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VI PRÉFACE

Un long professorat permet de voir les jeunes générations se développer et grandir. Parmi nos élèves, nous trouvons des collaborateurs, des collègues et des amis, en atlendant le jour où les années nous les donnent pour successeurs. Nous prenons part à leurs succès et à leurs travaux, et leur élévation nous touche par plus d'un lien de douce et ancienne solidarité.

Le docteur Vital, qui publiait nos leçons sur la ganglionite en 1836 (voy. t. I, p. 573), est aujourd'hui le plus ancien médecin principal de l'armée ; MM. Kùss (voy. liecherches ?ur le cancer, t. I, p. 455 et suiv.), Michel, Morel, sont nos collègues à la Faculté de médecine ;. M. Herrgott, dont l'érudition nous a rendu d'importants services (voy. t. II, p. 19&); M. E. Bœckel, qui, dès l'époque de son internat (1853) dans notre service, montrait déjà les qualités lés plus remarquables; M. Marchai de Calvi (voy. 1. 1, p. 184)', dont personne n'ignore le nom, ni les belles recherches sur le diabète; M. Gaujot(voy. t. II, p. 337), auquel on doit un traité si apprécié des appareils et des instruments chi-. rurgicaux (1), tiennent une place importante dans notre livre; M. Villemin, professeur au Val- de-Grâce, que ses recherches sur le tubercule ont placé au premier rang de nos jeunes illustralions médicales, nous a souvent prêté le concours de son talent. M. le docteur Marmy, médecin principal à Lyon, couronné par l'Académie de médecine, n'a cessé de contribuer par ses expériences à l'affirmation de nos doctrines sur l'évidement et la végénération des os (2). Que de chefs de clinique, dont les observations se trouvent rapportées dans nos Contributions à la chirurgie, occupent de hautes positions dans la société et la pratique. M. le docteur Willemin, inspecteur adjoint des eaux de Vichy, a publié, en 1841, un des meilleurs comptes rendus de nos cliniques; après lui,. MM. Lhuillier, Lauth, Weiss, Herrenschneider, Buez, Benoît, Kien, Gross, Richard, Grollemund, chefs de services cl internes, ont suivi son exemple et fait imprimer des comptes rendus très-complets. De plus nombreux confrères ont donné des observations isolées de nos malades. Rappelons MM. Ehrmann,

(1) Gaujot, Arsenal de la chirurgie contemporaine française et étrangère. — Appareils en usage pour le diagnostic et ta thérapeutique médico-chirurgicale.

parié, *868. .

(2) ' J, Marmy, Études sur la régénération des os par le périoste. Pans, lBbb,

in-4°.

PRÉFACE. VIt de Mulhouse (t. II, p. 69); Kœberlé (t. 11, p. 536); Gasté, aujourd'hui médecin-major (voy. t. I, p. 368); Cochu, médecin-major, répétiteur à l'École du service de santé (voy. t. I, p. 626, t. Il, p. Zi94 et 652); Ch. Sarazin, également médecin-major et professeur agrégé de la Faculté (voy. t. II, p. 217 et 283); Souhaut, médecin-major (voy. t. I, p. ft80); Chambert; Ruhlmann, Herr, Radat, Rumbach; Spielmann, professeur agrégé de notre Faculté, enlevé malheureusement à la science; Bructi, Picard, le professeur agrégé Paul Aronssohn, Munch, Robert, Wendling, Schelsbach, et quelques autres avec lesquels nous avons -conservé d'affectueuses relations.

La jeune cohorte d'élèves que chaque année nous ramène pleins d'ardeur et imbus d'un esprit scientifique plus avancé, nous impose le devoir de mettre au profit de leur enseignement l'expérience que le temps ne leur a pas encore permis d'acquérir,' et de les initier aux doctrines que nous croyons vraies.

