III. — De 18 BRUMAIRE AU CoNCORDAT
La réaction anticléricale, commencée par la Révolution du 18 fructidor, n'atteignit pas immédiatement son paroxysme. La loi du 19 fructidor révoquait les lois favorables aux prêtres (art. xxiii), remettait en vigueur le décret du 7 vendémiaire an IV sur la police des cultes et exigeait une nouvelle déclaration dès ecclésiastiques « autorisés à demeurer sur le territoire de la République ». « Ils seront tenus de prêter le serment de haine à la royauté et à l'anarchie, d'attachement et de fidélité à la République et à la Constitution de Tan III » (art. xxv). Par l'art, xxiv, le Directoire était investi « du pouvoir de déporter, par des arrêtés individuels motivés, les prêtres qui troubleraient dans l'intérieur la tranquillité publique ». Les Annales catholiques éidiieni supprimées, ses rédacteurs frappés d'arrêtés de déportation ^ Ce n'est pourtant que vers le milieu de l'an VI que le Directoire usa des pouvoirs illimités qui lui étaient conférés pour détruire systématiquement le catholicisme et établir sur ses ruines une sorte de religion civique, le culte décadaire ^ Les prêtres per-
1. Sicard trouva une retraite à Paris dans le faubourg Saint- Marceau. Pour rentrer en grâce, il n'hésita pas à désavouer dans VAmi des lois sa collaboration aux Annales catholiques et à signer une profession de foi républicaine.
2. Sur la « persécution décadaire », consulter (avec précaution) L. Sciout, Le Directoire, t. IV, ch. vm et ix.
turbateurs de toutes les Eglises, jureurs, insoumis, soumis, furent arrêtés, incarcérés, déportés, mis dans rimpossibilité de conspirer.
Dans la courte période d'accalmie relative qui .précède cette réaction anticléricale, une partie du clergé réfractaire, malgré la dureté des temps, ne désespère pas encore de trouver un moyen d'accommodement avec les lois fructidoriennes et de continuer la tactique qui lui avait si bien réussi après vendémiaire. Emery, qui «ne pouvait se faire à ridée d'un pays sans culte* », déclara Tun des premiers qu'il fallait prêter le serment, « afin de conserver la possession des églises que les différentes sectes n'auraient pas manqué d'envahir^ ».
L'évêque de Marseille, M^*" de Belloy, retiré en Seine-et-Oise, ordonna aux prêtres de son diocèse de se soumettre aux nouvelles obligations de la loi du 19 fructidor ^ toujours en vertu de la doctrine de la soumission passive. A Paris, la plupart dos réfractaires prêtèrent le serment, « avec l'assentiment au moins tacite du conseil archiépiscopal*».