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un feu doux, presque de la cendre chaude, réduits à Tétat charbonneux et piles comme le Afs en une poudre fine; 3* pour le Hdida^ ou cuivre oxydulé, prendre le récipient affecté à cet usage et appelé : Kanoun^Zlizia Mtad Harkous^ dont la traduction approximative serait Kanoun^ fourneau ; Zlizia Mtad Harkous (c'est le récipient où Ton fait cuire), pour la cuisson au feu. J'en ai rapporté deux exemplaires. On y met la quantité de matière qu'on veut préparer ; puis on place le creuset (appelons-le ainsi) avec son couvercle, sur un bon feu de charbon. Il faut suivre l'opération; une fois le tout fondu et grillé, on retire du feu, on laisse refroidir, on broyé le résidu toujours le plus finement possible et on passe au tamis.
Voilà nos trois poudres préparées; pour le mélange du tout, la base principale est le Afs^ dans lequel s'ajoute les deux autres, comme du sel à la viande (expression de l'Arabe). On n'a pu m'indiquer les quantités; il faut avoir, comme les femmes arabes, l'habitude de le préparer, pour ne pas dépasser certaines proportions.
Le tout est mis dans une casseroUe émaillée ou en cuivre; comme liquide, on ajoute de l'huile d'olive; on remue à plusieurs reprises, pour que le mélange soit bien complet, puis on met bouillir sur un bon feu de charbon en remuant souvent. Il faut que le récipient soit grand, ou que la quantité qu'on veut préparer soit minime, pour que le mélange ne se répande pas au dehors. A mesure de l'évaporation, on ralentit le feu ; ce qui n'empêche que la cuisson doit durer au moins six heures. Après ce temps, on retire du feu, on laisse refroidir la préparation qui est alors à l'état pâteux ; à l'air elle se dessèche et durcit. Pour éviter cet inconvénient, on la tient renfermée dans des pots couverts affectés à cet usage. Pour teindre les cheveux, les femmes s'en servent encore plus que les hommes.
Il y a encore un autre mélange employé principalement pour donner aux mains une couleur tout à fait noire, une
main de nègre. C'est de la chaux en poudre mélangée avec du Snager (prononcer snag), qui n'est autre chose que du Chlorhydrate d'ammoniaque du commerce. Ces deux corps sont réduits en poudre et dilués dans de l'huile d'olive. On s'en frotte les mains, puis on les fait sécher au feu, en les passant au préalable dans du son ; après dessiccation, on se lave les mains. Pour la préparation de cette couleur tout à fait noire, le mélange snager et chatÂW doit être dans la proportion de un quart de chaux et trois quarts de snager; on fait chauffer légèrement après addition d'huile, pour rendre le mélange plus intime.
Dans les souks, on trouve encore un autre produit végétal afifecté à la toilette ; c'est le Souhak qui a l'apparence d'un morceau de bois de réglisse écrasé, aplati et formant une bande de 0°^30 de longueur, repliée sur ellemême avec 3 à 4 centimètres de largeur. Ce végétal, au dire des marchands, viendrait d'Orient et serait Técorce de la racine d'une espèce de Noyer, commun aux environs de Constantinople et vendue toute préparée. En réalité, ce Noyer qui pousse à Zaghouan, où il est cultivé et où il atteint même une grande taille, ne diffère pas du Noyer d'Europe ; c'est bien la même espèce, et j'ai pu en voir, à Zaghouan, plusieurs arbres abattus pour l'écorçage. On importe bien du Souhak tout préparé de Constantinople, mais la qualité en est inférieure. Le Souhak de Constantinople ne vaut que 2 fr. 50 le kilog. ; celui de Zaghouan de 6 à 8 francs.
Le Souhak sert à rougir les lèvres ; on en coupe un morceau qu'on met entre les dents et les lèvres ; on le garde pendant une demi-heure. La salive le pénètre, l'attendrit et 86 répand sur les lèvres qu'elle rougit ; il paraît même qu'en s'en frottant les dents, il a la vertu de [les blanchir.
iiO H, DE CHAIGNON.
