INDICATIONS CURATIVES GÉNÉRALES
et nous croyons que cet usage finira par être adopté ^veo la précaution d'éviter les courants d'air trop violents et continus,
Que de distinctions à établir à ce sujet outre les malades, dont lps uns vivent dans un espace confiné, sans air et sans soleil, et les auLros en pleine campagne et en pleine lumière!
Les premiers nous ont paru moins souffrir de leur séjour à l'hôpital que les seconds.
L'alimentation ne mérite pas moins d'attention. 11 faut d'abord repousser les idées systématiques, et ne pas vouloir nourrir abondamment les malades, par opposition à la diète exagérée qu'on leur a trop longtemps imposée. Le traumatisme, les habitudes, la constitution, l'âge, les conditions de santé, doivent régler l'alimentation.
Dans le doute, il serait moins dangereux d'accorder trop d'aliments à ceux qui les réclament que de ne pas leur en donner assez.
Que de différences entre l'homme accoutumé à boire de l'eau et celui qui fait usage de liqueurs fermentées ; entre celui qui vit de légumes, de bouillies ou de gâteaux de maïs, de lait caillé, de pain de seigle, et le mangeur de viande et de poisson. Le savant se nourrit peu, le cultivateur a besoin d'aliments abondants et réparateurs. Combien il serait irrationnel "de soumettre au même régime tant d'organismes différents.
Lesquestions de l'hygième sont manifestement d'une importance supérieure, mais nous ne saurions ici nous y arrêter,
Indications relatives à V étranglement . — Nous les avons signalées pour les débridements, les sutures, l'application des bandages et des appareils, l'extension des membres, la saillie des os dans le moignon des amputés, la déclivité, Je déplacement des fragments, les corps étrangers, etc, La règle de ne pas entourer de liens fixes, tels que des bandages inamovibles, les membres blessés ou fracturés susceptibles d'une tuméfaction rapide, ne devrait jamais être négligée.
Indications relatives à la rétention des liquides. — Les contreouvertures, les larges incisions, la déclivité, les canules en arrosoir, sont des moyens préventifs et curatifs excellents. Nous acceptons les drains pour porter les injections dans des foyers vastes et profonds; mais nous ne les avons jamais vus permettre le libre écoulement du pus. Ce liquide sort' par les plaies de passage du drain, lorsqu'elles sont suffisamment larges; mais si elles se resserrent ou qu'elles aient été pratiquées par ponction, le pus ne
s'engage pas dans le drain, qui se gonfle, devient difficilement perméable et cause les accidents qu'on le destinait à prévenir.
Les conséquences de la rétention nous ont fait abandonner la réunion immédiate dans tous les cas où le succès n'en est pas certain (voyez nos mémoires sur les moyens d'assurer la réussite de l'amputation des membres, t. H).
Indications relatives aux intoxications. — En prévenant l'étranglement et la rétention des liquides, on place les malades dans les meilleures conditions de guérison. Mais si l'intoxication existe, il faut en tarir la source et en combattre les effets. Les procédés déjà recommandés contre l'étranglement et la rétention sont ceux sur lesquels il est le plus permis de compter. On ne saurait se dissimuler l'impossibilité de sauver les blessés dont l'empoisonnement est continu.
La cautérisation ignée est d'une grande efficacité; les injections antiseptiques, la teinture d'iode, le sulfate et le persulfate de fer, le perchlorure de ce métal, le permanganate de potasse, les chlorures, l'hyposulfite de soude, l'acide phénique et tous les désinfectants, en général, sont d'un emploi indispensable.
A l'intérieur, on prescrit les sudorifiques, comme l'acétate d'ammoniaque, et les purgatifs, pour éliminer les matières toxiques. Les antiseptiques, et particulièrement le sulfate de quinine et le vin additionné ou non de cannelle, de menthe, sont des toniques fort utiles. Dans la supposition de ferments, de microphytes et de microzoaires infectieux, l'hydrochlorate de quinine serait, a-t-on dit, un remède souverain, puisqu'il n'en faudrait qu'un vingt-millième dans une solution aqueuse pour tuer tous les microphytes. L'éther n'aurait pas moins de puissance. Mais ces moyens nous ont cependant paru très-inférieurs, dans leur application clinique, au sulfate de quinine.
La propagation et le contage des intoxications puerpuérale, purulente, érysipélateuse, diphthéri tique, phagédénique, putride et gangréneuse ne sauraient être contestés, et exigent les plus grandes précautions d'isolement, d'extrême propreté et de désinfection. L'association des ressources hygiéniques, et les procédés prophylactiques et curatifs dont nous avons exposé sommairement l'histoire, concourent à rendre les succès de la chirurgie plus fréquents, plus rapides et plus assurés.
La découverte de l'anesthésie (éthérisation, Morton, 1 866) et la suppression de la sensibilité et des mouvements pendant les opérations chirurgicales étaient des faits trop considérables pour ne pas exciter toute l'attention des chirurgiens.
