‹ Conversations religieuses de Napoléon, avec des documents inédits de la plus haute importance ou il révèle lui-même sa pensée intime sur le christianisme, et des lettres de mm.le cardinal Fesch, Montholon, Hudson Lowe, Marchant, et un facsimile de l'écriture de l'empereur;Chapitre 10 sur 46 · TP · texte numérisé non relu

TP

2 un prince qui a prôfessé publiquèment le chrisilüs | 2 nisme, dans des temps arageux, pout exctseb le » déshonneur et l’avilissement persontil que l’aibi= » tion ou plutôt l’iérigue vous fait éabir, Car dut » ces temps d'indifférence où nous vivons, rien n6 » peut comprimer la foi, si cs n’est l’atéisine, und >» impiété réelle, ou bien une prudence égoïste et

» l'hypotrisie du respect humain. Qw’y o-til de

» commun entre vous et Napeléon?. qu’il est of » parvenu comrhe vous; ais que vous êtes petits) »et qu'il étoit grand! Le trône ne Fexhauésa » point; am contraire; et: fut lui qui exhuussé I » trône. »

Telle est la cônelusién des päriié qui divisént France, réunis ôt deminés, duns la préschte ciroon: stance, par l'esprit du sièclé : le siècle n’estimte qué ce qui l'amusë, Le teinps, le plaisir présent, la miute où nous vivons, voilà ce qui plait:au sièele ; vorià eé qu’il exige d’un auteur, et voilà l’excuse des écriväins du jour, Quellen’est pas la tyrannie d’une idée fausse? L'appréhension da pouvoir absolu, de déductions ën déductions, a ämené nos publicistes jusqu’à la haine de l'absoln, jasqu’an mépris de la vérité. Quel est ke thème de nos dissertations quotidiénnes ? quel est le éri de felliemient? Vive le fait! à bas l'ébsolu/

Tel est-le mot d'ordre insensé de nos prétendus . chefs d'école, qui ne sont vraiment que des péda-

gogues, plutôt que des politiques ou des phi-

losophes. G'est ainsi que nous retournons, par | une. conséqueïce fatale, au fait de l'anarchie et à l'absolu de Ja guillotine et du jacobinisme. ,: ‘On a-décrit Minute par minute l'emploi du temps de l’empereur. On n’en a jamais fini avec ses guer< res : que de volumes, quel torrent de phrases, que d’éloqueñce , quel mér de documens sur ce chapitre! Notre histoire n’est plus l’histoire d’une nation, mais d’une armée, une sorte d'école de peloton, un manuel de l'officier. Mais ne vous avisez pas de demander . ‘quel “était le mobile qui faisait agir ce grand ‘capitaine; quelle était sa foi; où il puisait sa retenue dans le mal, la régularité de’ ses’ inspirations ; la sagesse de ses maximes, l'équité de ses jagémens ; s’il n'avait pas enfin quelque: principe qui le dominait, ce dominateur du monde; quelle était sa conviction; s’ilétait vicieux ou vertueux ; impie ou pieux; athée ou croyant. L'histoire se tait, tout manque à la fois, les idées, l'inspiration, le style, la critique, même les phrases. O historiens de l’antiquité profane , Plutarque, Xénophon, Salluste, et vous immortel Taclte ! il jaillit de votre seul souvenir.

une; proteslation contre nos. historiens modernes, dont.je. n’oserois écrire ici les noms chrétiens auprès de vos noms païens. En sorte qu'après avoir compulsé, médité des milliers de volumes, l'attention ploie devant la multitude des faits , et l’on n’en connoît ni le droit ni la moralité. Vous êtes éblouis par la série des victoires et des combats d’une sorte de dieu Mars qui s’agite et se démène dans toute l'Europe, y promenant toutes les horreurs de la guerre, | noyant dans le sang humain les limites géographiques des peuples ; déplaçant, remuant et bouleversant les trônes et les royaumes avec son épée, comme un laboureur retourne son champ avec le soc de sa charrue. Puis ce dieu mythologique dispa roît comme un héros de théâtre ; et sa pensée intime, sa volonté, son âme, demeurent quelque chose d’obscar , un secret complexe, je ne sais quelle indé- ‘chiffrable énigme que l’honnête homme contemple, sans pouvoir se résoudre à aflirmer rien, dans un sens ou dans un autre,

Cependant, d’où vient que Napoléon n’a jamais cessé d’inspirer, à ses amis comme à ses ennemis, la terreur d’une admiration involontaire, qui est le vrai diadème d’un front royal? Il tint jusqu’au bout. son rôle à lui, fidèle au caractère principal de sa physio-