Nous cherchons à leur inspirer nos convictions, et parmi elles, et en première ligne, la foi dans la puissance de l'art, fondée sur une loi universelle : l'invariabilité des phénomènes dans leurs rapports de causes à effets. La simplicité et l'évidence de ce dernier principe nous semblent si peu contestables que nous nous bornerions à l'énoncer, si l'on ne rencontrait tous les jours des hommes éminents qui le méconnaissent, ou le nient même résolument, comme un des membres les plus distingués de l'Académie de médecine a paru le faire dernièrement dans la discussion de la tuberculose. Ces exemples nous invitent à dire quelques mots de ce sujet.

L'invariabilité des phénomènes dans des conditions étioloyiques semblables est une loi sans laquelle aucune science, aucune observalion, aucun ordre, ne seraient possibles. L'homme, malgré l'extrême complexité des causes de ses manifestations physiologiques et pathologiques, n'y fait pas exception. Ce qui a eu lieu une fois, dans des circonstances données, se représentera constamment dans les mêmes circonstances, et le changement des conditions étiologiques est la seule raison des modifications fonctionnelles. Ce point de départ fondamental est indispensable au médecin, dont l'esprit hésite et le jugement se trouble s'il n'est pas assuré de la constance des faits soumis à ses investigations. Sans doute l'analyse à laquelle il se livre est difficile, mais quelle

vin I'ttÉFACE.

qu'en soit la complexité, le plus perspicace, le plus attentif et le plus persévérant y fera chaque jour des découvertes avec l'espoir de les multiplier encore et d'amener la clarté et l'évidence la où tout était ténèbre et confusion. C'est dans ce sens que nous avons écrit : Le succès des opérations dépend de l'habileté du chirurgien. Nos revers accusent notre ignorance ou nos fautes, et la perfection est le but de l'art (1). Si nous connaissions sûrement toutes les données d'un problème chirurgical, nos jugements seraient infaillibles; mais en admettant l'impossibilité d'atteindre à la certitude, nous pouvons sans cesse nous en rapprocher, et l'histoire des sciences en est la preuve.

Nos Contributions à la chirurgie présentent des sommaires explicatifs des questions qui y sont traitées sous le double rapport de l'art et de la science. On nous avait engagé à combiner et à fondre ces documents dans une série de leçons cliniques. Les exemples de Trousseau, de Billroth et de quelques autres célébrités étaient une tentation séduisante; mais notre œuvre eût changé de caractère. Nous eussions entrepris un ouvrage dogmatique, digne, sans doute, des plus hautes ambitions, mais auxquelles nous n'avons pas prétendu. La reproduction sur le même sujet de la série de nos recherches nous a parfois exposé à des répétitions et même à quelques divergences, mais n'était-ce pas le moyen de mieux • fixer l'attention et la mémoire; est-il sans intérêt de suivre un auteur dans le développement et la progression de ses idées, de voir la vérité hésitante et comme douteuse s'affirmer de plus en plus, triompher des oppositions et s'imposer comme doctrine générale. Notre Traité de Vévidement des os a prouvé combien il a fallu de temps et d'épreuves pour convaincre les chirurgiens de la nullité radicale et des dangers des résections sous-périostées, comme moyen de régénération des os. Nos travaux sur l'anesthésie ont offert, à un moindre degré, les mêmes conditions, et la lutte animée et personnelle entraîne mieux les convictions du lecteur.

Les dates ont une importance si considérable clans l'appréciation du progrès des sciences, qu'elles méritent d'être consultées et rappelées. Sans dates, point d'histoire, nulle justice, un inextricable chaos de faits, d'appréciations et de jugements. Tel auteur

(i) Voy. Médecine opératoire, t. I, page 1, 3e édition.

PRÉFACE. t* se trouve loué pour une invention à laquelle il n'a pas participé; tel autre, accusé d'imitation et de plagiat, est le véritable inventeur de la méthode ou du procédé en litige. Les variations mômes, suivies dans leur évolution régulière, s'expliquent et s'éclairent, et paraîtraient incohérentes et irrationnelles si l'ordre de leur apparition était méconnu.

