‹ Conversations inédites de madame la marquise de MaintenonChapitre 25 sur 51 · T.XIV KOTICK · texte numérisé non relu

T.XIV KOTICK

cette occasion *,i»it été capable des basses intrigues que lui prête Saint-Simon.

Arrivée au sommet des grandeurs, elle dut éprouver quelques jouissances ; sa vanité dut enfin se trouver satisfaite : mais l'enniii et l'assujétissement lui tirent bientôt regretter le calme et la liberté d'une vie privée. « Je n'en puis plus ; je « voudrois être morte, » disoit-elle à son frère, qui lui répondoit par ce mot si connu : « Vous avez donc parole d'épouser « Dieu le père ? » Elle peint bien l'état de son ame dans une lettre adressée à madame de la Maisonfort , qui suffiroit seule, dit Voltaire, pour désabuser les ambitieux : « Que ne puis-je vous faire a voir l'ennui qui dévore les grands !... Ne « voyez-vous pas que je meurs de trisce tesse dans une fortune qu'on auroit eu « peine à imaginer, et qu'il n'y a (jiie le « secours de Dieu qui m'empêche d'v suc-

' On trouve cette date dans nne note qne madame de Glapion avoit écrite a la tête du manuscrit de rinstruction de Bourdaloue. Toyez cet opuscule déjà cité, page xxvm de cettç notice.

SUR MADAME I)ii MAIM'ENON. LXV

« ooinbei? J'ai été jeune et jolie; j'ai goûté « des plaisirs; j'ai été aimée partout dans « un âge un peu plus avancé; j'ai passé « des années dans le commerce de l'esprit ; « je suis venue à la faveur , et je vous « proteste que tous les états laissent un « vide affreux , une inquiétude , une iassi- « tude, une envie de connoître autre chose, « parce qu'en tout cela rien ne satisfait « entièrement. » — « Je vous envie votre « solitude, votre tranquillité, écrit-elle à « madame de Saint-Geran; et je ne suis « plus surprise que la reine Christine soit « descendue du trône pour vivre avec « plus de liberté. »

Le roi vieillissoit ; tous les plaisirs étoient usés pour lui ; et souvent madame de Maintenon ne savoit comment le distraire des chagrins qui l'accablèrent sur la fia de son règne. « Quel supplice , disoit- « elle quelquefois , d'avoir à amuser un « homme qui n'est plus amusahie ! b Regardant à Marly des carpes qui étoient languissantes, elle dit à madame de Caylus : « Elles sont comme moi, elles regret- « tent leur bourbe. »

LXVI ISOTU.If.

Au luoib d'août 1715 , Louis XIV, qin s'aHoiblissoit depuis quelque temps »

tomba gravement malade , et les symptômes alarmants (jui se manifestèrent le jour de la Saint-Louis , ne laissèrent plus aucune espérance. Le roi fit disposer une chambre auprès de la sienne pour madame de Maintenon, qui ne quitta pour ainsi dire plus le chevet de son lit. Mademoiselle d'Aumale, l'élève et l'amie de madame de Maintenon , l'assistoit dans ce devoir pieux, et elle nous a laissé dans ses Mémoires n encore manuscrits, le récit touchant des derniers moments du grand roi. Nous citerons ce fragment: «■ Je fus '( témoin de presque tout ce qu'il lui dit ; " madame de Maintenon recueillit pré- " cieusement toutes ses paroles, et on les << a trouvées écrites de sa main dans son " testament, comme les voici :

" Il me dit trois fois adieu; la première, < en me disant qu'il n'avoit de regret que > celui de me quitter , mais que nous nous . leveirions bientôt Me le priai de ne plus

* Roiilduc , premier apothitaire du roi , rd-

StïR MADAMK 11F, M Al ]N TEK ON. l.XVli

•< penser qu'à Dieu. La seconde il me de- " manda pardon de n'avoir pas assez bien « vécu avec moi, qu'il ne m'avoit pas ren- " due heureuse, mais qu'il m'avoit toujours « aimée et estimée également. Il pleu- « roit, et me demanda s'il n'y avoit per- « sonne : je lui dis que non. Il dit : quand <> on entendroit que je m'attendris avec " vous, personne n'en seroit surpris. Je « m'en allai pour ne lui pas faire de mal. « A la troisième , il me dit : qu'allez-vous « devenir ? car vous n'avez rien. Je lui « répondis : je suis un rien , ne vous occu « pez que de Dieu , et je le quittai : quand "j'eus fait deux pas, je pensai que dans « l'incertitude du traitement que me fe- « roient les princes , je devrois demander « qu'il demandât à M. le duc d'Orléans

pandit contre madame de Maintenon , une calomnie atroce , dont on ne parleroit pas ici , si Saint-Simon ue l'avoit pas répétée. Il prétendit qu'après ces dernières paroles du roi , madame de Maintenon se retourna du côté des courtisans , et dit « Voyez le beau rendez-vous qu'il me « donne : cet homme-là n'a jamais aimé que lui- « même. » Ce fait n'est ni prouvé ni vraisemblable.

