‹ Contributions au folk-lore des Arabes. L'Algérie traditionelleChapitre 13 sur 21 · LES QI ATRE FEMMES LÉGITIMES PERMISES PAR LE CORAN · texte numérisé non relu

LES QI ATRE FEMMES LÉGITIMES PERMISES PAR LE CORAN

On raconte qu'El-Hadjadj écrivit un jôur à son ami El-Hakem ben Ayoubi :

« Cherchez et trouvez une femme pour mon fils. Je la veux belle de loin, agréable de près, noble parmi ses compagnes, de bon caractère pour tous, aimante pour son mari. »

— « Je Tai trouvée ; lui répondit El-Hakem, mais elle a la gorge très prononcée. »

Et voici la réponse d'El-Hadjadj :

« Envoyez-la moi sans retard ; une femme n'est accomplie que si sa gorge est ainsi : elle réchauffe son mari et rassasie ses enfants. »

Dieu a dit : « Contractez mariage avec celles des femmes qui sont portées vers vous, et prenez jusqu'à quatre femmes ; vous pourrez les choisir entre celles qui sont sous votre dépendance et même entre vos esclaves, pourvu que les conditions voulues soient en elles. )^

Le prophète, un jour qu'il était entouré de jeunes gens, expliqua la parole de Dieu par ces paroles :

a Que ceux d'entre vous qui sont assez riches pour nourrir une ou plusieurs femmes se marient : le mariage dompte le regard de l'homme et règle la conduite de la femme.

« Que les autres jeûnent souvent : le jeûne mortifie les sens et réprime leurs dérèglements.

« Lorsqu'un homme se marie, le démon jette un cri

terrible ; tous les siens accourent. — Qu'avez -vous. Seigneur ? lui disent-ils. — Un mortel vient encore de na'échapper, répond Satan au désespoir.

« Préférez la femme à peau brune, car elle est féconde, à la femme trop blanche qui est stérile. — Je veux qu'au dernier jour mes fidèles soient nombreux.

« Protégez la femme, car elle est faible.

€ Mariez- vous jeunes : la femme fuit la barbe blanche comme la brebis le chacal. >

Le Mariage dans les vUles.

Le mariage a lieu comme dans beaucoup de pays musulmans par des entremetteuses qui font métier d*aller de maison en maison examiner les jeunes filles pour indiquer les plus jolies à ceux qui ont l'intention de se marier.

L'homme règle, avec le père ou les parents les plus proches de la fille, la dot qu'il promet à celle-ci ; acte en est dressé devant le cadi. Ceci fait, le marié envoie un présent de sfendj (beignets) et de hahda (gâteaux de miel) là sa future.

Les plus riches y ajoutent un ou deux paniers de cosmétiques, de fard, de henné, pour indiquer leur choix et leur complète acceptation de 1 épouse.

Cinq ou six jours avant le mariage, les parents et les amies de la jeune fille font de grands bals et fêtes auxquels sont invitées toutes les parentes et amies, connaissances et voisines, et les principales dames de la ville. Le bal se fait aux sons de la souaja (tambour de basque sans peau) et du tambour de basque touchés par des Mauresques (msama) qui font profession de ce métier et qui sont payées par les assistants. On danse tout le jour et toute la nuit.

Les cinq ou six derniers jours, le temps est employé à laver, masser, savonner, farder, peindre la fiancée, de

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sorte qu'après ce long travail, elle est presque toujours ou jolie ou sortable.

Le jour venu de la remettre au mari, on donne un très grand repas dans la soirée ; le marié, chez lui, à ses parents et amis ; les parents de la mariée à ceux de leur famille et de leurs relations, en ayant soin de mettre à part les hommes et les femmes.

Le repas terminé et la dernière inspection de la fiancée terminée, les hommes et les femmes sortent dans la rue et se forment en procession sur deux rangs. Les hommes marchent devant, accompagnés de batteurs de tambourin et de joueurs de cornemuse ; derrière viennent les femmes voilées, puis la mariée que Ton porte cachée aux regards indiscrets. Tous dans cet ordre, portant une bougie blanche allumée, promènent la future par les rues de la ville.

Le marié reste à la maison avec le surplus des gens de la noce ; avant le retour de la fiancée, il s enferme dans la chambre nuptiale et s assied sur des coussins. Quand la mariée est arrivée, le cortège se retire, à l'exception des parents et des amis qui conduisent la jeune fille dans une chambre, lui enlèvent sa mante, lui retournent les manches jusqu'aux coudes, laissant nus ses bras teints de henné, puis elles lui font mettre les deux mains en anses sur les flancs et lui jettent sur la figure un voile fin et transparent. Au son des tambours de basques elles arrivent à la porte de la chambre où se tient le mari. Celui-ci vient ouvrir, prend la jeune fille par les mains, referme la porte et fait asseoir sa femme sur les coussins où il se tenait.

La mariée étant assise, le mari lui ôte son voile et la voit pour la première fois. La femme ne répond aux paroles que lui adresse son mari que lorsqu'il lui a fait son cadeau : bracelets, anneaux ou pièces d'or.

Le mariage consommé, le mari prend les vêtements de sa femme, il ouvre la porte de la chambre et jette ces vêtements aux femmes qui sont restées dehors pour attendre cette remise.

Les assistants poussent de nombreuses acclamations

accompagnées da son des sonajas et des tambours. La mére ou ia plus proche parente montre à tous le témoignage de l'honnêteté et de la vertu de la mariée.

Le lendemain matin on fait à la maison beaucoup de beignets que l'on envoie en présent chez tous les parents et amis. Le mari va au bain s'ablutionner tout le corps ainsi que doivent le faire, chaque fois, tous les musulmans, selon les préceptes du Coran. La mariée reste sept jours sans prendre de bain, parce que, disent les savants, elle est alors au Paradis et sans péchés. Au bout de cette période, elle est astreinte aux ablutions légales comme tout le monde.

Le Kariage ohei les Kabyles.

Avant la création de nos circonscriptions militaires et des cadis dans les tribus, les Kabyles se mariaient selon Vada ou coutume des ancêtres. Ces mariages étaient de deux sortes : le Zouadj el-Djedi et le Zouadj el-Maâti'à.