CS

nômfs, qui étoit l'ésprit 46 détniftatiôn. Injufté àu éme éénsé, haï où 4imé, vainneur vtt Yaintu, donnaht déd fois aut rois où captif d’'Hudson-Lowe ; Bühaprté déméüte u - être supérieut, le jngë de 388 jugés} H trône , 11 ëst encore lui... l'émptreur..…. l’éla d'u gtatid puuplé et de Dieu... phénomèhe admirable, sis gne caractérisiiqué d’une mafesté que h's pas faite be midi dès Horhiies, ét lelle due Diéu seul ent élèves quand céla lui plaît,

"Cétté halite situatiôn, éétté fnfliènce conquise; pätuif 186 désäétrenses vicissitudes d’üné épojhe 68 il semble qu'ün atrét du tiel présidé at reversemem ethl’hurniliatiün dé toht èe qui est grand, imposent le devoir dé he fiën taister abs l'obscurité de toût es qui #8 rattiche à cet &é6 privilégié, + dé tracet, of j'ose lé dise, tnt portrait iritellectue qui fasse le dis añe pendmit du pofirait mititaire que noué avons,

La capote du bronze militaire qui ecubonne le colonne Vendôme sera toujours la silhouette popalaire. Qu'on honbre le courage, gui est eme ho- Hle passion, déplogé dans une guerre juste li et dns l'ordre, Mais comment me pas voit les ifavièns de l'himeut Baitañlowse, qui mous rè prénd comnie de plus belts, et tent .ce quié trfûs

après soi d’iacalculables conséquences, d'après L'état actuel des choses, un fait comme la gnerre, qui né dépend plus de la valeur ou de la élairvoyance, meîl de l'arithmétique? La guerre n’a jamais eu do set logique qu'avec un système absolu, avec des tfoyhns ces bien arrêtées, avec une forme sociale conçue dans te bat d’une idée unique, l’envabissement ét la domination , qui ne reculé pas devant l'anéas: tissement et l'extermination. Lé GChristinnishès 64 soumeltont l'univers, avec la éeulé force dé la vertu, a fait disparatire du monde ces systèmes absolus d'en: vahisserhent par la force imasculaire : malheur saut tentatives d'un retour, d’an appel à cette forcé méprisable , si hautement condamnée per Dieu même! Les peuples, profondément divisés par schisnie des opinious, des inléréts contraires, oft teut à pérdre contre ceux qui obéissent ei ne pêus veht egsser d'obéir, aussi vité que gnelques esprits abusés se l'imaginent, à l'unité de l’antien pouvoir royal. Napoléon avait trop du génie peur ne p#i fire inquiet de l'immense responsabilité qui est dns sue de la guerre. Aussi at-il prutesié séurent qne le paix éoit son But et sa péntée dominsts, & que e’élest l'ennemi qui l'avoit constamment 6bligé de retourie au doit des érmés. Avén tardif, Mis bloquent pluideyer èn farcnr de la paix; que ectts

protestation | Quelle leçon pour nos tratneurs de sa bre! Mais quel exemple aussi de la tyrannie et de l’aveuglement d’une passion qui donne ainsi le . Change au génie, etl’humilie jusqu’à une erreur aussi palpable !.….

Néanmoins, les plus nobles traits de la divinité sont manifestement écrits et se réfléchissent dans cet individu illustre. Il ent la mission de protéger et d'accomplir la réalisation des desseins du ciel sur le monde. Ge fut la Providence qui attira sur lui

tous les regards et qui lai aplanit le chemin d’une

élévation inouïe. En donnant à un seul homme un empire aussi singulier sur toute une génération fol-

lement éprise d'elle-même et de la fureur maniaque

de. la souveraineté collective et individuelle, la Providence se joue des projets humains. Dieu lui-même se plut à démontrer à tous l'avantage, l’incontestable supériorité du gouvernement d’un seul, dans ces bouleversemens, parmi ces cataclysmes où périssent Jes nations. En eflet, tous les besoins, tous les désirs, tout ce qui est légitime, toutes les classes, un grand peuple se personnifient dans un seul homme; tout revient à la vie comme par enchantement ; ce grand peuple, tout à l'heure divisé, déchiré, annihilé par ses vices et ses passions, qui avoient usurpé le pouvoir, et qui

