nom fut
1. Le Breuil, commune de 1,250 habitonts, faisant aujourd'hui partie du canton du Creuset ; de Brogilum^ Broilium. Ce mot qui doit être d'origine méroyingienne et désignait un petit bois enclos de murs, semble avoir été employé, par extension, pour désigner des malsons servant de rendez -vous de chasse.
changé plus tard en celui de Creusot ou de Creuzot^, et si cette nouvelle appellation semble, a priori, dériver de l'ancien nom de Crosot^ il est incontestable que les excavations que l'on y creusait pour Texploitation de la houille, contribuèrent considérablement à la nouvelle orthographe.
(Il existe bien des Creusot en France, et le Dictionnaire des postes n'en comporte pas moins de onze. En dehors de ces localités, qui sont des hameaux notables,^ on trouve également, même dans le département de Saône-et-Loire, d'autres Creusot moins importants, lieux dits dont l'appellation dérive soit de leur situation dans des combes, soit d'exploitations produisant des excavations.)
La houille semble avoir été découverte vers 1502, au hameau de Crosoty et un acte, daté de 1507, sanctionne l'amodiation, au Crosot, d'une terre à tirer le charbon, « moyennant trois francs deux gros, pendant six ans. »
Toutefois, la première concession régulière d'exploitation de la houille, ainsi qu'il ressort d'un mémoire du temps, ne fut accordée que le 27 mars 1769, par le roi Louis XV, à M. François de la Chèze ^, maire et seigneur engagiste de la terre de Montcenis.
Avant cette époque, le charbon avait été exploité dans la partie Ouest du gisement, c'est-à-dire à son affleurement^, par des précaires qui se contentaient de faire l'extraction dans des excavations qui, comme le disait M. de la Chèze, « dégradaient complètement les terrains superficiels et sous les éboulements desquelles les ouvriers trouvaient souvent la mort. »
t. Cette dernière orthographe fut, on se demande pourquoi, celle adoptée par l'Académie. La poste, qui remploya jusqu'à ces dernières années, Ta enfin abandonnée et écrit aujourd'hui : le CreuBot,
2. Dans les écrits du temps, le nom de ce seigneur est écrit indifféremment de la Chèze ou de la Chàize. L'orthographe s'est modifiée avec le temps, et l'on trouve au Creusot la rue de la Chaise,
3. Les premiers chantiers d'exploitation ne sont pas très bien définis dans les anciens écrits, et Ton ne saurait dire s'ils étaient situés dans les affleurements extrêmes, sur l'emplacement des Riaux, ou dans les affleurements près de la Combe-Denis, sur l'emplacement de la rue Chaptal. Quoi qu'il en soit, les deux exploitations ont dû se suivre de près.
L'outillage trop primitif et surtout le manque complet d'organisation technique rendaient l'extraction si peu rémunératrice que les mineurs, en présence des nombreux accidents auxquels ils étaient journellement exposés, se hasardaient peu de sang-froid dans les travaux. Il fallait que les maréchaux ferrant, poussés par le besoin de houille, les fissent boire abondamment pour que l'exploitation reprît quelque activité.
Les premiers exploitants n'étaient soumis à aucune réglementation spéciale, si ce n'est toutefois l'obligation de payer comme droits, au seigneur de Montcenis, le tiers et même jusqu'aux deux tiers de la traite du charbon, ainsi qu'il ressort de terriers de la ville de Montcenis, en dates de 1528, 1610 et 1649.
M. de la Chaize, homme très clairvoyant, pressentant le rôle prochain de la houille dans l'industrie, jugea qu'une exploitation régulière et rationnelle de la houillère du Creuset pouvait être une source de revenus considérable pour la région. Aussi, dès qu'il eut obtenu l'autorisation royale de concession cinquantenaire qu'il avait sollicitée, se mit-il en mesure de donner la plus grande extension possible à cette exploitation. Il attaqua immédiatement le gisement par puits et galeries, d'après les règles de l'art, peu avancé du reste à cette époque.