D'après les Kabyles, le premier de ces mariages remonterait chez eux à une très grande antiquité. On le célébrait en égorgeant un chevreau, de là son nom de mariage au chevreau. Ce sacrifice avait lieu pour sceller les conditions acceptées par les familles. Le pére de la jeune fille devait recevoir de son gendre une dot qui variait entre 70 à 90 bacetta, c'est-à-dire 1 73 à 225 francs. Le marié ne possédait cette somme que bien rarement, mais ses amis l'aidaient pour la réaliser. En eiïet, au jour indiqué pour la noce, les amis accouraient suivis de leurs femmes et de leurs enfants, apportant chacun son offrande pour le nouveau couple. Les teboul et les zerma (tambourins, clarinettes) retentissaient, et quelques guerriers de la troupe, leur fusil à la main, dansaient ou plutôt exécutaient toutes sortes de gambades en chantant et faisant parler la poudre.

Il arrivait aussi que le nouveau ménage n'avait pas de maison ; alors* les amis venaient encore à son aide en coupant les perches, pétrissant le torchis, apportant du dis^^^ ou des planches do liège pour couvrir la nouvelle habitation.

Le mariage Djedi était le plus assujettissant pour la femme kabyle ; tant que son mari vivait, elle était entièrement sous sa dépendanc(î, et à sa mort, elle ne retrouvait pas sa liberté. Elle devenait l'objet, la chose du premier héritier qui lui avait recouvert la tète d'un voile, d'un linge ou d'un burnous. Si elle avait des enfants, son nouveau maître les élevait jusqu'à l'âge viril et gérait leurs biens.

S'il arrivait au mari d'avoir à se plaindre de sa femme, fût-ce même pour une cause futile, il pouvait la renvoyer à ses parents et se faire rembourser par eux la dot qu'autrefois il leur avait donnée. Cette restitution était intégrale, mais les enfants restaient à la charge du mari.

Le ynariage de la femme donnée (Zouadj Maàtià) avait lieu ainsi :

Lorsqu'un meurtre avait été commis, la djemoA condamnait le meurtrier à payer une amende, dia ou prix du sang, assez élevée puisqu'elle montait à mille francs environ.

Il arrivait souvent que le meurtrier ne pouvait payer ; il se libérait alors en donnant une fille de sa famille ainsi que 50 baeeltn, dites Hak-el-Kefcn, prix du linceul du défunt.

Cette malheuieuse devenait l'esclave absolue de son mari ; on lui faisait accomplir les travaux les plus rudes et elle n'était vue (ju'avec mépris. Elle devait vivre et mourir dans sa nouvelle famille : le sang payait le sang!

Les cas d'adultère étaient excessivement rares dans la Kabylie orientale, parce que le mari, sur le moindre soupç(m, s'empressait de couper la gorge de sa femme sans (pi'il eût à craindre les poursuites de la famille. La jus-

(1) Dis, espèce de plante de la famille des graniiD^ies : stipa tenacissima.

tice de lâ djemaâ considérait le meurtrier suffisamment puni par la perte des bacetta que la femme lui avait coûté.

Cependant, parfois il arrivait qu'une femme se mit à aimer un autre que son mari. Vôulant quitter le toit conjugal, elle se servait du moyen de la guerba, Toutre.

A son habitude, elle se rendait à la fontaine pour y faire sa provision d'eau. Mais là, elle remplissait la guerba avec de Tair et la laissait auprès de la fontaine. Elle allait rejoindre son amant et se retirait chez lui.

Le mari, prévenu par Toutre trouvée à la fontaine, réunissait ses parents et ses amis et se rendait en armes devant la maison du ravisseur. Ce dernier devait restituer la dot sinon on Teût aussitôt tué. La dette payée, l'honneur était satisfait et la femme restait chez son amant.

Il pouvait arriver qu'après avoir promis une fille à un jeune Kabyle, les parents la donnaient à un autre qui la payait plus cher. C'était alors une insulte excessivement grave pour le jeune homme, sa famille et ses amis. On prenait les armes et toujours il s'en suivait des luttes acharnées, des alternatives de revers et de succès de part et d'autre jusqu'à ce que l'un des partis lâchât pied et abandonnât ses prétentions sur la femme en litige.

€ C'était le bon temps I disent les vieux Kabyles. Nous étions libres, chacun était son maître (Soultan ras-ou, sultan de sa tête) ; l'homme courageux ne craignait personne ; il tuait son ennemi sans pitié ; la vie d'un homme n'était pas plus appréciée que ceWe d'une mouche I »

Dans le cas où une jeune fille demandée en mariage était refusée pour une raison quelconque, il fallait, dès que ce refus avait été prononcé, que sa famille veillât avec la plus grande vigilance autour de sa demeure pour prévenir les tentatives de l'amoureux repoussé. En effet, si ce dernier persistait dans ses projets matrimoniaux, il rôdait sans cesse autour de l'habitation dans l'espérance de voir les parents s'éloigner pour une cause ou pour une autre. Dès que cette occasion se présentait, il accourait avec quelques amis et, si on leur en laissait le temps,

ils égorgeaient un chevreau sur le seuil de la porte. Dès lors, le sang du chevreau avait souillé le sol et le lien du zouadyelrdjedi était bon et valable ; il fallait se soumettre à la coutume et fiancer la jeune fille à son amoureux. Et nul autre ne l'aurait épousée sans froisser les idées d'honneur des montagnards aussi bien que le prétendant qui, tôt ou tard, s'en serait vengé d'une façon éclatante.

Cérémonies dn Marlag^e chez les Kabyles.

Chez les Kabyles, la nouvelle mariée, avant d'être conduite dans la maison de son époux, est promenée dans les villages voisins sur un mulet qu'escortent en poussant des cris de joie et en brûlant de la poudre tous les parents ou amis conviés à la noce. Le maître de la maison devant laquelle passe le cortège présente à la mariée un tamis plein de fèves, do noix ou de figues sèches. Elle en prend une poignée, la baise et la remet dans le tamis ; ces denrées sont versées dans des sacs portés par de vieilles femmes qui font ainsi une collecte pour approvisionner le nouveau ménage.

Au moment où le cortège arrive à la nouvelle demeure, les femmes entourent la mariée et lui font tremper les mains dans du beurre liquide. Puis elles lui donnent des œufs frais qu'elle doit casser en les frappant sur la tôte et entre les oreilles du mulet. Cette coutume a pour effet de rompre tout sortilège, tout charme contre les nouveaux époux.

Dès que la mariée a mis pied à terre pour pénétrer dans la nouvelle maison, elle boit du lait frais, du lehen (lait aigre) et de l'eau ; puis on lui donne une poignée de blé, d'orge et de sel qu'elle jette à droite et à gauche par-dessus ses épaules pour faire descendre la bénédiction et l'abondance dans la famille. Le mari s'approche

à son tour, et lui tire à la hauteur de la tête et presque à bout portant un coup de fusil ou de pistolet qui met souvent le feu à sa coiffure. Ce coup de fusil est le symbole de rassujettisseinent de la femme et lui montre qu'à dater de cet inslant, riiomme a sur elle droit de vie et de mort. Malgré cet état d'abnégation de la femme, il ne faut pas croire <iue Tamour soit inconnu de ces farouches montagnards. Leurs chants populaires et certains de leurs usages montrent qu'il n'en est rien.