s’en servoient dans l'intérêt d’une tyrannie craelle, ce ‘peüple présente maintenant le spectacle de lunion, de Ja force et d’une puissance invincible , objet de consolation pour lui et de terreur pour ses ennemis ! Jamais la puissance et les bienfaits de l'unité ne furent mieux’ constatés! les ‘anarchistes eux-mêmes en furent éblouis ! quelle leçon ils reçurent da ciel ! En investissant un seul homme dé l'admiration universelle des Français, Dieu continua son œnvre créatrice par excellence, le rédréssement des esprits, la réforme des mœurs, la régénération de Ja société ; qui jamais exerça plus d'influence avec plus d’aütorité sur una nation, que Bonaparte général, consul, empereur, sur les Français ? Mais la guerre ne fut pas Îa cause essentielle de son influence? Non. Ce ne fut qu'un magnifique piédestal, taillé par la victoire, où Je soldat exhaussé devint le point dé mire de tous les yeux; Jà, toujours agissant, il triompha de la redoutable épreuve qui ressort d’nn jugement de l'opinion publique, triomphé insigne, dans ces temps de malignité, où les réputations se flétrissoient si vite, où l’échafaud étoit si voisin de la plus haute fonction publique. ce fut là ce qui le couronni, plus encore que ses exploits guerriers... Tous, nous saluâmes du nom ‘d'empereur, le jeune homme qui avoit su se gonverner Joi-même, en nong faisant admirer les ressourcès #4

— )4 — Jes qualités d'un génie de premier erdre, paur se sau, ver en nous sauvant nous-mêmes de Ja tempôle révelutionsae.

H on est des relaiions qui s’établissent entra un tel bomme et une nation jusqu'à marier leur destinée, comme des motifs qui tous les jours assortissent des époux. Le vulgaire ne voit que des raisons communes, tandis que c'est ee qu'il y a de plus secret dans Je eqnstitutien des familles, ce qu'il y a de plus intime ‘dans l'orgamisation des individus, enfin notre na- ‘turel, nes passions, nes ‘ertus et nos vices qui en décident : et de Jà, le bonheur on ls malheur,

“Mais que penser d’un historien qui s’arrête à l'écorce

des événements, qui ne coordonne pas ‘les faits, qui ne les rapporte pas à leur cause la plus élevée ? €riminelle incurie, dont Jes nations sont les victimes, et quiles assujettit à rouler dans le cercle des même erveurs et des mêmes folies, pour retomber et.s’ensovebr inévitablement dens le tombeau des mêmes eatastrophes ! Alors la politique, privés de l’expérience, du secours ef des lumières de l'histoire, iselée des faits antérieurs, réduite à vivre au jour le jour, sans passé et sans avenir, la politique n'est plus qu'un labyrinthe obscur, où un grand peuple tout entier se trouve égaré et comme perdu, cherchant à

tâtons, sans parvenir à le tronver, le fil sauveur de aa primitive destinée providentielle, catio destinéa étant la vraie vie des peuples, je le dis en passant, l’origine gt la loi de leur durée, comme l'unique raison de - leur prospérité et de leur décadence, jusqu’au jour marqué de leur disparition de la scène du monde,

Qui sait donc juqu'oh s'étendrait l'influence d’une bonne histoire du, géant reconstructeur de la société française? Il apparut psrmi des ruines et parmi des crimes de toutes les sorles; il arracha La France à ceuxci, souillée, meurtrie, 64 tout enaanglantée par ce çontart infäma ; il gnérit, en leg çir Gatrisant, toutes les plaies; il voulut rendre, il rendis à nous tous Français, qui en étions privés, la liberté si douçe du sol, et le honkheur des croyances natales. Un décret infâme, qui faisoit harreur à Robespierre lai-méme, avoit dévasté los couvents, ruiné les églias: par an attentat igoui, violant, au nom de la liberté La plus sacmée de toutes les libertés, celle du for intérjeyr, ce décret avoit proçlamé l'anéanlissement du ghristianisme ; et du même, coup, ce qui eu étoi l'inévitable conséquence, on proscrivoif, on déportoit, on emprisonnoit, an guillotisait nos prétes Quel est le héros qui rapperta ce décret ? Banaparle, Là ne se borne point son équité : à peine af-

