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IV. MAL

Nousrappellerons que l’Helix acuta vit sur tout le littoral méditerranéen, et qu’il n'a jamais été signalé en dehors de cette zone.

HELIX ACUTA, Müller

Helix acuta, MULLER, 1776. Verm. terr. fluv. hist., II, p. 100. — = LocanD, 1882. Prodr. malac. franç., p.122.

Six échantillons de l’Helix acuta ont été récoltés à la même époque, et dans les mêmes conditions que l'Helix trochoides dont nous venons de parler. Il est probable qu'ils ont dû vivre simultanément. Depuis ce moment, nous n’en avons retrouvé aucun individu.

La dispersion géographique de l’Helix acuta est beaucoup plus grande que celle de l’Helix trochoides. C'est également une forme particulièrement méridionale, mais s'étendant plus avant dans l’intérieur du continent. Elle est aujourd’hui dispersée sur tout le liltoral français. On la trouve, en effet, dans tout le Midi, puis remontant les côtes de l'Océan, jusque dans la Manche. Comme dans la vallée du Rhône, l’Helix acuta tendrait à remonter les grands cours d’eau. On le rencontre, en effet, assez loin de la mer, sur les bords de la Garonne et de la Loire, et M. Bourguignat l'a récolté sur les bords de la Seine, à Javel, dans Paris.

FERUSSACIA LOCGARDI, Bourguignat

Ferussacia Locurdi, BourcuIenarT, 1880. In Locard, Études var. malac, I, p. 251, pl. III, fig. 40.

— — Locanp. 1882. Prodr. malac. franç., p.125.

Cette forme, qui diffère totalement de toutes nos Ferussacies françaises, se raltache par son galbe et ses caractères généraux à l’Achatina Hohenwarti de la Dalmatie. Nous en avons récolté deux individus dans les alluvions du Rhône, au nord de Lyon, en 1877. M. Bourguignat les a reconnus identiques à ceux qu'il possédait de la Lombardie. C’est donc bien là encore une forme méridionale introduite dans nos pays. Depuis cette époque, nous n'avons pas retrouvé, ni dans les alluvions ni sur les bords du fleuve, le Ferussacia Locardi.

PUPA QUINQUEDENTATA, Born

Turbo quinquedentatus, BORN, 1778. Mus. Vindobon. testac., p. 370. Pupa quinquedentata, Locanp, 1882. Prodr. malac. franç., p. 158.

Depuis l’époque où nous avons signalé pour la première fois la présence du Pupa quinquedentata aux abords de Lyon dans les alluvions du Rhône (1), nous en avons retrouvé deux individus vivants et bien adultes, un peu au nord de la même station, à la Pape non loin des bords du fleuve. C’est du reste, toujours une forme très rare, peut-être localisée sur quelques points seulement, mais qui jusqu’à présent semble s’acchmater assez difficilement.

Les sujets sont de taille assez petite; mais, quant au reste, ils sont absolument conformes, comme galbe général et comme coloration, à ceux de certaines colonies du midi.

Il est à remarquer, pour cette coquille, que son habitat est aujourd’hui reconnu dans toute la vallée du Rhône. Il a donc pu remonter de proche en proche et se propager depuis le midi jusqu’au nord de Lyon. Nous le connaissons, en effet, dans les Alpes-Maritimes, le Var, les Bouchesdu-Rhône, le Gard, Vaucluse, l'Ardèche, la Drôme, l'Isère et le Rhône. Les colonies où on l’a observé dans ces divers départements sont parfois assez distantes les unes des autres; mais néanmoins ce sont en quelque sorte les premiers jalons entre lesquels il sera sans doute possible de trouver plus Lard des points intermédiaires.

PUPA MEGACHEILOS, de Cristofori et Jan

Chondrus megacheilos, DE CRISTOFORL ET JAN. 4832. Calal., XI], n° 13. Pupa megacheilos, LocARD. 1882. Prodr. malac. franç., p. 159.

Nous ne possédons qu’un seul individu du Pupa megacheilos, récolté en 1879 par nous dans les alluvions du Rhône, au nord de Lyon. Il ne mesure que 8 millim. de longueur totale; mais, quant au reste, il est absolument conforme au véritable type italien. C'est, à notre connaissance, le seul sujet qui ait été récolté dans nos régions.