Après tous ces préliminaires que nous venons de détailler et auxquels la croyance su|>erstitieuse de ces populations attribue le |>ouvoir de conjurer tout maléfice et d'accorder la prospérité au nouveau ménage, la mariée pénétre, eniin, dans la maison, en posant le pied droit sur le seuil de la |)orte. Son mari lenlève alors dans ses bras et la dépose ilans l'intérieur, tandis que les parents et les invités attendent au ilehors. .\ussitôt que l'acte du mariage est consommé, le mari lire un coup de pistolet dans la chambre où il se trouve ; à ce signal les cris de joie, les chants et le bruil de la poudre recommencent avec plus d'entrain.

On apporte la kcmidjn de la mariée, où sont empreintes les maniues île sa virginité ; la mariée paraît elle-même, et danse au milieu des invités en agitant cette kemUlja dans les mains. Le tour des hommes arrive : la fêle se continue par des chants et des re|>as auxquels tous les invités prennent part.

Los oadoaux qu'on est daas !'usaje dolTrir chez les Kabyles aux nouveaux maries se relr.^uveni chez pres*iue t:kus les peuples. En Fnmoo. dans la région du Nod.I. ot» >3nl des oeufs, du t)earre ou de rar->.*nt iiuo les inviios •■^rfr^/Lî au L'>uveau o»3uple : dans le IVrry, oo pr\^sent so n inmio ',\'.'hr:' ot o«>nsiste en ar^nt on en ustensiles de mëiiXj» ; eu d aulrvs endri-^its, o était une êcuelle d Vuin à *.vuvorolo ra:»:vla:ii la v^--: î.vi î,'.. i»: o>-kupe d^amour) que les nan%.vs o:rraio::l en lldlw, au XV siècie, à leur tianoêo. Ces présents '.Ivsi-niês dai.s Ivs anoiennvs chartes sous le

nom d\>si:U''.ii'i. ,■>■.*: .' . l^iis^r jvirce *ixi :z Irs présentait en les accv>mjva-r-aiit iFun luise r. Chez U-s Romai:is, les cadeaux t!e noces coLsisiaieat surt..^ut et oljvls de lanlaisie, tai>iis que les Ger-

mains, au dire de Tacite, n'offraient que des choses d'usage journalier.

Les Kabyles tirent force coups de fusil et de pistolet en accompagnant la mariée. Il en est de môme en France ; en Languedoc, on dit que cette cérémonie a pour but d'éloigner les mauvais génies. I^s Chinois, les Arabes, les Grecs modernes brûlent aussi Ixîaucoup de iwudre dans ces sortes de fêtes. Les montagnards du .Jurjura poussent en môme temps le cri yoii! you! you! qui rappelle l'exclamation lo ! que les Romains faisaient entendre dans les fêtes consacrées à l'hymen ; dans les Nxiées d'Aristophane, dans les fêtes de Bacchus, il en était de même encore. Les paysans du centre de la France crient lov! lonf en accompagnant les fiancés à l'église du village.

Quant à l'usage d'olfrir à manger à la mariée avant de franchir le seuil, nous retrouvons la cérémonie romaine de la confarreatio qui tirait son nom du gâteau do froment présenté aux nouveaux époux en signe d'union. De même, chez les Chinois, les Juift et nos paysans français on observe pareil usage.

Comme les Kabyles, les anciens Hébreux répandaient des poignées d'orge, de blé ou de chénevis sur la^ tète des fiancés. A Cartilage il en était de même ; chez les Atliéniens, c'étaient des figues que l'on jetait sur lo nouveau couple. Quant au geste de jeter une l)oignée par dessus l'épaule, c'est une cérémonie qui a pour but de chasser les esprits et d'éloigner les sortilèges employée déjà à Homo dans lesLémurales. Ainsi Pline [Hist, nat,, liv. xxii, ch. 72) dit que pour faire disparaître les verrues, on doit prendre des |)ois, en toucher chaque excroissance, puis les enfermer dans un nouet «le linge, et les jeter par dessus son épaule. Virgile [Eyloy. vin) nous montre Amaryllis jetant des cendres derrière elle quand elle |)rocéde à l'enchantement qui doit lui ramener son volage amant.

Fer dtieres, Amanjlli, foras, n'cufjue fiuenti Tramque captait jace; m respexeris,,,

Ovide {Metam. liv.. i) parle des pierres que jettent par dessus leur tête Deucalion et Pyrrha, dans le but de repeupler le monde. Dans les funérailles dos Juifs, aussitôt après l'inhumation du mort, il est d'usage d'arracher du sol trois poignées de gazon (ît do les jeter derrière soi en réi)ctant ce verset des Psaumes {Ps. Lxxn) :

Et ils ficvriront dans Iti rie nomme Vhcrbe fleurira sur la. terre.

Dans nonibn? d'oiH' ration s magiques on iKîut encore de nos jours retrouver c^îtttî sui)ers1ition toujours destinée à chasser les sortilèges.

Les Funérailles.

Lorsque quelqu'un est prés de mourir, si c est un houmie, les hommes Tassislenl, si c esl une femme, les femmes seules lentourent. Dès que le moribond a rendu le dernier soupir, les invocations à Mahomet cessent aussitôt ; le défunt est étendu sur le sol ; on le place nu sur des planches, et avec de leau chaude et du savon on lui lave tout le corps : avec un couteau, on ratine la plante des pieds |>our qu'il y reste à \yeine de la peau.

Le défunt, quel que soit son sexe, est revêtu d'une chemise et d'une culotte blanches, et ensuite enveloppé dans un drap qui doit dépasser les pie«Js et la tète. Cet office est exercé par des hommes ou par des femmes qui font profession de ce travail funèbre.

Les iKirents et les amis arrivent alors et placent le corps sur une civière sjwiale que louent les marabi>uts ; puis le tout esl couvert d'im large et long drap de soie de couleur. Si le défunt avait coutume de porter un turban, cette œiffure est mise sur le drap funéraire.

i>n sort alors le mort dans la rue où attendent les invités, les ivirents éloignés et les amis, à l'exception des femmes qui, quelle que soit leiur parenté avec le défunt, ne peuvent suivre le convoi. Les gens riches invitent Iniis ou quatre marabouts qui suivent renteirement en criant : Allah! Allah! Allah!

