‹ Conversations religieuses de Napoléon, avec des documents inédits de la plus haute importance ou il révèle lui-même sa pensée intime sur le christianisme, et des lettres de mm.le cardinal Fesch, Montholon, Hudson Lowe, Marchant, et un facsimile de l'écriture de l'empereur;Chapitre 24 sur 46 · OPINION DE L'EMPEREUR SUR LES GALANTERIRS ET LES MAITRESSES DES ROIS · texte numérisé non relu

OPINION DE L'EMPEREUR SUR LES GALANTERIRS ET LES MAITRESSES DES ROIS

Un jour on parloit des maîtresses des rois ; l'empereur a dit : « Si la race des Bourbons a mérité ses malheurs , c'est pour avoir voulu s'élever au-dessus de la religion et de la morale. Rien de plus insolent, de plus démoralisant que le libertinagescandaleux d’un souverain. Mieux vaut, pour un royaume, la guerre la plus malheureuse et le fléau de la peste. La corruption est contagieuse , quand elle descend du trône; çar la cour et la ville s'empressent d'imiter. La réligion en reçoit une atteinte funeste. On impute aux prêtres et au dogme tout le mal qu'ils re préviennent pas. On les fait coupables de leur impuissance pour réprimer le désordre.

Comment se fait-il qu'aucun prêtre n'ait eu la hardiesse de reprendre publiquement Louis XTV de ses adultères publics, et de lancer Fanathème d’une voix courageuse contre le régent et contre Louis XV. Cela fait peu d'honneur au clergé de ce temps-là. Avec moins de talent que Bossuet et Massillon, dans des temps plusre«

culés, il se fût trouvé quelque évêque qui, au risque de sa vie, eût rempli cedevoir. L'empiétement du pouvoir religieux n’est pas à craindre de ce côté-là. Il faut trop d'élévation dans l'âme pour prendre en main la cause du ciel outragé, en s’opposant au libertinage des grands. L’énergie qui s’acquitte de ce devoir est trop rare et est sympathique avec la fibre populaire.

Je ne sache rien de plus vil que la puissance d'un souverain immoral. Une société est bien profondément corrompue, qui subit un joug aussi méprisable : c’est l'indice de la décomposition du corps social. Sans nul doute, les galanteries de la royauté, les turpitudes de Louis XV et du régent, furent une des principales causes de la révolution. Avant-qu'on dégradât le pouvoir , le pouvoir s’étoit dégradé Jui-même; il étoit tombé au-dessous de tout le monde, en foulant au pieds tous les principes. Louis XVI, par son courageux martyre, releva la royauté dans l'opinion; cecine justifié pas, niais explique les crimes de Marat et de Robespierreet des autres régicides, qui sont vraiment des monstres à face humaine ; mais ces monstres ont exécuté une sentence de réparation sociale...

Les forfaits y ont servi, comme les immondices qui servent d'engrais à une terre épuisée et la rendent capable de produire au centuple. Quant à moi, si j'ai eu des faiblesses , je n’en ai jamais fait parade, j'en ai eu honte le premier. C’est quej'enappréciois les conséquences. Les femmes sont un écueil pour le souverain. Mon âme étoit trop forte pour donner dans le piége ; sous les fleurs, je jugeois du précipice. Je commandois de vieux généraux. Des regards jaloux s’attachoient à tous mes mouvements. Ma fortune étoit dans ma sagesse ; j’eusse pu m'oublier une heure, et combien de mes victoires n’ont pas tenu à plus detemps. En épousant Marie-Louise, je me sentois un cœur bourgeois. Peut-être la postérité me reprochera ce mariage : j'aurois dû épouser une Françoise (1).

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