La difficulté des transports dans un pays isolé, sans communications ni débouchés directs, constituant un obstacle insurmontable pour la houillère, M. de la Chaize réclama, en cette môme année 1769, l'ouverture d'une route de Cha- Ion à Toulon-sur-Arroux, avec embranchement du Creusot à Montcenis. L'autorisation lui en fut accordée le 15 décembre 1769 ^ Telle fut l'origine de la route actuelle de
1. Le tracé de cette route avait été commencé, depuis 1767, par Gauthey, créateur du oanai du Centre, qui était alors sous-ingénieur k la section des ponts et chaussées de la province de Bourgogne.
Montcenis à Couches, et de la route, abandonnée aujourd'hui, connue sous le nom de « vieille route de Montcenis ».
La création de ces routes avantagea très sensiblement la houillère, mais néanmoins la production resta encore longtemps peu importante, puisque, en juillet 1770, le registre de comptabilité de la mine n'enregistre qu'une extraction journalière de sept queues trois quarts, soit environ 50 hectolitres. Ce n'est que plus tard, à partir de 1782, lorsque la houille fut employée dans l'industrie métallurgique naissante au Creusot, que commença l'activité réelle de la mine.
La prise de concession de la mine de Crosoù par F. de la Chaize ne se passa pas sans difficultés, tant de la part de plusieurs seigneurs et propriétaires des environs que de celle des anciens exploitants.
« Mon droit, dit M. de la Chaize, dans un mémoire publié seulement en 1771, serait encore ignoré si les nommés Dubois^, travaillant comme ouvriers à mon exploitation, ne se fussent avisés d'abandonner mes travaux, de débaucher une partie de mes ouvriers et d'entreprendre, au péril de leur vie, de renouveler au-dessus de mes galeries un ancien puits. »
c( Une entreprise aussi téméraire me détermina à faire notifier à ces particuliers mon arrêt de concession »
L'abbé de Fénelon, prieur de Saint-Sernin-du-Bois, dont les Dubois étaient en partie les vassaux, fut pris comme arbitre du différend. Après avoir consulté M. Bertin, ministre de la maison du roi, et après la réponse très
1. Depuis 1766, les Dabois, qui possédaient quelques propriétés aux Riaux, ayaient en outre amodié et exploitaient les terres à charbon possédées au Crosot par Claudine-Françoise Décret, veuve de Melchior-François Cochet. (Voir Notice Bur le Breuil, par F. Courtois. Imp. G. Martet, le Creusot, 188b.]
Une légende du temps raconte que le père Duboiê laissait prendre sur sa propriété autant de charbon que pouvaient en traîner six chevaux, ou quatre bœufs, moyennant un écu de six livres et autant de vin qu'il pouvait en boire. La légende n'ajoute pas en combien de temps.
catégorique qu'il en reçut ^ il condamna M. de la Chaize à donner aux Dubois, anciens exploitants autorisés par lui de la GhaizCi « un dédommagement annuel de 15 livres, à quoi ceux-ci bornaient alors toutes leurs prétentions, au moyen de quoy ils renonceraient au droit qu'ils prétendaient sur les mines de charbon. »
M. de la Chaize, qui depuis voua une très grande estime à Tabbé de Fénelon, accepta de bonne foi cette sentence et, par acte notarié du 4 juillet 1769, indemnisa les Dubois au delà de ce qui avait été convenu. Il les reprit comme
1. Je reproduis ici la lettre de M. Bertin à l'abbé de Fénelon. (Lettre autographe appartenant k M. H. de Fontenay, à Antun. — Voir également cette lettre dans VHiêtoirt du prieuré de SàirU^Semin^ par H. l'abbé Sebille.)
< A Marlj, 1« 19J«ln ITW.