Dans une marche aussi accélérée que p«.>ssîble. le défunt e<t em|¥>rté la tète en avant et les pieils en arriére, au contraire de ce qui se pratique chez les Juifs et les Chrétiens.

Le lien où Ton entem* est onlinairement h»>rs de la ville : cefwdant nomboi* d'irbiigènes N-nt inhumés dans leur champ ou Janliti. ServAnt ainsi «le s: ftulture. les pn>dmils ik' ces champs et «K^ ces jarlins sont i tout le monde, ckkcuu p*juvant cuetiUr U'S fruits qui y p»>asc>eat.

Si le défunt meurt un vendredi (djemâa)^ on ne le mène en terre qu'à midi, à Theure de la prière. On passe par quelque mosquée où Ton fait entrer le mort et où chacun prie pour lui. En sortant de la ville, le corps est placé* quelques instants sur la tombe d'un marabout célèbre afin, dit-on, d'obtenir pour le mort une plus grande légèreté pour aller soit au Paradis, soit en Enfer.

Arrivés à l'endroit de la sépulture, on prend le turban du défunt et par trois fois on le jette sur le sol en appelant Mahomet. La fosse est ouverte et avec des précautions infinies on y descend le corps qui ne doit butter contre rien, car c'est un péché très grave, dit-on, de faire souffrir un mort. On donne du pain et des figues aux pauvres qui ne manquent jamais d'accourir, et on assure que par chaque pépin de figue — et Dieu sait s'ils sont nombreux I — c'est une année de pardon qu on vient de gagner. Les gens sans fortune sont doucement recouverts de terre, tandis qu'au-dessus des riches on forme une voûte de pierres, de chaux et de plâtre. Sur la tombe on met de grandes pierres bien travaillées avec deux autres plus petites et rondes, dont l'une, nommée mchabad, est placée à la tète, et l'autre aux pieds.

Les sépultures sont élevées de un mètre au-dessus du sol par des degrés en briques, en carreaux de faïence ou en pierres blanches.

Les marabouts et les personnages célèbres sont enterrés dans des koubba, rondes comme des chapelles et bâties en voûtes et souvent fort joliment travaillées. Une porte étroite fermée au cadenas y donne accès. A l'intérieur est le tombeau, bâti tout au milieu, avec des degrés de pierre, de carreaux ou de briiiues, ainsi que nous le disions tout à l'heure. Sur la pierre ronde de tète (m'clior bcul) est gravée une épitaphe très courte, le plus souvent donnant un ou deux des versets du Coran avec le nom et l'âge du défunt.

Quelques-uns aussi, parmi les çiches, font établir sur la sépulture une sorte de tente de campagne, dans laquelle vient s'enfermer pour sept ou huit jours un marabout

vénéré qui, nuit el jour, doit prier pour le défunt, et auquel on apporte sur plaœ à boire el à manger.

Le lendemain des obsèques, les parents el les amis viennent prier sur le tombeau ; puis, lorsqu'ils sont partis, c'est le tour des femmes. Elle s'asseyent là pour faire la conversation. Elles font apporter du rivage de petites pierres blanches et menues comme des fèves, qu'elles passent de la main droite dans la main gauche en répétant pour chacune les mots Shah Allah, c'est-à-dire inalitiév de Dieu.

Ces pierres sont laissées sur la sè[>ulture et sont employées sans doute pour remplacer le chapelet. Cette cérémonie doit être répétée trois jours après.

Toute Tannée, le lundi et surtout le vendredi matin, Tusage veut que les^femmes s<' rendent au tombeau pour y prier. Quelques hommes le font ;mssi, mais ils vont au cimetière bien plus matin pour ne [)as les rencontrer.

Quand on passe près d'un tond^eau, <]u'il soit même à un inconnu, on doit s'y arrêter pour prier et y laisser les petites pierres blanches (h)nt on s'est servi.

Les Arabes sont persuadés que lors(ju'ils visitent les tombes des défunts, les âmes do ceux-ci en sortent pour se tenir avec eux, que celles des hommes et des femmes s'assoient sur les stèles rondes placées à la tête des sépultures, et (jue les âmes des enfants s'assoient sur les haïks de leurs mères, de leurs sanirs, ou de leurs aïeules. Aussi les femmes, quand elles se lèvent pour retourner chez elles, ont soin de lo faire très (hmcement <lans la crainte d».* blesstM* les pauvres petit^'s .'mies des enfants.

I)è^ que quelqu'un est morl, on ne doit pas allumer de feu dans la maison pendant trois j(Mirs. «it il est défendu de loucher à de la viande rôtie, grillée ou bouillie, à moins qu'elle ne vienne de quelqu'un de dehors.

Aussi, ces trois jours, on (hmne aux pauvres la scmime d'aliments qni èlail îiècessaire au dèfnnl.

Le deuil est presipie ijn'onnu : les fenunes seules, à la mort d'un mari, d'un père ou d'un lils portent pendant quelques jours et chez elles un voile jaune ou noir.

Pratiques funéraires.

LNîrUcrroincnt a toujours \\m pou do tomps après le ilorriior soupir. « Il est de conveuance religieuse de se liator de tout disposer pour l'inhumation » Les Musulmans croient, en eiïet, que sitôt la cessation de la vie, le corps souffre d'autant plus (ju'il tarde à être dé[)Osé dans la tombe où l'attendent les deux anges de la mort pour l'interroger sur ses actions dans ce monde ! Pendant les maladies épidémiques, c'est à j)eine si les Arabes donnent au cadavre le temps de tiédir. Ainsi (}n 1837, époque à L'upiclle. le choléra fit de grands ravages en Algérie, des médecins français, chargés de constater la réalité des décès, lunMit contraints de recourir à l'autorité indigène locale pour visiter des cadavres ([ue les Maures avaient confiés à la terre quel(|ues heures à peine après la mort. Dieu a dit :

* Hàtez-vous d'inhumer vos morts, aliu (ju'ils jouissent promi>- U'mont (le la félicité éternelle, s'ils sont morts vertueux, et afin «réloi'rnor de vous des créatures condamnées au feu, si leur vie a Uni dans le mal et dans le péché.... >

€ Inhumez les martyrs, comme ils sont morts, avec leurs vêtements, leui^s blessures et leur san^' : ue les lavez pas, car leurs blessures, au jour du jugement dernier, auront Todeur du musc. »

('/est vraisemblablement à la température propre au climat et à l'ignorance des moyens propres à prévenir ou à dissiper les miasmes [)utrides, si facilement et si promptement produits, qu'il faut rapi)orter l'habitude des inhumations précipitées. On peut toutefois s'étonner, avec cpielque raison, (pie Tincinération ne soit |)oint venue à ridée du [)euple arabe, car les Juifs, auxcpiels ils ont empi'unté tant de coutumes, la mettaient en pratique.