fermi aa pouvoir, sans attendre davantage, sans autte conseil que le sien, n’obéissant ici dans l'affaire ‘de Dieu, comme à la guerre, qu’à son inspiration, tout seul, d’une main ferme, armé d’ane volonté magique, il ronvre et répare les églises, il rappelle les prêtres, ‘et, d’un clin d'œil, il relève et réssuscite miraculeusement la religion. Et l’histoire ne raconte qu’à voix basse un tel prodige, et cette fière alliance d’un guerrier avec Diea ! Ce soldat parvenu fait ce qu’un Bourbon, nt descendant de saint Louis, remonté à la même époque sur le trône de ses pères, peut-être n’eût osé faire qu'à peine, comme un coup d'état trop bardi, que n’eût pas conseillé une politique peureuse; personne ne lui en tient compte. Les noms des auteurs du décret déicide, demeurent stygmalisés, et sous le coup de l’anathème public, comme les types de la folie, de la débauche et du crime, comme des personnifications de l'enfer. Et l'on n’a point d'éloge pour le héros réparateur du sanctuaire ! Que dis-je ? le bienfait ne suffit plus à la reconnaissance, on suspecte l'intention. « Croyez- » vous (dit-on) ques ce fût Dieu .qui linspiroit P » Eh bien, moi je vous dis : présumez-le du moins, d’après cet adage sorti de la bouche de la vérité elle-même : # IS le royaume de Satan est divisé, comment subsis- » tera-t4l?°»

La dissimulation est un vice des êtres faibles , qui sépugne aux âmes héroïques. Mentir à autrui est une bassesse; mais mentir à soi-même, est le propre d’an être corrompu. C'est sur cette règle, et non sur de sains soupçons, qu'il faut juger un grand homme. Mais, dit-on, la politique n’a-t-elle pas conseillé des: crimes, des hypocrisies et des parjures? À la bonne heure, qu’on accuse tout haut, qu'on flétrisse pubkquement le protecteur de l'Église, l’auteur da concordat; qu'on le traite sans plus de façon d'hypocrite : il n’y a rien là de trep, pour cet histrion, cet empereur parjure qui, dans l'intérêt de son ambition, ent bien l’impugence de se jouer du ciel et des hommes. Mais quo les accusateurs y prennent garde : une accusation sans preuves est une Calomnie qui tombe d'elle-même,en déshonorant son auteur. Personne jamais ne se rendit parjure à la légère, et sacrilége de gaité de cœur, sans des molifs puissans, sans une nécessiié bien pressante, bien évidente.Éclaircissez donc la source de vos malins sonpçons; dites ce qui pui faire croire à Napoléon qu'au lieu d’affermie un trône naïs- sant , il n'allait pas l'ébranier. Les mots de politique et d'ambition ne sont pas des mots Cabalistiques, qui aient une vertu indépendante du sens naturel et des événemens qui s’y rattachent. Il eut, dites-vous, l'ambition de rallier un parti nombreux?

Etmoi je dis : « Bon ambition étoit sutfisfaite : car »il tenoit le pouvoir : les érénemiens et les choses, » l'esprit du jour, toutesles réalités du-moment, éteient » contre la religien.Les chietidl’aveient déverée comme »un morceau de pain. Nos temples nus et &élabrés, : »n'’étoient plus qu’an corps sans âme; le dogme étoit

» un objet de risée, une chose infâme, qui gisoit kterre .

+ comme un mort saris sépulture, sous les pieds de » ceux qui naguère n’osoient en contempler, même » de loin, la splendeur éblouissante. Le parti impie » étoit là, veillant sursa proié , comme l'assassin sur le > cadavre qu'i à fait. Bonaparte. lui arrache cette » proie, relève ce cadavre; ille ressuscite, il place la vreligion sur le trône, il s'agenoaille devant elle;:il » baise les pieds du vicaire de Dieu, qu'il fait venir de » Rometout exprès, à la face des autels, ayant pour té- > moins et spectateurs l’Eurape et les partis étonnés. » Le noûvel empereur répète le Symbole des Apôtres, »et d’ane voix ferme, la main sur-le livre des évangi- »les, ildit : Voiläma foi, je crois.ce que croit l'Église, »j'en prends le ciel à témoin, je le jare. Non, non, je » le jure aussi, j'en prends à témoin la conscience pu- » blique, il n'y a rien là d’un hypocrite. Le cœur, le » cœur seul inspira la confession dé foi si éclatante de » ce sa maritain couronné : je vois dans lui mon frère, . »mopprochain, ettrait pour lrait vraiment le samari-

» tain de l'Évangile; le divin blessé, c’est Dieu même.