Le Pupa megacheilos, en dehors de l'Italie a un habitat fort restreint,

(1) Locard, 1877. Malacologie lyonnaise, p. 59.

et toujours exclusivement méridional. Nous ne le connaissons, malgré les citations erronées qui ont pu être faites, que dans le Var, près de Grasse, et au cirque de Gavarnie dans les Hautes-Pyrénées.

PUPA FARINESI, des Moulins

Pupa Farinesi, DES MouLiNs, 1835. Descr. moll., in Soc. Tinn. Bord.,1t. NIE, p. 156, pl. IH, fig. E, 1-3.

— LocanD, 1882. Prodr. malac. franç., p.161.

Il a été trouvé dans les alluvions du Rhône, il y a déjà quelques années, plusieurs individus du Pupa Farinesi. Ce fait nous a été confirmé par plusieurs malacologistes de nos amis; c’est, du reste, une forme rare ; nous n’avons pas été assez heureux pour la récolter jusqu'à ce jour. :

La présence du Pupa Farinesi dans les alluvions du Rhône n’a, du reste, rien de bien anormal. On sait, en effet, que cette coquille, plus particulièrement abondante dans les Pyrénées, a été signalée sur plusieurs points du département de l'Isère, notamment à la Grande-Chartreuse et aux environs de Grenoble; mais, dans le Dauphiné, c’est toujours une forme rare, relativement à ses habitats des Pyrénées-Orientles, des Hautes- Pyrénées, de la Lozère, etc.

Voici donc une petite faunule composée de dix-septespèces faisant normalement partie d’une faune malacologique méridionale, et qui pourtant ont été récoltées aux environs immédiats de Lyon, les unes mortes et le plus souvent en petit nombre, dans les alluvions du Rhône; les autres parfaitement vivantes et en colonies populeuses. Parfois quelques-unes de ces formes n’ont fait qu'apparaître pour disparaître ensuite rapidement ; d’autres, au contraire, semblent avoir fait souche définitive, et paraissent devoir être désormais acquises à la faune locale.

Sans entrer dans d'inutiles discussions sur le mode de migration des mollusques (1), examinons donc dans quelles conditions générales vivent ces colonies, et cherchons à quelles causes on doit en attribuer la présence.

(1) Pareil sujet a été déjà traité par plusieurs auteurs. Nous croyons devoir renvoyer ceux de nos lecteurs qu'un tel sujet peut intéresser au chapitre V du deuxième vol. de notre travail sur les Variations malacologiques.

On remarquera tout d’abord que cette faunule peut être groupée, d’après les divers habitats des mollusques qui la composent, en trois sections correspondant chacune à un milieu différent.

1° Faunule des bords du Rhône, au nord de Lyon. — Cette faunule se rapporte à une station comprise entre Saint-Clair et Miribel, et présentant des conditions topographiques toutes spéciales. La vaïlée du Rhône, qui depuis son embouchure jusqu’à Lyon affecle une direction à peu près constante nord-sud, s'incline, à parür de ce point, suivant une nouvelle direction est-ouest, de telle sorte que les collines qui bordent sa rive droite ont leurs flancs exposés au midi. Les espèces malacologiques méridionales propres à cette région sont :

Helix rubella, Risso. Helix Putoniana, Mabille. — cemenelea, Risso. Pupa quinquedentata, Born.

A celte liste, nous pourrons encore ajouter l’Helix cinctella, Drap., qui, sans êlre aussi exclusivement méridionale, vit cependant de preférence dans le Midi, et ne constitue dans le centre de la France que des colonies isolées et généralement peu populeuses.

Mais en même temps, si l’on examine la flore de cette station, on y irouve toute une série de plantes méridionales faisant défaut pour la plupart dans les contrées voisines, et localisées depuis quelques années dans cette région. Notre savant ami M. le Dr Saint-Lager a bien voulu nous en dresser la liste; ce sont plus particulièrement :

Sinapis incana, Lin. Pterothece nemausensis, Cass. Cistus saivifolius, Lin. Helminthion echioideum, Gærtn. Helianthemon salicifolium, Pers. Crepis Nicæensis, Balbis.

