BLESSURES DES ARTÈRES DU MEMBRE THORACIQUE
tel, que je dus porter le bistouri à plus de deux pouces de profondeur pour arriver à l'artère.
L'écoulement du sang en nappe et l'impossibilité de distinguer les parties rendirent ce premier temps de l'opération assez difficile. Dès que je sentis le vaisseau sous mon doigt, je détachai le tissu cellulaire avec l'extrémité d'une sonde cannelée, et, repoussant le nerf médian en dehors, j'engageai la pointe de l'instrument entre ce cordon nerveux et l'artère, la cannelure regardant en dedans ; j'étais certain de ménager ainsi le nerf rejeté en dehors, et, pour placer la ligature sans imprimer aucun tiraillement au vaisseau, je glissai sur la cannelure de la sonde d'acier une autre sonde cannelée d'argent flexible et courbée en demicercle à sa pointe; celle-ci passa facilement sous l'artère, qu'elle embrassa dans sa concavité, et servit à conduire un stylet aiguillé, chargé d'une ligature de soie très-fine. La sonde retirée, on s'assura que le vaisseau était bien saisi, en le comprimant avec le doigt sur la ligature; les battements de l'artère furent tout à coup arrêtés, et il ne s'écoula pas une goutte de sang de la plaie du pli du bras, tandis qu'il en jaillit un jet au moment où je cessai de tirer sur la ligature; je serrai celle-ci sans causer de douleur au malade, et je fis le nœud sur le côté interne de l'artère, pour qu'il n'irritât pas le nerf; je coupai près du nœud les deux extrémités du fil, et la plaie fut réunie, quoique l'infiltration ne permît pas de bien affronter les lèvres de l'incision, qui se renversaient en dedans. Le malade avait peu souffert; àpeinesi une ou deux onces de sang s'étaient écoulées; les points mortifiés ou qui menaçaient de le devenir furent pansés avec du styrax. Nous appliquâmes des compressions trempées dans une décoction chaude de quinquina alcoolisé sur la main, qui était froide, et le membre fut placé dans une position déclive pour favoriser le dégorgement.
Vers le soir, réaction assez forte, pouls large et fréquent, faciès colore, tuméfaction considérable du membre opéré. La chaleur et la tension augmentant, trente sangsues sur le bras et l'avant-bras ; fomentations émollientes; limonade gommeuse. Dans la nuit, légère hémorrhagie veineuse par la plaie du pli du bras. Quelques bourdonnets de charpie la suspendent.
Le 5, l'hémorrhagie n'a pas reparu; peau sèche; pouls arrondi, dur, vibrant; langue très-sèche; yeux hagards, inquiétude et agitation du malade, dont les paroles sont vives et pressées. — Tisane gommeuse; cataplasme sur l'abdomen, qui est très-sensible et couvert de croûtes formées sur d'anciennes piqûres de sangsues; demi-lavement avec décoction de têtes de pavot. — Vers le soir, le pouls est redevenu large et mou; -peau halitueuse, langue humide, voix calme. Même traitement.
Le 6, nuit bonne, profond sommeil; le lavement a déterminé une selle abondante; pouls un peu serré; langue sèche, peu de soif; urines limpides; sentiment douloureux de pulsation dans le membre opéré. Le malade se sent faible et demande des aliments; une grande quantité de sanie rougeâtre s'est écoulée de ancienne plaie de la saignée; toût le membre est lavé et nettoyé avec soin; on l enveloppe dans des compresses fenêtrées, enduites de cérat, maintenues par un bandage a dix-huit chefs peu serré. — Tisane gommeuse, bouillon coupé; cataplasmes sur l'abdomen, demi-lavement.
Le 7, peu de sommeil, peau chaude et couverte de sueur, pouls large, mou et lent; bouche sèche, langue effilée, blanchâtre, soif nulle. La main n'est plus tumé-
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fiée ni douloureuse; les mouvements ,les doigts sont faciles. L'eschare du pli du bras commence à se soulever, et laisse écouler une grande quantité de saine rou- Keàlre La moitié supérieure do l'avant-bras offre une couleur d'un brun rou- -eatre; l'épiderme se détacl.e facilement, et la fluctuation n'est pas douteuse. Une première incision d'un pouce de longueur est faite le long du bord interne et antérieur du cubitus, et pénètre profondément ù travers du tissu cellulaire réduit en putrilage; beaucoup de sanie et du pus blanc, épais et crémeux, s'en écoulent Une seconde incision, faite au bord radial, montre aussi le tissu cellulaire mortifié et distendu dans ses lamelles par de la sanie qui s'échappe eu abondance Le bras est tuméfié et œdémateux} ift plaie de la ligature reste maintenue on contact; pansement avec cérat simple. - Prescription : tisane gommeuse ou bouillon dp poulet à vplonté; bouillon coupé avec un jaune d'œuf le matin; crème de riz le soir; deux grains «le sulfate de quinine; fomentations abdominales; lavement avec décoction de pavot.
Le 8 douleurs vives à la région thoracique gauche, dues probablement aux nerfs thoraciques qui vont s'anastomoser avec les nerfs brachiaux; aisselle tuméfiée et œdémateuse; abdomen toujours sensible à la pression; pouls faible, apyrétique- moins de douleurs dans le membre opéré; les eschares du pli du bras continuent à se détacher; écoulement Ires-abondant de pus et de sanie. - ^me pansement; fomentations sur le membre avec la décoction tlequinqu.ua. Mêmes
prescriptions. ,
Le 9 bien-être général; nouvelle incision au côté interne et postérieur du coude; issue de beaucoup de pus de bonne nature; les eschares se limitent, elles occupent une grande partie de la moitié supérieure de la face antérieure de l'avant-bras, et comprennent les deux premières ine.s.ons; elles sont epa ^o, d'un noir brun, molles, et s'étendent au tissu cellulaire intermuseulairc. On en détache une assez grande portion avec des ciseaux; les musc es aurons fl cU paraissent complètement disséqués. Des pressions graduées fou sortir une as.e* grande quantité de pus situé profondément. - Pansement avec le styrax et la décoction de quinquina. Mêmes prescriptions.
Le 10 et le il, suppuration très-abondante, fluctuation autour de 1 epicoudyle; une incisipp faite au-dessous de cette apophyse donne issue à beaucoup de matière purulente mêlée de sang; une petite artériole sous-cutanée a ete ouverte elle est tamponnée. La plaie de la ligature commence à suppurer^ elle ne. 5 6* pas réunie; la peau est décollée autour du coude jusqu'auprès de 1 oleçranp. un a toujours évité d'imprimer aucun mouvement au membre, qm est reste dans le même degré de flexion et dans la même position pour éviter les tiraillements de l'artère et l'hémorrhagie on la suppuration profonde de la gaine des vaisseaux. Les plaies sont détergées avec la décoction aromatique. On panse avec des linges lenetrés enduits de parties égales de styrax et de cérat simple, et soutenus par de* compresses arrosées souvent avec la décoction aromatique. ^- Mêmes prcsuip-
tl°Le 12, les eschares ne sont pas encore complètement détachées. Au point on la lancette a ouvert l'artère, elles sont épaisses et profondes; des portions de t.ssu cellulaire mortifié sont entraînées avec le pus. La peau qui sépare la lésion du bras de la plaie de l'avant-bras est décollée; le coude est devenu rouge et tresdouloureux ; on l'enveloppe dans un grand cataplasme, et on le place de manière