PREUVE DE L’'EXISTENCE DE DIEU
Le général Bertrand disoit à Napoléon :
« Sire, vous croyez en Dieu. Bah! Dieu,
(1) L'empereur devoit rester uni à Joséphine. Le lien du mariage n'est-il pas un lien indissoluble, fondé sur la parole de Dieu et sor l'intérêt même de la société. Si le divorce est condamnable et un
crime pour les particuliers , quelle insolence à un sonverain de se /
— 97 — qu'est-ce? Qu'en savez-vous? L’avez-vous vu ? »
L'empereur répliquoit :
« Qu'est-ce que Dieu ? Sije le connois, ce que j'en sais? Eh bien ! Je vais vous le dire: répondez à votre tour : Comment jugez-vous qu'un homme a du génie? Est-ce quelque chose que vous avez vu? est-ce une chose visible, le génie?
Qu'en savez-vous pour y croire? On voit l'effet,
et de l'effet on remonte à la cause, on la trouve, on l’affirme, on y croit, n'est-ce pas? Ainsi sur un champ de bataille, quand l'action est engagée, si tout d'un coup le plan d'attaque est reconnu mauvais , à la promptitude, à la justesse des manœuvres, on admire, on s’écrie :
Un homme de génie! Au fort de la mêlée, quand la victoire flottoit indécise; pourquoi, vous, le premier, me cherchiez vous du regard? oui, vos lèvres m’appelaient, et de toutes parts on n'entendoit qu'un cri : L'Empereur, où est-il? Les ordres?
Qu'est-ce que c’étoit que ce cri? C'étoit le cri
le croire permis? Napoléon a outragé les femmes et la socièté au tant que la religion en se séparant de l’impératrice. C’est se mettre hors la loi, que de s’élever au dessus de la loi, et de la part de Napoléon , sa déclaration de divorce fut une déclaratipn de despotisme et la consommation d’un suicide ; mais ce fut le erime de ses passions, plutôt que de sa volonté. ( Note de l’auteur).
— g8 — de l'instinct et de la croyanoc générale à moi, à mon génie.
Eh bien! moi aussi, j'ai un instinct, une certitude, une croyance, un cri qui m'échappe malgré moi; je réfléchis, je regarde la nature avec sos phénomènes et je dis : Dieu. J'adinire et je m'écrie : 1 ya un Dieu (1).
(4) Cette preuve de l’existénce de Dieu est aussi belle et peut être plus éloquente qu'aucune des plus grands philosophes chrétiens, Descartes, Clarke êt Leibnitz, etc. Mais qu’on me peérnietté de tränportre ici quelques lignes du philosophe , dont la piapart dé nos hommesd'état se vantent d’être les disciples, de Locke, qu'on accuse à tort d’être matérialiste, parce qu’il a fait une écofe qui s'ést déclaré tætle. Voici ce que dit Locke sur La question de l'esprit et du corps : « La notion d'un esprit n’enferme pas plus de difficulté que celle da corps. La substance de l'esprit nous est inconnus ; mais coke dù gorge nous l’est tout autant. Nous avons des idées claires, distinctes des deux premières qualités ou propriétés du corps, qui sont la cofrésion des parties solides et l'xnpukfon : de même, nous conaoissons dans l’esprit, deux premières qualités ou propriétés, dont nous avons des idées claires et distinctes ; savoir, la pensée etta puissance d'agir, c’est-à-dire de commoncer et d’arvêter différentes pensées ou divers mouvements. L'esprit nous fournit de même des idées de plusieurs modes de penser, comme croire, douter, espérer, éraindre, ete. Nous y Moutrons asssi len idées de vauloir et de mouvoir le corps, en conséquence de la volonté. Enfin, s’il se trouve dans celte notion de l'esprit quelque difficulté ; nous n’avons pas pour cek plus æ
saison de nibe l'existence des/csprits que nous n’en auzious de nier l'existence du corps , sous prétexte que la notion du corps esf embarrassée du quelques difficultés, qu’il est fort difficile et peut-être impossibte d'expliquer. Pur éxémple , estit rién dens 4 notion de esprit qui approche plus de la contradiction que ce que renferme la notion même du corps, c’est-à-dire la divisibilité à l’inâni d'une étendue finie. Voilà une difficulté bien plus grande et une absordité bien plus apparente que tout ce qui pent suivre de la notion d'une substance immatérieite, douée d'intelligence, »