de le demande à lalogique comme à lathéologie, une » action qui est aussiévidemment bonne en soi-même » peut-elle être mauvaise dans son principe? Ah! je » savoure un fruit exquis, je l’ai cueillisur un bon ar- »bre, un mauvais arbre ne sauroit produire un bon » fruit... Malheur à celui qui ne le reconnoît pas, mal- » heur aux ingrats! [hH

Mais c'est assez. Je me laisse entraîner ; j'oublie qu'il faut finir une préface, et non commencer un livre. Le défaut que je viens d'indiquer est commun à tous les historiens; telle est leur peu d’impartielité daus Ja manière de présenter les faits relatifs au coneordat. Ce défaut , disons mieux, cet inqualifiable déni de justice, se retrouve toutes les fois qu'il s’agit d’une question qui intéresse les mœurs, le droit et la conscience. Est-il besoin de faire ressortir les mconvéniens d’un défaut si grave ? Sans doute Napoléon a commis des fautes; mais ces fautes furent celles d’un prince ambitieux, trop passionné des intérêts et de l'indépéndance du trône, et nullement celles d’un incrédule ou d’un athée. Il ne seroit pas difficile même de trouver, parmi les descendans de saint Louis, ceux que Na poléon prit pour ses modèles, dans sa politique et dans ses démêlés avec la cour de Rome,

Telles sont les conséquences de l’erreur et la solidarité des mauvais précédens. Mais ce qui a singulièrementaggravéles torts de l’empereur, c’est l'ignorance où l'on veut laisser le public deses intentions, c’estlesi- . lence que l’on garde sur les excuses et les interprétations qu'il a données lui-même au sujet de ses luttes contre l’Éslise. Chacun se plaît à raconter ce qu’ilosa contre les cardinaux et le saint-père ; mais l’on a bien soin de cacher ce qui atténue ses torts. Il est certain que l’entourage de l’empereur a agi autant que luimême dans ces attentats déplorables , puisqu'il affirme à plusieurs reprises, dans le Mémorial, que non seulement ses ordres ont été constamment outrepassés, mais encore que l’enlèvement sacrilége de Pie VII n'a jamais pu émaner de sa volonté. L’autographe avec lequel agit le général Miollis existe à Paris, dans une collection de madame de L............, qui le tient de Miollis lui-même. Il est signé : Murat, de la main de madame Murat. Et ce qui fait bien croire que c’est le fait d’une simple femme, qui se consultoit elle-même, qui agissoit dans la liberté d’un mouvement propre, c'est que l’autographe, qui ne contient que quelques lignes, annonce le tumulte d’une grande indécision, par une multitude de ratures, qui permettent à peine de lire l’ordre véritable.

Napoléon. a dit lui-même : « Je n’ai pas seulement

» relevé les autels et la religion en France, j'ai rétabli x l'équité, la justice, les notions premières qui étaient » méconnues , ét qu'on avait également jelées par »terre. » Le choix d’un point de vue moral et religieux n’est donc point une idée de l'imagination, mais un choix suggéré par une multitude de faits enregistrés dans l’histoire : pourquoi donc s’obstiner à ne voir dans Napoléon qu’un grand général, un grand souverain , puisqu'il est quelque chose de plus qu’un grand homme ? il est un homme principe, un fait providentiel, un de ces êtres symboliques qui opèrent un changement dans la scène du monde, qui viennent renouer la chaîne interrompue des événemens, avec la mission d’affermir et de régulariser le cataclysme d’une transition. Peut-on supposer que Napoléon n’en avait pas la conscience, lui qui fut l’intervention manifeste, un acte vivant du ciel, et qui en accomplit avec tant de fidélité les desseins sur Jui, en organisant le phénomère d'un nouvel ordre social. La question de sa moralité intéresse tous les individus qu’il a gouvernés : l’étude’de son caractère n’est pas l'étude d’un individu, mais la psycholo gie d’un type, l’histoire d’une belle personnification de toute une génération, une application brillante, l’ana-

| lyse des lois mêmes de l'intelligence. Un tel être n’ap-

partient pas à une seule époque, mais à tous les temps et à l'humanité tout entière. C’est ainsi qu'il faat considérer le dominateur de la révolution. Après enavoir terminé la phase anarchique et sanglante, après avoir

. tenu le sceptre et gouverné la France pendant quinze

ans, tout mort qu’il est, il domine encore l’époque actuelle, puisque son nom tout seul, dépouillé de l’auréole de ses succès, privé du prestige des siècles et d’une longue suite d’aïeux, est un drapeau, une religion qui impose même au libéralisme , et qui fait pencher du côté d’un mort, la faveur et le suffrage populaires.

