DE LA DIVINITÉ DE JÉSUS-CHRIST
Je représenterai maintenant ce que c’est que la sagesse, et quelle est son origine : je ne vous cacherai point les secrets de Dieu, mais je remonterai jusqu’à la source de sa naissance; je la produirai au jour, je la ferai conuoître; etje ne cacherai point la vérité,
(La Sagesse, chap. VI, v. 24).
On parloit assez souvent à Sainte-Hélène de religion.
(4) Napoléon n’a jamais prononcé tout d'une haleine le magnifique plaidoyer qu’on va lire. L'auteur a donc réuni et rassemblé ce qui à été dit dans plusieurs conversations en présence de l'intérlocuteur qui parle le premier , ou du général Montholon. Il est nécessaire aussi de remettre sous les yeux du lecteur cet avertissement de l’avant-propos :
« Quelques personnes s’inquièteront de savoir quelle est la part de travail du metteur en œuvre , et si l’on a fait des additions, à quels signes on reconnoîtra ce qui est de Napoléon ou du manœuvre. Ma réponse sera bien simple : on ne contrefait pas le génie, Le fond des pensées, le nerf du raisonnement, les arguments principaux, sont et ne peuvent être que de Napoléon. Le style et les phrases entières lui appartiennent quelquefois {sttéralement, comme
Un jour, la conversation étoit animée; on traitait un sujet bien élevé, il s’agissoit de la divinité du Christ, Napoléon défendoit la vérité de ce dogme avec les arguments et l'éloqueuce d’un homme de génie, avec quelque chose aussi de la foi native du Corse et de l'Italien.
. Le général Bertrand étoit encore son antagoniste et celui qui lui tenoit tête.
Je ne conçoïs pas, sire, disoit-il, qu’un grand homme comme vous, puisse adopter que l’Être- Suprême se soit jamais montré aux hommes, sous une forme humaine, avec un corps, une figure, une bouche et des yeux, enfin semblable à nous. Que Jésus soit tout ce qu’il vous plaira, la plus vaste intelligence, le cœur le
celle-ci, par exemple, qui est au début de l'opinion de l’empereur sur Jésus-Christ : « Je connois les hommes et je vous dis que Jésus n’est pas un homme. » Et cetie autre, qui termine : « Vous ne voyez pas que Jésus est Dieu (dit Napoléon au général Bertrand), oh bien ! j'ai eu tort de vous faire général. -
Néanmoins , quelque fidèle que soit la mémoire, qui ne sait combien la pensée s’altère et diminue , dans le trajet d’une communication qui n’est pas directe. Pour y suppléer, on n’a pas craint de recourir à ane inspiration propre et à une certaine parure qu’exige la parole écrite et sans laquelle elle manque de grâce et ne sauroit plaire. Si l’on a respecté les pensées de Napoléon, ce respect n’a rien de servile. Ou a imité l'ouvrier qui monte un écrin; cet ouvrier ne craint pas quelquefois de tailler les diamants. Pour multiplier l'éclat et les effets de lumière, il ose multiplier les facettes, Heureux si l’on avait pu faire davantage !
plus moral, le législateur le plus profond , et surtout le plus singulier qui ait jamais existé, je l'accorde; mais il est un pur homme qui a endoctriné des disciples, séduit des gens crédules comme Orphée, Confucius, Brama, Le Dieu juif a renouvelé le prodige des temps fabuleux; il a remplacé, en les détrônant, les divinités grecques, égyptiennes. Grand homme succédant à des grands hommes, Jésus s’est fait adorer, parce qu'avant lui, ses prédécesseurs, Isis et Osiris, Jupiter et Junon, et tant d'autres avoient eu l'argueil de se faire adorer.
Tel a été l’ascendant de Jésus sur son époque, l'ascendant de ces dieux, de ces héros de la fable. Si Jésus-Christ a passionné et attaché à son char les muiltitudes, s’il a révolutionné le monde, je ne vois là que le pouvoir du génie et l’action d'une grande âme, qui envahit le monde par l'intelligence comme ont fait tant de conquérants, Alexandre, César, comme vous, Sire, ou Mahomet avez fait avec une épée ».
Napoléon répondit :
« Je connois les hommes, et je vous dis que Jésus n'est pas un homme.
Les esprits superficiels voient de la ressemblance entre le Christ et les fondateurs d'em-
nm -
pire, les conquérants et les dieux des autres religions. Cette ressemblance n'existe pas. Il y a entre le christianisme et quelque religion que ce soit , la distance de l'infini. |
Le premier venutranchera la question comme moi, pourvu qu'il ait une vraie connaissance
des choses et l’expérience des hommes.
Quel est celui de nous qui, envisageant avec cet esprit d'analyse et de critique que nousavons, | les différens cultes des nations, ne puigse dire en face à leurs auteurs :
« Non, vous n'êtes ni des dieux, ni des agens à de la Divinité ; non, vous n’avez point de » mission du Ciel. Vous êtes plutôt les mission: » naires du mensonge; mais à çoup sûr, vous x fûtes pétris du même limon que le reste des »x mortels. Vous êtes bien de la race et de la fa- » mille d'Adam. Vous ne faites qu'un avec toutes les passions et tous les vices qui en sont inséparablss, tellement qu’il a fallu les déifier avec vous. Vos templeset vos prêtres procla- » ment eux-mêmes votre origine. Votre his- » toire est celle des inventeurs du despotisme. » Si vous exigeâtes de vos sujets le culte et les » honneurs qui ne sont düs qu’à Dieu seul,
— À JO —— » vous fûtes inspiré par l'orgueil naturel au » rang suprême (1). Et certainement ce ne fut » nilaliberté, ni la conscience qui vous ehéirent » d’abord, mais la bassesse, le besoin et l'amour » du merveilleux, l'ignorance et la superstition ; » voilà vos premiers adorateurs. »
Tel sera le jugement, le cri de la canscienee de quiconque interrogera les dieux ou les temples du paganisme.
(4) Voici ce que dit Salomon sur le culte des idoles : «Le premier
essai de former des idoles a été un commencement de prostitution; et l’établissement de leur culte a été l’entière corruption de la vie
humaine. Car les idoles n'ont point été dès le commencement et
elles ne seront point pour toujours. C'est la vanité des hommes qui les a introduites dans le monde, c’est pourquoi on en verra bientôt la fin. Un père sflligé de la mort précipitée de son file , fit faise J'image de celui qui lui avoit été ravi sitôt : il commença à adorer comme dien, celui qui comme homme étoit mort un peu auparavant, et il lui établit parmi ses serviteurs un culte et des sacrifices, Cette coutume impie s'étant autorisée de plus en plus dans la suite da temps , l'erreur fut observée comme une loi, et les idoles furent adorés par le commandement des princes. Les hommes aussi ne pouvant honorer ceux qui étoient bien loin d’eux, firent apporter leur tableau du lieu ou ils étoient, gt ils proposèrent devant tout le monde l’image da roi à qui ils vouloient rendre honneur, pour révérer ainsi comme présent, avec une soumission religieuse, celui qui étoit éloigné. L'adresse admirable des sçulpteurs augmenta encore beaucoup ce culte dans l'esprit des ignorants. Chacun d’eux voulant plaire à celui qui l’'employoit , épuisa tout sof art pour faire une figure parfaitemant achevée , et le peuple ignorant , surpris par la beauté de cet ouvrage, commença de prendre pour un dieu celui qu’un peu de temps auparavant, il avoit honoré comme un homme.
( Sagesse , ch. 14, v. 412 et suivants ).
Reconnoître la vérité est un don du Ciel et le caractère propre d'un excellent esprit; mais il n’est personne qui ne puisse rejeter tout de suite le mensonge. Ce qui est faux répugne et se reconnaît à une simple vue.
Eh bien ! il s'élève constamment un flot sans cesse renaissant d’objections contre la vraie religion , soit. D'ou vient qu'on n'en fait aucune contre les fausses? C’est que sans hésiter, tout le monde les croit fausses.
Jamais le paganisme fut-il accepté comme la vérité absolue par les sages de la Grèce, ni par Pytagore ou par Socrate, ni par Platon, ni par Anaxagore ou par Périclès.
