CHAPITRE VIL
Et quand le jour fixé se toute éternité Brills sur ton chevet, à profond polilique , Dans ton vieux manteau bleu, tu mourus catholique,
( Page 499, édition Dolleye, Biblisthèue choisie, œuvres de Antoni Deschamps. ) Non moriar, sed vivam.
(Pseume de David.)
Le propre du génie, c'est de voir ce qui est; semblable au soleil qui, à peine sorti de l'horizon , remplit l'univers de son regard, en mesure l'extrême imimensité et déjà se précipite avec conscience vers le terme de sa course rayonnante, Napoléon, dès le matin de sa vie en avoit aussitôt marqué du doigt le terme fatal. 1l étoit à peine âgé de vingt-deux ans, lorsqu'il
écrivoit avec le laconisme du penseur, cette sentence, qui exhale l'odeur balsamique d'un monastère du Carmel : «La vie est un léger songe qui se dissipe. » Quand l’heure fut venue de voir ce songe s'évanouir , lui qui apprécioit le temps en homme qui en sait la brièveté, comprit la solennité , Pimportance et l'imposante grandeur de l'emploi de sa dernière heure! Il avoit de trop loin préparé çefte dernière et décisive victoire , pour ne pas la remporter! C'est à la mort, et là seulement que l’homme se connoît bien et qu'il se fait enfin connoître tout entier! Notre politiquealors, c'est notre volonté;
notre pensée, c'est vraiment notre esprit, et le
sentiment c'est notre cœur, c'est nous, nousmême... Quand l'univers ne flotte plus devant nos yeux que comme un vil mensonge qui nous a trompés, quand nos membres roidis sont sans souplesse et déjà morts; ce qui demeure ce qui est ferme, ce qui vit en nous, c’est la vie, c’est l'absolu, c'est notre âme... ‘Armé de
son jugement si sûr , Napoléon devoit être alors
| et il fut tout-à-fait chrétien! Pour ne pas l'être à sa mort, son âme étoit trop religieuse’, et luimême étoit trop positif pour n ne pas sentir avec
— 931} — son bon sens presque infini, la nécessité d'arrôter enfin ses idées dans une foi précise. Refuser à Dieu ce dernier hommage, c’étoit pour Napoléon apostasier ! et ne pas s'astreindre aux formalités, aux usages, à toutesles pratiques de la religion , c'étoit non-seulement renoncer au ciel, mais encore à sa famille et à la France ; car dans l'enchaînement logique de sa pensée rigoureuse , la religion étant le phénomène principal, essentiel et générateur d’une nation, ne pas être chrétien, c'étoit ne pas être Francois, c'étoit ne pas être de sa famille. Mais pour être chrétien que de choses à accomplir! Pour celui qui jusque-là n'a pratiqué qu’à demi, pour cet homme terrestre qui, tout-à-l’heure encore rampoit à terre, opprimé par l'obscurité d’un doute indigne de la majesté lumineuse de la religion ! Quel effort sublime pour triompher de soi-même, et le même jour, tout aussitôt, traverser les nombreuses et diverses couches de l'atmosphère, s'élever par une ascension sublime plus haut que les astres, jusqu'à l'absolu de l'immuable et splendide azur, et là, tenant sous ses pieds les lois et l'harmonie du mouvement créé, s'agenouiller, adorer par la foi l'es-
= d1à — sence ihvisible de Dieu, devenue visible pat Jésus-Christ, Dieu et homme, et par le Saint- Esprit, l'amour du père et du fils, qui procède de l’un et de l’autre, vérité ineffable qui est la vie commune de la sainte Trinité, des anges et des élus ! Quelle distance à franchir en un instant; mais l'âme n’a plus le poids du corps, et miracle de la grâce, miracle des mérites des saints et de ceux infinis du Sauveur, cette distance est franchie par tous ceux qui le veulent. Napoléon s'y résolut avec cet élan indomptable qu'il portoit dans l’accomplissement de sa volonté ! I s’humilia, ilse réconcilia avec Dieu, il s'anéantit en sa présence autant qu'il s'étoit élevé devant les hommes; enfin ce grand homme est mort péaitent dans les bras de la religion, et il ne fit pas moins pour rentrer en grâce avec elle, pour en obtenir l’ineffable pardon, qu'il avoit fait pour. conquérir les royaumes de la terre; c'étoit dans cette prévision fatale qu'il avoit mandé avec une sollicitude si touchante, et fuit arriver des prêtres dans l’île, Mais qu'il lui en coûta et qu'il eut à combattre et d’énergie à déployer pour vaincre d’indignes obstacles, et terrasser l'impiété qui osa bien s'approcher
