Histoire de M. Emery
trois de ses vicaires généraux (sur quatre) qui avaient autorisé la promesse*. Les éveques de La Rochelle, de Chartres, de Limoges, de Séez, de Digne, de Sisteron, l'archevêque de Reims, les évêques de Belgique, etc., condamnaient également la promesse. De Rome, Maury stimulait leur zèle et ne craignait pas d'invoquer, sans y être autorisé d'ailleurs, l'avis du Saint-Siège. Il affirmait, contrairement à la vérité, que la promesse avait été condamnée à l'unanimité par la congrégation des cardinaux^.
Le nouveau pape, Chiaramonti, proclamé sous le nom de Pie Yll, n'avait été élu qu'après de longues intrigues où Maury avait joué un rôle important. Il sembla un instant plus enclin que son prédécesseur à favoriser la cause de Louis XVIIl. Alors que Pie YI s'était toujours refusé à reconnaître publiquement les droits du comte de Provence au trône de France, Pie VII lui notifiait son avènement dans les mêmes formes qu'aux autres souverains d'Europe et lui accordait le titre de roi. C'est ce même pape pourtant qui va, deux ans après, porter le coup le plus terrible à la légitimité en signant le Concordat.
Rien ne faisait prévoir en apparence, au milieu de l'an VIII, une réconciliation prochaine des diverses églises catholiques entre elles et avec l'Etat. La lutte entre soumissionnaires et insoumissionnaires n'avait jamais été plus ardente. Les constitutionnels achevaient de se réorganiser, nommaient
1. Paul Gabent, Len illuminés ou aulicnnan'iluiaiiea </<• l'ancien diocèse de Lombez, 1900, p. 53.
des évoques aux sièges vacants, préparaient un second concile national. Ils parlaient cependant de réunion, mais étaient bien décidés à ne pas la payer du prix d'une rétractation. Le gouvernement protégeait toutes les opinions religieuses, à condition toutefois de ne pas troubler l'ordre et de n'être pas une menace pour la société civile. Aucune nécessité importante, semble-t-il, n'obligeait Bonaparte à renoncer à la politique de la Convention et du Directoire, à revenir au régime de la religion d'Etat. Mais il crut qu'il lui fallait l'appui de l'Eglise pour arriver à l'Empire, qu'il n'y a pas de trône possible sans autel.
Le 5 juin 1800, se départissant de la neutralité qu'il avait jusqu'alors observée, Bonaparte vantait, dans un discours aux curés de Milan, les bienfaits de la religion catholique et rappelait complaisamment les méfaits du philosophisme. Quelques jours plus tard, les 23 et 26 juin, il avait de longues conférences avec le cardinal Martiniana, évêque de Verccil, dans lesquelles étaient posées les premières bases du Concordat*.
Pour la première fois, un gouvernement issu de la Révolution faisait des avances à l'Eglise ; jus- ({ue-là c'était le pape qui avait sollicité un rapprochement, dont l'offre avait été froidement accueillie (par exemple en 1796). Maintenant le premier consul priait Martiniana d'annoncer au pape « qu'il voulait lui faire cadeau de 30 millions de Fran- <;ais ». Le pape ne pouvait manquer d'accepter avec joie ces négociations inespérées. Il va s'ef-
i. Séché, II, 20.
forcer d'obtenir dans le traité à signer les conditions les plus favorables. Pour cela, son intérêt évident est de ne point paraître trop pressé, de tenir, comme on dit, la dragée haute à son partenaire. Il lui importe aussi de maintenir les divisions du clergé français, tant que durera la négociation, afin de faire payer d'un plus haut prix la réconciliation qui sera son œuvre. Il n'est pas mauvais non plus que les réfractaires intransigeants continuent à soulever les campagnes contre la République et menacent de rallumer de nouvelles Vendées ; qu'en attendant ils damnent les acheteurs de biens nationaux et prêchent la désertion aux conscrits ; la tranquillité rétablie par le pape n'en aura que plus de valeur. Voilà pourquoi, tant que durent les longues négociations du Concordat Quin 1800-juillet 1801), Pie VU se garde bien d'intervenir dans la querelle entre soumissionnaires et insoumissionnaires. Il laisse dire aux uns et aux autres qu'il est avec eux et ajourne toute décision sur la promesse de fidélité*.
La tactique eut un plein succès. Bonaparte, afin de prouver à l'Eglise la sincérité de ses avances, abandonna de plus en plus la politique de neutralité religieuse qu'il avait suivie jusque-là. Un arrêté du 7 thermidor an VIÏI portait un coup mortel au culte décadaire, en supprimant l'obligation du repos décadaire pour tous les citoyens qui n'étaient pas fonctionnaires.
I. Consulté par douze prêtres de l'Orne sur la promesse, Spina leur répondait, le 19 novembre 1800, d'attendre le jugement du pape. Emery, ayant consulté le pape, le lo mai 1800, n'obtint une réponse, évasive d'ailleurs, qu'à la fin de l'année. L'archevêque de Reims, l'évêque de Genève ne furent pas plus heureux.
Bientôt, les sœurs de charité étaient réintégrées dans les hôpitaux et une subvention accordée à leur supérieure, la citoyenne Duleau *. Le culte des théophilanthropes était frappé un an après le culte décadaire. L'arrêté du 12 vendémiaire an X, pris à la demande formelle de M**" Spina, leur retirait Tusage des églises et on leur refusait le droit de se réunir dans des maisons particulières. Les inscriptions dédicatoipes gravées sur les temples décadaires: « A l'Hymen, à la Victoire », etc., étaient effacées et remplacées par les noms des anciennes églises. Dans plus d'un département, les préfets se contentaient de promesses restrictives pour remettre les églises aux insoumis*.
Quinette, préfet de la Somme, ordonnait aux maires de faire réparer les églises'. Les cohstitutionncjls étaient, dans certains cas, expulsés de leurs temples au profit des réfractaires. Le concile, qu'ils avaient réuni à Paris en juin 1801, fut brus- (luemcmt suspendu par ordre du ministre de Tintérieur. Sans doute Fouché lançait de temps en temps quelque circulaire où il s'élevait contre r inapplication des lois sur les prêtres. Mais la cir-