OU DIRIGER LES COLON
Dan: tous les cas, on peut se demander s'il serait de bonne politique de diriger irconsidérénient la colonisation vers ces régions qui, de leur nature, sont tout au plus à demi fertiles, étant donné que d'aut'vs, dans le voisinage, offriraient plus de garanties. L'existence d'un petit nombre de bons lots dans un canton ne justifierait pas, il me semble, l'ouverture au défricheur. Pourquoi ne pas y laisser pousser tranquillement la forêt? La valeur du bois augmente tous les jours; et, pour peu que cette augmentation se continue, ou même que la valeur actuelle se maintienne, on peut affirmer que ces forêts réservées donneront plus de profit à la province que les maigres récoltes que le cultivateur arriverait peut-être à tirer du sol. |
Cependant en étudiant ce point délicat de la colonisation de nos régions montagneuses, nous ne devons pas perdre de vue que, dans ces massifs, on rencontre de vastes surfaces dont le sol a été remanié par les eaux glaciaires ou marines, et qui, par suite, sunt éminemment propres à l'agriculture. Telles sont entre autres les riches vallées des lacs Saint-Jean, Témiscamingue et autres, sans parler des p'ines échelonnées le long de plusieurs grandes rivières de la région du nord et du sud.
Donc, colonisons de ce côté, si on le veut, mais mettons-y beaucoup de discrétion. N’allons pas, sous le spécieux prétexte de créer de nouvelles paroisses, ou encore développer celles qui existent déjà, diriger inconsidérément les colons vers les: endroits où ils seront probablement dans la gène toute leur vie, et où ils auront de la difficulté à élever leurs enfants et à les établir.
Agir autrement serait s'exposer à les voir un jour abandonner ia partie, pour aller chercher ailleurs des avantages qu'ils n'auront pas trouvés sur des lots où ils avaient pourtant tenté fortune avec tant de courage.
Je ne parle pas ici à la légère. I suffit de visiter quelques cantons du
nord ou du sud, colonisés depuis trente ans ou plus, pour y rencontrer beau-
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coup de terres défrichées qui sont maintenant abandonnées; L ‘up d'autres que les propriétaires vendraient pour une somme qui ne représente pas même la valeur des édifices qui y ont été construits; d'autres encore qu'on laisserait à n'importe quel prix, pourvu qu'on n'en eût plus la rharge. Tout ce brave monde veut s'en aller, sans s'inquiéter autrement de perdre ainsi le fruit de nombreuses années de travail. Le passé est trop triste, l'avenir trop sombre, pour ne pas leur faire perdre courage tout à fait.
Voilà autant de cultivateurs ou de fils de cultivateurs qui se dirigeront
tôt ou tard vers les usines des centres manufacturiers canadiens ou américains.
Je connais de science personnelle, entre Trois-Rivières et la Malbaie, sur la lèvre sud du bouclier canadien, des paroisses, où mieux des embryons de paroisses, qu'on n'aurait jamais dû ouvrir au défrichement. Depuis un demi-siècle et plus, les cultivateurs y traînent une miséreuse existence sans aucun espoir de voir leur sort ou celui de leurs enfants s'améliorer un jour. Et c'est vraiment merveilleux de trouver ces braves gens retenus ainsi sur place par le seul attachement au triste coin de terre qui les a vu naître ou qui a été témoin de leurs premiers labeurs. Des personnes, que j'ai tout lieu de croire bien renseignées, affirment la même chose de quelques localités situées en arrière de Trois-Rivières, dans la région du Nominingue, le long du chemin de fer du Lac Saint-Jean et ailleurs.
On a dit quelque part qu'il fallait concéder ces maigres lots pour assurer la continuité des groupes de colon:, 1'entretien des chemins, etc. ; que ces lots morainiques pouvaient donner de bonnes récoltes, si on les défrichait et si on les cuitivait d’une manière appropriée à leur nature. C'est possible. Mais, au moins qu'on avertisse le nouveau colon du rôle qu’on lui réserve. Surtout qu’on lui dise bien clairement qu'il devra cultiver d’une manière spéciale, ne demander au sol que quelques espèces de récoltes, et renoncer aux autres. Et si, malgré tont, il tient encore à tenter l'épreuve, il ne devra s’en prendre qu'à lui des mésaventures qui l’attendent.
Cependant, en dirigeant le colon vers ces rég 15 pauvres, prenons garde, car nous jouons ici avec la fortune publique, vec la richesse nationale. Le sol dont il s’agit, avant que le colon ne s'en empare n’était point un désert. Il pouvait être coté à un prix assez élevé, soit à cause de la valeur de la forêt qui le couvrait, soit à cause du régime régulier que celle-ci assurait aux rivières et, par suite, au développement nor'zal des forces hydrauliques. Par