Enfin une dernière considération : Voilà que le libéralisme qui a succédé à l’empereur, qui en a certainement hérité, s’il ne l’a détrôné; le libéralisme va subir l’expiation, le triomphe prophétique d'une sorte d’apothéose de ses cendres. Bientôt la révolution va s’incliner devant l’exterminateur de la révolution, et la tribune s’agenouiller devant l'ennemi mortel des tribuns et de la démocratie. Gependant ce n'est plus l'épée qui règne... c'est la plume... Des bataillons d'idées, des systèmes innombrables, flottent dans l'air comme des fantômes : le ciel en est obscurci... nous n’avons plus d'empereur... mais nous avons des milliers de tyrans.… la chaire chrétienne est muette,

mais nous avons des milliers de langues quj chuchottent incessamment à l'oreille, sans nous laisser un instant de repos. L'imagination est obsédée, l'esprit torturé, la conscience altérée, le goût corrompu, les affections détruites, la liberté anéantie par un déluge enflammé d'idées , qui brûlent le cœur, qui dessèchent l’entendement humain.

Ce ne sont plus nos capitaines qui parsdent sur la scène da monde, ce sont de beaux diseurs et des rhétoriciens. Ge n’est plus la noblesse de l'épée, mais une sorte de noblesse de l’encrier. Nous admirions autrefois le bien faire qui vient du cœur et les bauts faits d'armes ; maintenant nous sommes devenus les dévots passionnés du bel-esprit, du beau langage et des belles tirades littéraires. Sont, Molé, on ne vent pas plus de vous que du fils de Louis XIV et de Henri IV. Il nous faut absolament pour nous gouverner des professeurs en Sorbonne, des feuilletonnistes de journaux, ou pour le moins des académiciens. Puisqu'il faut qu'il y ait des rangs, le bon sens, d’accord avec l’ancien régimé, vouloit que les guerriers vinssent immédiatement après Dieu. Maintenant il n’y a plus de Dieu, de par messieurs dela grammaire. Ce sont des pédans qui sont nos prêtres, et les supérieurs d’un siècle exclusivement industrie]. Tout le

reste vient ensuite à l'unisson, sur le pied de parfaite égalité ou d’une parfaite confusion. Le cliqaetis de la plume et des mots, le feu roulant des phrases intermipables, ont succédé au cliquetis du fer, aux prouesses de nos guerriers, à la mélée des batailles; ce n’est plus le canon, mais le bruit plus terrible d’une langue effrénée et impudénte, qui assourdit nos oreilles, avec un retentissement prolongé, dont l'écho se promène, se répète, se multiplie dans tout l'univers. Tel est le phénomène qui a succédé au phénomène de l’empire. Au lien d’un seul homme, qui suffisoit tout à l'heure au gouvernement de l’Europe, nous avons des myriades. d'esprits sublimes, de génies étincelans, qui suffisent à peine à notre gouvernement. Grâce au journalisme, ponvoir nouveau, né d'hier, et qui déjà, despote géant, ébranle et menace, éxpulse et absorbe, ridicalise, paralyse, annihile et tue tout ce qui lui résiste; ce monstre, établi au milieu de nos villes , s'attaque aux sources de la vie, où il se désaltère avec insolence, et, semblable au sphynx de Thèbes, empoisonne l'air même qu’on respire, avec le venin d’une menace inquièle, d’une malignité inéessante ; accroupi au centre de la politique, comme au centre de son repaire, le journalisme en garde avec des yeux d'Argus toules les issues, pour que tout périsse, pour que rien ne lui

échappe ; sorte de démon incube qui pollue la France, impuissant pour agir et pour gouverner, mais pnissant pour critiquer, dénigrer, offenser tout ce qui est noble et grand, pour s'opposer à un ordre permanent quelconque, à toute idée de réalisation pacifique et sérieuse dans l'intérêt des masses et du pays. Jamais les marquis de l'ancien régime , avec leur épée, ne furent sufisans , ne haussèrent la voix avec l'audace, l'incroyable persistance de ces marquis de la plume. Du moins les nobles étoient braves, et payoivnt de leur personne à nos frontières, en face de l'ennemi. À Dieu ne plaise que j'en désigne d’autres , ici, que ce bataillon d’écrivains perdus, sans foi, sans Dieu, sans loi que la charte, qui ne se servent pas de la pensée pour éclairer l'esprit, mais pour l’obscurcir; non pour resserrer Îes liens sociaux, mais pour les briser ; non pour échauffer le cœur avec la sainte flamme des vertus, mais pour le gonfler de fiel , de haine et d’orgueil ! Misérables, dont la plume ose bien railler et ricaner même de la majésté divine! bien dignes d’étreles esclaves de l'esprit infâme et d’une mission satanique.

