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RÉTRÉCISSEMENTS FIBREUX DU RECTUM

Chaque jour on enlève les canules pour les nettoyer, laver le rectum, l'examiner, y appliquer les médications jugées nécessaires, et on les replace facilement.

On obtient par ce moyen des dilatations permanentes, graduées ou brusques, et l'on peut, comme on le voit, traiter ces rétrécissements comme ceux de l'urèthre, et prévenir en grande partie le contact des matières fécales sur les éraillures et les plaies dont on poursuit la cicatrisation. Nous rapporterons un exemple récent de ce mode de traitement.

Observation. — Rétrécissement datant de trois ans, inutilement traité par les spécifiques, un débridement multiple et l'emploi des mèches. — Dilatation digitale ; section des brides fibro-musculaires. — Introduction de canules ouvertes à leurs deux extrémités et laissées à demeure dans le rectum. — Guérison(l). — S*** (Marie), trente-trois ans, servante, entrée à l'hôpital le 13 juillet 1867. Pas de maladie antécédente, si ce n'est une leucorrhée, qui précéda l'invasion de l'affection actuelle.

Il y a trois ans et demi, la malade commença à éprouver des douleurs au moment de la défécation. Une constipation habituelle était parfois remplacée par de la diarrhée. Selles souvent sanguinolentes. Ces symptômes augmentèrent graduellement malgré le traitement employé (mèches dans le rectum et pilules mercurielles) et contraignirent la malade à entrer à l'hôpital.

A son entrée, on constata l'existence d'un rétrécissement du rectum avec tumeurs hémorrhoïdaires au pourtour de l'anus. — Malgré l'absence des symptômes syphilitiques, un traitement mercuriel par frictions fut institué par le chirurgien traitant et fut continué pendant quatre semaines sans aucune amélioration.

En novembre 1867, incision des deux côtés du rétrécissement et introduction de mèches qui ne purent être supportées. Trois semaines plus tard, le rétrécissement ne paraissait pas modifié.

État actuel. — h avril 1868. Constitution bonne, tempérament lymphatique. — Face bouffie, anémie, amaigrissement.

La constipation persiste ; à chaque selle, la sortie des matières fécales est précédée de l'écoulement de matières purulentes. L'expulsion des fèces est toujours difficile et précédée de coliques violentes analogues à celles que l'on observe dans les occlusions intestinales.

L'examen de la malade permet de constater autour de l'anus des végétations semblables à des rhagades, mais qui ne sont que des tumeurs hémorrhoïdaires flétries. On arrive, par le toucher rectal et à 0m,035 au-dessus de l'anus, à un rétrécissement annulaire rugueux et très-résistant, d'une hauteur de 0m,03.

Le toucher est douloureux et le doigt ne peut traverser l'obstacle sans effort considérable.

La muqueuse au-dessous de la coarctation est inégale, rugueuse, comme parcheminée, tandis qu'on la trouve lisse, régulière et normale dans la vaste cavité

(1) Observation recueillie par M. Grollemund, interne-chef de service.

ampullaire, placée au-dessus du rétrécissement. Co dernier est mobile, en ce sens qu'on peut le repousser très-haut dans le bassin sans aucune douleur et qu'il faut le soutenir et le fixer pour arriver à le traverser.

Il nous paraît de toute évidence, malgré la dénégation de la malade, que la stricturc a été produite par un corps étranger poussé contre un des replis supérieurs du rectum, umené à la forme annulaire et à une diminution notable de diamètre par la distension et l'allongement de bas en haut qu'il subissait, pendant des violences qui avaient dû se répéter très-souvent.

Du 40 au 29 avril, on entretient la liberté du ventre par plusieurs purgatifa et l'on introduit matin et soir une mèche enduite de :

R. Axonge o gr.

Glycérine 2

Onguent de la mère 4

L'introduction des mèches est toujours douloureuse; mais il semble à la malade qu'une fois la mèche introduite, elle souffre moins.

29 avril 1868. Je procède à l'opération de la façon suivante : Chloroformisation, dilatation avec deux doigts adossés et arc-boutés, puis section avec un bistouri mousse d'une bride musculaire, circulaire, qui persiste à la partie supérieure du rétrécissement; le doigt arrive alors librement dans la portion supérieure et saine de l'intestin et l'on ne sent plus aucune trace de la coarctation. Injections émollientes. Introduction dans la partie rectale dilatée d'une canule creuse, de 0m,03 de diamètre intérieur et de 0m,08 de hauteur, placée à deux à trois travers de doigt environ au-dessus de l'anus, et maintenue par des fils passés dans le pourtour intérieur de l'instrument et fixés en dehors à une grosse mèche.

Douleurs assez vives pendant la journée, deux selles sanguinolentes. Pillules d'opium. Très-léger frisson le soir.

1er mai soir. Selle sanguinolente formée par un caillot volumineux. Dans la nuit du 1er au 2 mai, sans difficulté, selle épaisse, suivie de-douleurs pendant quelques heures. Injection narcotico-émolliente.

2 mai, 5 heures du soir. Extraction de la canule ; injections narcotico-émollientes ; abdomen ballonné et douloureux à la pression.

5 mai. Évacuation de matières moulées plus volumineuses qu'avant l'opération.

6 mai. Disparition des douleurs abdominales; diarrhée.

7 mai. Ténesme rectal.

8 mai. La diarrhée et le ténesme ayant disparu, on réintroduit dans le rectum, à l'aide d'un embout, la canule, un peu moins large à son extrémité supérieure et arrondie pour ne pas blesser les parois rectales. Longue de 0m,t ■ > l'extrémité inférieure reste dans le rectum, rattachée au dehors par deux fils liés sur un monceau de linge. Dans cette première sonde, on fait passer un morceau de sonde de gomme élastique dont le bout inférieur sort par l'anus, afin de permettre la libre sortie des matières gazeuses.

9 mai matin. La malade a retiré dans la soirée la petite sonde ; peu de sommeil; douleurs anales.

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