NOTICE BIOGRAPHIQUE DE L’ABBÉ VIGNALL
Angelo Paolo Vignali, né à Vignale de Rostino, le 12 avril 1589, fits légitime d’Angelo Giovanni et de Lucie, propriétaires dans ledit pays, d’ane famille honnête et honorable, apprit à Hire et à écrire, ét à connaître }es principes de la grammaire Mtine à l'école du pays. It apprit la langues latine et l'humanité à la vallée de.Rostino, la philosophie et ls principes dela morale, au séminaire à la porte d'Ampugnani. Il fut ordonné prêtre en 1814,le a0 octobre de la même année. A partit de Gars avec un passeport pour Rome,
mais emporté par le désir de voir Sa Majesté l’empe-
reur Napoléon, il passa par l’île d’Elbe : et le 28 octobre, il eut le bonheur de parler à Sa Majesté, lorsqu'elle retournoit de sa maison de campagne, ayant dans sa voiture son excellence M. le grand-maréchal Bertrand. Il partit de l’île d'Elbe , et arriva à Rome, le 12 novembre, où il resta cinq ans, à étudier la théorie pratique de la médecine. Le 16 janvier 1810, il fut reçu docteur en philosophie et en médecine par les autorités de ladite école de l’Université de Rome. Il partit pour Londres le 25 février, où il arriva le s9 avril. Il s’y embarqua pour Sainte-Hélène le 9 juillet, et il y arriva le 21 septembre.
Certifié conforme à l'original.
MonTHOLON.
Ayant lu ces notices, ainsi que les lettres de sa famille ! Napoléon demande alors les deux prétres. D'abord il se tourne vers l'abbé Buonavita, il lui parle de sa santé, de son âge, des dangers qu'il a courussur mer pour venir à lui, de ceux qui le menacent sur ce rocher, par suite de l'intempérie du climat; enfin l'empereur pense à lui-même, à ses affections, à sa mère , à sa famille. Un bon cœur est le fondement naturel d'un grand esprit. À tout ce qu'il entend de
: sa mère, l'empereur répond : « Ælle m'a tou« jours aimé; elle a été toute sa vie une excellente femme, une mère sans égale; elle à un courage, une force d’äme au-dessus de l'humanité. »
Aussitôt il s'occupe de régler le service de la chapelle, de concert avec le général Montholon : il veut la messe le lendemain même ; vainement on fait des objections contre cette précipitation. L'empereur le veut : « Quoi, messieurs , dit-il, être privés dépuis si long-temps d’un tel bonheur et ne pas être empressés d'en jouir aussitôt que nous le pouvons. » On étoit embarrassé de trouver le lieu convenable. « Je vais l’indiquer, dit l'empereur ; désormais nous aurons la messe tous les dimanches, et les jours des fêtes reconnues par le Concordat; je veux à Sainte-Hélène les cérémonies religieuses qu’on célèbre en France. Ces jours-là, on dressera un autel mobile dans la salle à manger; vous êtes âgé, souffrant, monsieur l'abbé, je choisis l'heure qui vous sera le plus commode. Vous célébrerez de neuf à dix heures ».
Ces ordres étant donnés, l'empereur mande le docteur Antommarchi : «Je vousrecommande l'abbé Buonavita. Je crains que le cardinal ait
envoyé ici ce bon vieillard pour le faire enterrer. En tout cas je le recommande à vos bons offices, il mérite notre bienveillance et notre appui : c'est un homme bien respectable. Le pape aussi est un vieillard excellent que j'ai toujours bien traité (1) ».