Voilà les héritiers de Bonaparte et du trône de saint Louis ! voilà le nouveau trône et le nouvel em-

pereur ! Qu’y a-t-il de commun entre cela et Napo-

‘léon ? qu’est-0e donc que ces acclamations tumultueuses, le murmure vague et confus qui enfle les voiles et démarre du rivage, qui pousse avec tant de précipitation, vers Sainte-Hélène, un pieux cénotaphe ? Qu'est-ce donc que ce vœu national, qui vogue, escorté des vœux du journalisme, avec les bénédictions et l’encens du monde libéral ? Est-ce un repentir tardif? Napoléon, comme un guerrier qu'il étoit, parloit peu et agissoit beaucoup. Ne sont-ce pas les phrases qui l'ont détrôné plutôt que les Gosaques, et n'est-ce pas avec les débris de son trône qu’on a construit et tant exhaussé la tribune ? Que lui veut cette tribune, avec son apothéose ballottée, marchan- . dée au serutin? N'est-ce pas de là, hissé sur ce trépied, que Lafayette, plus fatal que le canon de l'ennemi, demanda et obtint la déchéance du vaincu de Waterloo ? Pour ne pas faire les choses à demi, que la même loi flétrisse donc Lafayette, et le déclare traître, comme ilest déclaré flétri, enregistré dans le testament de l’empereur ! On vengera à la fois Louis XVI, livré aux assassins du 5 et du 6 octobre par Lafayette, chef de Ja force armée ; Napoléon, livré aux Anglais par Lafayette, et Gharles X expulsé de son royaume par Lafayette. Et qu'est-ce qu’une telle condamnation , sinon celle du libéralisme en personne ? Quel dédale obscur, quel labyrinthe que le sentimentalisme

de la politique! Que vent le pouvoir? est-ce l’Eole des tempêtes, ou le roman de quelque oriflamma moderne, pour échauffer l'enthousiasme de nos soldats, pour aiguiser leurs baïonnettes? Et que yeut la liberté, cette farouche ennemie des tyrans, qui règne à la place des rois débonnaires , assassinés par elle? Veut-elle encore jeter au vent les cendres d’un moparque absolu, comme elle a fait des cendres de saint Denis, ou bien veut-elle adorer un mort qu’elle haïssoit vivant, comme il l’abhorroit lui-même ? Que veut la France? veut-elle ensevelir avec honaear, parmi les drapeaux d'un monument funèbre, un guerrier malheureux, on encenser comme un Diea le vainqueur du 18 brumaire, le pacificateur des discordes civiles ? Veut-on égarer l’opinion ? Dans quelle mer d'incertitudes, dans quelle fluctuation de pensées diverses et contraires, les esprits demeurent suspendus ? Rien de formel et d’explicite n’a été dit làdessus ! [] n’a pas été possible de définir le vœu aatiopal. Je vais dire ce qu'on n’ose point dire : le vœu national est un appel à Napoléon, à ses qualités, qu’on apprécie d’autant mieux qu’elles sont aussi rares qu'indispensables au salut des empires. Le vœu national est un appel à une intelligence royale, qui ne” consultoit pas l'opinion publique, mais la conscience ; un appel à l'esprit supérieur qui saroit magier,

commander les esprits, un appel au noble cœur qui savoit gagner les cœurs ; enfin au souverain qui avoit foi dans sa souveraineté, qui étoit la souveraineté vivante mème. Ce n’est donc point un mensonge, un cercueil, une vaine poussière, un cadavre, qui est l’objet du vœu de la France; non ; obéissant à l'instinct impérieux de la conservation, c’est un type sauveur que nous invoquons tous, et chacun se dit tout bas intérieurement : « Ce que nous allons chercher au fond des » mers, c'est celui qui comprima les mauvaises pas- »sions ; c’est la volonté énergique qui fit reculer le » fleuve débordé de la folie révolutionnaire ; c’est l’en - » nemi de l'anarchie ; c’est un symbole religieux ; c’est »la vérité du génie politique qui sut conjurer , com- » battre, détruire le génie de l’irréligion, rétablir, avec » la hiérarchie sociale, le bel ordre des rangs, des ver- » tus et des principes. »