— canum, Dun. Convolvulus Cantabricus, Lin.

— qgutiatum, Mill. Onosma arenarium, W. Kit.

Trifolium Boceoni, Savi. Orchis variegatus, All. Trigonella Monspeliaca, Lin. — papilionaceus, Lin. Valerianella coronata, Cand. — fragrans, Poll. Centaurion solstitiale, Lin. Phalaris Canariensis, Lin. Cuprina vulgaris, Cass. Andropogon gryllus, Lin. Xeranthemon inapertum, Wild. Stipa pennata, Lin.

Linosyris vulgaris, Cass. Barbula membranifolia, B. Sch.

En même temps, on trouve également dans la même localité toute une faune entomologique spéciale, dont plusieurs espèces font partie de la

faune exclusivement méridionale. Nous citerons notamment, d’après les indications que nous devons à M. l'abbé Carret et à M. Rey les coléoptères

suivants. :

Cicindela flexuosa, Fabr.

Chlænius spoliatus, Rossi.

Dinodes rufipes, Dejean.

Acinopus tenebrioides, Duft.

Zabrus piger, Dei.

Bembidium fasciolatum, Daft.

— eques, Sturm.

Dytiscus pisanus, Casteln. Eunectes sticticus, Linné.

Laccophilus variegatus, Germ.

Lathrobium labile, Erichs.

Achenium rufulum, Farm.

Platysthetus spinosus, Erichs.

Hister inæqualis, Oliv.

Lampra festiva, Linné.

Malachius terminatus, Menetriès.

Henicopus hirtus, Linné.

Denops albofasciatus, Charpy.

Corynetus ruficollis, Oliv.

Lamia funesta, Fabr.

Pachycerus Faldermanni, Fahrs.

Coniatus repandus, Fabr.

Clythra flavicollis, Charp.

Cynandrophthalma nigritarsis, L.

Cryptocephalus fusciatus,Schæff.

En outre de ces coléopières qui appartiennent, comme on le voit, à une faune essentiellement méridionale, on peut aussi indiquer les espèces suivantes, qui, bien que méridionales également, se rencontrent non seulement entre La Pape et Saint-Clair, mais aussi dans des slations encore plus septentrionales que celles qui nous occupent:

Lionychus quadrillum, Daft.

Necrodes littoralis, Linné.

Deleastes dichrous, Gravenh.

Blemus areolatus, Crentz.

Ateuchus laticollis, Linné.

Triodonta aquila, Mulsant.

Telephorus assimilis, Payk.

Malachius scutellaris, Erichs.

Colotes maculatus, Casteln.

Tarsostenus univittatus, Rossi.

Mylabris geminata, Fabr.

— variabilis, Bilb. Zonitis prœusta, Fabr.

— sex-maculata, Oliv.

Epicauta verticalis, Illig.

Sitaris muralis, Forst.

Cryptocephalus imperialis, Fabr.

— flavescens, Schn.

Avec les Coléoptères que nous venons d’énumérer, nous pouvons éga-

lement citer un certain nombre de Lépidoptères tout aussi méridionaux, dont Chenilles et Papillons ont été récoltés dans les mêmes conditions d'habitat, par notre ami M. Georges Rouäst; ce sont : :

Lycœænu Bætica, Lin.

— Telicanus, Syst. Verz.

Parage ægeria, Lin.

— var. meone, Esp.

Deilephila Livornica, Esp. Cleophana anthirrhinii, Hub. Zygæna fausta, Lin. — Yvani, Drap.

Naclia punctata, Fabr. Catocala puerpera, God. Deiopeia pulchella, Lin. Pellonia calabrariæ, Ent. Stettin. Euprepia pudica, Esp. Eucrostis indigenata, Vill. Aretia casta, Esp. Gnophos glaucinaria, Hub.

Spilosoma luctifera, Syst. Verz. — mucidaria, Hub. Cnethocompaypityocampa, Syst. V. Sterrha sacraria, Lin.

Agrotis cos, Hubn.

