Les Mystères de la Mère de Dieu dévoilés, ch. iv
3. C'est à la suite de cette discussion que Billaud refusait une mission que lui proposait Robespierre pour l'armée du Nord. Quelques jours après, le 13 messidor, Robespierre, aux jacobins, insinuait qu'il y avait au Comité une cabale formée contre lui. (L. Lévy-Schneider, Les démêlés dans le Comité du salut public avant le 9 thermidor. La Révolution française, XXXVIII, p. 105.)
4. Le fait est raconté en ces termes par le prévenu Quesvremont, dit Lamotte, dans une pétition imprimée adressée à la Convention (Arch. nat. F^ 4774) : « J'avais été marqué sur la liste de Fouquier, pour périr le 9 messidor, et, le 8 au soir, ses sbires vinrent me chercher pour me transférer à la Conciergerie ; j'étais au Plessis, où je suis encore, lorsqu'à 10 heures du soir, au moment où je me mettais au lit, un gardien ouvrit la porte et me dit : Lamotte, fais ton paquet pour la Conciergerie... Mais, au bout d'une heure, on vint me dire que je pouvais me coucher, et que je ne partirais que le lendemain... »
l'ordre qu'il venait de recevoir et témoigna son embarras, « en indiquant par trois fois, il, il, il s'y oppose au nom du Comité de sàlut public. — C'està-dire Robespierre? », répondit un meinbre, Amar ou Vadier; à quoi Fouquier répliqua: « Oui*. » Le Comité de sûreté générale n'insista pas, soit qu'il trouvât hasardeux d'engager, sur un terrain aussi restreint que l'affaire Catherine Théot, la lutte suprême qui devait se livrer un mois après, soit qu'il craignît de n'être pas suivi par la Convention, que le rapport de Vadier avait fait rire sans l'indigner. A la séance du 9 thermidor, Vadier révéla l'existence de la lettre écrite à Robespierre par la Mère de Dieu, mais l'intérêt de la dramatique partie qui se jouait alors était ailleurs. Encore une fois, Vadier fit sourire, alors qu'il fallait frapper.
Grâce au sursis imposé par Robespierre, la Mère de Dieu et ses complices évitèrent la fatale charrette. Théot neveu était remis en liberté le 29 nivôse an 111 ; dom Gerle et Quesvremont-Lamothe le 24 pluviôse. Catherine Théot allait être rendue à ses adeptes quand elle mourut à la Petite Force dans le mois de germinal. Dom Gerle, guéri de son mysticisme, ne fit plus parler de lui et fut tout heureux d'obtenir de Bénézech, ministre de l'intérieur du Directoire, la petite place de commis qu'il avait en vain sollicitée de Robespierre.
3. Mémoire de Fouquier-Tinville pour sa défense, dans Bûchez et Roux, t. XXXIV, p. 246. Fouquier ajoute : « J'observe qu'il a été trouvé également sous mes scellés un extrait de l'affaire Catherine Théos, qui prouve que je m'en suis occupé. » J'ai recherché cet « extrait » aux Archives, sans réussir à le retrouver.
Avec Catherine Théot s'éteignit le mysticisme chrétien révolutionnaire qui s'était propagé un moment dans le clergé constitutionnel, et qui avait remué une partie des masses au début de la Révolution. Les espérances de bonheur sans mélange, de régénération universelle, sorties de la philosophie du xvni® siècle, ont sombré dans la Terreur. Les prédictions des Livres saints et des Encyclopédistes, un instant confirmées par les premières années de la Révolution, se sont trouvées dans la suite cruellement démenties. Maintenant la confiance, l'enthousiasme, l'idéal se retirent de Tàme des simples. Les cœurs se rétractent sur euxmêmes et se dessèchent. Le mysticisme, qui se nourrit de foi, d'espoirs illimités et de naïve simplicité, n'est plus à sa place dans la société jouisseuse et bourgeoise qui commence avec le Directoire. Au xix** siècle, les pratiques, les dévotions minutieuses, le respect de la lettre remplaceront les grands élans, les nobles espoirs des Fauchet et des Lamourette, et, s'il y aura encore de temps à autre des Suzette Labrousseet des Catherine Théot, ce ne sera plus la révolte qu'elles prêcheront, mais la soumission aux puissances.
Au cours de mes recherches sur Catherine Théot, j'ai été amené à consulter aux Archives nationales les papiers de Chaumette*, que M. Aulard avait déjà utilisés pour la courte biographie qu'il a tracée du célèbre et si peu connu procureur de la Commune \
Outre une riche correspondance et de nombreux discours, ces papiers renferment les œuvres en vers et en prose de cet esprit agité et inquiet, qui ne sut pas mieux ordonner ses idées qu'il n'avait su ordonner sa vie.
Ses études au collège ecclésiastique de Nevers terminées, sans doute un peu brusquement, Chaumette s'était d'abord fait mousse et était parvenu au grade de timonier. Il abandonna cet état, on ignore pour quelles raisons*. En 1783, on le re-
1. Cet article a paru dans la Révolution française du 14 août 1902.