Ces grands hommes se récréaient avec les récits du bon Homère, comme avec les riantes imaginations de la Fable, mais ils ne les adoraient pas.
Au contraire, les plus grands esprits, depuis l'apparition du christianisme, ont eu la foi, et une foi vive, une foi pratique aux mystères et aux dogmes de l'Évangile, non seulement Bossuet et Fénélon, dont c’étoit l'état de le prêcher, mais Descartes et Newton, Leibnitz et Pascal, Corneille et Racine, Charlemagne et Louis XIV.
D'où vient cette singularité? Qu'un symbole aussi mystérieux et obscur que le symbole des apôtres, ait été reçu avec un profond respect, par nos plus grands hommes, tandis que des théogonies puisées dans les lois de la nature et qui n'étaient, à vrai dire, que des explications systématiques du monde, n'ont pu parvenir à en imposer à aucun homme instruit? Qu'est-ce qui a le plus médit de l'Olympe païen, sinon les païensP
La raison en est bien naturelle; derrière le voile de la Mythologie, un sagè appercçoit tout de suite la marche et les lois des sociétés naïssantes, les illusions et les passions du cœur humain, les symboles et l'orgueil de la science.
La mythologie est la religion de la fantaisie. Les poëtes, en déifiant leurs rêves, suivirent la pente naturelle à notre esprit, qui exagère sa puissance, jusqu’à s’adorer lui-même, parce qu’il ignore ses limites.
Ici, tout est humain , tout crie en quelque sorte : « Je suis l’œuvre de la créature. » Cela saute aux yeux, tout est imparfait, incertain, incomplet, les contradictions fourmillent. Tout
ce merveilleux de la fable, amuse l'imagination, mais ne satisfait pas la raison.
Ce n’est point avec des métaphores ni avec de la poésie qu’on explique Dieu, qu’on parle de l'origine du monde et qu'on révèle les lois de l'intelligence.
Le paganisme est l’œuvre de l’homme, On peut lire ici notre imbécillité et notre cachet qui sont écrits partout.
Que savent-ils de plus que les autres mortels, ces Dieux si vantés, ces législateurs grecs ou romains, ces Numa, ces Lycurgue, ces prêtres de l'Inde ou de Memphis, ces Confucius, ces Mahomet ? Rien absolument.
Ils ont fait un vrai cahos de la morale: maïs en est-il un seul d’entre eux, qui ait dit rien de neuf relativement à notre destinée à venir, à notre âme, à l'essence de Dieu et à la création. Les théosophes ne nous ont rien appris de ce qu'il nous importe de savoir, et nous ne tenons d'eux aucune vérité essentielle. La question religieuse n’est pas même entamée par eux, tant leur théogonie est embrouillée, confuse, obscure!
Il est une vérité primitive qui remonte au
berceau de l’homme, qu'on retrouve chez tous les peuples, écrite par le doigt de Dieu dans notre âme : la loi naturelle, d’où dérive le devoir, la justice, l'existence de Dieu, la connaissance de ce que c’est que l'homme composé d’un esprit et d'un corps.
Une seule religion accepte pleinement la loi naturelle, une seule s'en approprie les principes, une seule en fait l'objet d'un enseignement perpétuel et public. Quelle est cette religion ? le christianisme.
La loi naturelle chezles payens , au contraire, était méconnue, défigurée, modifiée par l'é- : goisme et dépendante de la politique. On la toléroit, mais on n’en reconnaissait point le caractère sacré. Cette loi n'avait ni temple, ni prétres, ni d'autre asyle que le langage, ou Dieu la conservait par une sagesse de sa providence.
La Mythologie est un temple consacré à la force, aux héros, à la science, aux bienfaits de la nature. Les sages n'y ont pas de place ; en effet, les sages sont les ennemis naturels de cette idolâtrie qui divinise la matière.
Aussi, pénétrez dans les sanctuaires, vous n'y trouvez ni l’ordre, ni l'harmonie, mais un vrai
cahos, mille contradictions, la guerre entre les dieux, l’'immobilité de la sculpture, la division et le déchirement de l’unité, le morcellement des attributs divins, altérés ou niés dans leur essence, les sophismes de l'ignorance et de la présomption, des fêtes profanes, le triomphe de la débauche , l'impüreté et l’abomination adorées, toutes les sortes de corruption gisant parmi d'épaisses ténèbres avec un bois pourri, l'idole et son prêtre. Est-ce là ce qui glorifie - Dieu ou ce qui le déshonore (1)?
Sont-ce là des religions et des Dieux à comparer au Christianisme ?
Pour moi, je dis non. J’appelle l'Olympe entier à mon tribunal. Je juge les Dieux, mais je suis loin de me prosterner devant de vains simulacres. Les Dieux, les législateurs de l'Inde
(1) Il est curieux de rapprocher ces paroles de celles de Salomon, sur le même sujet: « ç’a été la source de l’illasion de la vie humaine, de ce que les hommes, ou se livrant au regret d’avoir perdu ceux qu’ils aimoient, ou se rendant trop complaisans aux rois, ont donné à des pierres on à du bois un nom incommunicable à la créature. Il n’a pas même suffi aux hommes d'être dans ces erreurs touchant la connoissance de Dieu; mais vivant dans une grande confusion, cansée par l’ignorance ; ils donnent le nom de paix à des maux si grands et en aussi grand nombre, Car, ou ils immolent leurs propres enfans , ou ils font en secret des sacrifices infâmes, ou ils célèbrent des veilles pleines d’une brntalité furieuse. De là vient qu'ils ne gardent plus aucune honnéteté, ni dans leur vie, ni dans leurs
et de là Chine, de Rome et d’Athènes , n’ont rien qui m'en impose. Non pas que je sois injuste à leur égard! non, je les apprécie parce que j'en sais la valeur. Sans doute les princes dont l'existence se fixa dans la mémoire, comme une image de l'ordre et de la puissance, comme un idéal de la force et de la beauté, de tels princes ne furent point des hommes ordinaires.
Mais il faut aussi calculer dans ces résultats l'ignorance de ces premiers âges du monde.
Cette ignorance fut grande, puisque les vices furent divinisés avec les vertus, tant l’imagination joua le rôle principal dans cette séduction curieuse ! ainsi la violence, la richesse, tous les signes et l’orgueil de la puissance, l'amour du plaisir, la volupté sans frein, l’abus de la force, sont lestraitssaillants de labiographie des dieux,
mariages ; mais l'un tue l’autre par envie, ou lontrage par l’adalttère. Tout est dans la confusion , rempli de sang, de méortre » de “vol , de tromperie, de corruption, d’infidélité, de tumulte, de parjure, de persécution pour les gens de bien ; d’oubli de Dieu, déngratitude, de souillure des âmes , d’avortement, de désordres dans Tes mariages et des dissolutions de l’adultère et de l'impudicité..… Es effet, ou ils s’abandonnent à la fureur dans leurs divertissements , ou ils font des prédictions pleines de mensonges, ou ils vivent dans l'injustice, ou ils se parjurent sans aucun scrupule, parce qu'ayant mis leur confiance en des idoles qui n’ont point d'âme , ils ne craignent point d’être punis de leurs parjures.
(Sagesse, chap. XIV, v. 21).
tels que la Fable et les poëtes les présentent, et nous en font un naïf recit.
Je ne vois dans Lycurgue, Numa, et Mahomet, que des législateurs, qui ayant le premier rôle dans l'État, ont cherché la meilleure solution du probléme social; mais je ne vois rien Jà qui décèle la divinité; eux-mêmes n’ont pas élevé leurs prétentions si haut.