Marbres de Ghamtou (Tunisie).
A mon retour de Kroumirie, je comptais aller visiter les importantes carrières de marbre de Ghamtou, mais le temps m'a manqué pour mettre ce projet à exécution.
De Souk-el-Arbâ, en prenant le train d'Algérie, jusqu'à la station de Toued Méliz, il n'y a plus, jusqu'aux carrières, que quatre kilomètres à faire à pied.
D'après Texplication de la carte géologique provisoire de la Tunisie, par M. Aubert, ces carrières font partie du massif du djebel Herrech qui appartient à TÉocène infé* rieur. Cet auteur avait déjà fait ressortir ce rapprochement dans sa note sur l'Éocène tunisien. ^
Très célèbres dans l'antiquité et principalement sous la domination romaine, elles ne sont plus exploitées aujourd'hui. Les travaux cependant avaient été repris, il y a quelques années, puis abandonnés pour diverses raisons. Néanmoins J'ai pu me procurer à Tunis, auprès des anciens exploitants, les diverses variétés de marbre importées à ce moment.
La plus recherchée était la variété jaune, dénommée Marbre numidique; puis une brèche à fond rouge, violacé ou brunâtre, mélangé de plaques jaunes, qui portait le nom de Brèche de Numidie. Venait ensuite le rose vif, jusqu'au rose pâle. Le jaune varié ou brèche fondue, à fond jaune varié de parties brunes ou d'un gris nacré très doux. Puis le Vert de Chamtou^ dont l'aspect se rapproche de certaines serpentines et des veines les plus foncées du Cipolin. Je n'ai pu me procurer cette dernière variété qui devait être fort rare et probablement accidentelle. Tous ces marbres exploités autrefois en Tunisie, ne se retrouvent plus qu'ex-
1. Bull. Soc. géol. de France, 3* série, t. XJX, 1891, p. 488.
ceptionnellement dans les fouilles pratiquées pour dégager les monuments en ruines. On suppose que, du moment qu'il s'agissait d'un marbre rare et de grand prix, il était exporté et vendu à l'étranger.
Outillage arabe.
J'ai rapporté de Tunisie quelques exemplaires d'outils arabes; petites pioches, hachette, faucille, etc., qui, avec leur charrue tout aussi rudimentaire, constituent tout l'outillage employé pour la culture indigène et le travail préparatoire des terres. Les Arabes se contentent de gratter le sol ; l'expression est des plus justes.
Les spécimens déposés dans les galeries de notre muséum permettront d'en juger.
Am-Draham* Forêts de Kroumirie*
Âîn-Draham qui peut passer pour la capitale de la Kroumirie, tout en ne possédant que 350 Européens, dont le tiers est Français, est situé sur un contrefort qui relie le djebel Bir au djebel El-Ferzig. Tous les deux sont couronnés par un fort ou blockhaus élevés au moment de la conquête. Le village d'Aïn-Draham est à l'altitude moyenne de 750 mètres, et le fort qui occupe le point culminant du djebel Bir est à 1,019 mètres.
L'emplacement d'Aïn-Draham, sur le col qui relie les deux côtés de la vallée, dans sa partie la plus élevée, est aussi la ligne de partage des eaux. Au Nord elles descendent à Tabarka assez directement ; au Sud elles vont tomber, après plusieurs détours, dans loued El-Kébir qui se jette à la mer entre la Galle et Bône.
Au point de vue géologique, Aïn-Draham et une grande partie du territoire environnant, surtout dans la direction du Nord jusqu'à Tabarka, fait partie, d'après la carte géo-
112 H. DE GHAIGNON.
logique de M. Aubert, de rŒocène supérieur. Ce sont des grès de grosseur très variable, depuis le grès à grain fin, jusqu'au poudingue; on n*y a pas signalé de fossiles. Les crêtes sont couronnées par des grès très déchiquetés, et les fonds de vallées sont occupées par des marnes non fossilifères également.
