Aulard, art. cité, p
2. Reproduisant la thèse fameuse de l'abbé Barruel dans ses Méfnoires pour servir à Vhistoire du jacobinisme (parus sous le Directoire), MM. Descliamps et Cl. Jannet voient dans la maçonnerie l'agent directeur de la Révolution (cf. leur grande compilation, Les sociétés secrètes et la Révolution, 3 vol., 1880-1883). En sens inverse, M. L. Amiable a écrit, à un point de vue apologétique, deux volumes sur la La franc-maçonnerie et la magistrature en France à la veille de la Révolution (1894) et sur La loge des neuf sœurs (1897).
3. Je citerai, entre autres, E. Charpentier, La loge maçonnique de MontrcuU-sar-Mer de 17 6i à 1809 (dans la Révolution française du
bes et documentées, commencent cependant à voir le jour et leurs conclusions permettent déjà de rectifier bien des jugements tout faits. C'est à tort, autant qu'on en peut juger, que les maçons de nos jours revendiquent comme un titre d'honneur (un titre d'opprobre pour leurs adversaires) d'avoir été les premiers à jeter sur la terre française la bonne semence d'avenir, la semence laïque et républicaine.
Il paraît bien que beaucoup de frères restèrent hostiles à la République, au temps de la Révolution, que la presque unanimité applaudit au premier Empire, que la majorité se rallia à la Restauration, etc.
L'église protestante, malgré quelques travaux partiels, n'est encore guère mieux connue que la maçonnerie. Son histoire n'a guère été faite jusqu'ici que dans un esprit confessionnel*.
43 décembre 1894); Les loges maçonniques de Toulouse de 1740 à 1870, par M. J. Gros {Révolution française des 15 février et 15 avril 1901); M. G. Bourgîn a publié des documents intéressants sur la maçonnerie impériale dans la Révolution française de 1905. Cf. aussi cette revue aux dates des 15 janvier 1901 et 14 août 1902 (documents sur la maçonnerie au temps du Consulat et sur Ghaumette franc-maçon) ; F.*. A.*. D.*. T.*., Essai historique sur la francmaçonnerie à Caen, 3« édit., 1860.
1. M. A. Lods a donné Les églises luthériennes d'Alsace et du pays de Montbéliard (Revue chrétienne, 1898), Les luthériens d'Alsace devant la Constituante {Révolution française, juin 1900), la Correspondance de Rabaut S^Etiemie(ibid., juillet, août, septembre 1898). — M. Lévy-Schneider a essayé de déterminer, avec des préoccupations purement scientifiques, le rôle des protestants du Sud-Ouest dans le mouvement révolutionnaire, à propos d'une étude de M. F. Galabert (cf. Revue d'histoire moderne, t. 11, p. 124 sqq., 233 sqq., 457sqq.). M. FélixKuhn a exposé l'organisation des églises protestantes françaises au moment du Concordat {Bulletin de la Soc. de l'histoire du protest, français, 1899). Cf., sur les rapports des protestants et des théophilantliropes, la Rérolntion française du 15 mai 1903. Il y aura lieu d'explorer aux Archives nationales, sur l'histoire des cultes non catholiques, la série F 19.
L'actualité a ramené rattention sur l'histoire des Juifs et nous a valu une série d'article très importants qui résument et épuisent la question ^
S'il fallait maintenant conclure, je dirais que l'histoire religieuse de la Révolution française est longtemps restée le domaine d'un parti, un domaine inexploré pour une grande part. Alors cette histoire ne soulevait pas de controverses. Les mêmes opinions régnaient sans partage et étaient répétées de confiance, mais c'étaient des opinions de parti. Aujourd'hui que le champ de la recherche s'est élargi, que de lous les points de l'horizon politique et philosophique sont accourus les travailleurs, il n'en est plus de même. Les opinions traditionnelles sont battues en brèche, des thèses nouvelles sont proposées. Si celle que j'ai formulée est exacte, si elle est acceptée, en dépit de ses apparences paradoxales, ce n'est pas seulement l'histoire des cultes révolutionnaires, l'histoire religieuse de cette époque, qui s'en trouvera modifiée, mais l'idée même qu'on se faisait jusqu'ici de la Révolution française. On était habitué à la considérer comme une crise politique et sociale et voilà qu'elle se présente aussi comme une crise religieuse, voilà qu'elle ressemble à cette autre grande crise sociale et religieuse, d'oii elle est dérivée, je veux dire à la Réforme. On n'expliquait jusqu'ici les violences de la Terreur, l'horreur de la lutte entre la Révolution et la Contre-Révolution que par l'antagonisme des intérêts et des classes et par la nécessité de la défense na-
1. Articles de M. Ph. Sagnac dans la Revue d'histoire moderne de 1899 à 1902. — Je cite pour mémoire le livre de M. Léon Kahn Les juifs de Paris pendant la Révolution, 1898.
tionale. L'explication est insuffisante. Il faut y ajouter aussi le fanatisme religieux.
Comment, devant des thèses nouvelles, qui dérangent tant d'idées reçues, tant de douces habitudes d'esprit, qui choquent, de prime abord, même les initiés, même les gens compétents, comment les profanes n'éprouveraient-ils pas quelque surprise, comment parviendraient-ils à s'y reconnaître, au millieu des contradictions des auteurs ? C'est pourtant une constatation consolante que l'esprit de parti ne soit déjà plus seul à dicter les jugements des historiens. Des hommes aux opinions les plus différentes se rejoignent déjà pour formuler des conclusions identiques sur certains groupes de faits. L'accord, qui n'est encore que partiel, avec un peu de bonne volonté finira bien par se faire sur l'ensemble, car la vérité est une et je crois fermement qu'elle a toujours le dernier mot. Le souci de ne rien affirmer que sur des preuves, le respect du document s'imposent de plus en plus dans l'histoire religieuse de la Révolution comme dans son histoire politique*. Rien ne montre mieux la lente, mais sûre prédominance des méthodes scientifiques et objectives, sans lesquelles toute histoire n'est que matière à éloquence, à littérature ou à plaidoyer.
1. A ce point qu'on voit se former avec un programme scientifique des sociétés historiques composées de prêtres, telles que la Société Gorini dans l'Ain. Si le bulletin de cette Société ne remplit pas toujours toutes les promesses de son étiquette scientifique, il publie assez souvent des articles et des documents utiles et intéressants (par ex. dans le n«3, juillet 1904, des Notes bibliographiques sur l histoire religieuse de la Révolution dans l'Ain, par Gh. Dementhon, un Tableau du clergé paroissial dans l'Ain en 1791 par L. Alloing, etc.).