Il est évident que la postérité seule a divinisé les premiers despotes, les héros, les princes des nations et les instituteurs des premières républiques. Pour moi je reconnois les dieuxet cesgrands hommes, pour des êtres de la même nature que moi. Leur intelligence après tout, ne se distingue de la mienne que d'une certaine façon. Îls ont primé, rempli un grand rôle dans leur temps, comme j'ai fait moi-même. Rien chez eux n’annonce des êtres divins : au contraire je vois de nombreux rapports entre eux et moi, je constate des ressemblances, des foiblesses et des erreurs communes qui les rapprochent de moi et de l'humanité. Leurs facultés sont celles que je possède moi-même; il n'y a de différence, que dans l'usage que nous en avons fait, eux et moi, selon le but différent que
nous nous somnres proposés, et selon le pays et les circonstantes.…
Il n’en est pas de même du Christ. Tout de lai m'étonne; son esprit me dépasse et sa volonté me confond. Entre lui et quoique ce soit au monde, il n’y a pas de terme possible decomparaison. Ilest vraiment un être à part : ses idées et ses sentiments, la vérité qu'il annonce, sa mauière de convaincre, ne s'expliquent ni par l’organisation humaine, ni par la nature des choses.
Sa naissance et l’histoire de sa vie, la profondeur de son dogme qui atteint vraiment la cime des difficultés, et qui en est la plus admirable s0- ‘lution , son Évangile, la singularité de cet être mystérieux, son apparition, son empire, sa marche à travers les siècles et les royaumes, tout est pour moi un prodige, je ne sais quel mystère insondable... qui me plonge dans une rêverie dont je ne puis sortir, mystère qui est là sous mes yeux, mystère permanent que je ne peux nier et que je ne puis expliquer non plus.
Ici je ne vois rien de l’homme. |
Plus j'approche, plus j'examine de près, tout est au-dessus de moi, tout demeure grand d’une grandeur qui écrase, el j'ai beau réfléchir, je ne me rends compte de rien.
Sa religion est un secret à lui seul et provient d'une intelligence qui, certainement, n'est pas l'intelligence de l'homme. Il y a là une originalité profonde qui crée une série de mots et de maximes inconnues. Jésus n'emprunte rien à aucune de nos sciences. On ne trouve absolument qu’en lui seul limitation ou l'exemple de sa vie. Ce n'est pas non plus un philosophe, puisqu'il procède par des miracles, et dès le commencement ses disciples sont ses adorateurs. Il les persuade bien plus par un appel au sentiment, que par un déployement fastueux de méthode et de logique; aussi ne leur impose-t-il ni des études préliminaires, ni la connaissance des lettres. Toute sa religion consiste à croire.
En effet, les sciences et la philosophie ne servent de rien pour le salut, et Jésus ne vient dans le monde que pour révéler les secrets du Ciel et les lois de l'esprit. |
Aussi n’a-t-il affaire qu’à l’Ame, il ne s’entretient qu'avec elle, et c’est à elle seule qu'il apporte son Évangile.
L'âme lui suffit comme il suffit à l’âme : jusqu'à lui, l’âme n'étoit rien; la matière et le temps étoient les maîtres du monde. À sa voix, tout est rentré dans l’ordre. La science et la phi-
losophie ne sont plus qu’un travail secondaire. L'âme a reconquis sa souveraineté. Tout l’échafaudage scholastique tombe comme un édifice ruiné par un seul mot : LA For.
Quel maître, quelle parole qui opère une telle révolution! avec quelle autorité'il enseigne aux hommes la prière! il impose ses croyances ! et nul ici ne peut contredire, d’abord parce que l'Evangile contient la morale la plus pure, et ensuite parce que le dogme dans ce qu'il contient d’obscur, n'est autre chose que la proclamation et la vérité de ce qui existe, là où nul œil ne peut voir, et où nul raisonnement ne peut atteindre.
Quel est l’insensé qui dira: non, au voyageur intrépide qui raconte les merveilles des pics glacés, que lui seul a eu l'audace de visiter.
Le Christ est ce hardi voyageur. On peut demeurer incrédule, sans doute; mais on ne peut pas dire : Cela n’est pas.
D'ailleurs, consultez les philosophes sur ces questions mystérieuses qui sont l'essence de l'homme, et aussi l'essence de la religion; quelle est leur réponse, quelest l'homme de bon sens qui a jamais rien compris aux systêmes de la
métaphysique ancienne ou moderne (1)? qui ne sont vraiment qu’une vaine et pompeuse idéologie, sans aucun rapport avec notre vie domestique, avec nos passions. Saas doute, à force de réfléchir, on parvient à saisir la elé de la philoséphie de Socrate:et de Platon ; mais il faut être métaphysicien, et il faut de plus, avec des années d'étude, une aptitude spéciale. Mais le bon sens tout seul le cœur, un esptit droit suffisent pour comprendre lechristianisme.
La religion chrétienne n’est pas de l'idéologie ni de la métaphysique, mais une règle pratique ‘qui dirige les actions de l’homme, qui le corrige, le conseille et l’assiste dans toute sa conduite. La Bible offre une série complète de
(4) J'en appelle à tous les hommes sensés, qui sous la restauration ont assisté aux cours de M. Cousin. En est-il un seul qai-ait pu rien comprendre à tout ce pathos, qu’on décorait alors du nôm' d'ecclectisme , et que maintenant M. Cousin baptise du nom +. de philosophie de la Charte. Mais le monde frivole et les salons applaudissoient, faisant chorus avec le journalisme, par haine des jésuites et du gouvernement. Quelle estime de soi-même et quel mépris d'autrui, pour pérorer sur une trinité imaginaire, qui n’a jamais existé que dans la tête, ou plutôt sur la langue de M Cousin, et ne dire mot sur la trinité réelle, qui est dans l'esprit et dans le cœur de tout le monde ! O vous: Platon, à qui l’amour de la philosophie commanda un vœu de chasteté, qui vous rendit voisin! de la grâce céleste, jusqu’à vous faire entrevoir notre divin Jésus, à la lueur de votre éminente raison; qu'y a-t-il entre vous, le disciple et l'âämi
de Soerate et l'ami, que dis-je? le valet du gendre de M, Dosne, | (Note de l'auteur),
| — 191 — faits et d'hommes historiques, pour expliquer le temps et l'éternité, telle qu'aucune autre religion n'est à même d'en offrir : si ce n’est pas Ja vraie religion, on est excusable de s’y tromper ; car tout cela est grand et digne de Dieu.
Je cherche en vain dans l’histoire pour y trouver le semblable de Jésus-Christ, ou quoique ce soit qui approche de l'Évangile. Ni l’histoire, ni l’humanité, ni les siècles, ni la nature ne m'offrent rien avec quoi je puisse le comparer ou l'expliquer. Îci tout est extraordinaire, plus je le considère et plus je m'assure qu'il n’y a rien là, qui ne soit en dehors de la marchedes choses et
au-dessus de l'esprit humain.
Les impies eux-mêmes n'ont jamais osé nier la sublimité de l'Évangile qui leur inspire une sorte de vénération forcée ! Quel bonheur ce livre procure à ceux qui y croient ! que de merveilles y admirent ceux qui l’ont médité!
Tous les mots y sont scellés et solidaires l’un de l’autre, commeles pierres d’un même édifice. L'esprit qui lie les mots entre eux, est un ciment divin qui tour à tour en découvre le sens ou le cache à l'esprit. Chaque phrase a un sens complet, qui retrace la perfection de l'unité et la profondeur de l’ensemble ; livre unique ou l’es-
Le 4
prit trouve une beauté morale inconnue Jjusque-là, et une idée de l'infini supérieure à celle même que suggère la création ! Quel autre que Dieu pouvoit produire ce type, cet idéal de perfection, également exclusif et original, où personne ne peut ni critiquer ni ajouter, niretrancher un seul mot, livre différent de tout ce qui existe, absolument neuf, sans rien qui le précède et sans rien qui le suive (1).
