‹ Controverses transformistes, avec 23 figuresChapitre 2 sur 42 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Sous le titre Contros^erses transformistes^ je réunis dans ce volume quelques articles publiés, pendant le dernier quart du XIX* siècle, dans diverses revues scientifiques aujourd'hui en partie disparues. Plusieurs d'entre eux m'ont été maintes fois demandés, soit par les élèves qui suivent mes cours à la Sorbonne, soit par des confrères zoologistes de la France et de l'Etranger. Depuis quelques années il m'était très difficile, souvent même impossible, de satisfaire à ces demandes en recherchant les numéros, devenus pour la plupart introuvables, des journaux contenant mes anciennes publications.

C'est dans ces conditions que j'ai cru devoir accepter l'offre de M. Naud, de rééditer ces opuscules tant de fois réclamés.

Les imperfections inhérentes à la confection de semblables recueils sont bien connues. Il est peu commode de faire un tout de morceaux détachés préparés à des époques assez distantes et destinés parfois à des publics variés. 11 y aura cependant une certaine unité dans ce livre. A beaucoup d'égards, il sera comme l'histoire de la période scientifique très mouvementée où le transformisme a pénétré dans l'Enseignement supérieur français.

En procédant à d'habiles coupures, j'aurais pu donner aux pages qui vont suivre plus de sérénité; elles seraient devenues moins vivantes. Certains passages ont vieilli, quelques idées sont devenues aujourd'hui tellement banales qu'il semble vraiemcnt extraordinaire qu'il ait fallu tant batailler pour les faire accepter il y a vingt ans; d'autres ont été reconnues inexactes et j'y ai renoncé moi-môme. 11 eut été facile en bien des cas de

BUPFOS, LAMARCK, DARWliS.

Dans ses admirables Pensées sur r interprétation de la nature, DiDRROT reproche a Newton Tobscurité affectée dont Tillustre physicien enveloppait ses brillantes découvertes. <( Loin de tout homme public, ajoute-t-il, ces réserves si opposées aux progrès des sciences; il faut révéler et la chose et le moyen. »

Certes, pareille critique serait injuste à Tégard de Lamarck et de Darwin, les créateurs de la théorie moderne de révolution. L'un et Tautre ont longuement insisté sur les faits et les méthodes qui les ont conduits à formuler les lois générales du développement : ils nous ont révélé et la chose et le moyen. Mais Tinstruction biologique et surtout la connaissance pratique des animaux et des plantes ft4>nt encore aujourd'hui Tapanago d'un si petit nombre d'intelligences, parmi les plus cultivées, que la plupart de ceux qui se prononcent pour ou contre Tidée évolutionniste le font par esprit de système, ou en raison de leur éducation et de leurs préjugés, plutôt que pour des motifs véritablement scientifiques. Aussi, même chez la nation où le transformisme a reçu Taccueil le plus favorable, le professeur Habckel réclame-t-il encore une diffusion plus grande de la doctrine, et nous pouvons dire avec lui que c'est un devoir pour le naturaliste de ne point se borner à chercher le progrès

1. SUvme Mcirniifique, 3* téri«, n* 22, 1*' d<^<^emhrc 1888 (Court d'évolution det étret orfcanit^t. Leçon d'ouTeriure). Cette leçon a été publiée é^^alement dan» le lïuUetin êciwHtifiqme de la France et de la Belgique^ t. X\, pp. 1-26.

s CONTROVERSES TRANSFORMISTES

dans les étroites limites de sa spécialité. Il doit faire participer le grand public aux connaissances qu'il a pu acquérir ; « le plus glorieux triomphe de Tespèce humaine, c'est-k-dire la connaissance vraie des lois les plus générales de la nature, ne saurait demeurer la propriété d'une caste privilégiée de savants ; elle doit devenir le bien commun de Thumanité tout entière ^ »

Telle est évidemment la pensée qui animait les membres du Conseil municipal de Paris, quand, sur la proposition de M. Léon Donnât, ils ont décidé d'appliquer h nouveau le décret libéral du 25 juillet 1885 ^ et d'instituer près la Faculté des sciences un cours d^ Evolution des êtres organisés.

A d'autres il appartient de proclamer combien, en se préoccupant ainsi des progrès de l'enseignement supérieur, la Commune de Paris se montre la digne continuatrice de la grande Convention nationale, et comment, en faisant pénétrer les idées si fécondes du transformisme et la conception purement mécanique de la nature dans les cerveaux des futurs éducateurs de la jeunesse, on prépare de la façon la plus sûre et la plus solide une forte génération débarrassée des superstitions du passé.

Pour moi, Messieurs, je dois remercier le Conseil municipal de m'avoir permis d'exposer devant un auditoire d'élite les doctrines pour lesquelles j'ai combattu depuis mon entrée dans la carrière; je dois remercier les Maîtres éminents qui enseignent à la Sorbonne d'avoir accueilli avec empressement cet enseignement nouveau et de m'avoir désigné pour occuper ce poste d'honneur; je dois enBn exprimer ma vive gratitude à M. le Directeur de l'enseignement supérieur', si sympathique à toute idée réformatrice, et à M. le Ministre de l'instruction publique, qui, en me confiant le cours d'Evolution des êtres organisés, a bien voulu rattacher a la chaire nouvelle le Laboratoire de zoologie maritime que j'ai créé à Wimereux en 1874, et que je dirige depuis sa fondation.

Il devient ainsi bien clair pour tous que l'enseignement donné dans cette chaire ne sera pas exclusivement théorique. Notre trop modeste installation ne nous permettra pas sans doute d'aborder immédiatement les importantes recherches expérimentales si désirables aujourd'hui pour élucider les points obscurs de l'embryo-

1. Histoire de la création naturelle, traduction Lbtourneau, 3* édit., p. 3, 1884.

2. La première application de ce décret fut la création, en 188G, du cours d'his> ioire de la Révolution française à la Faculté des lettres.

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