Les questions de priorité nous ont paru trop difficiles et trop délicates à aborder et à résoudre pour nous arrêter. Nous nous sommes borné à indiquer l'année de nos publications, et personne, je crois, ne contestera que nos cliniques, notre enseignement et nos travaux n'aient constamment figuré parmi les plus avancés au point de vue des doctrines, des applications pratiques et des résultats.

Nous avons eu la satisfaction de voir les idées que nous avions adoptées, soutenues et propagées, se répandre et se généraliser, et si les origines en ont été souvent oubliées et négligées, les effets n'en ont pas moins été favorables.

L'indication des principaux sujets de cet ouvrage confirmera ce jugement.

Accidents infectieux. — Nous avions été vivement frappé, dès le début de notre carrière, des dangers de la rétention du pus dans les plaies et des accidents de l'étranglement.

Notre Traité de l'infection purulente ou pyohémie a été une des manifestations de cette importante doctrine, dont on trouvera la trace dans la plupart de nos observations cliniques. Éviter l'étranglement et la rétention du pus et des liquides altérés a été, à nos yeux, la cause prépondérante de l'heureuse issue de nos opérations. Nous avons souvent traversé des semestres entiers sans perdre un seul opéré, et notre dernière clinique en a encore offert un exemple (semestre d'été 1868).

Le premier chapitre de nos Contributions à la chinœgic a été consacré aux accidents infectieux, devenus justement la grande préoccupation des chirurgiens comme elle l'avait été depuis si longtemps pour nous. L'histoire des ferments et des microzoaires a augmenté l'intérêt de ces questions, appelées à grandir et à conduire peut-être à des conséquences inattendues.

Vanesthésie , cette magnifique découverte du siècle, n'a pas cessé de nous occuper depuis les travaux si remarquables de Morton et de Jackson (1846), sur l'éthérisme, et de Simpson (1848),

v Pli 11 F ACE.

sur la chloroformisation. Nos premiers mémoires daJLent de ces époques, et après avoir admis la supériorité du chloroforme, nous avions formulé trois propositions qui sont restées debout malgré les. nombreuses attaques dirigées contre elles : 1° Toutes les fuis, disions-nous, qu'on a recours au chloroforme, la question de vie et d< mort se trouve posée (1). 2" 'Chîoro for miser est un art qui exige imc attention de tous les moments et beaucoup d'habileté et d'expérience. 3° Le chloroforme pur et bien employé ne lue jamais {2). Nous annoncions qu'il n'existe pas de sujets réfraclaires à l'aneslhésie, et que le seul moyen d'év'.ter les accidents était de maintenir la liberté et l'intégrité de la respiration. Vingt années de succès ont répondu à tous les doutes. On ne lira pas sans curiosité notre chapitre sur ta chloroformisation par surprise et sur les phénomènes psychologiques que nous avons constatés (t. I, p. 114) et soumis à l'attention des médecins légistes.

Luxations. — Nos travaux sur ce sujet ont été trop multipliés pour que nous les rappelions longuement ici. Nous avons profondément modifié les doctrines de la chirurgie française, représentées par l'Académie de chirurgie et par l'école de Desault, de Boyer, de Dupuylren, sur l'emploi des machines et les points d'application des forces extensives. Nous sommes cependant restés partisans, dans le traitement des luxations anciennes de l'épaule et de la hanche, d'une méthode de rotation et de divulsion que nous avons depuis longtemps décrite. (Voy. Méd. opér. , T et 3e édit.)

