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IMPORTANCE DE LA COLONISATION

En effet, pour nous, la colonisation c'est la véritable richesse, puisqu'elle augmente notre population stable et, par suite, notre influence générale dans le Dominion. D'ailleurs l'espace ne nous manque pas. Il nous reste encore de vastes surfaces à coloniser, à défricher ; nous avons de la place parmi nous pour des millions de nouveaux colons et ces millions, nous prétendons bien les trouver chez nos compatriotes. L'expérience du passé nous a prouvé que, en général, les émigrés étrangers font d'assez pauvres défricheurs. La nature des travaux à faire, toujours très durs, les conditions nouvelles d'existence, la rudesse du climat qui oblige ces nouveaux venus à modifier d'une façon inconnue pour eux leur système de culture et leur manière de vivre ; voilà plus qu'il n'en faut pour les dérouter et leur faire abandonner la partie. C'est donc parmi les enfants du sol que nous devons recruter nos colons, et cela en aussi grand nombre que possible.

Voilà pourquoi tous les citoyens de la province de Québec, depuis les ministres jusqu'au dernier manœuvre, favorisent de toutes leurs forces les progrès de la colonisation ; voilà pourquoi on en parle si souvent, soit pour réchauffer le zèle s'il s'attiédit, soit pour le développer là où il n'existe pas encore. Ce faisant, nous avons la conscience de travailler très efficacement à développer à tous les points de vue notre prospérité économique. Nous n'oublions pas que, dans un sol fertile, un acre en culture donne plus de profit qu'un acre en forêt, et que nous avons tout intérêt à remplacer le second par le premier. Ainsi nous donnerons-nous garde d'y manquer.

Mais alors doit-on redouter que notre province se trouvera un jour complètement privée de ses riches forêts ? Peut-on craidre de voir arriver le moment où elle prendra l'aspect dénudé de ces pays de l'Ouest, où les arbres sont des raretés et où l'on dépense chaque année des millions de piastres pour en planter? Si ce malheur nous arrivait, je n'hésite pas à le dire, ce serait notre ruine économique. La source des richesses provenant de la vente de nos bois serait tarie; la valeur de nos forces hydrauliques, la seule énergie

à bon marché que nous ayons, serait anéantie; notre climat deviendrait analogue à celui des pays entièrement déboisés, c'est-à-dire, plutôt désertique, et l'agriculture elle-même en souffrirait grandement.

Aussi quand nous poussons si fort à la colonisation, l'idée ne nous vient pas d'en arriver à ce résultat excessif. Nous n'avons pas l'intention de tout défricher; nos forêts, nous y tenons plus que personne. Mais la province de Québec est tellement grande, les millions d'acres que nous avons encore en bois sont si nombreux que nous pouvons sans aucun danger en distraire une large partie, la meilleure, pour la consacrer à l'agriculture, sans que nous ayons à redouter aucun des malheurs que j'énumérais plus haut. Mais cela à une condition: c'est que nous sachions faire convenablement les choses et agir avec prudence.

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