(Chaque cadavre, à moins de circonstances majeures, possède sa fosse isolée. Dans les villes, presque tous les

(1) Sidi KheM, 1. 1, sect. âO, p. 285.

tombeaax sont recouverts par une plaqae de iDaii)re et souvent entourés de fleurs et d'arbustes. Chez les Arabes, un simple lertn? s élève à quarante centimètres environ du sol ; sa longueur représente exactement celle de la fosse, et une ou deux petites éminences couronnent la partie la plus élevée du tumulus, selon que Tinhumé ap- [vartient au sexe mâle ou féminin. Les marabouts ont le privilège d'une maçonnerie extérieure, assez vaste, comprenant une sorte de chambre surmontée d'une koUbba (iCOu\M)le). Toujours la fosse a juste les dimensions du cor|is qu elle recevra : à la tête existe généralement une ouverture assez large destinée à permettre au mort d'eu- Wndre les sanglots de ceux ijui vieniiront lui donner quelques larmes de regrets. Ce trou, dont le grave inconvénient est de laisser les gaz de la putréfaction se répandrv au dehors, se trouve presque continuellement exploité la nuit par les chacals et autres animaux qui usent largement de la faculté de pénétrer. Si vous demandez à un Arabe poun]uoi il n inhume pas plus profondément ses morts il vous expliquera ^\iïû a un avantage à suivre sa coutume : car si. au boni «le quelque temps, le linceul parait à la surface du soi, c'est un signe que Dieu indique le défunt comme un homme bien accueilli par lui et digne de l'estime et du regret de tous ceux qu'il a laissés sur terre !... Voici les prati«^ues funéraires recommandées par la législation :

Beaucoup de légistes les plus distingués établissent roblî^ralioiu les uns comme canonique, les autres ci>mme imiUQve : I " ilt^ laver lec*-^q>s du musulman iikort avec une eau saiis impureté : d^- l'etiierrer et aussi «Je l'enst*volir. Pour h l«ktion. ihi comuiieace \\ir bver les mains du uKMi, jHiis -m etiiévr:' les 5i.»ai!lan^>, s'il t ec a, pais on opère l\it*Uitio'.u easuiie ÎAve La tète : a^Hrés cela. iHi vr^rse i praïkls lîois -le l'cdu sur le Cr*»ie ♦frxt du coq^> qu'oa a l.Hiniè sur i-^ o>te -liacbe : «rosuitie. de la même nuniire sur le ':.>u* ^viuche. jL; rés l'avoir retijornê sur le

côté droit. On pratiquerait la lustration pulvérale si Ton n'avait pas d'eau, si l'on craignait qu'en versant l'eau ou en lavant il se détachât quelque lambeau de chair ou de peau (cadavre déjà déchiré ou en partie écrasé, etc.) On verse l'eau doucement et avec précaution, sans frotter, sur un cadavre qui présente des plaies, des blessures, quand on peut verser ainsi l'eau sans crainte de détacher des chairs ou de la peau, mais non lorsqu'on a à craindre ces inconvénients, comme dans le cas de mort par la variole, par écrasement, parla chute d'un mur sur l'individu, etc. ; on remplace alors l'affusion par la lustration pulvérale. Le fidèle sera enseveli dans des vêtements tels que ceux dont il s'habillait ordinairement pour la prière solennelle du vendredi. Pour le malheureux dénué de toutes ressources, les dépenses de ses funérailles (lotion, transport, etc.) seront aux frais du trésor pubhc. Il est de convenance religieuse de fermer les yeux au iidèle qui expire, de lui soutenir le menton par un bandeau, un mouchoir que l'on noue sur la tète ; de lui assouplir, par des llexions et extensions modérées, les articulations des membres, alin qu'il soit |)lus facile de procéder à la lotion ; d'éloigner du sol le cor[)s en le plaçant sur quelque chose d'élevé, afin que les insectes n'aillent pas le trouver ; de lui poser sui^ le ventre quelque chose de pesant, afin de prévenir le gonflement. Pour pratiquer la lotion d'un mort, il est dans les convenances religieuses d'employer la décoction de feuilles de Sedra (zizyplius), lorsqu'on peut se procurer de ces feuilles ; on se sert aussi, pour la lotion, d'une décoction de feuilles de zizyplius nabeca, et, le plus ordinairement, d'eau pure, d'eau mêlée de natron, d'une décoction de roses trémiéres. Le nombre préféré, pour les lotions, est de trois à cinq ; on ne i)ratique jamais au-delà de sept. JJ est licite de débarrasser et nettoyer les dents et le nez du mort avec un linge mouillé ; d'aromatiser le corps avec du camphre, afin de retarder la décomposition et de prévenir ainsi les émanations désagréables pour ceux qui vont accompagner les funérailles. Enfin, le laveur doit prendre un bain général.

avec la simple intention de se nettoyer, immédiatement après qu'il a terminé les lotions du mort. Il est dans l'esprit de la religion de brûler des parfums ou aromates (bois d'aloés, ambre, myrrhe), d'en parfumer les linceuls. Il faut : l'' mettre au mort une chemise ; 2"" envelopper la tête de quelques tours d'un turban ; 3" placer autour des reins du mort un izra ou me'izar, pièce de toile qui couvre depuis les lianes jusqu'à mi-jambes ; 4** l'envelopper dans deux Icfafcli' (suaires), des pieds à la tète, et nouer les deux bouts. On répand des aromates ou substances d'odeur forte et agréable (musc, ambre, plantes odorantes, etc.) entre les lefafeli et sur le coton que l'on applique sur les ouvertures naturelles du corj)s. Aux aromates cités, il convient d'ajouter du camphre, « le meilleur des aromates conservateurs. » On met aussi des aromates sur les autres organes des sens, aux aisselles, aux plis des coudes, aux jarrets, etc. Par convenance religieuse, on ne doit pas conduire le convoi à |)as trop ralentis, et couvrir la bière d'un couvercle bombé, afin de mieux cacher le cadavre. On établit une construction murée [)Our y déposer le corps du défunt, ce qui est i)référable à la simple fosse. On ferme l'ouverture du tombeau avec des briques crues ou avec des planches, ou avec des tuiles à forme mi-cylindrique, ou, à défaut, avec des briques cuites, ou enfin des pierres, des liges de plantes arundinées ; enfin, en l'absence de tout cela, on comble la fosse, ou bien on ferme l'ouverture du tombeau en y jetant ou amassant de la terre. Ces manières de j)rocéder sont préférables cà l'emploi du cercueil. Il est permis de se <lispenser de frotter les corps lorsqu'il y a un grand nombre de morts ; c'est-à-dire que l'on se borne, dans les grandes mortalités, dans une épidémie, à onder les cadavres, et, dès lors, on les enterre .immédiatement. Il est permis d'ensevelir les morts dans une étoiïe teint(i avec le safran ou avec le ouars (orobancha tinctoria), parce que ces substances colorantes sont aussi dans la catégorie des aromates. Il est blâmable aux yeux de la loi de raser au mort les cheveux et les poils, d enlever les escarres,