de son lit de mort! Oui, s’ilest une heure précieuse dans la vie, c'est celle où l'honnète homme paie à son Dieu la dette dont tout honnête homme lui est redevable, c'est celle où nous imitons du moins sa mort par l’oblation d'un sacrifice qui rappelle celui du calvaire ; alors tout chrétien peut être martyr! Mais tout prêt à raconter ces secrets augustes, les plus intéressants d’une existence tout entière pleine d'intérêt, je m'émeus... j'ai besoin de me recueillir et d’invoquer celle qui fut l’assistante pieuse de cette pieuse agonie. O ma mère, vénérable et chère image de la bontéde Dieu, sainte Église romaine, vous qui recûtes ces sacrées confidences d'un héros, ce seroit à vous d’en divulguer la foi; mais modeste au sein de vos victoires, puisque vous vous taisez, ah! du moins, je vousimplore, foible écho de vos accents ; répandez sur ces dernières pages qui vous sont tontes consacrées, répandez ce charme onctueux et grave, cet attrait tendre et solennel de vos cérémonies saintes; et que mon récit, empreint de cet amour sévère de la vérité, qui est votre esprit propre, Ô Église, soit le burin sacré qui éternise, pour votregloire et celle de votre immortel époux
etæigneur, les événementsillustres et ignorés de la mort chrétienne dé l'empereur Napoléon ! Et vous,.Ô Ésprit, source profonde de la vie et du sentent, iñnspirez-moi, échauffez de vos flammes eux qui me liront.
” Napoléon étoit chrétien sans doute par sa nafssace et son éducation, parce qu'il étoit un hônnèête homme (et l’honnète homme est d’abord de la religion de son père et de sa mère); de plus Napoléon étoit chrétien par le génie et par le cœur; ilavoit la foi qui naît d’une grande âme. Mais tel est l'orgueil humain; lui qui eût règardé comme un crime et même comme une folie la prétention de retrancher un seul fota de l'Évangile, dont il vénéroit. également tous les dogmes, il en avoit constamment éludé la pratique par lune de ces aberrations trop communes et qui sont la plaie, l’ulcère de notre époque ! Le sacrement essentiel du christianisme et qui est tout le christianisme, c'est le sacrement de l’eucharistie; aucun chrétien, si relâché qu'il soit, n'ose en discuter même en idée la vérité mystérieuse ; maîs on ne se fait pas de scrupule de faire des objections contre la eonfession ; et cependant quelle inconsé-
quence { La confession est l’esealier de l'autel
chrétien ; brisez-le, vous ne pouvez plus en
approcher ! Déjà sur le trône, pressé de se con-
fesser par le pape Pie VII, Napoléon avoit dit :
« Je suis trop occupé, saint Père ; quand je se-
rai plus vieux. » Puis il disoit à ses courtisans : « Un souverain peut-il, doit-il se confesser ?
alors que devient la question des deux puissances, Ja temporelle et là'spirituelle ? Le souverain, c'est le prêtre (1). »
{1} Éstil besoin de montrer ce qu’il y a de subtil et de faux dans ct sophisme d’un homme qui alloit se perdre dans le despotisme? Louis XIV n’étoit pas despote mais son autorité étoit celle d’un souterain absolu , parce qu’il se confessoit. En effet, dans le tribunal de la confession, ce n'est pas à l’homme , mais à Dieu que nous avons affaire. La confession est un hommage à Dieu, mais surtout utile à l’homme et dans son intérêt. Dieu est souveraïn pour lier ou délier les fautes ; vous lui dites à lui seal ce qui se passe dans votre conscience ; maïs il le saît déjà mieux que vous-même. En définitive, la souveraineté du prêtre n’est autre que la souveraineté de la conscience qui est dans l’âme et comme l’âme elle-même. Et bien loin que ce colloque intime et sacré détruise , il établit aucontraire la grandeur et l'indépendance de l'âme; car le droit de le confession est un privilège qui dérive du droit divin, d’une sorte d'égalité native , fondée sur l'indépendance réciproque et la similitude préétablie de la créature avec son créateur. Le pénitent est donc souverain , d’abord dans l’acte même parfaitement libre de la confession, et ensuite dans l’adhésion à la punition, aux conseils ou à la direction du prêtre, A bien entendre ceci, c'est là tout ce qui constitue le droit divin, dont on fait tant de mystère et qui est l’objet de tant de haine du libéralisme , de tant d’injures et de récriminations, enfantées par la passion et par l'ignorance, Le droit
Mais ce qui prouve que Napoléon faisoit un s0phisme quandilrefusoit de se confesser, prétextant que les soins , l'honneur du trône le lui défendoient, c’est qu'à Sainte-Hélène il ne se confessoit pas davantage. À quelqu'un qui lui disoit : « Sire, vous êtes chrétien , vous entendez la
de la confession est vraiment Le droit divin; supprimer ce commerce intime et familier de l'ipdividu créé et temporel avec l’individa incréé et éternel , c'est supprimer le sacerdoce, c’est apostasier le christianisme ; alors la société ne pouvant -exister sans reconnoître un Dieu, avec un culte officiel, et par conséquent des hommes chargés de l’entretien de ce culte, il apparoît un phénomène incroyable, un monstre d’orgueil, d’insolence et de tyrannie , tel que le journalisme et la littérature da jour ; alors on voit un faiseur de belles phrases, un homme qui est une sorte de professeur de style ; un versificateur, plutôt qu’un poëte, M. Victor Hugo s’arroger le gouvernement et la direction des esprits; alors ce n’est plus la conscience, ce n’est plus Dieu, ce n’est plus son verbe éternel qui régissent