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- Pour ce qui est de l'opinion de ces personnes qui ne trouvent rien de décisif dans les citations d'O’Méara et de M. de Las-Cases, en faveur des idées religieuses de l’empereur, je suis d’une opinion tout-à-fait différente. J’ai pesé ces citations dans la balance d’un jugement équitable: je m'en contente, j'en suis complètement satisfait : Napoléon n’est pas un homme ordMaire, dont on peut dédaigner les paroles. Chez un grand homme la parole vaut l’action, parce qu’elle est le fruit de la science et,du génie, parce qu’elle est une réflexion et la forme de l’âme elle-même. D'ailleurs, de quoi s'agit-il ? non pas de savoir si Napoléon étoit un observateur scrupuleux de la discipline de l'Église, ayant une religion pratique, mais de savoir s’il avoit la foi, si, dans son cœur, il croyoit au grand mystère de la rédemption, en un mot, s’il étoit chrétien, enfant de l'Église catholique, disciple de l'Évangile, adorateur de la divinité du Christ ? eh bien! qu'on lise avec attention les tirades religieuses éparses dans le Mémorial de Sainte-Hélène, on y reconnoîtra je ne sais quelle odeur de modération et d'équité, qui est l’odeur de la religion elle-même. Qu'on fouille les fastes du règne impérial, on s’épuisera en vains efforts pour y trouver un seul mot hostile au dogme chrétien, tandis qu'on a pu lire et qu'on va rencontrer encore dans ce volume, des
discours étendus et de la plus haute éloquence en faveur du christianisme,
Je choisirai un exemple propre à faire impression sur un homme de bonne foi: M. de Las-Cases écrit à Hudson-Lowe une lettre sous ce titre : Mes griefs de Longwood. J'en ai cité quelques mots ; il raconte qu'un jeune ecclésiastique anglais, étant venu baptiser un fils de madame Montholon, lui, M. de Las-Cases, crut conyrenable de saisir cette occasion pour faire des réclamations au sujet de la religion. Il parla à part à ce jeune ecclésiastique : « Nous: avons des fem- »mes, des enfans, lui dit-il, sans parler de nous. smêmes, pour qui le manque des exercices reli- »gieux étoit yne véritable privation ». Cette réclamation des exilés de Longwood est-elle assez claire ? dira-t-on que c’est M. de Las-Cases qui parle ? eh bien ! moi, j’affirme qu’il n’est ici que le truchement de Napoléon ; qu’il s’acquitte d’un ordre, et qu’il répète mot pour mot une parole qu'il a reçue de l’empereur, Je le dis du vivant de M. de Las-Cases, qui ne me démentira pas. Mais, dit-on, l’empereur demande un prêtre pour la forme ? je le nie : il veut le fond, et non la forme de la religion ; un politique tel que lui ne fronde pas le libéralisme et ne se sépare pas de l’impiété pour un petit résultat, mais pour accomplir le devoir le plus intime, ét peut-être le plus pénible de
la religioh : ce qui résulte des phrases suivantes, extraites de le même lettre de M, de Las-Cases à Hudson-Lowe t « Nous ayons craint que ne nous » laissant point à nous-mêmes le choix de ce me: »decin de l'âme qui requiert plus de confiance enscore que celiüi du corpé, on ne nôüs imposât un »étranger, qui loin de nous être de quelqué con- »éolation, ne nous donnetoit l’idée que d’un sur- »veillant de plus, d'un espion de plus parmi »nous.» Quel éclair d'une âme chrétienne que cette expression : Médecin de l'âme. Ces lignes toutes seules sont une preuve de la sincétité des séntiments religieux de l’empereur. Le besoin de la pratique des sacrements, ñe pouvoit pas être exprimé par lui plus claitement. Ou M. de Las: Cases ne sait pas la valeur des mots, ce que l’on ne peut supposer, ou il a entendu ét exprimé que l’empereur voulait se confesser et recourir au sacrement de pénitence, je suis bien aîse d'écrire le mot, Ce fut lui, lui seul, à Sainte-Hélène qui sollicita du gouvernement anglais, avec l'inquiétude, avec la persistance d’un chrétien fidèle, la venue d’un prêtre. Cette belle expression, médecin de l'âme, n'appartient à nul autre des exilés qu'à l’empereur. Ces exilés sont vivants, et ce grand homme est motts eh bien ! qu'ils reddent témois gnage à la vérité, et tous conviendront que l'em= pereur fut toujours celui qui manifesta à plusieurs
reprises avec éloquence sa profonde douleur, son indignation, et les plus nobles sentiments touchant ce qu’il y avoit d’immoral, de dégradant, de barbare et d’anti-social dans le spectale d’une petite réunion d’exilés, à qui on refusoit un prètre et par suite l'exercice de leur religion : oubli ou calcul, c'étoit un crime chez ces anglais hypocrites, qui eurent bien l’impudence d'attenter àfla France, à tous les rois, aux catholiques de toutes les parties du monde, en refusant le titre d'empereur à celui qui avoit la sanction du peuple et de Ja religion. Est-il permis, d’ailleurs, de douter de la foi de celui qui a dit formellement : « Je suis » catholique romain, je crois ce que croit l’Église. » Nous prouverons que l’empereur savoit tout le sens et la portée de cette déclaration qu'on vient de lire tout à l'heure dans les citations du docteur O’Méara, formulée en sa présence par l’empereur.
Mais j'insiste trop long-temps sur ce qui est l'évidence elle-même. Je poursuis : aussi bien, voici des documens qui feront cesser toute incertitude. La question importante que nous avons posée, sera éclaircie et jugée, la croyance de Napoléon ne sera plus un mystère pour personne ; enfin la même lumière qui éclaire ses gestes guerriers, éclairera ses gestes religieux.