Le soir, l'empereur , seul avec le général Montholon, s’informe dans le plus petit détail des préparatifs pour l'exécution de son dessein d'entendre la messe le lendemain. Il en parle avec une joie intérieure qu'il ne peut contenir, et qui est pour le général un sujet de réflexion et d'admiration. Mais déjà l'empereur prévoyoit des dissidences. Allant au-devant des objections, il disoit : « Sur le trône, environné de généraux qui étoient loin d’être dévots ; oui, je ne le cache pas, j'avois du respect humain et beaucoup trop de timidité; et peut-être je n’aurois osé crier tout haut : je crois. Je disoiïs : La religion est une force , un rouage de ma politique ; mais alors même , si l’on m'eût
(1) L'empereur dans le Mémorial de M. de Las Cases, dans O’meara et dans le récit d'Antommarchi, répète sonvent celte phrase. C’est ainsi que procède celüi qui reconnoît sa faute , et qui l'atténue pour l’effacer, avant d'avoir le courage de s’ex confesser à Dieu seul,
- — gi — questionné en face, j'aurois répondu : Oui, ja suis chrétien ; et s’il eût fallu confesser la foi au prix du martyre, j'aurois retrouvé tout mom caractère; oui, je l’aurois enduré, plutôt que de renier ma religion. Maintenaut que je suis à Sainte-Hélène, pourquoi dissimulerois-je ce que je pense au fond de l'âme. Ici, je vis pour moi, Je veux un prêtre , je veux ls messe et profes. ser ce que je crois. J'irai à la messe ; je ne force personne de m'y accompagner , mais ceux qui m'aimen$ m'y suivront. »
Tout le service divin consistoït dans une messe basse, à Sainte-Hélène. Sitôt que l'empereur entroit dans la chapelle, il faisoit un signe de croft très-prononcé, et s'agenouillant sur un fauteuih; il y demeuroit les mains jointes, avec toutes les marques du recueillement. Au moment de l'élévation, il inclinoit sa tête avec un sentiment profond d’adoration. C’étoit tantôt le jeune Bertrand et tantôt le jeune Montholon qui faisoient l'office d'enfant de chœur. Pour ce qui concerne le service de la chapelle, tout étoit riche et magaifique ; le cardinal avait tout prévu.
Mais il faut mettre à l'aise ceux qui ne se soucient pas d'entendre la nresse, et l'empereur
décrète que, pour assister à la sienne, il falloit, comme aux Tuileries, être invité; et, pour ménager les susceptibilités, il met à la disposition de madame la comtesse Bertrand , l’abbé Vignali. S'il n’invite pas cette dame à sa messe, la raison en est simple, c’est qu'il ne la voit plus, ayant eu des motifs de renoncer à sa société ; sa maison étoit devenue lerendez-vous des officiers anglois. Le docteur Antommarchi fait sciemment un mensonge réitéré, quand il amène plusieurs fois à Longwood madame Bertrand, pendant la maladie de l'empereur.
L'empereur, plein d’un respect vraiment fi- bal pour l'abbé Buonavita, l'invite à s'asseoir à sa table avec l'abbé Vignali; il ne cesse de lui témoigner en particulier eten public les égards qui sont dus à la vieillesse rehaussée d’un caractère sacré. Un jour il lui disoit : « Vous êtes protonotaire apostolique; ne pourriez-vous pas prendre le costume d’évéque; ne suis-je plus l'empereur ? Vous êtes mon aumônier; je ne vous le dis pas pour moi, ni par une considération de vanité puérile : non, mais il faut imposer à ces hérétiques, et rien n’est imposant comme le costume d'évêque. » Ce fut dans ses dernières années que l'empereur parut vouloir sérieuse-
ment se rapprocher de la pratique religieuse, Il est certain qu'on fit maigre quelquefois à Sainte-Hélène , le vendredi , et toujours sur l’injoction formelle de Napoléon; c’étoit lui qui disoit au maître-d'hôtel : « Allons, Cypriani, sommes-nous donc des parpayots ? Pourquoi nous fais-tu vivre comme eux? Tu es Italien comme moi. Ce n'est pas le poisson qui man.
que à Sainte-Hélène ; fais-nous du maigre; c'est aujourd'hui vendredi. »
Mais quand on y manquoit, c* qui étoit le plus ordinaire, il disoit doucement : « Allons, messieurs, une autre fois faisons maigre. Quelle excuse avons-nous ? Sommes-nous à la guerre?
Est-ce le poisson qui manque? Cependant, ajoutoit-il, j'ai une dispense, et le pouvoir de dispenser les autres; ce qui fait que je ne pèche pas, et, si vous le voulez, vous ne pècherez pas non plus. Je suis un vieux soldat; je sais l'importance d’un signe de ralliement, la nécessité et les bienfaits de la discipline. Tous les vices, toutes les passions sont plus près qu'on ne croit de nos appétits naturels. Quel souvenir contenu dans leseul mot de vendredi. »
Mais ces paroles avivèrent les discussions religieuses.