Aîn-Draham est à peu près au centre des immenses forêts qui sont la caractéristique de la Kroumirie; elles commencent un peu après qu'on a dépassé Fernana, pour prendre tout leur développement vers le camp de la Santé et se prolonger vers le Nord et TOuest, jusqu'au dessus de Ghardimaou, le long de la frontière algériennne.
Grâce à l'obligeance de M. Minangouin, inspecteur des forêts, à qui j'avais été recommandé par son frère, inspecteur de l'agriculture en Tunisie, j'ai pu obtenir quelques bons renseignements sur la végétation des forêts de la Kroumirie. Ces forêts recouvrent plus de 120,000 hectares ; elles ont pour essences presque exclusives le Chêne-liège, en arabe, Fernan, Quercus suber L., et le Chêne zeen, Q. Mirbeckii Dur. C'est à cette dernière espèce qu'appartiennent les arbres les plus beaux. Les sujets de 2, 3 et jusqu'à 4 mètres de tour au pied, avec 20 et 25 mètres de hauteur, ne sont pas rares. La dimension des chênes-lièges est plus modeste ; on en trouve cependant, dans les endroits les mieux exposés, des sujets de l'^SO à 2 mètres de circonférence.
On sait que, dans l'exploitation du Chêne-liège, on doit enlever, par l'opération dite du démasclage, la première écorce, appelée écorce mâle, qui est rugueuse et dure, pour obtenir une seconde écorce de repi^oduction, unie et élastique, utilisée dans Tindustrie des bouchons et autres emplois. Grâce à la grande prudence de M. l'Inspecteur des forêts, on n'a pas renouvelé la faute qui avait été commise dans le principe en Algérie, de dépouiller l'arbre de son écorce jusqu'à une hauteur exagérée, et même d'enlever le liège
des branches. Actuellement le liège n'est plus enlevé que sur le tronc, à une hauteur qui ne dépasse pas 2 mètres, et les branches sont respectées. Pour la formation d'une nouvelle couche de liège, il faut attendre une période de huit années au minimumi et de douze années au maximum. Passé ce temps, si l'écorce n'a pas atteint l'épaisseur voulue, dont l'optimum marchand est de 22 centimètres, il est inutile d'attendre davantage; elle n'augmentera pas et perdra au contraire de sa qualité. L'exploitation se fait au mois de juin, au moment de la sève descendante. Les couches internes de l'écorce sont également employées pour la tannerie ; mais alors, comme en France, l'arbre est sacrifié. Le bois est de très mauvaise qualité pour l'industrie, et ne sert guère qu'au chauffage. Les Arabes se servent de l'écorce brute pour couvrir leurs gourbis et, en Kroumirie, mangent les glands.
On ne peut passer à Femana, sans admirer le magnifique Chêne-liège qui a donné son nom à la localité. Il est plusieurs fois centenaire et le doyen des arbres de cette essence en Kroumirie; il mesure, au pied, de 7 à 8 mètres de tour. Sans atteindre une grande hauteur, son aspect est d'autant plus imposant qu'il est isolé, sur le versant d'un petit plateau qui domine le pays d'alentour; c'est là que se tient le marché, et en même temps le lieu de rendezvous des indigènes qui y viennent de fort loin.
Le Chêne Zeen, malgré son beau développement, sa grande densité et sa dureté, est un bois qui se dessèche lentement et travaille beaucoup ; mais il est nerveux, très résistant à la flexion, à l'humidité et à la pourriture. On l'a jusqu'ici exploité presque uniquement pour fournir des traverses de chemin de fer et des douelles de foudres ou de tonneaux; mais à l'aide de certaines précautions, que M. Minangouin, en particulier, a bien fait connaître, telles que d'abattre les arbres pendant Thiver, et de les laisser passer l'été sans écorce pour les débiter à Tautomne, puis