(4) Napoléon, étant jeune, avoit lu Rousseau dont il faisoit alors un grand cas; ensuite il répudia les sophismes et l'idéologie de l’auteur paradoxal du Contrat social; mais il dut relire souvent le passage suivant, qni contient un éloge de l'Évangile, d'autant plus cu-
- rieux qu'il est arraché à l'écrivain qui cède à l’évidence plutôt qu’à
la foi « J'avoue que la majesté des Écritures m'étonne : la sainteté de l'Évangile parle à mon cœur. Voyez les livres des philosophes, avec toute leur pompe, qu'ils sont petits près de celui-là ! se peutil qu'un livre à la fois si sublime et si simple soit l’ouvrage des hommes? Est-ce là le ton d’an enthousiaste où d'un ambitieux sectaire ? Quelle douceur ! Quelle pureté dans ses mœurs ! Quelle grâce touchante dans ses instructions ! Quelle élévation dans ses maximes! Quelle profonde sagesse dans ses discours! Quelle présence d’es. prit ! Quelle finesse et quelle justesse dans ses réponses ! quel emempire sur ses passions! où est | homme , où est le sage , qui sait agir, souffrir et mourir sans foiblesse et sans ostentation ? Quand Platon peint son juste imaginaire , couvert de tout l'oprobre du crime et digne de tous les prix de la vertu; il peint trait pour trait Jésus-Christ. La ressemblance est si frappante que tous les pères de l’Église l'ont sentie, et qu'il n’est pas possible de s’y tromper. Quels préjugés, quel aveuglement ne faut-il point avoir pour oser comparer le fils de Sophronisque au fils de Marie ! Quelle distance de l’un à l'autre ! Socrate mourant sans douleur , sans ignominie, soutint aisément jusqu'au bout son personnage ; et si cette facile mort n'eût honoré 85 vie, on douteroit si Socrate , avec tout son
Vous parlez de Confucius, de Zoroastre, de Numa, de Jupiter et de Mahomet; mais il y a entre eux et le Christ cette différence que de même que tout ce qu'il a fait est d’un Dieu, il n'est rien chez eux au contraire qui ne soit d’un. homme. L'action de ces mortels fut bornée à.
leur vie, et ce fut, deleur vivant, qu’ils établirent leur culte à l'aide des passions, avec la force et à la faveur des événements politiques.
Le christ attend tout de sa mort : est-ce là l'invention d’un homme? non, non, c’est au contraireune marche étrange, une confiance sur-huesprit, fût autre chose qu’un sophiste ! Mais, où Jésus avoit-il pris parmi les siens cette morale élevée et pure, dont lui seul a donné les leçons et l'exemple ? Du sein du plus furieux fanatisme, la plus haute sagesse se ft entendre et la simplicité des plus héreïques ver-
tus honora un peuple tout matériel. La mort de , Socrate philoso- Phant tranquillement avec ses amis , est la pins douce qu'on puisse
” désirer. Celle de Jésus expirant dans les tourments, injarié, raillé,
maudit de tout un peuple, est la plus horrible qu'on puisse craindre. Socrate prenant la coupe empoisonnée bénit celui qui la lui présente et qui pleure. Jésus au milieu d’un supplice affreux , prie Dour ses bourreaux acharnés. Oui, si la vie et la mort de Socrate sont d’un sage, la vie et la mort de Jésus sont d’an Dieu. Dironsnous que l'histoire de l'Évangile est inventée à plaisir; nog, ce n’est pas ainsi que l’on invente , et les faits de Socrate, dont personne ne doute, sont moins atiestés que ceux de Jésus-Christ, Au fond, c’est reculer la difficulté sans la détruire. Il scroit plus inconcevable que plusieurs hommes d'accord, eussent fabriqué ce livre qu'il ne l’est qu’un seul en ait fourni le sujet. Jamais des auteurs Juifs n’enssent trouvé ni ee ton, ni cette morale; et l'Évangile a des caractères de vérité si grauds, si frappants, si parfaitement ini-
| tilables, que linventeur eu seroit plus étonnant que le héros. »
maine, une réalité inexplicable! n'ayant ancore que quelques disciples idiots, le Christ est condamné à mort; il meurt objet de la colère des prêtres juifs, et du mépris de sa nation, abandonné et contredit par les siens. Et com . ment pouvoit-il en être autrement de celui qui avoit annoncé par avance ce qui alloit lui arriver :
« On va me prendre, on me crucifiera ( di- > soit-il) je serai abandonné de tout le monde, » mon premier disciple me reniera au commen- » cement de mon supplice, je laïsserai faire les » méchants; mais ensuite la justice divine étant » satisfaite, le péché originel étant expié par » mon supplice; le lien de l’homme avec Dieu » sera renoué, et ma mort sera la vie de mes » disciples : alors ils seront plus forts sans moi » qu'avec moi : car ils me verront ressuscité : je » monterai au Ciel, etje leur enverrai du Ciel, » unesprit qui les instruira : l'esprit de la croix » leur fera concevoir mon Evangile ; enfin ils y » croiront, ils le précheront, ils le persuade- » ront à l'univers tout entier. x
Et cette folle promesse , si bien appelée par saint Paul {a folie de la croix, cette prédiction
d'un misérable crucifié s’est accomplie littéra« lement... Et le mode de l'accomplissement est peut être plus prodigieux que la promesse.
Ce n’est ni un jour, ni une bataille qui en ont décidé; est-ce la vie d’un homme? Non. C'est une guerre, ur long combat de trois cents ans, commencé par les apôtres et entretenu par leurs successeurs, et par le flot successif des générations chrétiennes. Depuis saint Pierre, les 32 évèques de Rome qui ont succédé à sa primauté, ont été comma lui martyrisés. Ainsi trois siècles durant, la chaire romaine fut un échafaud, qui procurait infailliblement la mort à celui qui y était appelé. Et rarement les autres évêques, pendant cette période de trois cents ans, eurent une destinée meilleure.
Dans cette guerre, tous les rois et toutes les forces de la terre se trouvent d’un côté, et de l'autre je ne vois pas d'armée; mais une énergie mystérieuse, quelques hommes disséminés çà et là, dans toutes les parties du globe, n'ayant d'autre signe de ralliement qu’une foi commune dans le mystère de la Croix.
Quel étrange symbole! l'instrument du supplice de J'Homme-Dieu. Ses disciples en sont
armés. Ils portent la croix dans l'univers avec leur conviction, flamme ardente qui se propage de proche en proche :« Le Christ, Dieu, disentsils, est mort pour le salut des hommes. »
Quelle lutte , quelle tempête, soulèvent ces simples paroles autour de l’humble étendard du supplice de l'Homme-Dieu !
Que de sang versé des deux parts! quel acharnement! Mais ici, la colère et toutes les fureurs de la haine et de la violence. Là, la douceur, le courage moral , une résignation infinie. Pendant trois cents ans, la pensée lutte contrela brutalité des sensations, là conscience contre le despotisme, l'âme contrele corps, la vertu contre tous les vices. Le sang des chrétiens coule à flots. Ils meurent en baisant la main qui les tue. L'âme seule proteste, pendant que le corps se livre à toutes les tortures. Partout les chrétiens succombent , et partout ce sont eux qui triomphent. (1)
(4) Écoutons Rousseau exprimant les mêmes idées, avec son style si remarquable : « Après la mort de Jésus-Christ, douze pauvres pêcheurs entreprennent d'instruire et de convertir le monde ; leur méthode étoit simple ; ils prèchoient sans art , mais avec un cœur pénétré ; et de tous les miracles dont Dieu honoroit leur foi, le plus frappant étoit la sainteté de leur vie ; leurs disciples suivirent
cet exemple et le succès fut prodigieux. Les prêtres païens alarmés firent entendre aux princes que l'état étoit perdu, parce que les
nn 137 =.
Vous parlez de César et d'Alexandre, de leurs conquêtes, et de l'enthousiasme qu’ils surent allumer dans le cœur du soldat pour l’entraîner avec eux dans des expéditions aventureuses ; mais il faut voir là le prix de l'amour du soldat, l’ascendant du génie et de la victoire, l'effet naturel de la discipline militaire, et le résultat d'un commandement habile et légitime. Mais combien d'années l'empire de César a-t-il duré? Combien de temps l'enthousiasme des soldats pour Alexandre s'est-il soutenu ? Ils ont joui de ces hommages, un jour, une heure, le temps de leur commandement et au plus de leur vie, selon les caprices du nombre et du hazard, selon les calculs de la stratégie , enfin selon les chances de la guerre... Et si la victoire infidèle les eût quittés, doutez-vous que l'enthousiasme n'’eût aussitôt cessé? Je vous le demande , l'influence militaire de César et d'Alexandre, a-t-elle fini avec leur vie ? s’estelle prolongée au-delà du tombeau ?