ou de presser les bords des plaies ou des blessures

Lorsque les Arabes n'ont à leur disposition ni parfums ni aromates, ils pilent des feuilles de scdra (jujubier sauvage) avec du hennah (lausonia inermis), et répandent cette poudre composée sur la surface du corps. Généralement, une fois que l'individu a rendu le dernier soupir, ils le lavent à l'eau tiède, lui mettent dans les ouvertures naturelles du coton et du camphre, et l'enferment dans une pièce de coton, un haïk ou des morceaux de burnous. On a pu remarquer ci-dessus que les Arabes ne se servent point de cercueils; de même chez les Kabyles, qui se bornent à laver les morts, les enveloppent dans un haïk en laine et les confient ensuite à la terre, placés sur le côté droit. Des bières de diverses natures ont cependant été en usage dans l'Afrique septentrionale. Ainsi, à Djidjelli, à Téncs, à Tiaret, on trouve des cercueils taillés dans le roc. Les anciens occupants de ces pays cherchaient-ils, par ce moyen, à se conserver une plus grande étendue de terrains cultivables, déjà restreints naturellement par Tabondance d'un sol très calcaire ? Ou bien était-ce là une mesure hygiénique en cas d'épidémie ? Le Guyon a également vu à Stora (province de Constantine), un cimetière où les cadavres étaient disposés dans de grandes jarres toutes juxtà- placées. A Philippeville, des poteries semblables ont été découvertes, renfermant des ossements. La pratique de Tembaumement n'est pas usitée chez les Arabes. Au Darfour, les Indigènes enlèvent les intestins et les remplacent par des paquets d'aloés.

Au Sénégal, les Nègres musulmans entourent les cimetières d épines mortes, y entretiennent beaucoup d'arbres à feuillages épais, en interdisent l'entrée aux Européens, n'indiiiuent la place des morts que par un tracé rectangulaire sur le sable ou la terre, allument des feux sur chaque tombe les premiers jours de la sépulture, et placent ensuite sur le lieu de l'inhumation des morceaux d'étoffe pour éloigner les oiseaux de proie^^^

({)Sidi'Khelil, ch. ii, soct. 20, p. 285 et suiv.

(i) D' E. -L. Beriherand, Médec. et Hyg, des Arabes^ p. 2C0.

La profonde vénération des Nègres musulmans pour leurs morts, et les soins excessifs qu'ils prennent des restes humains, tant pour les parer avant Tinhumation que pour les conserver après, prouvent que le respect des tombeaux et des dépouilles des morts n'est pas toujours en raison directe du développement de la civilisation N'y a-l-il pas là un sujet de bien sérieuses méditations? Du reste, dans toutes les contrées de Tlnde ou du Sind où il se trouve des musulmans, ceux-ci ensevelissent leurs morts secrètement, de nuit et dans leurs maisons ; mais ils ne se livrent pas à de longues lamentations

Les PonéraiUes chei les Kabyles.

Chez les Arabes de la province de Constanline, dès qu'un malade a rendu le dernier soupir, des cris déchirants se font entendre. La cour de la mechta se remplit de monde, hommes et femmes confondus, se lamentant et frappant à coups redoublés sur des plateaux en tôle ou en cuivre. Etonnés de ce vacarme, il arrive presque toujours que les chiens, les bœufs et les autres animaux des environs prennent part, à leur façon, à ce lugubre concert. Le défunt est étendu sur son lit (des nattes, des tapis et des matelas) et prés de lui on allume un grand réchaud où brûle le benjoin. De nombreuses bougies éclairent la chambre mortuaire.

Les lamentations durent toute la nuit. Au point du jour arrivent les gens de la tribu qui viennent prendre part au Krdab, c'est-àilire pleurer le mort et faire son éloge. U>s seniteurs, s'il y en a, déchirent leurs vêlements, se senvnt la |>oiirine avtv une conie et se maculent la Cgore avec de la lK>ue et de la suie après s être recouvert la tête d'un sac ou d'autre^i guenilles. U\> femmes surtout mon-

trent lear affliction en s'égratignant le front et les joaes.

Puis le cadavre est transporté au cimetière. Un homme, monté sur un mulet, tient devant lui le corps ficelé sur deux perches en guise de civière : de nombreux cavaliers suivent silencieusement le convoi funèbre. Le lendemain, le cheval du défunt, harnaché et équipé, portant les armes et les vêtements de luxe de son ancien maître, est promené dans le douar. Une danse macabre s'organise ; la plupart des assistants forment un grand cercle marchant comme dans une ronde dont le centre est occupé par le cheval. C'est ce moment que choisit un improvisateur pour entonner un chant funèbre en Thonneur du défunt que Ton pleure.

Après chaque strophe, la ronde, qui s'était arrêtée, se remet en mouvement et Ton répèle en chœur le refrain qu'un tambour lugubre ne manque pas de cadencer. Voici la traduction de Tun de ces chants funèbres d'après M. L. Féraud, interprète de l'armée, qui le recueillit chez les Oulad Abd-en-Nour, l'une des plus importantes tribus du département de Constantine :

vous qui montez de grands chevaux, Où allez- vous si pressés ?

Marcheriez- vous à Tennemi ?

Par Dieu, je vais me renseigner.

Est-il vrai que Thomme aimé n'est plus?

Quelle est la cause des cris que j'entends ?

Verse des larmes, ô toi qui te lamentes, Sur cet homme bien aimé, L'illustre parmi les guerriers.

Cette cérémonie se répète pendant huit jours, pendant lesquels tous ceux qui se présentent pour faire leurs compliments de condoléances sont nourris et hébergés gratis pro Ueo. Ce temps passé, les taleb, au nombre d'une quarantaine, se réunissent dans la maison mortuaire pour prier et lire le Coran qu'ils se partagent entre tous, ce qui demande à peu près une demi-heure. Cette cérémonie, nommée Fcdoua, a pour but de racheter les fautes du défunt.

