‹ Contributions à l'histoire religieuse de la révolution françaiseChapitre 108 sur 116 · août · texte numérisé non relu

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Au moment même où les cardinaux allaient s'assembler en conclave* pour élire un nouveau pape, la révolution du 18 brumaire mettait fin à la réaction anticléricale commencée par le second Directoire et inaugurait une politique de tolérance religieuse. Bien qu'en plusieurs occasions déjà, il eût témoigné à TEglise de la bienveillance et marqué qu'il comprenait quel puissant facteur social c'était, il ne semble pas que Bonaparte, en arrivant au pouvoir, ait déjà définitivement arrêté dans sa pensée le projet du Concordat.

Pendant les premiers mois du Consulat (de novembre 1799 à juin 1800), il suit à l'égard des différents clergés la même conduite que la Convention thermidorienne ou que le premier Directoire.

Parce qu'il veut avant tout ramener la tranquillité dans la République, il supprime la plupart des mesures d'exception et revient peu à peu à la liberté. Il se borne à exiger des ministres des cultes l'assurance qu'ils n'attaqueront pas les institutions civiles. Mais il conserve l'héritage de la Révolution. Il ne veut pas de religion dominante ou officielle. Il maintient l'Etat en dehors et au-dessus des confessions religieuses. Selon le mot de son ministre Fouché : « Le gouvernement protège tous les cultes également, mais sans en favoriser aucun-.» Dès le 30 brumaire, le ministre de l'intérieur Laplace écrivait aux autorités constituées : « Ne négligez aucune occasion de prouver à vos conci-

1. Le conclave s'ouvrit le 30 novembre 1799, vingt et un jours après le Coup d'Etat de brumaire.

2. Circulaire du 6 frimaire, citée par Aulard, Etudes et Leçons, 2e série, p. 230.

toyens que la superstition n'aura pas plus à s'applaudir que le royalisme des changements opérés le 18 brumaire. C'est en continuant à faire observer avec la plus scrupuleuse exactitude les lois qui instituent des fêtes nationales et décadaires, un calendrier républicain, un nouveau système de poids et de mesures, etc., que vous justifierez la confiance du gouvernement. » On reconnaît ici le langage et la pensée des « philosophes » de rinstitut qui avaient été parmi les plus actifs coopérateurs du coup d'Etat.

Les premiers actes du nouveau gouvernement ne parurent pas démentir ces déclarations. Si l'arrêté du 8 frimaire an VIII abrogeait l'article xxiv de la loi du 19 fructidor et rappelait en France de nombreux prêtres déportés, au moins ne bénéficiaient de cette faveur que ceux « qui auraient prêté tous les serments que les lois ont prescrits... et aux époques désignées par les mêmes lois, et qui ne les ont pas rétractés^ ». Une nouvelle déclaration, beaucoup moins sévère il est vrai que les précédentes, était exigée de tous ceux qui exerceraient leur ministère en public : Je promets fidélité à la Constitution^. Les églises n'étaient rendues aux réfrac taires qu'à cette condition. Sans doute, plus d'une fois, les administrations locales rappelaient les insoumis sans les obliger à faire la déclaration ou leur permettaient de la souscrire avec

1. Les Annales de la Religion, X, loo, publient l'arrêté du 8 frimaire en l'accompagnant de commentaires.

2. Arrêté du 7 nivôse an VIII. Le Moniteur insiste sur le caractère purement civil de la promesse : « Ce n'est pas un serment, une promesse faite à Dieu, c'est un engagement purement civil...»

des réserves; mais Fouché protestait contre ces abus et précisait ainsi les intentions du gouvernement : « ... Faire rentrer quelques prêtres déportés a été un acte d'humanité, de morale. Le gouvernement a voulu consacrer la liberté des opinions religieuses, mais non la résurrection du fanatisme ; il a voulu ramener parmi le peuple des préceptes d'une morale antique et révérée, mais non des réactions sanguinaires et des vengeances superstitieuses... Le gouvernement veut que tous les cultes soient libres et qu'aucun ne soit dominant... Que tous les cultes soient donc libres et égaux, mais que les lois qui en règlent l'exercice continuent d'être sévèrement exécutées... Soyez inexorables contre les perturbateurs, quels qu'ils soient, et sous quelque prétexte qu'ils exécutent le mal sur la terre*... » Craignant peut-être que Fouché n'eût pas été suffisamment compris et obéi, Bonaparte intervenait en personne, et, le 2 pluviôse, prenait un arrêté pour maintenir les cérémonies décadaires qui devaient avoir lieu, comme précédemment, dans les édifices consacrés aux cultes ^ Les Annales

1. Circulaire du ministre de la police générale en date du 22 nivôse an VIII, reproduite dans les Annales de la Religion, X, 234.

2. Arrêté des consuls du 2 pluviôse an VIII : « Les consuls de la République, vu l'arrêté du 7 nivôse an VIII, vu également les lois du 11 prairial an III et du 13 fructidor an IV, arrêtent :

I. Les édifices remis, par Tarrêté du 7 nivôse à la disposition des citoyens pour l'exercice des cultes, et qui, antérieurement à l'époque de cet arrêté, servaient à la célébration des cérémonies déeadcdres, continueront de servir à cette célébration comme à celle des cérémonies des cultes.

IL Les autres administrations régleront les heures qui seront données à l'exercice du culte et aux cérémonies civiles, de manière à prévenir leur concurrence ; elles prendront les mesures

de la Religion constatent avec douleur que cet arrêté consacrait « Tamalgame incestueux des cérémonies religieuses et des farces impies ». Au même moment, un arrêté du ministre de Tintérieur érigeait une statue de Mars dans la chapelle des Invalides et ordonnait la disparition de tous les emblèmes religieux qui la décoraient*. Le 21 floréal, enfin, Fouché décidait qu'un prêtre déporté en exécution des lois de 1792 et 1793 ne pouvait rentrer en France et exercer le culte, même en faisant la promesse*. M. Aulard a raison de dire qu'on retrouve dans les premiers actes du Consulat « l'esprit, le langage de la Convention et du Comité de salut public^ ».

Les prêtres réfractaires se comportèrent à l'égard des arrêtés de l'an VIII comme ils l'avaient fait à l'égard des décrets du 11 prairial an III et du 7 vendémiaire an IV.

Tous ceux qui tenaient plus à la religion qu'à la monarchie, et leur nombre grandissait chaque jour, s'empressèrent de témoigner au premier consul leur reconnaissance pour son libéralisme et prêtèrent la promesse. Les Annales catholiques^ sup-

nécessaircs pour assurer le maintien du bon ordre et de la tranquillité dans le temps consacré au culte et aux cérémonies civiles. » Reproduit dans les Annales de la Religion, X, 267.

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