‘ offrandes dimiauoient. Les persécutions s’élevérent et ne firent qu’accélérer le progrès de cette religion , qu’ils voulaient étouffer. Tous les chrétiens couroient au martyre, tous les peuples couroient au baptême ; l’histoire de ces premiers temps est un prodige continuel. »
simple , infiniment sévère et infiniment doux ; dans un commerce de vie poür ainsi dire public, Jésus ne donne jamais de prise à la moindre critique ; sa conduite si prudente ravit l’admiration par un mélange de force et de douceur. Qu'il parle ou qu'il agisse , Jésus est lumineux, immuable, impassible. Le sublime, dit-on, est un trait de la Divinité, quel nom donner à celui qui réunit en soi tous les traits du sublime?
Le mahométisme , les cérémonies de Numa, les institutions de Lycurgue, le polythéisme et la loi mosaïque même, sont bien plus des œuvres de législation que des religions.
En effet, chacun de ces cultes se rapporte plus à la terre qu'au ciel. Il s’agit là surtout d’un peuple et des intérêts d'une nation. Et n'est-il pas évident que la vraie religion ne sauroit étre circonscrite à un seul pays? La vérité doit embrasser l'univers. Tel est le christianisme, la seule religion qui détruise la nationalité, la seule qui proclâme l'unité et la fraternité absolue de l'espèce humaine, la seule qui soit purement spirituelle, enfin la seule qui assigne à tous, sans distinction, pour vraie patrie, le sein d’un Dieu créateur.
Le Christ prouve qu'il est le fils de l'éternel, par son mépris du temps; tous ses dogmes sigoifient une seule et même chose : « l’éternité. »
Aussi comme l'horizon de son empire s'étend, et se prolonge infiniment. Le Christ règne par delà la vie et par delà la mort! le passé et l’avenir sont également à Jui ;: le royaume de la vérité n’a et ne peut avoir en effet d'autre limite que le mensonge. Tel est le royaume de l'Evangile, qui embrasse tous les lieux et tous les | peuples. Jésus s'est emparé du genre humain : il en a fait une seule nation, la nation des honnêtes gens, qu’il appelle à une vie parfaite. Les ennemis du Christ, relèvent de lui comme ses amis, par le jugement qu’il exercera sur tous le jour du jugement.
Mahomet sans doute proclame l'unité de Dieu : cette vérité est l'essence et le dogme principal de sa religion. Je le reconnais, mais tout le monde sait qu'il ne l'affirme, que d'après Moïse et la tradition juive. L'esprit de Mahomet ou plutôt son imagination a fait tous les frais de tous les autres dogmes de l'alcoran, livre plein de confusion et d'obscurité, d'un
novateur passionné qui se tourmente pour résoudre avec le génie, des questions qui sont plus hautes que le génie; et il n'aboutit vraiment qu'à des turpitudes! tant il est vrai qu'il n'est dogné à persanne, même à un grand homme, de rien dire de satisfaisant sur Dieu, le paradis et la vie future, si Dieu ne l’en instruit lui-même préalablement !
Aussi Mahomet n’est vrai qu'autant qu'il s’ap-
puie sur la Bible et sur le sentiment inné de la | eroyance en Dieu.
Pour tout le reste, l'alcoran n'est vraiment qu'un système hardi de domination et d’envahissement politique.
Partout l’homme ambitieux se montre à découvert dans Mahomet, vil flatteur de toutes les passions les plus chères au cœur de Fhomme!
comme il caresse la chair , quelle large part il fait à la sensualité !
Est-ce vers la vérité de Dieu qu’il veut entrafner l’Arabe, ou vers la séduction de toutes les jouissances, permises dans cette vie et promises comme l'espoir et la récompense de l’autre.
11 fallait enlever un peuple ; l'appel aux passions fut nécessaire, à la bonne heure lil a réussi :
mais la cause de son triomphe sera la cause de sa ruine. Tôt ou tard le croissant disparaîtra de la scène du monde, et la croix y demeurera!
Le sensualisme tue en définitive les nations, aussi bien que les individus, ‘qui ont la folie d'en faire la base de leur existence !
De plus, ce faux prephète, s'adreise à une seule nation, et il a senti le hesoin de jouer deux rôles, le rôle politique et le rôle religieux. Il a effectivement conquis et possédé toute la puissance du premier. Pour le second, s’il en a eu le prestige, il n'en a pas eu la réalité, Jamals äl n'a donné de preuves de la divinité de sa mission. Une ou deux fois, il veut s’étayer d'un miracle, et il échoue honteusment. Personne ne croità ses miracles, parce que Mahomet n'y croyait pas lui-même; ce qui prouve, qu'il n'est pas aussi aisé qu'on se l'imagine, d'en imposer sous ce rapport. °
Si le titre d’imposteur, s’accole facilement au nom de Mahomet, il répugne tellement avec celui du Christ, que je ne crois pas qu'aucun ennemi du christianisme, ait jamais osé l’enflétrir|
Et cependant il n'ya pas de milieu , le Christ est un imposteur, où il est Dieu.
Le Christ n’a point de d'ambition terrestre, il est exclusivement à sa mission céleste. Il lui étoit facile d'exercer une grande séduction, et d'avoir de la puissance, en devenant un homme politique. Tout s’y prétoit et alloit au devant de lui, s’il l’eût voulu!
Les Juifs attendoient un messie temporel, qui devroit subjuguer leurs ennemis ; un roi dont le sceptre rangeroït le monde entier sous leur domination. Certes, il y avait là une tentation difficile à surmonter, et l’élément naturel d’une grande usurpation. Jésus est le premier qui ose attaquer publiquement l'interprétation erronée des écritures. Il s'attache à démontrer que ces victoires et ces conquêtes du Christ, sont des victoires spirituelles, qu'il s'agit de la répression des vices , de l’assujétissement des passions, et de l’envahissement pacifique des âmes ; et si les écritures annoncent la soumission éclatante de l'univers, cette soumission abselue, regarde le second avénement qui arrivera à la fin du monde.
Jésus, prend un soin tout particulier, d’inculquer cette explication toute spirituelle à ses disciples. On veut, dans plusieurs occasions, se
= 145 — saisir de lui pour le faire roi ; il écarte de son front la couronne, il n’en veut pas : en veut une autre, que la vierge sa mère lui a préparée : il la ceindra le jour de son grand sacrifice
Jésus ne pactise pas d'avantage avec les autres faiblesses humaines. Les sens, ces tyrans de l’homme, sont traités par lui, en esclaves faits pour obéir et non pour commander. Les vices sont les objets de sa haine implacable. Il mortifie les passions, qui sont l'élément naturel des grands succès. Il parle en maître à la nature humaine dégradée, en maître courroucé qui exige une expiation. Sa parole, toute austère qu'elle est, s’insinue dans l'âme comme un air subtil et pur ; la conscience en est pénétrée et silencieusement persuadée.
Jésus met de côté la politique, qui est chose superflue pour de vrais chrétiens, qui adorent le dogme de la fraternité divine.
Certes, voilà un homme à part, voilà un pontife, et une religion qui se sépare vraiment de toutes les autres religions ; et celui-là est un menteur, qui dit qu'il ÿ a nulle part quelque chose qui ressemble à cela.
1l est vrai que le Christ propose à aotre foi
une série de mystères. Il commande avec auto. rité d'y croire sans donner d'autre raison, que cette parole épouvantable : Je suis Dieu.
11 le déclare ! quel abime il creuse par cette dé« claration, entre lui et tous les faiseurs de religion. Quelle audace , quel sacrilége, quel blasphême, si ce n'était vrai ! Je dis plus : le triomphe universel d'une affirmation de ce genre, si ce triomphe n'était bien réellement celui de Dieu même, serait une excuse plausible, et la preuve de l’athéisme.
