‹ Conversations inédites de madame la marquise de MaintenonChapitre 16 sur 51 · XXVIII NOTICE · texte numérisé non relu

XXVIII NOTICE

considération et des giandeurs , elle se trouva si importunée du respect profond que sa nouvelle situation inspiroit à ce directeur,qu'eliecriitdevoir faire un autre choix. « Je m'adressai, dit- elle, pendant « quelque temps au père Eourdaloue, mais « ce saint et savant prédicateur me déclara « qu'il ne pouvoil me voir que tous les six << mois, à cause de ses sermons... En me «privant du pèie Eourdaloue, je re- « doublai d'estime pour lui, car la di- « rection de ma conscience n'étoit point à « dédaigner *. » Madame de Maintenon donna sa confiance à Godet-Desmarais, qui devint ensuite évèque de Chartres.

Depuis environ deux ans, le roi aimoit en secret madame de Montespan : la duchesse de La Vallière, toujours maîtresse en titre, n'étoit plus l'objet unique de ses

fait partie des Conversations inédites que nous publions.

' VIII* Entretien. M. le naarquis de Château- Giron a publié une Instruction générale, donnée le 3o octobre i68S , par le père Eourdaloue à madame de Maintenon. Paris 1819, in- 18 de 36 pages. Ce précieux opuscule de l'un de nos plus

SUR MADAME DE MAlNTE^'ON. XXIX

affections. La nouvelle favorite, honteuse de ses premiers pas thuis le vice, cîierchoit à voiler les marques d'une faveur dont elle rougissoit encore : il lui falloit une personne, capable tout à la fois de garder un giand secret et de diriger une éducation. Elle se souvint de madame Scarron, dont madame de Thianges se chargea de pressentir les dispositions. Vivonne et madame d'Heudicourt la pressèrent d'accepter; et le 24 mars iG6g , elle répondit à cette dernière : (t Si les enfants sont au roi, je le « veux bien ; je ne me chargerois pas sans « scrupule de ceux de madame de Montes- « pan : ainsi il faut que le roi me l'or- « donne; voilà mon dernier mot....; c'est « une précaution que m'inspirelaprudence. « Il y a trois ans que je n'aurois pas eu « cette délicatesse, mais depuis j'ai appris « bien des choses qui me la prescrivent « comme un devoir '. » Une prière de

grands prédicateurs , a été réimprimé, en 1820, dans la Bibliothèque des dames chrétiennes , à la suite du Combat spirituel,

' Aussi n'appeloit-elle plus madame de Montespuii lu merveille de la France,

Louis XIV leva tous les obstacles, et madame Scarron se chargea des eufants.

Le premier naquit en 1669 ; il ne vécut que trois ans. Madame Scarron le pleura: ce qui tit dire au roi : « Elle sait (' bien aimer; il y auroit du plaisir à être « aimé d'elle. » Le duc du Maine, né en 1670, fut suivi du comte du Vexin, de mademoiselle de Nantes et de mademoiselle de Tours. On donna à madame Scarron une maison auprès de Vaugirard , des domestiques, des chevaux ; et afin de mieux détourner l'attention , elle fit élever chez elle la petite d'Heudicourt, depuis marquise de Montgon. Il n'appartient qu'à madame Scarron de faire connoître la vie mystérieuse qu'elle menoit : « Je « montois à l'échelle pour faire l'ouvrage 0 des tapissiers et des ouvriers, parce- « qu'il ne falloir pas qu'ils entrassent ; les « nourrices ne mettoient la main à rien , « de peur d'être fatiguées et que leur lait « ne fût moins bon. J'allois souvent de " l'une à l'autre, à pied, déguisée, por- « tant sous mon bras du linge, de la « viande ; et je passois quelquefois les

SUR MADAME DE MAlNTENOJf. XXXI

« nuits chez l'un de ces enfants malade , « dans une petite maison hors de Paris. « Je reutrois chez moi le matin par une « porte de derrière; et, après m'étre ha- « ])illée, je^montois en carrosse par celle « de devant , pour aller à l'hôtel d'Albret « ou de Richelieu, afin que ma société « ordinaire ne sut pas seulement que j'a- « vois un secret à garder. On le sut : de « peur qu'on ne le pénétrât , je me faisois « saigner pour m'empccher de rougir ^.» Mesdames de Coulanges et de Sévigné donnent aussi quelques détails sur cette vie retirée. « Pour madame Scarron , « écrivoit la première, c'est une chose « étonnante que sa vie : aucun mortel , « sans exception , n'a de commerce avec « elle ; j'ai reçu une de ses lettres , mais « je me garde bien de m'en vanter à « cause des questions infinies que cela at- « tire^. » « Nous trouvâmes plaisant, écri- « voit madame deSévigné, d'aller remener

' XI* Entretien.

' Leuie de madame de Coalanges , du a6 décembre 1672.

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