‹ Conversations religieuses de Napoléon, avec des documents inédits de la plus haute importance ou il révèle lui-même sa pensée intime sur le christianisme, et des lettres de mm.le cardinal Fesch, Montholon, Hudson Lowe, Marchant, et un facsimile de l'écriture de l'empereur;Chapitre 26 sur 46 · CRITIQUE DU PROTESTANTISME · texte numérisé non relu

CRITIQUE DU PROTESTANTISME

L'empereur avoit peu de goût pour le protestantisme, et il saisissoit volontiers l’occasion d’en faire la critique. Voici ce qu'il en disoit un jour à Sainte-Hélène :

On peut appeler le protestantisme, si lon veut, la religion de la raison, dénomination bien convenable pour une invention de l'homme. | |

Le catholicisme au contraire est la religion de la foi, parce qu'il est l’œuvre de Dieu.

Sans doute nous avons tous du penchant à rapporter tout à l’aulne de notre jugement, et à ne croire que ce qui tombe sous nos sens.

Humainement parlant, je m'arrangerois de faire la cène en mémoire de Jésus Christ, plutôt que de manger réellement son corps et de boire son sang, ce qui est difficile à entendre et dur

à croire. |

= Mais dois-je m'étonner de rencontrer des mystères dans la religion, quand j'en vois partout : dans la nature. Moi qui ne conçois rien de la création, quiignore l’essence des choses, dois-je m'étonner que l'explication même de tant de mystères soit un dogme tout mystérieux ? Je m'étonnerois plutôt qu'il en fût autrement.

Oui, la religion est ce qu’elle doit être, eû égard à la grandeur de l'Etre-Suprême et à la misère d’une pauvre créature; j'y vois précisément la preuve de la vraie religion, Pourquoi

e— 103 — ne pas nier l'asur, parce qu'on ne peut on mesue rer ni en embrasser l'immensité aveo le compas À

Ïl n’est que Dieu, fl n'est que la foi, qai puisse atteindre, et résoudre ces hautes questians de la création du monde et de Ja destinée humaine.

D'ailleurs si le protestantisme s’approprié mieux à mon imbécillité humaine, comme roi, comme chef d'un grand empire, je demeure catholique.

Le catholicisme est la religion du pouvoir et de la société, comme le protestantisme est la doctrine de la révolte et de l'égoisme. La religion catholique est une , mère de la paix et de l'union. |

L'hérésie de Luther et de Calvin est une cause éternelle de division, un ferment de haine et d'orgueil, un appel à toutes les passions.

Le clergé catholique a présidé à la fondation de la société européenne ; ce qu’il y a de meilleur dans la civilisatign moderne, les arts, les sciences, la poésie, tout ce dont nous jouissons est son ouvrage. Tous leséléments d'ordre, qui assurent la paix des états, sont encore un de ses bienfaits.

Au contraire, le protestantisme a signalé sa

naissance par la violence, par les guerres civiles. Après avoir détruit l'autorité par un esprit de doute, et par une critique de mauvaise foi, l’hérésie a préparé, par l’affaiblissement de tous les liens sociaux, la ruine de tous les états. L'individu livré à lui-même, s'abandonne au septicisme ; le besoin de croire, de se confier à son semblable, est la base de tous les rapports des hommes entre eux : on a sapé cette base.

L'anarchie intellectuelle que nous subissons est une suite de l'anarchie morale, de l'extinction de la foi, et de la négation des principes, qui a précédé.

Bientôt nous subirons les convulsions de l’anarchie matérielle ; quand les riches auront mis tout frein de côté, le peuple se précipitera aussi vers les jouissances matérielles. L'Europe est atteinte du mal de l'idéologie, mal incurable ! elle en mourra. Les plus belles idées du monde n'ontde valeur que par leur réalisation; siles idées ne se personnifient, politiquement parlant, ce sont des rêves. Telles sont les idées du journalisme, qui prêche de véritables utopies.

Si le protestantisme a vraiment, comme on le dit, développé l'esprit industriel, augmenté le

bien-être matériel, ce léger avantage, qu'on pouvoit obtenir avec le catholicisme, est largement compensé par toutes sortes de maux causés par le libre examen, sans parler de ceux qui sontimminents pour l'avenir.