D'ailleurs en proposant des mystères, le Christ est conséquent avec la nature des choses quiest profondément mystérieuse, D'où viens-je, où vais-je, que suis-je ? la vie humaine est un mystère dans son origine , dans son organisation et dans sa fin. Dans l’homme et hors de l'homme, dans la nature, tout est mystère et l’on voudrait que la religion ne fut pas mystérieuse. La création etla destinée du monde, sont un abîme impénétrable, aussi bien que la destinée et la création d’un seul individu. Le christianisme du moins n'élude pas ces grandes questions; il les attaque en face, et nos dogmes en sont une solution pour celui qui croit. Les
païens ne niojent pas que la nature des choses ne fut mystérieuses chezeux, le mystère étoit partout : ils en avoient de toutes les sortes, mystères d'Isis, mystères des bacchanales, mystères de sagesse et d’infâmie, C'est ici qu'à bon droit l’on peut se révolter de la nuit impure et profonde qui enveloppe le sanctuaire.
Quel amalgame hétérogène de principes contradictoires que la théogonie chaldéenne , grecque et égyptienne ! quel océan d'idées mal digérées, unies sans liaison, sans hiérarchie! quel mélange du sublime et de l'absurde ! du sacréet du profane! Ce qui est le moins obscur, se rapporte évidemment à l’origine des sociétés, à leur histoire, et surtout à celle des premiers princes, tandis que le dogme rappelle les mêmes croyances ou plutôt les mêmes erreurs d’une tradition perdue ! et le sanctuaire païen est vraiment le réceptacle ténébreux des lueurs fausses des sens, Je rendez-vous impur des mille bizarreries de l’imagination et l'asile consacré de toutes les folies du cœur, et de toutes les aberrations des siècles.
De tels temples, de tels prêtres, peuvent-ils être les temples et les prêtres de la vérité, Qui oseroit le soutenir? Non, jamais les païens euxtnèmes ne l’ont cru sérieusemént.
Le christianisme seul a affiché dès sa naissance cette prétention , et seul il en a le droit, parce que son dogme est conséquent , et d'accord avec cette prétention. Le polythéisme en eut le pressentiment, quand il attaqua le christianisme avec tant de fureur. La voix du christianisme fut entendue comme un cri puissant de la conscience, qui venait réveiller la conscience. Aussitôt l'idolâtrie se sentit attaquée dan sa base, et n’ayant rien à opposer à l’attaque de ce cri généreux, l’idolâtrie menacée dans son existence, répondit par un cri de rage. Cette rage n'étoit pas de la conviction, mais le désespoir de ceux qui alloient cesser de vivre, parce que leur vie étoit liée à celle de leur idole.
Telle est la faiblesse du mensonge, qui de soi n’a rien de fixe. Comment sur la tige mouvante de l'erreur, germerait-il une croyance, une conviction ? Non, les payens ne croyoient pas au paganisme; et de nos jours un hérétique n’a et ne peut avoir qu'une fausse confiance dans les erreurs qui le séparent du catholique; mais il croit en toute assurance, les articles communs aux deux communions. Et c'estla croyance commune qui explique la durée des hérésies. On
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ne peut expliquer le succès de Luther et de Calvin que par les passions des hommes, et par je secours qu'ils reçurent de la politique des princes et des grands, qui se servirent de l’hérésie, comme d’une arme contre le pouvoir royal et contre l'autorité ecclésiastiqueÿ Mais comment un homme de bon sens peut-il demeurer protestant dans ces temps-ci? Aussi le protestantisme existe plutôt par ses conquêtes passées que par sa force présente. |
Quelle est la religion qui soit absolue , qui éclaire, dirige et tranquillise la conscience comme la foi chrétienne ? Les fausses religions laissent l'esprit comme un vaisseau sans pilote, errer à l'aventure. Le protestantisme lui-même, montre bien sa triste origine par l'abandon qu'il fait du gouvernement de l'âme.
Et je conçois que Luther et Calvin, aient eu peur de ce fardeau. Oui, je çonçois qu’un homme reculetoujours devant la direction des consciences. Dieu seul a pu s’en saisir comme d'un sceptre -qui lui appartient à lui seul?
Toutes lés religions , hormis la religion chrétienne, rejettent l’âme dans le commerce de la vie commune,
Confucius propose aux Chinois l’agriculture, Lycurgue et Numa, crurent contenir leurs concitoyens par le sage équilibre des loiset parl'harmonie d'une socicté bien réglée, Mahomet poussa ses disciples à la conquête du monde par le sabre. Tous précipitèrent l'homme vers les choses extérieures. À la bonne heure! Mais quel rapport existe-t-il, entre cette activité et le sentiment religieux. Je vois là des citoyens, une nation, un législateur, un conquérant, mais nulle part un pontife.
Et quel autre que Dieu pouvoit affirmer, avec cette certitude absolue capable de tranquilliser la conscience, les vérités, telles que l'existence de Dieu, l’immortalité de l'âme, la croyance à l'enfer, au paradis, ces dogmes enfin qui sont les préraisses et la base de toutesles religions. Quand le Christ les énonce comme l'essence de sa doctrine, il le fait avec tout ce qu'il y a d'imposant et d’absolu dans son-caractère de fils de Dieu.
Sans doute il faut la foi pour-cet article là, qui est celui duquel dérive tous les autres articles. Mais le caractère de la divinité du Christ, une fois admis, la doctrine chrétienne se pré-
sente avec la précision et la clarté de l'algèbre : il faut y admirer l’enchaînement et l'unité d’une science, | |
Appuyée sur la Bible, cette doctrine explique le mieux les traditions du monde; elle les éclaircit, et les autres dogmes s'y rapportent étroitement comme les anneaux scellés d'une même chaîne. L'existence du Christ d'un bout à l'autre est un tissu tout mystérieux, j'en conviens, mais ce mystère répond à des difficultés qui sont dans toutes les existences, rejetez-le, Je monde est une énigme : acceptez-le, vous avez une admirable solution del’histoire de l’homme.
Le christianisme a un avantage sur tous les philosophes et sur toutes les religions : les chré- - tiens ne se font pas illusion sur la nature des choses. On ne peut leur reprocher nila subtilité, ni le charlatanisme des idéologues, qui ont cru résoudre la grande énigme des questons théologiques, avec de vaines dissertations sur ces grands objets. Insensés dont la folie ressemble, à celle d’un petit enfant, qui veut toucher le ciel avec sa main, ou qui demande la lune pour son jouetousa curiosité (1). Lechris-
(4) Ceci va droit-à M. Cousin pérorant sur le mystère de la sainte Tfinité; On peut le définir avec la foi, mais autrement on ne peut
tianisme dit avec simplicité : « Nul homme n'a » vu Dieu, si ce n’est Dieu. Dieu à révélé ce » qu'il étoit : Sa révélation est un mystère que * la raison ni l'esprit ne peuvent concevoir. s Mais puisque Dieu a parlé, il faut y croire. « Cela est d’un grand bon sens.
L'Évangile possède une vertu secrète , je ne sais quoi d'efficace, une chaleur qui agit sur l'entendement et qui charme le cœur; on éprouve à le méditer, ce qu'on éprouve à contemplerle ciel. L'Évangile n’est pas un livre, c'est un être vivant, avec une action, une puissance, qui envahit tout ce qui s'oppose à son extension. Le voici sur cette table , ce livre par excellence, (et ici l'empereur le toucha avec respect ), je ne me lasse pas de le lire, et tous les jours, avec le même plaisir.
Le Christ ne varie pas, il n’hésite jamais dans son enseignement, et la moindre affirmation de lui, est marquée d’un cachet de simplicité et de
faire que d’interminables déclamations, ainsi qu'il arrivoit à M. Cousin sous la restauration. J’en dirai autant des systèmes de panthéisme de M. Pierre Leroux, mais au moins celui-ci en bar. bottant dans une mare d'idées fausses, est consciencieux , désin- ‘téressé, qui. rougiroit de toucher les appointemens d’une place qu'il ne rempliroit l'as. | (Note de l'auteur ).
profondeur, qui captive l’ignorant et le savant, pour peu qu'ils y prêtent leur attention.