la société ; c’est le style; que dis-je? Moins que cela, qu’est-ce-que c’est que le talent de M. Hugo? Sinon le talent de bavarder et d'avoir constamment à sa disposition, par un effort de mémoire (qui ressemble assez aux tours de force de madame Saqui sur la corde,) tous les mots du dictionnaire, pour leg aligner avec la plus déplorable facilité, de toutes les manières possibles, puis les séparer et les baptiser selon le goût du public et la mode du jour, pour en faire des romans, des odes, des cantates, des élégies, des idylles, des charades et des énigmes , des madrigaux, des drames et des mélodrames, des sonnets, des mélanges, des acrostiches, de l’histoire, des tragédies et des comédies, voire même un discours à l'académie ; car voilà tout M. Hugo, bavard coloré mais insipide, esprit déréglé, sans conscience, sans volonté, qui ne sait même pas travailler, puisqu'il n’a jamais su s’astreindre à une règle et choisir un genre. Voilà l’homme que les journaux du gouvernement et les écrivains des Tuileries ont imposé à l'académie;
messe, vous allez même jusqu'à faire maigre, mais comment vous dispensez-vous du prin-
M. Victor Hugo, qui a tout le cynisme et les vices des plus désordonnés révolutionnaires , sans leur énergie ! L'admission d’un tel homme dans le temple du goût rappelle les statues informes et les monstres des temples du paganisme. Cette admission n’est pas un petit évènement; non, elle est au contraire un des évènements caractéristiques d’une époque, où le bon sens et la raison reculent constamment avec une lâcheté désespérante devant ce qui est déraisonnable et extravagant. Qu’on lise le discours de M. de Salvandy; notre opinion sur M. Victor Ilugo y est écrite, comme celle de l'académie elle-même, avec cet esprit de mesure qui est celui du lieu et de la circonstance. Cetle vpinion est celle de tous les écrivains, de tous les gens sensés; j'en prends à témoin tous les journaux qui se respectent, tous les écrivains qui ont quelque valeur comme conscience; combien de fois, tous, n’ont-ils pas constaté les défauts que nous venons d’énumérer de M. Victor Hugo; mais armé de la foi imperturbable en lui-même, iln’en a pas moinstriomphé de tout le monde; mais que penser de ce corps illustre qui flétrit un individu avec tant de justice et de sagacité, et qui le même jour l'accepte et le prend pour coliègue ! que penser de l’avenir d’une société , ou ce scandale de l’audace d’un seul ou d’une minorité factieuse, faisant la loi à ceux qui devroient la leur imposer, est le scandale habituel. Cette société est une société perdue ; car la confusion est au comble, puisque ce ne sont plus , ni les croyances, ni les principes, ni même les idées qui sont la puissance , mais les mots et les phrases, e style, comme dit effrontément M. Victor Ilugo; alors un faiseur de madrigaux, un romancier, l’auteur d’Hernani est à l’étroit dans l’Académie et demande insolemment la pairie. Tout pouvoir est impossible. L’égoïsme est la loi sociale. Alors et nécessairement tout se fdégrade , tout s’altère et se corrompt ; c'est un état de dissolution que l’état de la France , depuis que l’ignorance et les passions ont arraché le sceptreà lareligionet à sa hiérarchie, basée sur Le droit divin; la société ne présente plus que le spectacle du chaos et de l'anarchie , dont le triomphe définitif doit enfanter l’apostasie du christianisme. C'est là que vise
cÂpal, vous ne vous confessez pas. « L'empereur répliquoit vivement : « La confession est d'insti. tution divine; elle est nécessaire; en se faisant connoître à autrui, nous apprenons à nous connoître; c'est un supplément, et un auxiliaire admirable de la conscience; la confession est un émétique trop nécessaire à la pauvre humanité pour ne pas être l'institution médicinale du Dieu réparateur de l'âme; par la confession on s’affermit dans le bien, on connoît à fond le mal, on s'en sépare, on s'unit à Dieu, cela est incontestable ; mais la confession est une affaire de confiance, et la confiance est une chose délicate qui ne se commande pas; aussi c'est notre droit à tous de choisir, de pouvoir choisir un confesseur ; et moi le puis-je? qui choisir? l'abbé Vignali, un jeune homme qui est là toute la journée sous mes yeux, aussi familier avec moi que l’un de vous. Il a de la foi, c'est tout; mais ce n'est pas là ce qu'il me
le Constitutionnel , quand il ose dire à un ministre : « Vous allez à la messe et au sermon ; vous le pouvez en vertu de la Charte, mais alors, il faut faire davantage ef aller aussi à confesse, ce qui ne s’accordant pas avec vos fonctions, résignes-les. » Paut on entendre un langage plus stupide , et rien de plus brutal et de plus impie ? { Nate de l'auteur. )
faut; il a de l'instruction, mais il n’a ni assez de lumières ni assez d'expérience pour mot.
