‹ Conversations religieuses de Napoléon, avec des documents inédits de la plus haute importance ou il révèle lui-même sa pensée intime sur le christianisme, et des lettres de mm.le cardinal Fesch, Montholon, Hudson Lowe, Marchant, et un facsimile de l'écriture de l'empereur;Chapitre 9 sur 46 · DEUXIÈME LIVRAISON · texte numérisé non relu

DEUXIÈME LIVRAISON

SOMMAIRE

Opinion des historiens et des partis qui divisent la France au sujet de la moralité de Napoléon. — Opinion de l’auteur. — Napoléon est un homme principe. — Sa pensée en faisant

Jesacre et le Concordat.— C’est Lafayette qui a fait prononcer la déchéance de l'Empereur. — C’est la Chambre des représentants et Lafayette qui ont livré l'Empereur et Paris à l’ennemi. — Les cendres de l'Empereur. — Mépris de l'Empereur pour le journalisme. —La révolution et l’Empercur.

Le

PRSPAOS,

Fù vers gloria? ai posteri L'ardos sentenss.….

Mansoni, il cinque maggio, ode.

Dans l'existence de Bonaparte, ilse trouve une question qui n’est point suffisamment éclaircie, celle de sa moralité. Qui n’aperçoit tout de suite ]a gravité et les conséquences de cette omission, puisque toutes les autres questions se rattachent à celle-cieten dépendent? Il n’est rien de plus étendu, de plus subtil et de plus délicat, que ce qui est du ressort et du domaine de Ja conscience. Il ne s’agit point ici de l'esprit, mais du cœur. Dieu seul lit couramment ce qui s’y passe, j° le sais; c-pendant les prêtres égyptiens croyaient avoir le droit d'interroger les rois, en les citant, après leur mort, à un tribunal redoutoble et révéré : l'on ÿ scrutoit jusque dans les replis les plus intimes ; l’on y-demandoit. comple non-seulement des actes mais encore de l'intention : c'est vraiment d'après l'inten :

tion qu'il est équitable de juger la mémoire des princes. |

Faut-il donc regarder Napoléon comme un de ces

hommes fameux quidoiventleur élévation au caprice da sort, à l'épée, aux fincsses d’une habileté prodigieuse, au machiavélisme plus qu’à la jastice, plus qu’au bien général et à une mission providentielle ?... Jo le disen toute assurance : J'ai lu des histoires de l'empirs ; mais je ne connois point d'appréciation morale de l’empereur. Cependant les facultés les plus brillantes glorifient Dieu qui les donne, plus que l'homme qui les reçoit. Ce n’est pas là ce qui crée des droits à l'estime. JepuisdiredeNa poléon : Qu'importe l'étendue presque infinie de ses connoissances, son conp d’œil d’aigle, - ses idées administralives, sa conception si rapide, sa stralégie si savante, et son incomparable talent militaire, qui le place hors de ligne dans l’histoire moderne, et sans autres rivanx dans l’histoire ancienne, qu'Annibal, Césaret Alexandre. Ce sont là desredites et des banalités, puisque personne n’y contredit. D'où vient que l'unanimité cesse, quo l'incertitude commence, aussitôt qu’on veut approfondir le cœur, analyser l'intelligence, mettre à nu la baso morale de ce profond politique ?

Sur son rocher, l’empereur avoit pensd à celte

lscane, et,’ refléchissant à la puissance et à la fureur de ses ennemis acharnés après sa mémoire, il se sentoit le peur d’être défiguré dans l'histoire, et d'y être ua jour buriné sous les traits de quelqne monstre, de quelque tyran sanguinaire; ou, ce qui lui inspirait la même herreur , il craignsit d'arriver à la postérité, Séiri par Les odieuses qualifications d'incrédule, d'impie, peul-êire d'athée... |