Mes victoires vous font croire en moi; eh bien ! l'univers mefait croireen Dieu. J'y crois à cause de ce que je vois, à cause de ce que je sens. Ces effets merveilleux de la toute-puissance divine, ne sont-ce point là des réalités aussi positives et plus éloquentes que mes victoires ? Qu'est-ce que la plus belle manœuvre auprès du mouvement des astres? Puisque vous croyez au génie, dites-moi du moins, dites moi, je vous prie, d'ou vient, chez l’homme de génie, cette invention d'idées, l'inspiration, ce coup d'œil qui n’est propre qu’à lui, Répondez ? D'où vient cela? indiquez-en la canse? vous l’ignorez, n'est-ce pas ? Eh bien! moi aussi, et personne n’en sait plus que nous deux. Et cependant cette singularité qui signale quelques individus, n'est-ce point un fait aussi évident, aussi positif qu'aucun au- {tre fait? Mais s’il est une telle différence dans les
Ces lignes sontextraites de l'Essat sur l’entendement humain, Ca ne sont pas là les idées d’un matérialiste, mais celles d'un penseur profond et véridique. Locke a puse tromper sur l’origine des idées mais il s'est trompé de bonne foi; jamais il n’exprime ce qu xl pense qu'avec un esprit de doute, dans tout ce qui concerne son système propre , et il affirme au contraire , avec tout l'élan de la conscience et d’une certitude absolue en toutes sortes de rencontres; sa croyance à la vérité de la révélation. Locke est un philosophe dans la belle acception da mot ; ses disciples matérialistes sont des ‘ rhéteurs et des pédagogues qui n’ont pas plus de rapport avec Locke qu'avec la science et la vérité. ( Note de l'auteur },
esprits, il y a une cause apparemment, c’est quelqu'un qui la fait cette différence; ce n’est ni vous, ni moi, et le génie n’est qu’un mot qui n’apprend rien de sa cause. Que quelqu'un vienne dire : Ce sont les organes: voilà une niaiserie bonne pour un carabin, mais non pour moi, entendez-vous ?
Votre esprit à vous, est-il celui du pâtre que nous appercevons d'ici dans la vallée à garder ses moutons? n’y a-t-il pas la même distance entre vous et lui qu'entre un cheval et un homme? comment le savez-vous ? Ce n'est pas que vous ayez jamais vuson esprit. Non, l'esprit d’une bête a le don d’être invisible ; il a ce privilége comme le plus grand génie.
Mais vous avez causé avec ce pâtre, vous avez examiné son visage, vous l'avez questionné et ses réponses vous ont dit ce qu’il étoit. Vous jugez donc la cause d’après les effets ? et vous jugez bien. Certes votre intelligence, votre raison, vos facultés sont infiniment au-dessus de celles de ce pâtre.
Eh bien! moi, je suis la même marche, et les effets divins me font croire à une cause divine. Oui, il existe une cause divine , une raison sou-
veraine, un être infini; cette cause est la cause des causes, cette raison est la raison créatrice de l'intelligence, Il existe un être infini, auprès du . quel, général Bertrand, vous n'êtes qu’un atôme; auprès duquel, moi Napoléon avec tout mon génie, je suis un vrai rien, uo pur néant, entendez-vous ? Je le sens, ce Dieu. je le vois. j'en ai besoin , j'y crois... Si vous ne le sentez pas, si vous n'y croyez pas, eh bien! tant pis pour vous... |
Napoléon disoit du général Bertrand, après des discussions de ce genre : « Je lui pardonne bien des choses : mais comment voulez-vous que j'aie quelque chose de commun avec un matérialiste, avec un homme qui ne croit pas à l'existence de l'âme ; qui croit qu'il est un tas de boue et qui veut que je sois comme lui, un tas de boue ».