Les tractions d'ensemble ou de totalité exercées sur ces jointures rencontrent une résistance presque insurmontable dans les tissus, fibreux et les anfractuosités osseuses, et il est de toute importance de ne pas exercer de traction sur des parties normales (ligaments), comme on le fait trop souvent. Le moyen le plus efficace et le moins dangereux de triompher des obstacles est de les rompre successivement et partiellement par des mouvements opposés à ceux subis par les os au moment de leur déplacement. ' Nous croyons avoir démontré (t. ï, p. 176) que dans les luxaboni; en avant du bras, par exemple, la tète numérale est portée en dehors ou en supination, et en dedans ou en pronal.on dans les luxations en arrière, ^suffit dès lors d'un effet rolaloire en sens inverse pour déchirer les néoplasmes, tourner la tôle osseuse vers

(1) Voy. Bull, do UA-.ad. de méd., p. 249 et 250, l. XIV, nnnéc 1848

(2) Voy. t. I, p. 112,; de cet ouvroge

PRÉFACE. g sa cavité et l'y ramener. Nous avons dernièrement ou l'occa- . sion de donner la démonstration clinique de ce fait, sur un malade atteint d'une luxation sous-scapulaire datant de plus de deux mois. De nombreuses tentatives de réduction avaient été pratiquées sans succès par plusieurs chirurgiens d'un mérite incontestable; 11 nous suffit cependant, en présence de M. le docteur: Sarazin, de M. Grollemund, notre premier interne, de M. Elser et des élèves, de tourner fortement le bras en rotalion en dedans ou en pronation, et de lui imprimer quelques mouvements de divulsion et d'impulsion vers sa cavité, pour le réduire et en rétablir la mobilité (élévation au-dessus de la tête, circumduclion, . adduction et abduction). Nous ajouterons que les luxations an-, ciennes doivent être, jusqu'à un certain point, comparées aux,; fausses ankyloses articulaires dont nous avons signalé de nou-, velles règles de trailemenL (t. I, p. 445)..

. 11 ne suffit pas de remettre les parties dans des conditions de mobilité momentanée, il faut encore rendre celle mobilité persis-, tante en prévenant le retour des adhérences el en modifiant les, surfaces articulaires.

Dans ce but, les os doivent êlre maintenus écartés et rapidement soumis à des exercices répétés. La moindre négligence, à. cet égard, a les suites les plus fâcheuses. Des adhérences se reforment, et le rétablissement des fonctions est plus ou moins compromis. Des appareils ou des bandages propres à fixer les membres dans la position la plus favorable au maintien parfait de la réduction, a la cicatrisation isolée des tissus déchirés, el au retour de la mobilité, sont nécessaires, et nous ne saurions trop en recommander l'usage.

N'est-il pas affligeant de voir chaque jour exercer des tractions sur des membres luxés dont l'allongement n'est pas conlesté, el ne faut-il pas adopter invariablement la règle de ne pratiquer l'extension que dans la position où ils sont plus courts et où l'allongement qu'on cherche à leur imprimer les ramène vers la cavité, qu'ils ont quittée.

Un accident des plus émouvants, raconté par toute la presse médicale, a probablement fait disparaître à jamais celle opinion incroyable, mais défendue par de grands maîtres, que les jointures intermédiaires aux tractions n'en soùffraient pas. Dans un des hôpitaux de la capitale, un. chirurgien avait appliqué l'extension

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au poignet pour la réduction d'un bras luxé. A son signal, les aides font un vif effort et voient avec stupéfaction l'avant-bras se détacher au coude et tomber par terre. Quelle démonstration et quel exemple!

Nous citerons une autre et regrettable observation pour montrer avec quelle lenteur la lumière, se fait dans les questions les plus simples.

