Cité par E. Hamcl, Histoire de Robespierre, 111, p
d'étouflfer le complot, dont le rapport de Yadier était l'amorce *. La conspiration dénoncée par le Comité de sûreté générale, disait-il, n'est « qu'une comédie ridicule et funeste à la patrie ». Elle aura pour résultat « de réveiller le fanatisme presque éteint » ; réveiller le fanatisme, cela voulait dire, dans le langage des robespierrisles, pousser les catholiques à la révolte par l'excès de la peur, effet des menaces de Vadier. Payan soupçonne que le Comité de sûreté générale a agi par jalousie envers le Comité de salut public. « Piqué de n'avoir pas dénoncé lui-même Hébert et Chaumetle, il a voulu dévoiler une conspiration. » Certains de ses membres, d'ailleurs, ont pu se laisser guider par des rancunes personnelles; Amar, par exemple, à qui le Comité de salut public reprocha d'avoir fait sur Chabot « un rapport de procureur dénué de vues politiques ». — Mais cette explication du rapport Vadier est insuffisante. « Quelque jour peut-être, continue Payan, nous découvrirons que [l'affaire Catherine Théot] est le fruit d'une intrigue contrerévolutionnaire. » Quel est l'intrigant qui l'a machinée? Dans la pensée de Payan, c'est un des amis de Bourdon (de l'Oise) et de ses complices, « les corrupteurs de la morale publique » (lisez les athées), les Fouché, les Tallien^ Peut-être a-t-il voulu, cet intrigant, faire oublier les crimes de ces derniers, en dérivant l'attention publique sur le fanatisme, dont on ne parlait plus depuis Tinstitu-
1. La lettre de Payan a été publiée dans le recueil intitulé Papiers inédits trouvés chez Robespierre^ t. II, p. 3o9 et suiv,
2. Cet intrigant ne serait-il pas Barère ? La version de Vilate le donnerait à penser.
tion du culte de TEtre suprême. — Mais que fautil faire pour déjouer ces manœuvres, ces calculs? Il faut que Robespierre, au nom du Comité de salut public, « oppose à une farce qui serait ridicule, si elle n'avait été funeste, un rapport intéressant » qui frappe à la fois tous les conspirateurs. Pour répondre au reproche qu'on lui fait de favoriser les prêtres, Robespierre attaquera d'abord le « fanatisme et donnera une nouvelle vie aux principes sublimes développés dans son rapport sur les idées religieuses », puis il demandera qu'on fasse disparaître du culte de l'Etre suprême tout ce qui rappelle les « dénominations de la superstition, ces pater, ces ave, ces épitres prétendues républicaines », qui pullulaient. En passant, « il favorisera l'opinion éclairée du peuple qui prend la Mère de Dieu pour une folle », mais frappera néanmoins « les auteurs, les imprimeurs, les journalistes et Bouland* » qui ont profité de l'affairp Catherine Théot « pour défigurer la fête de l'Etre suprême * ». Alors, il tonnera contre les corrupteurs de la morale publique, contre les Bourdon et ses pareils. Il montrera que ceux-ci « continuent les fayettistes, les royalistes, les fédéralistes, les dantonistes(Rousselin'* et autres) ». Ayant ainsi « travaillé en grand
i. Orateur du culte décadaire dans la section Guillaume Tell. Le 20 nivôse an II, il avait prononcé un « Discours pittoresque sur les monstruosités du régime monarchique et du fanatisme », d'inspiration panthéiste.
2. Le 6 messidor, à la tribune des jacobins, Robespierre s'était déjà plaint du Moniteur^ qui avait distribué à un de ses discours des éloges trop hyperboliques pour être sincères.
3. Rousselin de Saint-Albin, qui rédigera plus tard les Mémoires de Barras.
comme doivent le faire les législateurs d'une immense République », il écrasera toutes les conspirations d'un seul coup. Les circonstances n'ont jamais été plus favorables. « On sent, dit-il, que toutes nos victoires sont le fruit de vos travaux, elles imposent silence aux malveillants. »
Il ne suffit pas de vaincre les ennemis de l'extérieur, il faut « remporter de grandes victoires à l'intérieur ». Les conspirations une fois étouffées, on organisera définitivement la République. Le gouvernement doit être centralisé. Puisque le Comité de sûreté générale est composé d'esprits médiocres et jaloux qui se mettent à faire de Topposition, il faut que le Comité de sûreté générale soit amoindri et au besoin qu'il disparaisse. Ainsi, le gouvernement n'aura plus qu'un seul centre, le Comité de salut public, à qui sera confiée « toute la masse du pouvoir» qu'il consacrera au salut de la patrie. Les fonctionnaires, dirigés parle Comité de salut public deviendront « des ministres de la morale et serviront à centraliser, à uniformiser l'opinion publique ». A ce prix, la République sera fondée dans les âmes, le gouvernement moral de la France étant centralisé à son tour « comme son gouvernement physique et son gouvernement ma tériel ».
Cette lettre de Payan qui, à certains égards, peut être considérée comme le testament politique de son parti, reflète fort exactement les appréhensions des robespierristes après le rapport de Vadier et jette un jour assez lumineux sur les préliminaires de la journée du 9 thermidor.
Robespierre n'avait pas attendu les avertisse-
inents de Payan pour agir. Il employa tout le crédit dont il disposait encore pour empêcher le procès de Catherine Théot qui l'aurait perdu dans l'opinion publique. Quand, le 28 prairial, Vadier vint lire son rapport à la tribune des Jacobins, au lieu de recueillir des rires et des applaudissements comme la veille à la Convention, il fut écouté dans un froid silence, entrecoupé de murmures d'indignation.
Cependant Fouquier-Tinville, conformément au décret de la Convention, instruisait TafTaire. Il avait déjà étudié le dossier et préparé Tacte d'accusation. Les accusés étaient avertis de se tenir prêts à partir pour la Conciergerie, c'est-à-dire pour l'antichambre du Tribunal révolutionnaire. On était au 8 messidor. Brusquement, la procédure fut arrêtée, le procès indéfiniment ajourné ; les accusés n'allèrent pas à la Conciergerie *. D'où venait ce contre-ordre ? Le Comité de salut public s'était réuni, le 8 messidor, et, sur les vives instances de Robespierre, avait décidé de surseoir au jugement de Catherine Théot, décision très grave, si Ton songe qu'elle était en contradiction avec un arrêté du Comité de sûreté générale et avec un décret formel de la Convention. « Il y eut, dit M. Hamel, au Comité de salut public, de véhémentes explications. J'ai la conviction que ce fut au sujet de l'affaire Catherine Théot qu'eut lieu la scène violente dont parlent les anciens membres du Comité dans leur réponse à Lecointre, et qu'ils prétendent s'être passée à l'occasion de la loi de