• J'ay vu, Monsieur, par la lettre que vous m'avés fait l'honneur de m'écrire le 12 de ce mois, la diCfloulté qui s'est élevée entre cinq particuliers du village de Charbonnières et M. de la Chaize, pour l'exploitation de leur mine de charbon qui se trouve empêchés par l'arrêt de concession du 27 mars dernier, quoique par le titre du terrier de Hontcenis, dont ils rapportent la teneur, et qu'ils ont reconnu en 1610, ils tiennent leur mine à la charge de donner le tier de la traite du charbon au seigneur de Hontcenis ; vous me marqués, Monsieur, que ces particuliers et M. de la Chaize s'en rapporteront à ma décision, sur quoi il me parait constant que, par l'arrêt de 1744, le roy s'étant réservé le droit de donner les permissions & ceux qui deuvait exploiter régulièrement les mines de charbon, afin d'obvier aux Inconvénients des mauvaises exploitations qui devenait peu à peu impossibles et mettait la vie des travailleurs en danger. M. de la Chaize ayant obtenu cette permission exclusive sur le compte qui a été rendu au roy, des dépenses considérables qu'il avait fait pour faire exploiter les mines de Montoenis régulièrement^ il doit être maintenu dans son privilège, car s'il était à ses voisins de croiser ses travaux, le désordre auquel on a voulu pourvoir recommencerait, et M. de la Chaize serait forcé de renoncer à ses travaux, puisque ses fosses étant percées à une plus grande profondeur dont il épuise les eaux, il attirerait nécessairement toutes celles des petites exploitations voisines, qui profiteraient de son travail en l'inondant ; mais il est juste que M. de la Chaize indemnise les habitants de Charbonnières du droit que ses auteurs lui ont donné par le terrier de 1610, d'extraire le charbon; ce qui est aisé d'évaluer par une estimation amiable de la quantité de charI>on que cette exploitation pourrait produire aux habitants, il faut en déduire le tier pour la redevance due au seigneur suivant le terrier, un autre tier pour les frais de l'exploitation, le tier restant sera à peu près la somme de l'indemnité dont M. de la Chaize pourra convenir avec eux. Ce dédommagement, au reste, n'a rien de commun avec les indemnités qui sont dues aux particuliers dont les travaux de M. de la Chaize endommageraient la superficie ou le fond du terrain, et qu'il doit payer aux termes de son arrêt et suivant les ordonnances qui les prescrivent expressément ; j'ay l'honneur d'être avec un sincère et parfait attachement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
• Bbrtin. 9
ouvriers, leur fit un dédommagement de 50 livres, remboursables par 1,000 livres, et s'engagea, conformément aux ordonnances, à réparer ou payer les dégâts que l'extraction pourrait causer à la propriété dont les Dubois conservaient le droit de culture.
Dans notre grande cité industrielle où, grâce à la bienveillance toute paternelle de la haute administration, les grèves, plutôt politiques et intéressées, se comptent, il m'a paru intéressant de signaler ce différend qui, en somme, constitue l'histoire de la première grève du Creuset.
Au moment où l'on prétend résoudre la question sociale au mieux des intérêts des classes laborieuses, n'est-il pas curieux de constater que le dix-huitième siècle n'était pas en retard sur le nôtre dans cet ordre d'idées ?
Comparativement à ce qui se passe aujourd'hui, époque de grèves par excellence, il n'y a rien à ajouter à cette première grève de 1769. Débauchage d'ouvriers, choix d'un arbitre, consultation du gouvernement, sentence arbitrale, tout y est en effet.
A propos des Dubois, je rapporterai ici une historiette, peu ou point connue des habitants du Creuset, et pouvant servir à justifier l'origine du lieu dit le Moulin-du-Miroir . Cette historiette a été contée par M. Dubois, conseiller municipal de la ville du Creuset et descendant des Dubois précités.