Après une pareille énumération, il n’est donc point surprenant que dans un tel milieu, véritable petite Provence, on trouve des mollusques appartenant également à la faune méridionale.

Comment tout ce monde zoologique et botanique a-t-il été amené du midi dans cette région? Y est-il venu naturellement, de lui-même, émigrant de proche en proche, ou chassé dans sa frêle et légère progéniture par les vents du midi, qui, suivant la vallée du Rhône, viennent battre toute la côtière? Ou bien faut-il admettre que toutes ces formes ont été apportées depuis quelques années seulement par la main inconsciente de l’homme ? Nous ne saurions le dire. Maïs il est probable que plantes et mollusques ont dû venir en même temps etse développer simultanément, tandis que les msectes au déplacement plus facile ont dû s'établir plus tard dans ce nouvel habitat, trompés sans doute par les apparences d’une flore anormale croissant sous l'influence d'une température plus douce que dans les stations voisines.

C’est probablement dans ce même milieu qu'ont dù vivre les Helix trochoïdes, H. acuta et Pupa Farinesi, etc., que nous retrouvons épars dans les alluvions arrachées par les débordements du fleuve sur ces mêmes rives.

2° Faunule des talus des fortifications et des chemins de fer. — Nous avons vu qu'un certain nombre de mollusques du Midi avaient été récoltés soit sur les talus des chemins de ronde des anciennes fortifications établies à l’est de la ville, soit sur les talus du chemin de fer. Ces espèces sont les suivantes :

Helix acosmeta, Bourg. Helix Mantinica, Mab.

— neglecta, Drap. — lauta, Lowe.

— trepidula, Serv. — Pisana, Müller.

— cespitum, Drap.

Dans cette faunule, les Helix neglecta, H. trepidula et H. lauta ont été trouvés ensemble. Il en est de même des H. acosmeta, H. Mantinica et I. cespilum. Parfois, il est vrai, on trouve des colonies où l’Helix lauta vit seul; ce groupement est assez singulier ; il se manifeste ici tout comme dans la faunule précédente ; l’acclimatation ou tout au moins l'importation des formes méridionales dans nos pays semble avoir toujours porté sur plusieurs espèces à la fois.

Dans les talus du fossé qui borde le chemin de ronde, entre le cours Lafayette et le fort de Villeurbanne, les Helix neglecta, I. trepidula et H. lauta sont en très grande abondance. A la fin du mois d’octobre 1882, nous avons compté 59 individus dans un espace de 1 mètre carré, tout au bord du cours Lafayette, exposé au midi, et comprenant:

81 Helix lauta; 19 — trepidula; 10 — neglecta.

C’est, du reste, surtout sur les parties des talus exposées au midi ou au couchant que ces mollusques abondent et que les sujets atteignent le plus grand développement. Nous y trouvons en même temps:

Hyalinia lucida, Drap.; sous les pierres, quelques individus morts ; r. — nitida, Müll.; sous les arbrisseaux, au bord de l’eau; ar.

Succinea putris, Lin.; quelques individus morts ; ar, Helix aspersa, Müller ; cc.

— nemoralis, Linné ; ac.

— hortensis, Müller ; un seul individu.

— plebeia, Drap.; sous les herbes et sur les arbrisseaux ; cec.

— carthusiana, Müll.; sur les graminées ; ac.

— loroglossicola, Mab., var. minor; sous les graminées; ac.

Mais là encore, dans cette station croît toute une flore méridionale. Dès 1872, M. le D' Saint-Lager avait pu constater que sur ces mêmes talus un certain nombre de plantes du midi avaient fait invasion. 1] publia une note à ce sujet, dans laquelle, après avoir fait l'énumération des plantes méridionales déjà observées dans le domaine de la flore lyonnaise (1), il indiqua les plantes suivantes comme se trouvant plus communément dans celte même siation: 1

(1) Saint-Lager. Note sur l'introduction de quelques plantes méridionales à Lyon et dans ses environs, în Ann. soc. Bot. Lyon, 1.1, Lyon, 1872.

Nigella damascena, Lin.

Reseda alba, Lin.

Raphanis landra, Mor.

Diplotaæis erucoidea, Cand.

