A}i»ales de Iti Uelinion. XIII
culaire était rarement appliquée ; et le crédit de Fouché baissait auprès de Bonaparte ^
Cette mansuétude du gouvernement pour les réfractaires insoumis eut pour effet d'arrêter le mouvement en faveur de la promesse, qui avait fait de rapides progrès après le 18 brumaire. Le pape d'ailleurs conseillait de patienter, de ne pas s'engager*. Il y avait tout bénéfice à attendre le résultat des négociations qui venaient de s'ouvrir pour la conclusion d'un Concordat.
On distingue dès lors trois partis parmi les réfractai res :
. 1* Ceux qui ont fait la promesse après brumaire. Ils regardent le Concordat comme le triomphe de leur politique, se réjouissent de la réunion des églises catholiques qui est proche, et sont prêts à faire ce que le pape leur ordonnera.
2* Les insoumis qui, par point d'honneur, n'ont pas encore fait défection à la cause royaliste, mais qui la jugent perdue et qui sont assez disposés à un rapprochement avec la République, à condition qu'on sauvegarde leur amour-propre et qu'on leur donne des garanties. Ceux-ci sont de plus en plus nombreux. Certains avaient déjà déploré autrefois les divisions schismatiques des réfractaires et s'é-
1. Les Conseils généraux en majorité réclamaient en Pan IX de noavelles faveurs pour les catholiques. Quelques-uns même invitaient le gouvernement à réconcilier les différentes églises catholiques et à s'entendre pour cela avec la papauté. — Voir le Tableau concernant Vesprit public en l'an IX, publié par M. Aulard dans VEtat de la France en Van VIII et en l'an IX.
2. Voir la réponse de U^ Spina au clergé d'Alençon qui l'avait consulté sur la promesse. Lettre de Tahbé Michot, Séché, II, 209-
taient c^fforcés d'y mettre un terme. Ils continuent à interposer leurs bons offices entre les zélés et les indulgents. Leur conduite prudente sert la politique pontificale \ Ils ne prêtent pas maintenant la promesse de fidélité à la Constitution ou ils ne la prêtent qu'en l'entourant de restrictions ^ Ils attendent le Concordat pour prendre un parti définitif. Mais presque tous jureront le nouveau serment imposé par le Concordat '.
3" Les irréductibles enfin, dont le nombre diminue peu à peu, « les jacobins de l'impiété », dont parle Barruel, qui resteront, coûte que coûte, fidèles à la monarchie et sauront résister au Concordat. Leur haine farouche contre tout ce qui touche à la Révolution, l'existence tounnentée qu'ils mènent de cachette en cachette, de prison en prison, leur concilient l'admiration et le dévouement des éléments les plus rétrogrades de la population. Alors
1. Sur leurs sentiments intimes, consulter la curieuse lettre de l'abbé Michot, publiée par Séché, 11, 209-213.
Le préfet des I)eux-S(Wres écrivait le 29 vendémiaire an X, au ministre de la police générale : a J'ai aussi la preuve que parmi les prêtres qui passent pour insoumis, il en est qui ont fait leur promesse de fidélité, mais qui attendent pour l'avouer hautement que le Concordat soit connu. » Séché, II, 57.
2. Sont dans ce cas les prêtres réfractaires des diocèses de Glermont, dcii départements de la Sartlie, de la Mayenne, du Gard, etc. (if. AmmleH catholiques.
3. Parmi les prélats de cette 2» classe, on peut citer l'archevêquedo Bourges (réfugié à Brunswick), les évêques d'Agen (Soleure) et d'Acqs (Espagne), qui laissèrent à leurs prêtres le choix entre la promesse et le refus (Cf. Annales catholiques). Les Annales de la Religion (XI, 4o3) évaluèrent à 45 le nombre des prélats réfractaires favorables à la promesse. II faut faire entrer dans ce chiffre les j>ré!als de la i" et de la 2« classe. Les évêques qui se soumettront au (ittncordat seront environ ce nombre.
que les constitutionnels et les soumis étaient dans la gêne, parfois dans la misère, les « zélés », au contraire, sont comblés de dons par la générosité des royalistes \
Quel était le nombre respectif des réfractaires de chaque catégorie ? Le gouvernement consulaire^ ne pouvait manquer de se renseigner sur cet obj.et si important. Le 2 thermidor an IX, le ministre de Fintérieur Chaptal adressa une lettre confidentielle aux préfets pour les inviter à faire une enquête circonstanciée sur Tétat du culte catholique dan& leurs départements. La plupart des préfets répondirent au ministre avec plus ou moins de hâte et plus ou moins de précision^.