Nous avions, en 1835, mis hors de doute la possibilité des luxations en arrière de l'humérus, et nous en avions décrit les symptômes en disant que le nombre de ces déplacements se multiplierait au fur et à mesure que l'on apprendrait à les mieux connaître. Ce jugement s'est vérifié. Un de nos élèves, M. le docteur A. Piel, a réuni, dans sa thèse inaugurale, soutenue sous notre présidence (Strasbourg, 1851), vingt-six exemples de luxations en arrière, parmi lesquels quatre nous étaient personnels. Lés trois premiers sont rapportés dans la thèse de M. Piel, et le dernier malade, seulement cité, avait été traité par nous avec succès, en présence de MM. Thierry fils et Nélaton.Malgaigne en signalait' trente-quatre cas en 1855. (Voy. t. I de cet ouvrage, p. 137.)

Depuis ce moment, on en a recueilli de nouveaux. M. le docteur Ad. Richard (1) dit avoir observé ce genre de luxation sept fois. Outre les faits dont nous avons été témoin, nous pouvons signaler deux pièces anatomo-palhologiques déposées au Muséum de Strasbourg, l'une par M. le professeur agrégé Bœckel (luxation sous-acromio-épineuse), et l'autre par M. le docteur Jcessel, chef des travaux anatomiques de la Faculté (1868, luxation sous-épineuse), présentées par des hommes tombés, à une année d'intervalle, d'un échafaudage élevé et tués sur le coup.

On aurait pu croire que le diagnostic de cette lésion n'aurait plus causé d'erreurs. Cependant nous avons montré à notre clinique un de nos confrères, assez jeune encore, atteint depuis dixhuit mois d'une luxation sous-acromio-épineuse du bras gauche, restée méconnue ou contestée. Nous avions invité de nombreux collègues à nous donner leur avis, et après l'exposé que nous finies de l'histoire et des symptômes de l'accident, nous mîmes sous les yeux de l'auditoire la luxation du malade, qui avait bien voulu se prêter à celle étude, et plusieurs pièces pathologiques appor-

(1) Pratique journalière de la chirurgie, p. 105. Paris, 1868.

PRÉFACE. xm tées à cette occasion; tous nos collègues et confrères reconnurent unanimement l'évidence du déplacement, et furent d'avis d'en tenter la réduction, en raison du peu de danger qu'on avait à redouter (t. ï, p. 137); mais le malade s'y refusa.

Fractures. — Nous voyons fréquemment des poignets difformes et affaiblis, à la suite de fractures de l'extrémité inférieure du radius. Le traitement que nous recommandons et que nous appliquons depuis une vingtaine d'années (voy. t. I, p. 397) est peu connu et rarement suivi. Nous le regrettons, en raison des excellents résultats que nous continuons à en obtenir.

Dans les fractures du cou-de-pied, les résections partielles (t. I, p. 428) et la résection préventive malléolaire (t. I, p. 433) nous paraissent d'une haute utilité.

Tumeurs. — Rien de plus difficile, de plus obscur, de plus attrayant pour un chirurgien que l'histoire des tumeurs. C'est une des parlies de la pathologie qui subit, en ce moment, les plus profondes modifications; nous ne pouvons que renvoyer aux cent cinquante pages consacrées à ce sujet.

Les abcès, les suppurations bleues, les ulcères perforants du pied, la cautérisation ponctuée, l'innocuité des plaies sous-cutanées, terminent notre premier volume et renferment nos expériences, nos recherches et nos doctrines sur ces questions, encore si controversées.

L'hémostasie; les amputations ; les résections; les maladies des voies génito-urinawes; digestives: rétrécissements œsophagiens, gastro-stomie, hernies, coarctations rectales; etc., respiratoires : épanchements thoraciques, empyème; Yanaplaslie : blépharoplastie, chêiloplastie, rhinoplastie, staphylorrhaphie, uranoplastie, uréthroplastie, ténorrhaphie, forment les matières de notre deuxième volume. Nous aurions trop à citer si nous voulions défendre les opinions que nous y avons exposées, et dont quelques-unes restent soumises aux épreuves de la critique et de l'expérience.