La Vendetta des Kabyles.

Quelques auteurs affirment que la nature du sol cl du climat sont parmi les causes qui influent le plus sur les mœurs et les usages des peuples. A ce compte, il faudrait attribuer le caractère farouche des montagnards kabyles au pays diflicile, âpre et sauvage qu ils habitent tout autant qu'aux luttes intestines et continuelles qui de tout lem|>s ont désolé ce pays. Pour les montagnards de la Kabylie, il nous semble (fue ce sont là les causes dominantes de leur caractère particulier. Interrogez un Kabyle et parlez-lui du passé de sa famille ou de sa tribu et vous len tendrez toujours vous dire : Jl y a du sang entre moi et telles gens. — La vendetta était et est encore souvent considérée comme un devoir ; celui qui ne se soumettait pas à cette coutume ne jouissait d'aucune estime ; on le montrait du doigt et chacun le voyant disait : Un tel est un lâche ! Aussi, poussés par le point d^honneur, il était rare qu'un crime restât impuni ; on se faisait justice et, comme cela se fait en Corse, des tribus entières étaient décimées par les roidctlc successives de famille à famille.

Chez certaines tribus telles «|ue les Beni-Toufout, les Beni-Fergan et toutes celles du massif fonnant le promontoire de Séba-Rous, les choses se passaient ainsi :

Dés qu'un crime venait d'être commis, les parents du meurtrier se réunissaient et allaient demander pardon à la famille de la victime. On offrait la « dia » — prix du sang — qui s'élevait environ à cent baceta, et on Tacceptait presque toujours.

La somme était religieusement conservée intacte et déposée dans une corne de banif, enfouie ensuite dans un coin de l'habitation jusqu'à ce ipi un membre de la famille eût vengé le parent assassiné. Les cent baceta étaient alors sorties de la cachette et restituées aux proches du premier meurtrier comme nouvelle ^ dia.

Tant qae celte restitution n'avait pas eu lieu, on disait dans la tribu : « Telle famille a encore sa corne pleine ; elle attend un homme de cœur pour la vider. »

Chez les Arabes de la province de Constantine, quand un homme avait été assassiné, les membres de sa famille ne se lavaient, ne lavaient leurs vêtements et ne coupaient leur barbe et leurs cheveux que lorsque le meurtre avait été vengé. Les jeunes gens s'entouraient la tète avec une corde enduite de goudron, afin de se rappeler sans cesse qu'ils avaient une vendetta à exercer.

En principe, il appartenait au fils seul de venger la mort de son pére ; à son défaut, c'était au plus proche parent de la victime. Mais il pouvait arriver aussi que le coupable vînt à mourir autrement que par la main de ceux qui avaient à satisfaire à la vendetta. Alors la vengeance devenait transversale ; elle atteignait le frère ou les plus proches parents.

Le prix du Sang.

Les montagnards kabyles orientaux qui n'étaient pas réunis en confédérations comme les Zouaoua, avaient organisé par tribu une sorte de tribunal formé des plus sages de l'endroit, qui était nommé djemâa et qui connaissait de tous les crimes et délits commis par les habitants.

Afin de régulariser le plus possible la justice qu'elle reridait, la djemâa avait institué une sorte de charte nommée khanoun réglant les peines et les amendes à infliger à ceux qui sortaient du droit commun.

D'après les souvenirs des anciens Kabyles et quelquesunes de ces khanoun qu'on a pu retrouver, il a été possible de reconstituer le fonds de 1^ justice de ces montagnards et s'apercevoir que, presque partout, elle repose sur la compensation pécuniaire du dommage

causé, analogue à la coutume bien connue des Germains, nommée wchrgeld (prix de la guerre), ou wergeld (valeur d'argent). Chez les Kabyles, le meurtrier pouvait composer avec les parents de la victime, en leur payant le prix du sang ou dia, plus ou moins élevé, suivant les personnes et suivant la cause du crime.

Voici, d'après la khanoun des Kabyles du Zouara, les compensations adoptées en cas de meurtre :

Pour meurtre avec préméditation, la maison de l'assassin est démolie, on lui égorge 20 bœufs et il doit payer la dia complète, ou sa fille, ou sa sœur à l'un des parents de la victime ;

Le meurtrier pris sur le fait est conduit aux parents du mort qui, cette fois, ont le choix entre le prix du sang ou le sang lui-môme ;

Pour un voleur tué dans l'enceinte d'une maison, celui qui l'a tué paie comme dia 20 douros et la djemâa également 20 aux parents du mort ;

Pour un homme tué par le mari au moment où le premier embrasse sa femme, il n'y a acune punition et les parents ne peuvent réclamer de dia, etc. . .

Lorsque le prix du sang et les amendes infligées par la djemâa avaient été payés, le meurtrier ne pouvait plus être inquiété, et s'il s'était enfui de la tribu, il pouvait y revenir en toute sûreté ; le dommage causé avait été compensé par la dia, conséquemment on ne pouvait plus lui en vouloir de son crime.

Ces usages, qui sont généralement ceux de peuples barbares, existent bien ailleurs que chez les Kabyles. Nous avons nommé le wergeld des Germains qui surtout tenait compte de la quarté de la victime pour la fixation de la composition pécuniaire, et qui ainsi attribuait 1800 sous d'or pour le meurtre d'un compagnon du roi et ne donnait que 100 sous pour celui d'un esclave. Nous pouvons y ajouter la coutume analogue des habitants de la Tcliernagora, des montagnards monténégrins. Dans la charte octroyée vers 1860 par le Vladika Danielo, on fut obligé d'admettre encore la composition pécuniaire et de se borner à poser des limites pour la vendetta, sous peine de voir la loi sans aucun elQTet sur oes montagnards belliqueux.

Avant rislamisme déjà, la vendetta était dans les mœurs des habitants de la Péninsule arabique. Selon eux, l'âme, en se séparant du corps, s'envolait sous la forme d'un oiseau nommé hâma ou sada, sorte de chouette qui ne cessait de voltiger autour de la tombe du défunt en poussant des cris plaintifs et en annonçant au mort ce que faisaient ses enfants. S'il arrivait que le défunt fût mort assassiné et que ses enfants ou ses parents ne l'eussent pas vengé sur le meurtrier ou ses responsables, l'oiseau hfhna ne cessait de répéter : « Escouni ! Escouni ! donnez-moi à boire I > jusqu'à ce que le sang du meurtrier eût apaisé la soif de l'oiseau funèbre. (Cf. Caussin de Perccval, Hist. des Arabes,)

La Médecine en Algérie.

