DURAND DE MAILLANE D'APRÈS SES LETTRES INÉDITES
Parmi les papiers de Grégoire, que M. Gazier met à la disposition des travailleurs avec une libéralité digne d'éloges, figurent cinq lettres de Durand de Maillane, la première datée du 18 juin 1809, la dernière du 20 septembre 1810. M. Aulard a estimé que ces lettres offraient quelque intérêt et a bien voulu nous confier le soin de les présenter aux lecteurs de la Révolution française.
Sans jouer un rôle de premier ordre, Durand de Maillane avait pourtant tenu sa place dans les assemblées révolutionnaires. Avocat au parlement d'Aix, connu par ses ouvrages sur le droit canon % il fut nommé vers la cinquantaine ^député du Tiers
1. Cet article a d'abord paru dans la Révolution française du 14 octobre 1900.
2. 11 avait fait paraître, en 1761, un Dictionnaire de droit canonique qui, remanié et augmenté, fut souvent réédité (1770, 1776, 1787); en 1769, une Histoire du droit canonique; en J770, les Institûtes du droit canonique.
3. Il était né, le i^' novembre 1729, à Saint-Rémy, près d'Arles.
UN GALLICAN CONVERTI A L'DLTR AMONT ANISME 43
aux Etats généraux par la sénéchaussée d'Arles. A la Constituante, il se fit remarquer par son ardeur à combattre le régime féodal, dont il avait eu personnellement à souffrir *. L'un des premiers, il réclama une déclaration des droits de l'homme qui servirait de préface à la nouvelle Constitution et il voulait que cette déclaration « fût affichée dans les villes, dans les tribunaux, dans les églises mêmes »*. Le Club breton, qui fut à Versailles le berceau des Jacobins, le compta an nombre de ses fondateurs*. Ses études juridiques et la réputation de son livre Les Liberté.'^ de l'église gallicane'' le désignèrent pour faire partie du Comité ecclésiastique. Il prit une part très active aux travaux de ce Comité, sans toujours réussir à faire adopter ses vues, auxquelles furent parfois préférées celles de Martineau et de Camus.
Chargé d'examiner les réclamations du comédien Talma contre le curé de Saint-Sulpice qui
1. L'éditeur des Mémoires de Durand de Maillane, parus en 1825 <ians la collection Baudouin, sous le titre d'Histoire de la Convenu tion nûtionale, raconte, dans la notice biographique placée en tête, que la rancune d'un haut baron, contre qui Durand de Maillane avait plaidé dans une affaire de banalité, le fit décréter de prise de corps, sous un prétexte futile. « Je ne voudrais pas jurer, <^onclut l'auteur de l'anecdote, que cette circonstance de sa vie n'eût beaucoup fortifié sa haine contre les abus de l'ancien régime. » C'est probablement quelque temps après cette mésaventure que Durand de Maillane écrivit son pamphlet la Nobtimanic. Avignon, 1786, in-8.