Nous n'hésitions pas (t. II, p. 37), en 1834, à lier les artères blessées au fond de plaies enflammées et au milieu de tissus altérés. Nous étions des premiers à abandonner la ligature préventive du tronc de la carotide primitive et à recommander la ligature isolée des carotides externe ou interne (t. I, p. 107, 1851; t. U, p.83, 1848). Nous avons largement contribué aux heureuses réformes apportées a la pratique et au pansement des amputations (t. Il, p. 99, 1848;

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p. 108, 1850), et nos méthodes et nos procédés à ce' sujet, nos heureux résultats de l'amputation de la totalité de la cuisse (t. II, p. 13/0/ tle la résection coxofémorale (t. IT, p. 220), desréseclions du coude et du pied, montrent combien nous sommes partisan de la chirurgie conservatrice, la seule, en tout temps; pratiquée par les vrais chirurgiens.

Nos travaux sur l'urélhrolomie périnéale (1854) ont fait revivre en France une méthode proscrite depuis Desault, et dont personne ne conteste plus les avantages. Nous avions prévu et inauguré (t. II, p. 305 et 306) la révolution que la simple bougie con- •daclrice de M. Maisonneuve a produite dans le traitement des rétrécissements de l'urèthre, et nous y avons pris une part active.

Nous avions, en 1852 (t. II, p. 277 et 285), essayé d'engager une bougie dans le col de la vessie, par la canule d'un trocart hypogaslriquei et ce procédé de cathétérisme conducteur d'arrière en avant devait servir et a servi à pousser une bougie vers le périnée et à reconnaître et à inciser l'extrémité postérieure de l'urèthre au delà de sa portion rélrécie.

Un malade que M. le docteur Péréon m'adressa dernièrement de Besançon, subit un cathétérisme de ce genre plus remarquable encore, et jusqu'à présent, pensons-nous, unique. Après une ponction hypogastnque, nécessitée par une rétention d'urine, son médecin ne pouvant pénétrer dans la vessie d'avant en arrière, imagina de pousser une longue bougie par la canule hypogastrique et le col de la vessie. Cette bougie ayant franchi l'obstacle de la région prostatique, sortit par le méat uriuaire, et facilita l'introduction et le passage de sondes de plus en plus volumineuses au travers du rétrécissement. Le cathétérisme ordinaire, avec une sonde de moyenne grosseur, devint assez facile pour qu'on laissât la plaie hypogastrique se fermer; mais le malade ne pouvait rendre une seule goutte d'urine sans la sonde, et réclamait une guérison plus complète. Ce genre de cathéléiisme serait à imiter dans de semblables conditions, et offre à l'art une nouvelle et précieuse ressource. On avait plus d'une fois, avant l'invention de l'anesthésie, engagé les malades opérés pour des fistules pèrinéales profondes, à des efforts de miction pour distendre et indiquer le bout postérieur ou vésical de l'urèthre. On peut également faire jaillir l'urine par des pressions exercées sur la- vessie, au travers de Uiypogastre et du rectum, et plu-

■PREFACE. l 'fa

"sieurs cas de succès viennent d'en être publiés: (\oy. Mém: sur l'uréthrotomie, par le professeur E. Bœckel, Gaz. rnéd. de Strasbourg, 1868.)

On sait l'importance donnée par Trousseau à la ganglionite généralisée, décrite par lui sous le nom à'adénie. Nous avions déjà remarqué l'extrême gravité de cette affection, et nous écrivions en 1852 (1) : « Les ganglionites envahissantes sont une des » plus terribles affections de l'économie, sur laquelle l'allen- » tion des chirurgiens n'a pas encore été suffisamment attirée » (t. II, p. 22). Nous en avons observé un cas des plus instructifs à notre dernière clinique (2). Une jeune fille de vingt ans, ouvrière à la manufacture de tabacs, nous avait été adressée pour subir l'extirpation d'énormes tumeurs ganglionnaires, libres et mobile^ développées en chapelet de chaque côté du cou. De semblables tumeurs existaient dans les aisselles. La malade était pâle et anémique, et son sang présentait des globules blancs(leucocytes) dans la proportion d'un quart par rapport aux globules rouges, au lieu