Voici, à titre de curiosité, une liste des principaux médicaments usités par les Arabes et les Kabyles pour la guérison des diverses maladies qui i)euvent les attaquer.

Il est bon de dire que ces divers remèdes sont offerts à la fiancée qui va se marier, et qu'ils forment ce que Ton appelle le panier de la fiancée, en kabyle le thakoufelsen-teslilh.

Benjoin (Djaoïtïj, pour incantations ;

Camphre (fut four) y employé iM)ur emi)ôcher les femmes de concevoir ;

Galène (tasoxdt)^ jwur les yeux ;

Gonune de cerisier (hahh el-melouk'), incantations ;

Hitume (bekhour el^SotuUm), incantations ;

Staphisaigre (habb-el-ran), contre les ix)ux ;

Argile jaune (cl-fasouhh), contre les sortilèges ;

Ihibbaliiy pour philtres d'amour;

Tsabiil, contre les philtres amoureux ;

Aloês socotrin (lemei-i ousebcr), collyre ;

Sucre candi (soukJier cU-katidid), pour les yeux ;

Soufre (kebiui), contre la gale ;

Assa-faetida (el-h'cntith), contre les coliques;

Salsepareille (acJuiba), contre la syphilis ;

Hichlorure de mercure (chelimoxOy contre les ulcères;

Pilules de Paris? (habb cl^Ban's), contre la syphilis ;

Cantharides (izan et-IIcnd), contre la gonorrhée ;

Noix vomique [bou saka), contre les rhumatismes \

Vermillon (el-hekem), dans la circoncision ; Styrax (el^aïa), antidote contre les génies ; Caméléons (tataj, contre les maléfices.

Si quelques-uns de ces remèdes ont leur efficacité dans quelques cas particuliers, il n'en est pas de môme la plupart du temps. Du reste, médecins et chirurgiens sont à la hauteur de leurs remèdes, et Ton se demande comment un peuple qui compte des Rhazèz, des Averroès, des Avicenne, si dignes successeurs des Hippocrate et des Galien, peut être descendu jusqu'à ne plus connaître comme praticiens que les toubibes ignorants, barbiers ou maures, et comme savants que les hakem empiriques et charlatans que partout Ton rencontre. Toute la médecine des hakems est formée d'un mélange hétérogène de sentences traditionnelles, de conseils transmis par les voyageurs, les pèlerins de la Mecque, les émigrants de Tunis ou du Maroc, par les prescriptions magiques de prétendus sorciers, ou encore par les sourates du Koran ou des commentateurs du Saint-Livre.

Les Arabes ont la plus grande répulsion pour les Opérations où il s'agit de répandre le sang et surtout de retrancher un membre. Ils admettent difficilement la saignée, rouverture des abcès, des tumeurs, presque jamais l'amputation . La cautérisation s'opère à l'aide d'un couteau ordinaire chauffé à blanc. Du reste les opérations à l'aide du feu sont fort en honneui* chez les Arabes et les Kabyles, comme chez la majeure partie des peuples primitifs. Les Scythes, au dire d'Hippocrate, se tonifiaient le

' cor|)s à l'aide du feu ; les Egyptiens de nos jours s'en servent encore absolument comme les habitants d'aulre-

. fois de la vallée du Nil et de l'Arabie, s'il faut en. croire Prosper Alpin. Et le proverbe arabe dit : <c Le feu ôte le poison des mrfs I » aussi en fait-on grand usage.

Les amulettes des tolbas ont, paraît-il, encore plus de pouvoirs que tous les remèdes et que toutes les opérations possibles ; nous en disons quelques mots au chapitre des amulettes, renvoyant, pour de plus amples renseignements sur la médecine arabe, aux ouvrages du capitaine VilJot, de MM. Hanoteaa et Letoumeox et de MM. Bertherand.

Médecine empiriqae.

D'après Bou-Sina (Avicenne), pour guérir Thydropisie, on prend douze sauterelles, on leur enlève la tôte et les jambes, on les assaisonne avec un peu d'as sec ; on les fait bouillir et on en boit la décoction. Cette décoction, employée en frictions, guérit les rétentions d'urine.

Lorsqu'un individu est atteint du homra, bouton rouge qui ne guérit jamais, s'il porte sur lui une sauterelle de l'espèce de celles qui ont un long cou, il peut en être soulagé.

Enfin dans son «livre le Grand Désert, M. le général Daumas mentionne que l'usage de la chair des sauterelles est favorable contre une maladie appelée « eddjou4ane Çty^K

Coutumes diverses.

Les Arabes ont coutume d'encourager les chameaux en leur chantant des chansons ou en jouant des airs de galoubet. Il est certain que ces chants relèvent l'ardeur abattue de ces animaux et les aident beaucoup à fournir les longues étapes qu'on en exige.

Cet usage remonte à la plus haute antiquité.

« Le plus ancien chant populaire connu, dit M. J.-J. Ampère'-^ est un couplet adressé par un laboureur égyptien à ses bœufs. Ecrit en hiéroglyphes il y a environ trois

(DCe mot ne se trourant pas daos le» dictionnaires français-arabes, nous pensooi qu'il •'agit du root djiâne — aiïamé — ou d'un synonyme : bel djoud — arec la faim. — Ce serait donc la maladie de la faim.

Les renseignements qui précèdent au sujet de la guérison de certaines maladies par l'emploi des sauterelles sont extrait! du Urre intitulé Halat el Hatouan, par Cbetkli Kimal ed-Dto Beo Mouim Doumtiri.

(3) Instructions du Comité de la langue, de l'histoire et des arts de la France,

mille ans, il a été traduit par M. Chainpollioii<*> de la manière suivante :

Battez i>our vous, Battez pour vous,

Bœufs?

Battez i)our vous, Battez pour vous.

Des boisseaux \>out vos maîtres.

Dans le Centre et le Midi^^> on bnole, c'est-à-dire on chante pour faire marcher les bœufs. M. Fauriel assure que certains chants analogues furent introduits de Grèce en France par les Phocéens fondateurs de Massilia (Marseille). Et Avicenne, au X*^ siècle, recommandait au laboureur de chanter le plus souvent possible pendant le travail pour délasser ses animaux.

Beaucoup d'Algériens vont chaque année en pèlerinage à la Mecque, où TEmir, entouré de tous les chefs, donne le signal du départ en élevant son drapeau vert.

Alors les pèlerins, la foule et les marabouts chantent alternativement :

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