‹ Conversations inédites de madame la marquise de MaintenonChapitre 4 sur 51 · VI NOTICE · texte numérisé non relu

VI NOTICE

U'Aubigiié , l'ayant visité dans sa prison, fut touchée de sa détresse, et elle emmena ses trois enfans dans son château de Murçay, où Françoise fut nourrie. Madame d'Aubigné redemanda bientôt sa fille, et elle lui fut ramenée à Bordeaux, au Château-Trompette, où d'Aubigné venoit d'être transféré.

La jeune Françoise passa ses premières années dans cette forteresse; elle a depuis raconté que jouant avec la fille du concierge, qui avoit un ménage en argent, celle-ci lui reprocha de n'être pas aussi riche qu'elle. « Cela est vrai , répondit-elle, « mais je suis demoiselle , et vous ne l'êtes « pas»; laissant déjà entrevoir ce sentiment de sa propre dignité , qui étoit le fond de son caractère, et qui l'a dirigée dans les circonstances les plus délicates de sa vie.

D'Aubigné sortit de prison en 1689, et ne voulant pas abjurer le calvinisme , comme il l'avoit promis, i! partit pour la Martinique. Pendant la traversée , Françoise d'Aubigné tomba si gravement malade qu'on la tint pour morte; on alloit

sua MADAME DE MAINTENON. Vil

l'ensevelir dans les flots, quand sa mère crnt s'apercevoir qu'elle conservoit encore un reste de cliaieur. Madamede Maintenon racontant devant l'évèque de Metz cette circonstance de sa vie , le prélat lui dit : « Madame , on ne revient pas de si loin pour peu.de chose ».

Les affaires de Constant d'Aubigné pri-^ rent d'abord à !a Martinique une face plus heureuse ; mais, pendant un voyage que sa femme fit en France, pour réclamer des biens sur lesquels il avoit conservé des droits , il joua et perdit tout ce qu'il avoit acquis en Amérique. Madame d'Aubigné ne put rien terminer, et ils furent réduits à subsister des appointemens d'unesimple lientenance. Cette femme courageuse et d'une austère vertu se consacra tout entière à l'éducation de ses enfans, et surtout de sa fille, (]ui donnoit déjà d'heureuses espérances. Elle lui faisoit lire dans Flutarque l'histoire des grands hommes de l'antiquité, et elle l'entretenoit souvent des exploits d'Agrippa d'Aubigné, et de la familiarité dont Henri IV avoit honoré ce héros, fiiisant ainsi germer dans

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