‹ Conversations religieuses de Napoléon, avec des documents inédits de la plus haute importance ou il révèle lui-même sa pensée intime sur le christianisme, et des lettres de mm.le cardinal Fesch, Montholon, Hudson Lowe, Marchant, et un facsimile de l'écriture de l'empereur;Chapitre 28 sur 46 · MOT PROFOND DE L'EMPEREUR SUR LE MYSTÈRE DE LA | ° CROIX · texte numérisé non relu

MOT PROFOND DE L'EMPEREUR SUR LE MYSTÈRE DE LA | ° CROIX

Napoléon avoit un sens droit: il s’en servoit pour juger tout ce qui s’offroit à son esprit. Il racontoit un jour, à Sainte-Hélène , qu'on avoit fait plusieurs fois des tentatives auprès de lui, à diverses époques de sa puissance, pour l’engager à se déclarer le chef de la religion, en mettant de côté le pape. «On ne se bornoit paslà, disoitil; on vouloit que je fisse moi-même une religion à ma guise, m'assurant qu'en France, et dans le reste du monde, j'étois sûr de ne pas manquer de partisans et de dévots du nouveau culte, Que répondre à de pareilles sbttises ?

Un jour, cependant, que j'étois pressé sur ce sujet, par un personnage qui voyoit là-dessous une grande pensée politique, je l’arrêtai tout court : « Assez, monsieur, assez; voulezvous aussi que je me fasse crucifier ». Et comme il me regardoit d'un air étonné : « Ge n'est pas

là votre pensée, nila mienne non plus : eh bien! monsieur, c'est là ce qu'il faut pour la vraie religion ! Et après celle-là, je n’en connois pas, ni n'en veux connoître une autre. »

Napoléon disoit souvent avec un sentiment profond d’amertume. Il est dans cette île maudite deux privations auxquelles je ne puis m’habituer : pas de cloche et du pain moisi...

Page 1