‹ Conversations inédites de madame la marquise de MaintenonChapitre 17 sur 51 · XXXII NOTICE · texte numérisé non relu

XXXII NOTICE

« madame Scarron , à minuit , au fin foud « du faubourg St-Germain , fort au delà

de madame de La Fayette, quasi auprès « de Vaugirard , dans la campagne ; une ( belle et grande maison où l'on n'entre « point ; il y a un grand jardin , de beaux « et grands appartements; elle a un carc rosse , des gens et des chevaux : elle " est habillée modestement et magnifi- '- quement , comme une femme qui passe « sa vie avec des personnes de qualité. ' » Madame Scarron couduisoit quelquefois les enfants à la cour. Elle raconte qu'étant un jour restée dans l'antichambre , elle fit entrer la nourrice chez madame de Montespan. Le roi demanda à la villageoise à qui appai lenoient ces enfants ? « Ils sont sûrement, répondit-elle, " à la dame qui demeure avec nous; j'en « juge par les agitations oij je la vois au « moindre mal qu'ils ont. » — « Mais qui n croyez- vous en être le père, reprit le " roi? Je n'en sais rien , reparût la nour-

" rice; mais je m'imagine que c'est quel-

' Lettre du 4 décembre 1673.

SUÎ\ MADAME DE MAiîSTENON. XXXiU

« que duc, ou quelque ])jésiilent au pai- <i lement. « — « La belle dame , dit « madame Scarron, est enchantée de cette « réponse, et le roi en a ri aux larmes'.»^ Peu de mois après (mars 1673), le roi parcourantl'état des pensions, trouva deux mille livres au nom de madame Scarron ; il écrivit deux mille écus ''. Quand les enfants furent plus grands, Madame Scarron les suivit à la Cour.

Madame de Montespan î'avoit goûtée :

vive et pleine de ces saillies qui n'appartenoient qu'aux Mortemar, cette femme spirituelle avoit apprécié la raison toujours sûre, l'esprit juste et orné, qui dislinguoient prinripalemeut madame Scarron.

Toutes les deux troiivoient un plaisir égal à s'entretenir. Le roi , qui savoit par madame de Montespan, que la gouvernante de ses enfants brilloit dans les hôtels d'AK bret et de Richelieu , où l'esprit n'étoit

' Lettre à madame d'Hendicourt , da 24 décemLre 1672.

' Lettre de madame de Conlanges, da 20 mars

pas toujours exempt d'affectation, éprouva d'abord quelque prévention à l'égard de madame Scarron, qu'il considéroit comme wne précieuse. « Je déplaisois fort au roi «dans les commencements, disoit-eile «■ depuis; il me regardoit comme un bel « esprit, à qui il falloit des choses subli- «mes, et qui étoit très-difficile à tous « égards. Madame d'Heudicourt lui ayant « dit sans malice, au retour d'une prome- « nade , que madame de Montespan et « moi avions parlé devant elle d'une ma- « nière si relevée qu'elle nous avoit per- « dues de vue; cela lui déplut si fort qu'il « ne put s'empéchèr de le marquer , et je « fus obligée d'être quelque temps sans « paroître devant lui '. w Si le roi faisoit mention d'elle à madame de Montespan , il ne l'appeloit plus que votre bel-esprit. Cependant il revint peu à peu de ce préjugé défavorable; et il comprit si bien, dit madame de Caylus , que l'on pouvoit aimer la conversation de madame Scarron, qu'en ayant conçu une sorte de jalou-

' Xr Entretien.

sua MADAME DE MAINTENON. XXXV

sie, il exigea de madame de Montespaii la promesse de ne point causer avec elle, le soir, après qu'il l'auroit quittée. Madame Scarron voyant qu'on ne lui répondoit plus que par des monosyllabes : « J'en- « tends, dit-elle en se retirant; ceci est f( an sacrifice ! » Charmée de sa pénétration , madame de Montespan la retint , et les entretiens n'eurent plus de terme.

Madame Scarron, chargée plus particulièrement de l'éducation du duc du Maine que de celle des autres enfans , le conduisit incognito k Anvers, au mois d'avril 1674. Une jambe du jeune prince avoit éprouvé un raccourcissement auquel on croyoit qîi'un médecin liollandois pourroit remédier. Il n'y parvint cependant j>as; et l'année suivante madame Scarron mena son élève aux eaux de Barèges, où il n'obtint que peu de soulagement. Cet enfant donnoit chaque jour des preuves plus surprenantes d'un esprit prématuré.

Le roi l'ayant trouvé raisonnable : 'c II « faut bien que je le sois, répondit le t jeune prince ; j'ai une dame auprès de « moi , qui est la raison même. — Allez

« lui dire , rej ritlcroi , que vous lui donc nerez ce soir cent mille francs pour vos <: dragées. ' »

Au retour d'Anvers, madame de Montespan pria le roi daduicttre madame Scarron dans son cercle particulier. Louis XIV, par complaisance pour sa maîtresse, ne s'y refusa pas. Humilié de ce que sa première éducation avoit été négligée, il craiguoit de rencontrer dans les au très, et surtout chez une femme, une supériorité qui le blessoit.

Ici commencent les brouilleries qui firent long-temps îe malheur de madame Scarron. Madame de Montespan, impérieuse et inégale, vouloit être obéie dans tout ce qui lonchoit à l'éducation de ses enfants : madame Scarron , ne reconnoissant que le roi pour maître, vouloit être traitée comme une amie; et elle demandoit avec instance qu'on lui permît d'aller, loin delà cour, chercher le repos. Chaque jour il falloit réconcilier deux femmes qui ne pouvoient ni vivre ensem-

* Lettre i*^' à madame de Saint-Géran.

SUR MADAMF. DE MAl^TKNON. XXXVIl

ble ni se séparer. Fatigué de ces tracasseries domestiques, Louis XIV finit par dire à madame de Montespan : « Si elle vous » déplaît , que ne la chassez- vous ? n'c- » tes-vous pas la maîtresse ? ' » Ce mot humiliant, que madame de Montespan se garda bien de taire , jeta madame Scarron dans le désespoir : elle déclara qu'elle aîloitse retirer , puisque le roi la livroit aux caprices de madame de Montespan. Celleci craignit de la perdre; et il fallut que le roi se chargeât lui-même du soin d'apaiser madame Scarron : il n'y parvint qu'en lui promettant qu'à l'avenir elle ne rendroit compte qu'à lui seul de l'éducation des jeunes princes.

Conservant le désir de quitter la cour ^, madame Scarron acheta, avec les bienfaits du monarque , au mois de décembre 1674 , la terre de Maintenon, qui fut érigée en marquisat, en 1688. Le roi , peu

^ 'Mémoires de La F are.

"^ Elle écrivoit à l'abbé Gobelin . le ^ août 1674 : « Je demeure ferme dans !e dessein de les « quitter à la fin de l'année. »

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