LXVlll NOTICE

« d'avoir de la considération pour moi ; « il le fit et de la manière dont ce prince le

" publia sur le champ ^ Le dernier jour

« que je le vis, il me dit, me voyant tou- « jours auprès de lui : j'admire voire cou- « rage et votre amitié d'être toujours là, '( et à un si triste spectacle. ^ o

Le vendredi 3o août, le roi perdit entièrement connaissance , et madame de Maintenon partit pour Saint-Cyr avec mademoiselle d'Aumale. «Avant de par- « tir, dit cette dernière dans ses Mémoi-

^ Le roi a voit dit a a duc d'Orléans : «Mon ne- « veu , je vous recommande madame de Mainte- « non ; vous savez la considération et l'estime que « j'ai eues pour elle ; elle ne m'a donné que de « bons conseils ; j'aurois bien fait de les suivre ; « elle m'a été utile en tout , mais surtout pour « mon salut; faites tout ce qu'elle vous demau « dera pour elle , pour ses parens et pour ses « amis, pour ses alliés ; elle n'en abusera pas; «< qu'elle s'adresse directement à vous pour tout « ce qu'elle voudra. >> ( Mémoires manuscrits de mademoiselle d'Aitmale, )

^ Mémoires mamiscrits de mademoiselle d' Au- 711 aie.

SUR MADAME DE MAl-XTKNOK. LXIX

« res , elle voulut que son confesseur , M. t Briderey , supérieur des missionnaires « qui étoient à Saint-Cyr, vît le roi et « l'assurât qu'elle n'avoit plus rien à faire « auprès de lui. Elle me dit de le mener « dans la ruelle du roi : il le vit et vint « dire à madame de Maintenon : — Vous rt pouvez partir , vous ne lui éles plus « nécessaire. — Elle partit de Versailles « avant la mort du roi, ajoute mademoi- « selle d'Aumale , parcequ'elle appréhen- « doit extrêmement de n'être pas maî- « tresse d'elle dans ce triste moment , « quelque soumise qu'elle fût à la volonté « de Dieu. Elle eut encore une autre « appréhension , c'étoit d'être insultée en « chemin, car, ayant une grande expé- « rience et une très- mauvaise opinion « d'elle, elle pensa qu'on pourroit la trai- « ter comme on a souvent fait d'autres « personnes en faveur, après qu'elles ont «tout perdu \ »

Cette crainte détermina madame de

' « Mémoires manuscrits de mademoiselle d' Jujnale. Il n'y avoit pas de sûreté pour elle à Pa-

Maintenon a emprunter le carrosse du iiialeclial de Villeroi, dont les gens l'escortèrent. Ce duc avoit aussi fait placer des i/ardes de distance en distance sur le chemin deSaint-Cyr: tmais, dit mademoi- <■ selle d'Aumale, elle n'avoit pas besoin " de cela, ce fut pour la contenter qu'on « le fit. «

Le maréchal envoyoit des courriers à tous moments à Salnt-Cyr. Enfin le roi étant mort le i^*^ septembre I7i5, à 8 heures du matin, mademoiselle d'Aumale entra chez madame de Maintenon et lui dit : t Madame, toute la maison est à « l'église en prière. » Madame de Maintenon s'y rendit aussitôt, et elle assista à l'office des morts.

Nous sommes entrés dans ces détails pour justifier madame de Maintenon du reproche qu'on lui adresse souvent d'avoir quitté le roi avant qu'il eût rendu le dernier soupir. On a prétendu que

lis, dit madame de Bavière... Ver» les deiu niers temps , elle n'osoit pins y aller dans soi^ « éijuipaf;/;- -

SUR MADAME DE MAIXTF.NON. LXXt

Louis XIV , ayant recouvré un instant sa connaissance , demanda madame de Maintenons qui n'étoit plus auprès de lui ; mais ce fait n'est rien moins qu'établi. 'S'il étoit vrai, il en seioit fait mention dans le journal de la n)aladie de Louis XIV, où l'on rend compte des plus petits événements, et où l'on n'auroit pas manqué d'en faire la remarque, puisqu'il a été écrit à une époque où le régent avoit toute l'autorité ^

Peu de jours après la mort du roi , le duc d'Orléans, régent du royaume, vint rendre visite à madame de Mainteuon , et il eut avec elle une conversation dont elle a mis par écrit les traits principaux ^. Le régent lui continua la pension de 48,000 liv. que le feu roi lui faisoit sur sa

' Journal historique de tout ce qui s'est passé depuis les premiers jours de la maladie de Louis XIV , etc. Paris , 1715.

^ La Beaumelle a donné celte conversation d'une manière assez exacte, dans les mémoires .-!« madame de Mainlenon , Amsterdam, i-75fi, t.V^ p. ^37.

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