Iberis linifolia, Lin.

Giaucion luteum, Scop.

Erodion ciconium, Wild.

— malacoideum, Willd.

Trifolium angustifolium, Lin.

— stellatum, Lin.

— resupinatum, Lin.

Lotos hirsutus, Lin.

Trigonella monspeliaca, Lin.

Centaurion album, Lin.

Pterothece nemansensis, Cass.

Helminthion echioideum, Gærtn.

Crysanthemon segetale, Lin.

Anthemis tinctoria, Lin.

Achillios ligusticus, AI.

Scolymo shispanicus, Lin.

Hyssops officinalis, Lin.

Amaranton album, Lin.

Phalaris cœrulescens, Desf.

Agrostis verticillata, Vill.

Polypogon monspeliensis, Dest.

Andropogon distachyus, Lin.

Avena barbata, Brot.

Ægilops ovata, Lin.

Urospermon Dalechampianum.D. — trüncialis, Lin.

Aujourd'hui encore, on retrouve la plupart de ces mêmes plantes. Elles sont donc définitivement acclimatées, tout comme nos mollusques.

Nous devons avouer malheureusement que, lorsque M. le Dr Saint- Lager découvrit pour la première fois la présence de cette flore, aucune observation malacologique ne fut faite, de telle sorte que nous ne pouvons dire si cette acclimatation des plantes et des mollusques a été simultanée ou successive. Quoi qu'il en soit, relativement aux plantes, on peut en expliquer la présence, d’une part, par le voisinage de la gare de chargement et de déchargement de marchandises de toutes provenances, et, d’autre part, par la proximité des grands magasins de fourrage des casernes de cavalerie de la Part-Dieu. Les wagons du chemin de fer viennent jusqu’au pied même des talus ; ils ont donc très bien pu servir de véhicule à cette flore comme à cette faune. En outre, il suffira de rappeler que, lors de la guerre de 1870-71, il futfait, précisément dans ce quartier, des approvisionnements considérables de fourrages du Midi. C’est là, sans doute, qu'il faut rechercher la cause première de cette importation; de telle sorte queprobablement faune et flore ont été introduites ensemble, à la même époque.

Durant les premières années, les mollusques du Midi ont dû rechercher de préférence les plantes méridionales; mais aujourd'hui que l’acclimatation est aussi complète que possible, ils viventindistinctement, aussi bien sur ces plantes que sur celles de nos pays. En même temps, nous voyons l’'Helix plebeia, forme particulière à nos régions, vivre à la fois sur les

plantes de nos pays ou sur celles du Midi. De tels faits semblent bien prouver que l’acclimatation des mollusques est déjà bien ancienne.

Mais, il estune plante que l’Helix lauta semble plus particulièrement affectionner : c'est l’Helodea canadensis, Michx. ; cette plante aquatique envahit les fossés; souvent les enfants l’arrachent avec des rateaux pour y prendre de rares petits poissons qui s’enchevêtrent à travers ses innombrables tiges ; les plantes, rejetées sur les bords, finissent par pourrir ; c’est à ce moment que l'Helix Lauta vient en sucer les petites feuilles. Ajoutons que-dans ces mêmes lieux, on trouve les Dytiscus pisanus Cast., Eurnectes sticticus Lin., Laccophilus variegatus (erm., insectes hydrocanthares propres à la région méditerranéenne, acclimatés dans nos pays.

Quant aux Helix acosm’ta, H. Mantinica, H. cespitum et H. Pisana, récoltés ensemble au pied des talus du chemin de fer, ils ne vivent pas avec une flore méridionale aussi nettement caractérisée. Du reste, leur acclimatation ne paraît pas aussi définitive que celle des espèces dont nous venons de parler. On trouve bien, il est vrai, non loin de leur habitat, des Salsola Kali Lin., et Psoralion bituminosume Lin., plantes méridionales récemment importées à Lyon ; mais les mollusques récoltés dans cette station vivent sur des arbrisseaux et des plantes basses du pays.

Relativement à ces dernières espèces, nous sommes porté à croire qu’elles ont dû, comme nous l'avons déjà rapporté à propos de l’Helix Pisana (1), être introduites à Lyon avec des légumes provenant du Midi, dont nos maraichers des environs font emplette pour les revendre ensuite avec leurs propres légumes sur les marchés de la ville.

