TOME XVII
114 H. DE GHAIGNON.
de les immerger pendant quelques mois pour les faire sécher ensuite lentement, on pourra les appliquer à des emplois industriels plus nombreux*. Actuellement la principale exploitation pour traverses de chemin de fer travaille pour le compte de la compagnie Bône-Guelma. Le chantier est établi en pleine forêt. Avant tout autre travail, l'équipe des ouvriers, composée de cent à cent cinquante hommes, pour la plupart italiens, coupent, à la hache et à la scie, le bois nécessaire pour la construction de leur logement, consistant en un grand hangar, avec cuisine, salle à manger, dortoir, le tout ne manquant pas d'un certain con>fortable, du moins relatif. Les heures de lever, de coucher, de travail, de repas, sont réglées, pour ainsi dire, militairement. Les traverses débitées sont amenées à Aïn- Draham, sur des charriots indigènes, dits Arabas, et conduites à Tabarka où on les embarque pour leurs destinations respectives. Naturellement ces chantiers se déplacent dans les mêmes conditions, à mesure que l'exploitation avance. Un arbre de 3°50 à 3""60 au pied, avec une hauteur de 20 à 25 mètres, peut fournir de 45 à 47 traverses, soit 9 à 10 traverses par mètre cube, et chaque traverse rendue sur place revient à la compagnie à environ 4 fr. 50.
Les plus vieux Chênes ont leurs troncs et leurs branches maîtresses couvertes d'une petite fougère, le Polypode commun, identique à celui de France, mais qui semble vivre exclusivement sur les arbres, car je n'en ai vu aucun pied sur terre ; il est moins commun sur les vieux Chênes-lièges que sur les Chênes Zeens. Le Lierre m'a paru peu commun, mais quelques pieds atteignent 0"80 à 1°" de tour et, à la fin, ils se détachent du tronc des chênes et restent suspendus par les sommités.
Je n'ai vu aucun Conifère dans les régions que j'ai parcourues; mais M. Minangouin y a trouvé le Châtaignier,
1. Catalogue des essences forestières et des plantes ligneuses de Tunisie^ — Chêne Zeen, p. 99.
représenté par trois ou quatre individus seulement. Cette découverte n'a d'autre intérêt que la constatation de l'espèce et la possibilité de la cultiver sur territoire tunisien. ^
Particularité singulière, le Framboisier et la vulgaire Fraise des bois sont tout à fait inconnus dans ces bois.
En revanche, on trouve, à l'état spontané, principalement dans la vallée de l'oued Sidi-Abdallah, le Prunier, Prunus insititia L. et la Vigne sauvage j Vitis vint fera L., dont les fruits sont mangés par les Arabes.
Sur la lisière des forêts, on rencontre l'Aubépine commune, et l'Azerolier, Cratœgus Azerolus L., celui-ci surtout entre Bulla-Regia et Fernana, sous forme de véritables arbres, espacés de distance en distance et d'un charmant effet au moment de la floraison ; le Laurier Tin, Viburnum Tinus L., etc. Dans les localités humides et le long des oueds, le Peuplier blanc, l'Aulne, exclusif à la Kroumirie, le Saule, Salix pedicellata Desf., le Sureau noir, Sambucus nigra L., par pieds isolés, etc. Dans les clairières abondent l'Asphodèle, la Scille maritime^ et une quantité de plantes qui réclament la spécialité d'un botaniste de profession !
Dans les sous-bois, le Houx est abondant, mais à feuilles peu épineuses et plus développées que dans le nôtre. On y rencontre surtout le Calycotome épineux, Calycotome villosa Link., vulgairement appelé Gandoule^ et qui, entremêlé de quelques ronces, gêne parfois la circulation ; le Cytise à trois fleurs, Cytisus iriflorus L'Hérit., dont les fleurs jaunes donnent la note gaie aux sous-bois, et qui ne pousse bien qu'en compagnie et à l'ombre des Chênes Zeens; puis la grande Bruyère à fleurs blanches, Erica arborea L., la même que dans l'Estérel, ainsi que l'Arbousier, Arbutus Unedo L., dont le fruit plus gros que dans le midi de la France, souvent de la grosseur d'une noix, est consommé sur place.
l. Loc. cil., p. 139.