Mais une réflexion lui rendoit la sérénité, réflexion bien simple : « Les faits sont Rà » , disoit-il. Déjà son espérance prophétique se réalise, l'avenir la réalisera davantage : ear la justification cemplète du drame kmpériul est liée à la solution du preblème politique, ag dénouement trop tardif de nos luttes intestines , et à la fin de la crise que nous subissons, L’empereur ne fait qu’un avec les honnêtes gens, qui sont solidaires entre eux : sa cause est la leur, comme celle des intérêts généraux qu'il servit avec un dévouement si absolu. Son triomphe sera donc le triomphe des principes. Et qui oseroit refuser une place parmi les bonnêtes gens à celui qui leur a rendu de si éminens services? Ce qui reste de l'ordre établi dans son empire, est encore ce qui nous protége momentanément contre l'anarchie. Tôt ou tard, après des oscillations plus ou moins périlleuses,

np plns ou moins tarbalentes , j'en ai le pressentiment; les honnêtes gens de tous les partis verront la nééessité de'se coäliser dans l'intérêt commun. On ne fera point un appel au despotisme; mais on voudra tendre aüx pouvoirs publics leur dignité, sans laquelle ces pouvoirs sont plus nuisibles qu’utiles(1). On s’élevera contre Ja’ confusion des droits, le nivellement des principes, enfin contre une prétendue liberté de discussion ,qui n’est bien réellement que le despotisme d’un intarissable : bavardage: Alors: noùs ‘admirerons le érand génie politique de Bonaparte , et l'audace qui

fit surgir du. chaos révolutionnaire une hiérarchie ;

ét, nous-inspirant de son héroïque souvenir pour niter.son'exemple dans des circonstances également criliques ; peut-être renouvellerons-nous le prodige

de la volonté individaclle .qui sauva la France, peut-

être la volonté collective de la nation aura la même

énergié pour imposer silence au vice, aux mauvaises passions. en imprimant la terreur des lois aux absolutistes dans le système du mal. Quoi qu'il en soit, Napoléon demeure le créatèur et l'organisateur de la Francemoderne. Nous sommes son ouvrage; nos lois, nôs mœurs, noire système social Lout entier, portent

empreinte de son esprit, de ses qualités, de ses

défants, Celui qui uie ces rapports, cetle ressem-

| (t) Paroles d'1 Testament de Louis XVI,

blance, ne connottra jamais qu’imparfaitement la société actuelle; il ne pénétrera qu’à demi la cause des sourdes rumeurs et du malaise indéfinissable qui pèsent sur la situation présente. Comment les historiens semblent ils s'être donné le mot, pour ne parler que superficiellement et au hasard d’un caractère moral aussi prononcé que celui de l’empereur? Ils ont, dans sa vie esquissée par eux, mis en relief le guerrier plutôt que le prince; l'imagination et les qualités éphémères, plutôt que les qualités essentielles; le brillant plutôt que le s0lide, le fabuleux plutôt que le réel. Ils’ n’ont point défini l’homme privé, et n’ont point vu que celte omission obscurcissoit les plas belles parties de l’homme public. Pourquoi cette lacune? La raison en est bien simple : vils esclaves des faits, nos écrivains n’ont pas peur seulement de. la religion, mais encore de la métaphysique. De là le soupçon d’athéisme, qui plane sur la gloire de Napoléon. Mais on a droit de dire : « « Ce n’est » pas lui qui ne croit pas en Dieu, ce sont ses

» historiens. »

* Je sais qu’il est des gens estimables qui ne nient point les immenses services rendus par l’auteur da Concordat, mais qui se délivrent du fardeau de la re-

x: —— …— 6 nd

connaissance, en attribuant sux Jamières d’un despotisme intelligent et à l'intérêt propre du prince une conduite qui, de leur avis, a été celle de Dieu mêmes. Dieu, disent-ils, dans l'inwrét de son Église, s'est

servi d’un homme. qui avoit l’impiété de vouloir se

servir de lui. Je n’épouse point cette opinion, qui est dure, pau chrétienne, e4 qui menque de charité autant que de vérité. |

. ‘Soit ignorance réelle ou coMmbinaisôn de gens

qui cfoient avoir besoin du parti imipie et du parti religieux, les bonaparlistes, acceptant Jes faits sans remonter à la cäuse, n’ont jamais 656 dire elairement quelle étéit la pénsée intime de l’rm pereur touchant le dogme chrétieh, si q'ielque calcul eu la eontietion lui ateit inspiré le concordei et le sadre

Enfin, les bommes du jour ont traité la conscience religieuse de.Bonaparte avec le dédain habituel à des parvenus, croyant faire beaucoup d'honneur à un héros, de le faire penser comme eux sur un sujel aussi délicat, et de le rapelisser à la taille morale si exiguë de quelque sous-sécrétaire d'état de.nos ministères. Mais il est permis de leur dire : « Vous faites votre » propre histoire, et non la sienne. Vous déahonores

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