CLASSEMENT À FAIRE
Il y a donc tout d'abord un départ à faire entre les parties du pays qui doivent être colonisées et celles qu'il vaut mieux garder en forêts. Et c'est justement sur ce point que le conflit peut éclater et, en fait, éclate assez souvent entre la colonisation et les intérêts forestiers. Certaines zones doivent être concédées au colon; les autres gardées avec leur couverture primitive de bois. Le problème de cette distinction à faire, pour délicat qu'il soit, n'est pas insoluble. Pour le résoudre, du moins dans ses grandes lignes, la géologie nous sera un sérieux appoint.
On sait que la province de Québec est divisée en deux parties inégales par le Saint-Laurent qui la traverse du sud-ouest au nord-est. De chaque côté, à des distances inégales, se rencontrent deux chaînes de montagnes, les monts Notre-Dame au sud-est et les Laurentides au nord-est. Nous savons encore que toute la surface du pays, émergée de l'océan silurien depuis les premiers âges géologiques, fut, pendant un nombre de siècles incalculable, soumise à l'action désagrégeante des agents atmosphériques et que, par conséquent, les roches qui se trouvaient à la surface ont dû se décomposer sur une assez forte épaisseur. A la fin des âges géologiques, les glaciers puissants qui labourèrent alors tout le pays, en partant soit du massif laurentien, soit une hauteur des Schickshocks ou des sommets du Nouveau-Brunswick, arrachèrent au sol et transportèrent un peu partout les détritus minéraux sous la forme de ces moraines gracières dont on retrouve les restes éparpillés dans toutes nos régions montagneuses.
Ce rabotage violent, disions-nous dernièrement dans la " Presse," causa une modification profonde dans l'orographie primitive. Les sommets montagneux furent étêtés et leurs débris dispersés aux hasards des courants glaciaires. En sorte que, plus tard, lorsque, grâce à un affaisement général de la surface du pays, le glacier continental fondit sous l'influence d'un climat plus chaud, la surface des Laurentides apparut avec le faciès qu'elle a maintenant, irrégulièrement couverte des débris minéraux que la glace avait charriés avec elle.
MORAINES ET MOUVIONS
L'ensemble du massif des Laurentides d'alors se distinguait cependant de l'apparence qu'il présente de nos jours par un point que nous devons noter. L'eau de fusion de la glace s'ajoutant aux eaux météoriques annuelles, les lacs devaient être plus grands et plus nombreux qu'ils sont maintenant. Par conséquent, pendant que, par suite de cet affaissement général, la plaine du St-Laurent était, de son côté, envahie par l'océan jusqu'aux grands lacs, la surface de nos régions montagneuses, surtout de cette partie que M. Suess a appelée le " Bouclier canadien", subissait mie immersion analogue, quoique infiniment plus restreinte et toute localisée en de certains endroits, immersion causée par l'envahissement de l'eau de*fusion du glacier.
L'action mécanique de cette eau sur les détritus morainiques accumulés dans les vallées fut très profonde. Elles les remania, les classa, pour ainsi dire, et donna à leur surface une plus grande régularité. Les matériaux les plus lourds se déposèrent les premiers ; puis successivement les plus légers — sables et argiles — se répandirent en lits réguliers à la partie supérieure de l'ensemble des premiers dépots.
Voilà pourquoi, pendant que l'eau océanique régularisait la belle et riche plaine du Saint-Laurent, les eaux glaciaires créaient, de la même façon, les terrains d'alluvion qu'on rencontre autour des lacs et le long des rivières des Laurentides. Il ne fallait rien moins que cette circonstance pour améliorer, au point de vue agricole, les matériaux dispersés par le glacier. Sans cela, les moraines auraient gardé tous leurs caractères primitifs. Partout on n'aurait trouvé que des monticules irréguliers, ramassis de cailloux anguleux, de gravier, de sable, d'argile, mélangés ensemble en toute proportion, distribués de tous les côtés sans aucun ordre et dont la composition, par conséquent, aurait varié grandement d'une moraine à l'autre. Voilà pourquoi les