Dans TAube, tous les prêtres réfractaires au nombre de près de 400 firent la promesse de fidélité à la Constitution, pour se conformer aux ordres de l'ancien évêque de Barrai.
Dans la Charente, par contre, écrit le préfet le 16 thermidor an IX, « il est très peu de non sermentés qui aient fait la promesse de fidélité. Encore ce petit nombre est-il composé d'hommes, très âgés, peu capables et sans aucune influence sur l'opinion ».
1. Le préfet du Lot-et-Garonne (lettre à Fouclié du 21 prairial an IX), voit dans cette générosité des fidèles « le principal motif qui empêche les réfractaires de faire la soumission ». Il remarque que depuis longtemps « l'aisance des prêtres est en raison inverse de leur docilité politique ». Séché, II, 48.
2. Leurs réponses se trouvent aux Archives nationales dans^ F*« 865 et 866. Les éléments de cette statistique sont plus précis» sinon plus complets, que ceux que M. Aulard a utilisés d'après. AFivl065(Cf. A. Aulard, État de la France en l'an VIII et en l'an IX, 1897, in-8).
Dans l'Hérault, le nombre des réfractaires soumissionnaires est de 158, celui des insoumis de 28 seulement.
Dans les Landes, tous les réfractaires ont prêté la promesse, à Texception du citoyen Lamarque, grand vicaire de Tévêque d'Aire, contre lequel le préfet a décerné un mandat d'arrestation.
Dans la Loire, le nombre des soumissionnaires fut très faible, 13 seulement.
Dans la Haute-Loire, on compte 291 soumissionnaires contre 35 insoumis.
Dans le Loiret, il y a 203 prêtres soumis, mais ce chiffre comprend les constitutionnels.
Dans le Lot-et-Garonne, sur 185 prêtres, dont le préfet donne la liste, il n'y a que 37 insoumis.
Dans la Manche, l'état préfectoral comprend 103 prêtres, dont 49 « non-soumissionnaires », mais plusieurs de ceux-ci sont indiqués comme « tolérés ».
Dans la Moselle, le préfet, en donnant la liste de 43 insoumis, ajoute cette remarque: « Les uns par fausse honte, les autres par conscience timorée ont jusqu'à présent refusé la promesse de soumission en déclarant qu'ils étaient prêts à la faire quand le pape le leur aurait permis. »
Dans le Mont-Blanc, le seul arrondissement d'Annecy compte 83 insoumis.
Dans l'Oise, sur 467 ecclésiastiques qui ligurent à l'état, 30 seulement sont qualifiés de grilletistes, du nom du vicaire général réfractaire Grillet, qui est le chef des insoumis dans le département.
Dans les Pyrénées-Orientales, sur 82 réfractaires, il n'y a que deux insoumis et deux autres prêtres non spécifiés.
Dans le Puy-de-Dôme, le préfet écrit, le 20 thermidor an IX, que les réfractaires les plus influents ont fait la promesse, mais avec un préambule restrictif.
Dans les Deux-Sèvres, sur H3 prêtres, 60 sont insoumis et exercent quand même.
En Saône-et-Loire, sur 387 prêtres, tant constitutionnels que réfractaires, il n'y a que 48 insoumis.
Avec les documents dont nous disposons, il est •difficile de serrer la réalité de plus près. Nous en sommes donc réduits aux conjectures et aux vraisemblances sur le nombre respectif des réfractaires des trois catégories : 1° de ceux qui firent la promesse; 2° de ceux qui n'attendirent que la permission du pape pour la prêter; 3^ enfin de ceux qui restèrent irréductibles.
Gomme on pouvait s'y attendre, les réfractaires des premières catégories se soumirent docilement aux ordres du pape et jurèrent le nouveau serment exigé par le Concordat, bien qu'il fût plus rigoureux que tous les serments antérieurs :
« Je jure et promets à Dieu sur les saints évan- •giles de garder obéissance et fidélité au gouvernement établi par la Constitution de là République française. Je promets aiissi de n'avoir aucune intelligence, de n'assister à aucim conseil, de nentf^etenir aucune ligue, soit au dedans, soit au dehors, qui soit contraire à la tranquillité publique , et si, dans mon diocèse ou ailleurs, j'apprends qu'il se trame quelque chose au préjudice de l'Etat, je le ferai savoir au gouvernement^ »