Un protestant honnête homme, ne peut pas ne pas mépriser Luther et Calvin, ces violateurs éhontés du second commandement de Dieu : l'idée de Dieu est inséparable dela foi à la parole. Qu’espérer de bon de ces deux religieux catholiques, déserteurs de leur couvent et de la foi jurée ? Ils étoient liés par les vœux les plus solennels , et qui obligent le plus étroitement, ceux de religion, ils y renoïicent sans avoir aucune excuse ! Ces deux moines apostats, ignoroient-ils que le serment est la base des sociétés, si bien que Jephté a tué sa fille pour accomplir un vœu imprudent, ce qui est raçonté sans le moindre blâme dans la Bible (1) ? Ils ont mis de côté le célibat, pour favoriser, pour assouvir leur luxure et celle des princes qui les proté- (4) En effet , la fidélité au serment dérive immédiatement de l'existence de Dieu, et forme le deuxième comnrandement de Dieu, Dieuen vain tu ne jureras, ni autre chose pareillement. Eh bien! le mariage est fondé sur un serment prêté en face des autels ; com-

ment Napoléon a-t-il pu, dans l'intérêt de je ne sais quelle misérable vanité, divorcer avec l’impératrice Joséphine? Ce divorce a

goaients Sant-oe là des homnies de Dieu? Un Honri VIIL, un Luther, un Calvin peuvent-ils être des agents, des intermédiaires de la divinité? D'ailleurs, qu'est devenu le protestantiame primitif? les protestants n’en ont rien retenu, que la maxime absurde, de. ne s’en rapporter qu'à soi, sur les matières religieuses. Aussi, da nos jours les protestants ne s'entendent pas plus entre eux qu'avec nous autres catholiques,

On compte 70 sectes reconnues, on en compterait 70,000 si l’on consultoit chaque protestant sur sa Croyance.

Et comment en serait-il autrement ? est-il un lien assez fort pour réunir des hommes, qui croyent plus à eux-mêmes qu'à des règles, à des définitions et à un symbole? qui n'admettent ni base fixe, ni autorité? qui demain, peuvent rejeter ou démentir leurs croyanoës d'aujourd'hui?

Peut-être on finira par s'entendre avéc un

eu des suites incalculables ; en dévoilant son orgueil, Napoléon dévoilaitla vanité de son système. Le jour où il déclara qu’il avoit besoin d’un allié, sa chûte fut certaine; car une alliance imposée par la violence, où si l’on veut par la victoire, ne pouvoit être qu’un mensonge d'abord, et plus tard une trahison.

( Note de l'auteur.)

or 107 — schismatique, parce qu'ici la porte n'est pas au verte à toutes les nouveautés. Il ÿ a une limite à l'erreur. Un schismatique reconnoît invariablement les mêmes dogmes, parce qu'il demeure soumis à une autorité. |

L'empereur Alexandre et moi, nous aurions peut-être rétabli l'unité entre les communions . chrétiennes. Nous en avions conçu le projet, cela était possible, Maïs ce seroit une folie de penser à un rapprochement avec un protestant, qui croit au dogme de son infaillibilité, et 4 la souveraineté monstrueuse de l'individu.

Où trouver un point de ralliement avec dey sectaires, dont la secte est fondée sur une base aussi mouvante que le droit pour chaque individu d'interpréter l'Evangile, suivant les inspirations de sa conscience , sans assujettissement, ni à la tradition, ni à l'autorité.

Il est vrai que le catholicisme est un Océan de mystères; mais outre que le protestantisme les admet presque tous, la religion catholique possède des avantages qui me la feront toujours préférer à toute autre. Elle est une, elle n’a jamais varié, et elle ne peut changer. Ce n'est pas la religion de tel homme, mais la vérité des

conciles et des papes, qui remonte sans inter« ruption jusqu'à Jésus-Christ son auteur.

Elle possède tous les caractères d’une chose naturelle et d'une chose divine; elle plane audessus des passions et des vices; elle est un s0leil qui éclaire notre âme avec mystère et majesté; elle est infiniment supérieure à notre esprit; et, malgré cette supériorité, très-appropriée aux plus communes intelligences. Sa vertu est une vertu cachée, qui est au-dedans de l'homme, comme la sève au-dedans des arbres.

Telle est la religion catholique, qui met l'ordre partout, qui est à la fois un lien social et un lien religieux, qui fortifie le pouvoir, qui prêche à tous l'union et l’amour, et qui persuade merveilleusement à chacun son devoir.

C'est pour cela que je suis chrétien, catholique, romain, parce que mon père l’étoit, que mon fils l’est comme moi, et que j'aurois un grand chagrin si mon petit-fils pouvoit ne pas l'être.

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