'd'un trois-cent-cinquantième, nombre généralement admis comme rapport normal. Une opération n'était nullement indiquée, et une médication reconstitutive nous parut plus rationnelle. Un régime très-tonique, composé de viandes rôlres, de vin rouge, dé légumes cuits, de thé, de café; l'iodure de potassium, de l'eau ferrugineuse, le vin de quinquina, des frictions répétées deux fois par jour avec l'alcoolat de mélisse, des bains de vapeur suivis de douches froides, des vêtements de flanelle, l'exercice en plein air et au soleil furent prescrits, et au bout de deux mois ies leucocytes étaient ramenés à la proportion d'un cinquantième, el les tumeurs ganglionnaires avaient presque entièrement disparu. " Disons enfin que nous avons répété avec succès, depuis l'impression du chapitre où nous l'avons exposé (t. II, p. 552), notre nouveau procédé de traitement des coarctations rectales. Un jeune lieutenant, opéré à l'hôpital militaire, dans le service de M. le docteur Cochu, est sorti complètement débarrassé de sa redoutable affection. La guérison des fistules vésico-vaginales est devenue s. commune que nous citons seulement l'observation que nous en avons rapportée (t. II, p. 396) et un cas d'oblitération du vagin, dont les exemples sont si rares (voy. t. II, p. 390).

!î! l°Y' naZEtte médicale Strasbourg, 20 mai 1852.

W Voy. Comptes rendus de la Soc. rie mM. <Gaz. mM. rie Strasbourg, 1868).

xv, PRÉFACE.

Nous mentionnerons une ovariotomie très-heureusement pratiquée pendant notre dernier semestre clinique (voy. t. II, p. UOU). On avait paru un instant soutenir que celte opération exigeait des préparations particulières et mystérieuses, des soins extraordinaires, un local spécial, etc. Nous nous sommes contenté de suivre les règles opératoires les plus ordinaires, et quoique les kystes fussent nombreux, à parois très-épaisses, et qu'il eût fallu rompre des adhérences épiploïques et s'occuper d'un écoulement de sang assez persistant, nous présentions le vingt-sixième jour de sa cure, à la Société de médecine de Strasbourg, la malade parfaitement rétablie. La seule remarque sur laquelle nous ayons insisté à celte occasion dans nos leçons est le rapport très-actif qui existe entre les surfaces traumatiques péritonéales ou autres, et les muqueuses intestinales. Les liquides épanchés ne peuvent être éliminés par l'intestin sans traverser la grande circulation; mais les expériences entreprises à ce sujet prouvent que les globules de sang et de pus sortent des vaisseaux capillaires et y rentrent facilement, et la clinique montre la grande influence des évacuations alvines journalières et répétées sur la disparition des dépôts de sérosité, de pus et de sang, et sur le rétablissement des fonctions.

Quel que soit l'avenir de nos travaux, nos observations cliniques au nombre de près de quatre cents, recueillies sans parti pris et avec une scrupuleuse fidélité, pourront être consultées avec fruit par les praticiens qui se trouveront en présence de faits semblables et qui désireraient en connaître les difficultés.

On a accusé la médecine française de manquer aujourd'hui d ardeur, d'initiative et d'originalité. Sans vouloir aborder un pareil sujet, nous avouons nos regrets de l'abolition du concours professoral Favoriser toutes les conceptions de l'intelligence, ouvrir de larges perspectives aux ambitions légitimes, faire appel aux capacités accroître le sentiment de la responsabilité et du droit, c est exciter l'émulation, le travail elle dévouement au devoir.

Les hommes se fortifient et s'élèvent par une saine et inébranlable confiance dans la science, la vérité et la justice.

Strasbourg, 18 aoûl 1868.

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