M. L. LiARD
HISTOIRB DU TRANSFORMISME 8
génie et de l'éthologie des êtres vivants. Mais nous avons confiance en l'avenir et nous espérons que le Conseil municipal et TAdministration supérieure ne laisseront pas leur œuvre inachevée. Si la France a été devancée de quelques années par les nations étrangères en ce qui concerne l'établissement d'une Chaire de transformisme, elle peut reprendre bientôt le premier rang en créant un Laboratoire, sérieusement outillé, pour l'étude expérimentale des divers facteurs de l'évolution. Les curieux résultats obtenus dans cette voie par Smankewitsch, par Semper, par Weismann, nous promettent une ample récolte de découvertes importantes, et déjà à Paris même, à la Société anthropologique fondée par le regretté Broca, des voix très autorisées ont montré tout l'intérêt qu'il y aurait à créer une sorte d'Institut transformiste où les divers problèmes de la philosophie biologique seraient soumis au contrôle de l'expérience.
11 ne faut pas oublier, en effet, que si les points les plus importants de la théorie de l'évolution ne peuvent être démontrés que par Tobservation attentive de la nature poursuivie dans les conditions d'un déterminisme rigoureux, l'expérience, qui ne découvre rien, vient à posteriori comme une preuve arithmétique confirmer ou infirmer les inductions de notre esprit.
Nous verrons d'ailleurs, par le court historique que je dois vous présenter des doctrines transformistes, que chaque perfectionnement de la technique et de l'outillage des laboratoires a eu pour conséquence un pas en avant vers l'explication mécanique de la formation des êtres vivants, de sorte que, si l'on peut dire avec Lamarck que toute science a ou doit avoir sa philosophie *, il est peut-être exagéré de prétendre qu'une science ne fait de progrès réels que par sa philosophie.
Les données astronomiques et météorologiques, l'emploi du microscope, l'utilisation des découvertes successives de la physique et de la chimie sont les pierres fondamentales sur lesquelles s'est élevé le magnifique édifice du transformisme scientifique.
L'évolution, en tant qu'idée vague et générale, est une doctrine d'une haute antiquité (A) *. De tout temps il y a eu des esprits séduits par le principe de continuité, portés vers les inductions les plus hardies, toujours prêts à relier les faits observés par une loi générale,