LES MARABOUTS
Que votre pèlerinage soit heureux !
Ce que vous avez gagné est sans pareil :
Vous avez fait une ghazia sur vos péchés.
La femme arabe, vu l'état d'infériorité marquée dans lequel elle se trouve, n'est point admise à manger avec les hôtes, et pas môme avec son époux. 11 en est de même en beaucoup d'endroits, dans le Berry principalement.
La femme ne peut que servir à table De même chez les Hindous où le code conjugal dit : « Une femme ne peut se pemieltre de manger avec son mari ; elle doit être honorée de manger les restes. » Chez les Hébreux d'autrefois et même en Italie et en Espagne, la coutume était analogue. Aux îles Marquises, les femmes nonseulement ne prennent point part au repas du mari, mais même ne peuvent se servir du feu dont on s'est servi pour la cuisson de ses aliments
L'éructation (|ui, en beaucouf) d'endroits, est regardée comme une grossièreté, est permise chez les Arabes^^^ Voici ce qu'en dit un voyageur qui a observé le fait en Algérie, M. Alex. Bellemare :
« Vous avez bien diné chez un Arabe, vous êtes satisfait de la manière dont il a exercé l'hospitalité envers vous, vous voudriez lui adresser un remerciement ; |)riez Dieu (jue votre estomac trop chargé ait besoin de dégager
(1) Laiâooi de la Salle, Croyances et Légendes du Centre de la France, tome u, p. 08.
f2) H. do M..., Le Catholicisme aux îles Marquises. (3) Le Général Damnas, Mœurs et Coutumes de If Algérie.
un trop plein d'air. Oh I ne le retenez pas, vous ne sauriez faire à votre hôte un compliment plus flatteur.
a Mon hôte a bien dîné, se dit l'Arabe, il est content de moi : El hamdou Lillah (Louange à Dieu), ou bien : sahha (que Dieu te donne la santé) ; telle s6ra sa réponse au compliment que vous lui aurez adressé, et, je vous le jure, plus ce compliment sera bruyant, mieux il sera reçu.
m Et voilà cependant ce que sont les mœurs des peuples! ce qui, chez l'un, est une grossièreté inexcusable, chez l'autre, au contraire, chez un peuple placé à moins de deux cents lieues de nos côtes, est non seulement admis, mais va même jusqu'à être considéré comme une politesse. »
Les Espagnols et les Italiens ont également cette habitude. Dans leurs colonies d'autrefois, les Espagnols l'ont importée avec eux et l'ont propagée. M. Louis d'Aysac^*^ dit que pendant le service divin au Chili a c'est parfois un véritable concert auquel tout le monde prend part, les prêtres qui disent la messe, les clercs qui la servent, les fidèles qui l'entendent, et même le trompette de la garde civique, qui profite des points d'orgue pour mêler ces bruits insolites à ses pieuses fanfares. »
En France, dans nombre de provinces, l'Auvergne, le Berry^>, l'éructation fait plaisir à l'hôte qui vous reçoit dans sa maison.
Il est une liberté bien encore plus grande que se permettent les Arabes et dont nous passerons le nom sous silence. Cette incongruité est aussi bien admise que l'éructation.
« Quand arrive ce qui chez nous serait un grave accident, ce qui, chez eux, n'est qu'un indice de prospérité, Fauteur dit avec sang-froid :
« IJhamdoullah (je remercie Dieu).
« Sous-entendez : Qui m'a donné assez de bien pour remplir mon ventre.
(I) Lottii d'Ayiac, Voyagé au Chili.
(9) LaifMl de la Salle, Croy. et Ug. du centre de la Finance, t. n, p. 99 et sût.
— Allah iaaiikrsahha (Que Dieu te donne la santé!) loi est-il répondu sur le même ton calme »
On voit bien qu'en toutes ces choses tout est affaire d'usages et d'idées ; ce qui tant nous scandaliserait étant de bon usage èt de savoir vivre au Sahara aussi bien que chez certains de nos paysans^^^ Du reste, dans la civilisation hellénique et chez les Romains, on tolérait et même on acceptait cette grossière coutume. Il est vrai que certaines sectes de philosophes, telles que celle des péripatéticiens la reprochaient aux stoïciens qui l'admettaient. Au dire de Diogéne Laërce<^> cette inconvenance échappa un jour dans la chaleur de la discussion au philosophe Métroclès qui professait la doctrine de Zénon. Le malheureux s'enfuit aussitôt tout confus et s'enferma dans sa maison refusant d'en sortir. Son ami, le stoïcien Cratés, alla le trouver et, dit Montaigne : « Adjoutant à ses consolations et raisons l'exemple de sa liberté, se mettant
à p à l'envy avecques luy, il lui osta ce scrupule, et,
de plus, le retira à sa secte stoïque, plus franche, de la secte péripatétique plus civile, laquelle jusques lors il avoit suivy. »
Suétone raconte qu'un jour à la table de l'empereur Claude, un des convives habituels de l'empereur, manqua mourir pour s'être refusé ce soulagement. Claude, tout désolé, voulut rendre un édit pour permettre à ses commensaux d'exhaler, fut-ce même en son auguste présence, toute espèce de gaz « flatum crepilumque ventris. »
Au dire du môme historien, le pourceau couronné Vitellius était impoli au même chef. Il aimait fort dans ses voyages à causer avec les gens du commun, rire avec les muletiers qu'il trouvait dans les auberges ou aux relais. Le matin, il leur demandait sHls avaient déjeuné, et pour leur faire voir que pour sa part il avait fort bien mangé, il rotait devant eux.
(1) Général Daamas, Mœurs et coutumes de l'Algérie, p. 12. (i) Laisoel de la Salle, op. cit. t. u, p. KM.
(3) Diogène Laërce, vi, 94.
(4) MoDUigne, Estais, U? . u, ehtp. xii.