Sur le vallon qui domine la vallée houillère à l'Ouest, c'est-à-dire au sommet des Riaux, il y avait autrefois un moulin à vent, auquel il ne manque aujourd'hui que les ailes, et que l'on désignait et désigne encore sous le nom de Moulin-dU'Miroir.
Le père Dubois possédait, tant dans la vallée des Riaux que sur la montagne, quelques propriétés qui, à sa mort, furent partagées entre ses deux héritiers. Or, celui qui eut le moulin en partage était très fier et quelque peu fashio-
nable; il avait pour habitude l'usage d'un petit miroir de poche, objet de toilette peu répandu à cette époque, ce qui l'avait fait surnommer le Dubois au miroir. Après la mort de son père, le moulin, qu'il alla habiter, eut vite hérité du surnom de son propriétaire, et ne fut plus désigné que sous le nom de Moulin^du-Miroir.
J'ajouterai que, quelque vraisemblable que puisse paraître cette historiette, je crois plutôt que le moulin a tiré son nom de sa situation dominante sur la vallée des Riaux. On désignait généralement sous le nom de « Miroir, le Miroir » {Miratorium)j une localité dominant le pays avoisinant.
En 1783, M. F. de la Chaize céda son droit de concession ^ à la nouvelle société métallurgique du Greusot, société fondée eji 1782, sous le patronage de Louis XVI. Depuis cette époque, la mine ne cessa d'appartenir aux sociétés métallurgiques qui, malgré les revers du début, se succédèrent sans interruption jusqu'à la reprise des établissements par les frères Schneider, le 1" janvier 1837.
 partir de 1783, la houillère ne fit que prospérer, grâce au développement de l'industrie métallurgique. Toutefois il convient d'ajouter que l'ouverture du canal du Centre à la navigation, en 1793, en fut également une des causes principales, par suite des nouveaux débouchés qu'il pro« curait.
C'est à partir de cette même année 1793, le I" janvier, que le hameau du Creusot, qui possédait à lui seul 1,319 habitants, cessa d'être dépendant du Breuil et fut érigé en commune 2. Mais le Creusot attendit encore longtemps sa constitution en paroisse. II fut longtemps même sans posséder une chapelle, et ce n'est qu'en 1810 que l'on
1. Oette première oessioo, qui n'était que temporaire, fut conûrmée le 18 mars
2. Le Creusot fut érigé en chef-lieu de canton par décret du 25 mars 1868. Sa population s'élevait alors à près de 23,000 habitants.
songea à en improviser une dans une chambre, au centre de la mine. Cette chapelle fut desservie, d'une Taçon très irrégulière, par les curés du voisinage jusqu'en 1817. A cette époque la paroisse fut enfin créée et Ton installa, dans un vieux magasin de la mine, une église qui fut placée naturellement sous le vocable de sainte Barbe.
Cette église était située tout à côté du découvert de la Croix, sur l'emplacement actuel du dépôt de charbon, et le cimetière avait été établi sur le versant Est de la colline des Riaux, plus communément connue sous le nom de Montagne qui brûle. *
En 1830, l'église Sainte-Barbe, fortement attaquée par les affaissements dus aux travaux souterrains, s'effondra et le mobilier fut transporté provisoirement dans un hangar de la Verrerie.
En 1842, MM. Schneider frères, jugeant opportun de doter le Creusot d'une église en rapport avec sa population, en conRèrent l'étude et l'exécution à M. Tremeau, élève de l'École des beaux-arts et originaire de Charrecey. Ils en posèrent la première pierre en cette même année, mais ce fut M. E. Schneider, resté seul par la mort accidentelle de son frère Adolphe^, en 1845, qui la fit achever.
Cette nouvelle église fut bénite en septembre 1848 et placée sous le vocable de saint Laurent, martyr^. A cette époque le Creusot comptait environ 6,000 habitants.
(L'église Saint-Laurent ne comportait, au début, qu'un simple clocheton qui fut remplacé seulement en 1864 par le clocher actuel.)