Nulle part on ne trouve cette série de belles
idées, de belles maximes morales, qui défilent
comme les bataillons de la milice céleste, et qui produisent dans notre âme le même sentiment que l’on éprouve à considérer l'étendueinfinie du ciel resplendissant, par une belle nuit d'été, de tout l'éclat des astres. (1)
Non seulement notre esprt est. préoccupé, mais il est dominé par cette lecture, et jamais
(4) Cet éloge est plein de sentiment; Rousseau a dit de l'Évangile, avec un style plus châtié , mais non plus éloquent : « Ce divin livre, le seul nécessaire à un chrétien, et le plus utile de tous à quiconque même ne le seroit pas, n’a besoin que d’êlre médité pour porter dans l’âme l’amour de son auteur . et la velonté d’accomplir ses préceptes, Jamais la vertu n’a parlé un si doux langage, jamais la plus profonde sagesse ne s’est exprimée avec tant d’énergie et de simplicité. On n’en quitte point la lectnre sans se sentir meilleur qu'auparavant. » J.-J. Rousseau est un sophiste , qui a fait beaucoup de mal à la société et à la religion, parce qu’il méloit, à un sentiment de la vérité qu’il entrevoyoit, les erreurs d’une âme orgueilleuse trop éprise d’elle-même ; mais il avoit du moins lui ! cette science, cette énergie, ce génie qui ne se trouvent pas dans
les livres , mais dans on travail opiniâtre sur les choses , dans l’é-
tude de soi-même, dans une grande pratique du cœur. Eh! qui mieux que Rousseau en connut les foiblesses et la corruption. Nos ora-
" teurs , nos grands écrivains du jour ne sont que des rhétoriciens
et des pédagogues qui usurpent avec insolence le nom de philosophes et d'hommes d’état. J.-J, Rousseau avoit trop de vrai savoir pour ignorer la distance qui existe entre un professeur et un homme d'état! Quelle honte pour le pays ! Ce ne sont plus ni des généraux, ni des prêtres, ni des magistrats, qui tiennent les rênes de l’état,
Se
l'âme ne court risque de s’égarer avec ce livre. Une fois maître de notre esprit, l'Évangile fidèle nous aime. Dieu même est notre ami, notre père et vraiment notre Dieu. Une mère n’a pas plus de soin de l'enfant qu'elle allaite. L'âme séduite par la beauté de l'Évangile, ne s'appartient plus. Dieu s'enempare tout-à-fait, il en dirige les pensées et toutes les facultés, elle est à lui.
Quelle preuve de la divinité du Christ! avec un empire aussi absolu, il n’a qu’un seul but, l’amélioration spirituelle des individus , la pureté de la conscience, l’anion à ce qui est vrai, la sainteté de l’âme. Voilà vraiment une religion , et je reconnais là un pontife.
Et ce qui ravit la conviction , ee sont tous les ce sont des professenrs à qui nos ‘pères eussent ‘à peine confié la féruîe de leurs écoles; et ce sont eux qui se comparent à un guerrier qui a fait ses preuves en commandant des armées! Quand ils n’ont fait les leurs que sur les bancs de la Sorbonne. Les ennemis de M. le maréchal Soult eux-mêmes, croient à sa haute capacité d’homme de guerre. Saint-Louis, Louis XI, Louis XIV, Napoléon, auroient eu honte de briller par des phrases comme MM. tels et tels... Mais avec moins de paroles, ils ont fait plus pour la France que jamais ne feront nos faiseurs de livres? et Charles X, lui-même, qu’ils ont détrôné, a sur MM. Guizot, Cousiñi, non-seulement l'avantage de la naissance la plus illnstre , mais encore le mérite d’être le vainqueur d'Alger? La postérité lui en tiendra compte; car Charle X a conquis Alger avec son âme de gentilhomme, plus
encore qu'avec la valeur incontestée de M. le maréchal de Bourmont. (Note de l’auteur).
LA
avantages et le bonheur qui résultent d’une telle croyance. L'homme qui croit est heureux! Ah vous igaorez ce que c’est que croire! croire, c'est voir Dieu, parce qu'on a les yeux fixés dans lui! Heureux celui qui croit! ne croit pas qui veut! Tel est le christianisme, qui satisfait complétement la raison de ceux qui en ont une fois admis le principe, qui s'explique luimême par une révélation d'en-haut; et qui explique ensuite naturellement mille difficultés , qui n'ont de solution possible que par la foi.
Enfin, et c'est mon dernier argument, il n’y a pas de Dieu dans le ciel, si un homme a pu concevoir et exécuter, avec un plein succès, Île dessein gigantesque de dérober pour lui le culte suprême, en usurpant le nom de Dieu.
Jésus est le seul qui l'ait osé , il est le seul qui ait dit clairement , affirmé imperturbablement lui-même de lui-même: je suis Dieu. Ce qui est bien différent de cette affirmation : je suis un Dieu, ou de cette autre, il a des dieux. L'histoire ne mentionne aucun autre individu qui se soit qualifié lui-même de ce titre de Dieu dans le sens absolu. La fable n'établit nulle part, que Jupiter et les autres dieux, se soient eux-mêmes divinisés. C'eût été de leur part le comble de
l’orgueil, et une monstruosité, uneextravagance absurde. C'est la postérité, ce sont les héritiers des premiers despotes qui les ont déifiés. Tous les hommes étant d’une même race, Alexandre a pu se dire le fils de Jupiter. Mais toute la Grèce a souri de cette supercherie ; et de même l’apothéose des empereurs romains n’a jamais été une chose sérieuse pour les Romajns. Mahomet et Confucius se sont donnés simplement pour des agents de la divinité. La déesse Égérie de Numa n’a jamais été que la personnification d’une inspiration puisée dansla solitude des bois. Les dieux Brama de l'Inde sont une invention psycologique.
Comment donc un juif, dont l'existence historique est plus avérée que toutes celles des temps où il a vécu, lui seul, fils d’un charpentier, se donne t'il tout d'abord pour Dieu même, pour l'être par excellence, pour le créateur de tous les êtres. Il s’arroge toutes les sortes d’adorations. Il bâtit son culte de ses mains, non avec des pierres, mais avec des hommes. On s'extâsie sur les conquêtes d'Alexandre! eh bien! voici un conquérant qui confisque à son profit, qui unit, quiincorpore à lui-même, non pas une pation, mais l'espèce humaine. Quel miracle !
— 157 — | l'âme humaine avec toutes ses facultés, devient une annexe de l'existence du Christ.
"+ Et comment? par un prodige qui surpasse tout prodige. Ï} veut l'amour des hommes, c’està-dire ce qu'il est le plus difficile au monde d'obtenir : ce qu’un sage demande vainement à quelques amis, un père à ses enfants, une épouse à son époux, un frère à son frère, en un mot, le cœur: c'est là ce qu’il veut pour lui, il l'exige absolument, et il y réussit tout de suite. J'en conclus sa divinité. Alexandre, César, Annibal, Louis X1V avec tout leur génie, y ont échoué. Ils ont conquis le monde et ils n'ont pu parvenir à avoir un ami. Je suis peut être le seul, de nos jours , qui aime Annibal, César, Alexandre... Le grand Louis XIV, qui a jeté tant d'éclat sur la France et dans le monde, n’avoit pas un ami dans tout son royaume, même dans sa famille. Il est vrai, nous aimons nos enfants, pourquoi? Nous obéissons à un instinct de la nature, à une volonté de Dieu, à une nécessité que les bêtes elles-même reconnoissent et remplissent ; mais combien d'enfants qui restent insensibles à nos caresses , à tant de soins que nous leur prodiguons, com-
bien d'enfants ingrats? Vos enfants , général Bertrand , Vous aiment-ils? vous les aimez, et vous n'êtes pas sûr d'être payé de retour... Ni vos bienfaits, ni la nature, ne réussiront jamais à leur inspirer un amour tel que celui des chrétiens pour Dieu! Si vous veniez à mourir, vos enfants se souviendroient de vous en dépensant votre fortune, sans doute, mais vos petits enfants sauraient à peine si vous avez existé... et vous êtes le général Bertrand! Et nous sommes dans une île, et vous n'avez d’autre distraction ‘que la vue de votre famille.