Telle est mon opinion : je l’'émets en toute liberté, sans crainte des mauvaises interprétations que la malice, les passions ou l'ignorance peuvent en :induire. J’ajoute que nous saluerons justement de nos hommages l'ennemi de ce journalisme que j'ai défini plus haut, qui est le despote géant du régime actuel, et qui étoit si peu de chose sous le régime impérial. Napoléon crut jadis nous avoir délivrés du

joug si humiliant d’un tyran bavard; il crut jadis avoir anéanti le sphynx mystérieux de la civilisation moderne, mais il connut trop terd, qu'il n'avoit réussi qu'à l’endormir, en le chargeant des chaînes dont la lâcheté sut et saura toujours s’accommoder, pourva que celui qui les impose sache vouloir.

J'en ai le pressentiment, l'étude complète de Napoléon, la définition de son caractère, de ses défauts et de ses qualités , de ses vertus et de ses vices, jetera une grande lumière sur l’histoire de l’époque et dela crise actuelles. Il me semble que la connaissance intime de ce grand homme est le préliminaire de la solution du problème politique; et, si je ne me trompe , le mot de cette grande existence héroïque seroit le mot de l'énigme sociale même, qu'il nous faut deviner sous peine de périr.

Heureux le génie à qui la France seroit redevable d’un si grand bienfait, que celui d’être délivrée de ces écrivains perdus qui déshonorent l'intelligence, et de leur sifflement qui trouble la paix publique ! Une bonne histoire de l’empereur y contribuera puissamment, si l'historien s’aheurte franchement aux difficultés pour les résoudre , au lieu de les fuir comme un écueil; s’il met couragensement de côté

la guérre et tout le fracas des conquêtes, pour ne se préoccuper que de la question sociale; s’il traite avec le mépris qu’elle mérite cette inique raison d'état, ce mensonge, ou mieux l'impudent athéisme, qui prétend isoler et laisser en dehors du gouveraement la religion, c’est-à-dire le phénomène générateur de l'existence d’un peuple, et par conséquent de tous les phénomènes qui regardent ce même peuple. Exclusion insensée, et comparable à l’aveuglement de celaï qui nierait que les tours de Notre-Dame sont dans Paris! .

Mais pourquoi continuer? je n’ai point l'espoir de persuader celui qui méconnoit le lien intime, religieux et sacré, qui existe entre les actes et les pensées, les mœurs et les croyances, et là nécessité pour leur avantage mutuel, dans l'intérêt général, de rétablir l'antique accord de la politique et de la religion. Qu'attendre de celui qui ignore l'importance et la supériorité des choses célestes? Qu'est-ce que Îa guerre, et que sont des questions de territoire, et les limites géographiques des nations ? que sont des victoires ? que sont des chartes ? qu'est-ce que l’écroulement de tous les trônes ? qu'est-ce même que l’existence éphémère des peuples, auprès de la question du crime et de la vertu, des bons et des mauvais princi-

pes, auprès de l'écronlemant, nuiversek de:la: mopale, auprès de la lutte élexnelle du. bien et de ral?

Maintenant, c’est à l’esprit que je parle : Is trône arraché à la naissance, à la religion, aux mœurs même , le trône appartient actuellement à l'esprit, plus encore qu’au journalisme, qui ne peut jamais en être qu’un degré. Tous nos maux nous sont venus - de l’esprit, puisse le remède nous en venir aussi! Daigne l'esprit m’entendre et m'exaucer!

J’en ai beaucoup trop dit, eu égard à ma spécialité, puisque j'ai fait une excursion aventareuse hors de mon domaine... Écrivain obscur, moraliste chrétien, je ne vise point le but grandiose d’un historien politique... Je ne traite ici que des qualités morales et de la croyance religieuse de l’empereur ; mais, qu’on me permette de Le dire, après tant de livres sur Napoléon, Je sujet envisagé sous ce point de vue est neuf, et je pourrais dire, un sujet vierge.

J’apporte le tribut de ma modeste pierre, que j'ai taillée de mon mieux, comme: doit le faire un ouvrier laborieux et consciencieux... Puisse un jour quelque grand historien, rencontrant sous sa main, cette pierre, ne pas la dédaigner |

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Que son génie en fasse l’usage qui Ini plaira, pourvu qu'il ne la rejette pas de la constraction de son monument! Là, se bornent mon ambition et ma préface. ; |

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