Nous avons été des premiers à nous en occuper, et dans nos études comparatives sur l'emploi de l'éther et du chloroforme (chloroformisalion, Simpson, 1847), nous avons donné la préférence à ce dernier agent, dont les effets plus rapides sont également plus persistants et plus profonds.
L'opinion opposée est encore soutenue cependant par une faible minorité, dont le principal argument est le moindre danger de l'éther entre des mains peu exercées.
Les objections dirigées contre l'usage du chloroforme nous ont paru contredites par la constance et l'invariabilité des lois biologiques. Comment prendre au sérieux la léthalité, prétendue inévitable, du chloroforme, sous des influences mystérieures et inconnues, lorsque personne ne conteste la possibilité de recourir à l'acide cyanhydrique, à la morphine, à la strychnine, à la codéine, aux poisons, en un mot, les plus violents, avec la seule précaution d'en proportionner les doses aux conditions individuelles.
Le temps fera certainement justice de ces inconcevables erreurs. Il serait sans doute avantageux de découvrir un anesthésique eflicace et sans danger, mais nous ne croyons pas cet espoir réalisable.
L'abolition de la conscience, de la sensibilité et des mouvements amène une trop grande perturbation dans l'être vivant pour ne pas exiger une surveillance de tous les moments, et il est d'ob-
SÉDILLUT.
servation générale que le péril est toujours en proportion de l'énergie des agents médicamenteux mis en usage. L'art consiste à en régler les effets par un dosage rationnel. Tel est le seul moyen d'éviter les accidents. Aussi maintenons-nous la formule : le chloroforme pur et bien employé ne tue jamais.
M. Pétrequin a soutenu que l'impureté du chloroforme n'entraînait pas d'accidents. Notre opinion est complètement différente, et il paraît démontré qu'au-dessus de 61 degrés centigrades, l'ébullition de ce produit entraîne des substances plus ou moins toxiques. Voici une note qu'a bien voulu nous remettre M. Hepp, pharmacien de l'hospice civil de Strasbourg, dont l'importance n'échappera à personne.
« Le point d'ébullition du chloroforme est fixé à 61 degrés.
» La densité à 0°= 1 525 , à 1 5°= 1 500, à 1 7°= 1 h 8 5 , à 1 8° = 1 491 .
» Le point d'ébullition est abaissé par la présence des composés suivants : l'amylène, l'éther, le chlorure d'éthyle.
» il est élevé par l'existence dans le chloroforme, du bichlorure de carbone, du chlorure d'éthyle chloré et du chlorure d'éthylène (liqueur des Hollandais).
» Le dernier composé existe fréquemment dans le chloroforme du commerce, et peut se reconnaître en ajoutant au chloroforme suspect une solution alcoolique de potasse caustique.
» Le chloroforme pur est décomposé peu à peu et sans production de chaleur ou de dégagement gazeux, en formiate de potasse et en chlorure de potassium; le chloroforme, par contre, renfermant du chlorure d'éthylène, donne lieu à du chlorure d'éthylène gazeux et à du chlorure de potassium. »
11 est donc nécessaire de ne pas pousser la distillation au-dessus de 61 degrés, et de s'abstenir de tout chloroforme qui, versé dans la paume de la main, ne s'évapore pas complètement et y laisse une odeur àcre et désagréable.
Les phénomènes anesthésiques sont également applicables à l'étude de la psychologie et de la médecine légale, comme nous en avons fourni des exemples, que nous reproduisons plus loin. (Voy. aussi la thèse de M. le docteur Lacassagne, sur les Effets psychologiques du chloroforme. Strasbourg, 1867.)
On a essayé un grand nombre de substances douées de pro-
priétés anesthésiques, et on n'en a pas trouvé de supérieures au chloroforme.
On emploie en ce moment (1868), en Angleterre, et M. le professeur Charles Sarazin vient d'appliquer à Strasbourg le bichlorure de méthylène, qui ne nous semble pas l'emporter sur le chloroforme; l'expérience, ici comme en toutes choses, prononcera en dernier ressort.
L'anesthésie est un art qui exige beaucoup d'attention et d'habitude, et les règles que nous en avons posées en assurent l'innocuité et nous paraissent dignes d'inspirer la plus grande confiance. M. Elser, qui les applique sur nos malades et sur ceux de la plupart de nos confrères de Strasbourg, a chloroformé depuis vingt ans quinze mille personnes sans en perdre une seule, et de tels résultats en confirment pleinement la valeur.
Voy. les ouvrages de Bouisson (de Montpellier), Traité de la méthode anesthésique, 1850; Perrin et Ludger Lallemand, 1860 ; Maurice Perrin, Anesthésie chiruryicale, Paris, 1863; Simonin (de Nancy), De l'emploi de l'éther sulfurique et du chloroforme, Nancy, 1849; Snow, On Chloroform and other Anesthetic agents, London, 1858, in-8°; enfin les articles Anesthésiques du Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, par Giraldès; du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, par Maurice Perrin, et Y Arsenal de la chirurgie contemporaine, parGaujot, Paris, 1867, tome Ier, avec figures.