Le Christ parle, et désormais les générations lui appartiennent par des liens plus étroits, plus intimes que ceux du sang, par une union plus sacrée, plus impérieuse que quelque union que ee soit. Il allume la flamme dun amour qui fait mourir l'amour de soi, qui prévaut sur tout autre amour.
À ce miracle de sa volonté, comment ne pas seconnaître le Verbe créateur du monde?
- Les fondateurs dereligion n'ont pas même eu l'idée de cet amour mystique, qui est l'essence du christianisme, sous le beau nom de charité.
C'est qu'ils n'avoient garde de se lancer contre
un écueil. C’est que dans une opération setit« blable, se faire aimer, l'homme porte en lui-méme le sentiment profond de son impuissance.
Aussi le plus grand miracle du Christ, sans contredit , c’est le règne de la charité.
Lui seul, il est parvenu à élever ls cœur des hommes jusqu'à l'invisible, jusqu'au sacrifice du temps; lui seul ,en créant eetieimmolation, a créé un lien entre le ciel et la terre.
Tous ceux qui croient sincèrement en lui, ressentent cet amour admirable, surnaterel, supérieur; phénomène inexplicable, impessibla. à la raison ; et aux forces de l'homme ; feu sacré. donné à la terre par ce nouveau Prométhée, dont le temps, ce grand destructeur, ne peut ni user la force ni limiter la durée. Moi, Nepoléon, c'est ce que j'admire davantage, parce que j'y ai pensé souvent. Et c'est ce qui me prouve absolument la divinité du Christ!!!
J'ai passionné des multitudes qui mouraient pour moi. À Dieu ne plaise que je forme aucune comparaison, entre l'enthousiasme des-soldats et la charité chrétienne, qui sont aussi difs férents que leur cause.
Mais enfin , il: fallait ma présence, l'électr}-
cité demon regard, mon accent, une parole de moi; alors, j'allumais le feu sacré dans les cœurs... Certes, je possède le secret de cette puissance magique qui enlève l'esprit, mais je ne saurais le communiquer à personne ; aucun de mes généraux ne l'a reçu ou deviné de moi; je n’ai pas davantage le secret d’étérniser mon nom et mon amour dans les cœurs, et d'y opérer des prodiges sans Île secours de la matière, . Maintenant que je suis à Sainte Hélène...
maintenant que je suis seul cloué sur ce roc, qui bataille et conquiert des empires pour moi ? Où sont les courtisans de mon infortune? penset-on à moi Ÿ qui se remue pour moi en Europe ? qui m'est demeuré fidèle , où sont mes amis ? Oui, deux ou trois que votre fidélité immortalise, vous partagez, vous consolez mon exil.» Ici la voix de l'Empereur prit un accent particulier d'ironique mélancolie et de profonde tristesse : «Oui, notre existence a brillé de tout l'éclat du diadéme et de la souveraineté ; et la vôtre, Bertrand, réfléchissoit cet éclat comme le dôme des Invalides, doré par nous, réfléchit les rayons du soleil... Mais les revers sont venus, l'qr peu à peu s'est effacé. La pluie du malheur
et desoutrages, donton m'abreuve chaque jour, en emporte les dernières parcelles. Nous ne sommes plus que du plomb, général Bertrand, et bientôt je serai de la terre.
Telle est la destinée des grands hommes!
Celle de César ét d'Alexandre, et l’on nous oublie ! et le nom d'un conquérant comme celui d'un empereur, n’est plus qu’un thème de collége! Nos exploits tombent sous Îa férule d’un ‘pédant qui nous loue ou nous insulte!
Que de jugements divers, on se permet sur le Grand Louis XIV! À peine mort, le grand roi lui-même, fut laissé seul, dans l'isolement de sa chambre à coucher de Versailles... Négligé par ses courtisans et peut-être l’objet de la risée. Ce-n’étoit plus leur maître! C’étoit un cadavre, un cércuëil, une fosse , et l'horteur d’une im: minente décomposition. |
Encore un moment, voilà mon sort et ce qui va m'arriver à moi-même... assassiné par J'oligarchie anglaise, je meurs ayant le temps, et mon cadavre aussi va être rendu à la terre pour y devenir la pâture des vers.
Voilà la destinée très-prochaine du grand
Napoléon... Quel abîme entre mä misère prô-
fonde, et le règne éternel du Christ prêché,
cncensé, aimé, adoré, vivant dans tout l'univers... Est-ce là mourir? n'est-ce pas plutôt vivre? voilà la mort dn Christ? voilà celle de Dieu ! »
L'empereur se tut, ot comme le général Bertrand gardoit également le silence : « Vous ne » comprenez pas, reprit l’empereur, que Jésus- » Christ est Dieu, eh bien ! j'ai eu tort de vous » faire général!!! » (1),
(1) Après *ette poëtiqne inspiration d’une âme religienre où respire tout le génie oriental de notre Napoléon, voici la prose d’un de ces professears, deveuns les héritiers des héros de juillet, de la race de St-Louis'et de velle de Napoléos, du doctrinaire M. Gaïzet. qui est tout juste sous tons les rapports, l’antipode de Napoléon et l’antipathie de la France, comme ce grand homme en était l'amour et l'idole. Sous la restaaration pour complaire à un ami à lui, je fus voir ce roi de notre Chambre des députés : je ne pus tu’empêcher de lai exprimer nron apinion sur la nécessité de revenir à la religion, de ne pas la laisser plus long-temps en dehors de la politique , et de finir cette comédie, cette niaiserie , ce mensonge d’une politique qui n’a ni âme ni cœur, puisqu elle n’a pas de Dieu qu’elle croit remplacer avecun mot: libéralisme. « La religion, disvis-je 4 M- Grirot, est la seule those:vraie et positive, elle est le cœur , l’âme, l'ésprit et même Le corps d’une nation. Mettre d’un côté la religion, la politique de l'autre, c'est sé-
. paret k éorps de l’âme, ke tLiel de la terre, de qui est le ailleur
et l'essentiel en nous de ce qui est accidentel et passager , c'est intervertir le bel ordre, nous ravaler au-dessous des païens, mhtfler l'homme, entin mentir à la oanseienee et blasphémer la Divinité, »
M. Guizot étoit là avec toute sa morgue ; voici sa réponse qui ressémblé assez à célle qu'il déâne à ceux qui lai dentahdént tempte de son voyage à Gand. «Monsieur, tout cela est vrai pour .ceux qui croyént à la Divinité du Christ, jé ne pois ny tésôudre , ais je
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reconnois que ceux-là ne sont pas conséquents qui y croient et qui ne conforment pas rigoureusement leurs pensées, leurs actions, toute leur conduite, leur vie et leur politique, sur une doctrine aussi parfaite qui pour eux est la vérité absolue, j'en demeure d'accord; maïs je suis protestant , et tout en admettant une supériorité dans le Christ sur tout ce qui a existé, telle qu'il est impossible à mon esprit de l'expliquer ni de la concevoir , néanmoins je ne vois aucun rapport entre l'Évangile et la politique, et c'est ce qui me retient; puisque le Christ n'a pas réglé les.choses de la terre, puisqu'il a laissé le sceptre à César , je me crois obligé de recourir à mes lumières et à les suivre pour le réglement de mes affaires et pour celles de la société. » Je pris aussitôt congé de M. Guizot. Que dire à un être qui se préacupe de son ventre ou de son ambition, ce qui est la même chose, jusqu'à nier l’éternité, et qui aime son visage d’une minute , qui sera défiguré demain par la mort, et jeté comme une momie dans les cavaux du Père- Lachaise, jusqu’a mécounoître le visage de la sagesse incarnée , du verbe qui a créé le monde et le temps. Devois-je citer tant de grands hommes qui ont fait de si grandes choses avec la pensée de Dieu ? devois je évoquer les noms des Coustantin , des Charlemagne , des Saint-Louis, des Louis XI, des Louis XIV, des Turenne, des Newton et des Pascal, enfin de ce grand Napoléon ? Devois-je apprendre à M. Guizot que le Christ a dit à Pilate : Je s1Âs le roi des Juifs. Jésus est le roi de ce quiest saint et pur; vous n’en voulez pas,
‘M. Guizot, à la bonne heure !
( Note de l’auteur).