3° Faunule des alluvions. — Disons d’abord que la faune alluviale de la Saône est à peu près nulle. C’est tout au plus sion peut lui attribuer l’Helix lineatatrouvé à l'Aumusse. La faune alluviale du Rhône est beaucoup plus riche ; nous y avons récolté les espèces méridionales suivantes:

Helix rubella, Risso. Helit acuta, Müll.

— cemenelea, Risso. Ferussacia Locardi, Bourg. — Putoniana, Mab. Pupa megacheilos. Crist.

— trochoides. Poiret. — Farinesi, Des Moul.

Les indications fournies par une telle faunule sont fort restreintes. Il est, en effet, bien difficile, même après l’étude topographique des bords du

(1) A. Locard, 1881. Études sur les variations mMmalacologiques, t, El, p. 130.

fleuve et de la direction de ses courants, de se rendre un compte bien exact du point où ces mollusques ont vécu avant d’avoir été entrainés. De tels transports peuvent s’effectuer sur de grandes distances ; nous voyons, par exemple, qu'après des inondations, ou simplement un grossissement du Rhône; on retrouve au sud de Lyon, les mêmes alluvions qu'au nord de la ville, c’est-à-dire après un parcours de plusieurs kilomètres à travers des quais ou des digues, où nos mollusques ne sauraient Vivre normalement.

Nous estimons qu'avec les Helix rubella et H. cemenelea ont dû vivre les Helix Putoniana, H. trochoides et H. acuta. Le Pupa Farinesi a pu être äpporté du département de l’Isère où nous savons qu'il est acclimaté. Quant âu Ferussacia Locardi et Pupa megacheilos, deux formes plus particulièrement italiennes, leur présence dans les alluvions du Lyonnais est plus difficile à expliquer.

En résumé, de telles anomalies dans la répartition géographique de la faune malacologique française semblent faites pour dérouter les naturalistes en contredisant les lois générales jusqu'alors admises. Il semblerait, en voyant de tels faits, qu'il n’y a plus d’area pour les faunes, et qu’un jour doit venir où faunes <eptentrionales et méridionales seront toutes confondues.

Ce serait une grave erreur de croire qu'il en est ainsi. En effet, ces prétendues anomalies nous permettent de tirer quelques conclusions sinon bien nouvelles, du moins assez précises.

Nous voyons d’après ce qui précède qu’un certain nombre d’espèces méridionales ou méditerranéennes tendent d’une part, à remonter vers le nord, jusqu'à une certaine limite, mais toujours en suivant le littoral océanique. Tels sont, par exemple, les Helix cespitum, H. enhalia, H. Pisana, H. lineata, H. lauta, H. variabilis, H. sphærita, acuta, etc.

D'autre part, un certain nombre de ces espèces subcosmopolites tendent également à remonter les gran ds cours d’eau qui aboutissent à la mer, quelle qu’en soit la direction. Nous venons de voir ce qui se passait pour la vallée du Rhône,ilen est absolument de même pour les grandes vallées de la Garonne, de la Loire, de la Seine, etc. Mais, dans cette extension littorale des mollusques, qui passent ainsi de la méditerranée à la Manche, il paraîtrait, jusqu’à présent du moins, que toutes ces espèces s'arrêtent précisément à celte même vallée de la Seine, qu'ils peuvent remonter, mais qu’ils ne sauraientfranchir pour s'étendre au delà du littoral de la Manche.

Une autre conclusion qui semble découler de tout ce que nous venons de voir, c’est la parfaite similitude qui existe entre les phénomènes migratoires propres aux mollusques et ceux propres aux végétaux. De part et d’autre, nous observons les mêmes faits; plantes et bêtes émigrent ensemble. C’est là une grande loi de corrélation entre le monde anumal et le monde végétal que nous laissons à d’autres, plus expérimentés que nous sur un tel sujet, le soin de confirmer encore par de nouveaux exemples.

FIN

LYCN — -MPRIMERIE PITRAT AINÉ, RUE GENTIL,4

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