L'abbé Buonavita, à la bonne heure! voilà un prêtre, un saint vieillard! » Puis il ajoutoit : « Si lévèque de Nantes étoit ici, je me confesserois sur l'heure. Il eût fait de moi tout ce qu'il eût voulu. » Qu'on juge par là combien il en coùtoit à Napoléon de se mettre aux genoux de ce même abbé Vignali, quand la maladie vintenfin le Jui commander impérieusement. Gepen« dant s'étoit-il confessé à l'abbé Buonavita? Per. sonne n'est en mesure de l'affirmer ou de le nier; mais ce qui est certain, c’est qu'il s'étoit enfermé souvent seul avec lui; que se passoit.il alors entre le prêtre et Napoléon? Dieu seul le sait. Ce qui est certain encore, c'est que l'en pereur ne nioit pas la vérité de la confession, et c'est là l'unique point qu'il est essentiel d'établir. |
Voici une preuve nouvelle que les délais à accomplir un devoir impérieux, doivent être rangés parmi ces subtilités, que suggère le démon et qu’accepte l’orgueil. Étant auprès d’une personne malade , avant la venue des prètres dans l'ile; comme cette personne se désoloit à
l'idée du risque qu’elle couroit de mourir sans les sacrements, l'empereur lui disoit: « Certes, j'en serois effrayé à votre place, mais non autant que vous, parce que je suis plus instruit. Il n’y a pas de notre faute si nous sommes ici sans religion. C’est une infamie nouvelle de nos bourreaux, une malice des légitimes ; les voyezvous se frotter les mains et dire : Buonaparte Nicolas athée,mécréant, qu’est-il besoin d’un prêtre pour ce Corse ? Voilà les gentillesses des légitimes. Mais si je mourois sans les sacrements, mon sang seroit sur eux et non sur moi, si d'ailleurs je suppléois par l'intention à ce qui nous manque. Une confession faite à Dieu . est très-valable pour celui qui ne peut la faire à son ministre ; ensuite on peut encore se confesser à un laïque qui vous inspire assez de confiance pour cela. » Et il ajoutoit : « Peut-être les malades de Longwood seraient-ils en sûreté de conscience, en se confessant à moi; car si la confession faite à un laïque ou écrite sur le pa- - pier, est valable ir articulo mortis, elle doit l'être a fortiori à un homme revêtu comme moi d'un caractère religieux; car le sacre m'a imprimé quelque chose de divin; j'ai un caractère clé-
rical, j'ai ma place dans la hiérarchie de l’Église, et un empereur devient presque un évêque ; le pape lui-même et les évêques appeloient l'empereur Constantin l’évéque du dehors? »
Enfin, pressé d'en finir avec toutes ces subtilités par le progrès de la maladie autant que par le besoin de sa conscience, l’empereur se décida. Déjà il avoit eu plusieurs entretiens secrets avec l'abbé Vignali , lorsque le 50 avril, l'autel se trouva dressé et à l'issue de la messe l’empereur se confessa et fut administré dans la même matinée, c'est-à-dire qu'il reçut l’extréme-onction ; voilà ceque rapporte M. de Norvins, etce quim'a été confimé par M. Marchand. Le malade désiroit aussi recevoir le Saint-V iatique ; je cite encore M. de Norvins ; mais la maladie ne le permit pas.
Le lendemain , 21 avril, l'empereur mande de nouveau l'abbé V'ignali et lux dit : « Monsieur l'abbé, savez-vous ce que c’est qu’une chapelle ardente? — Oui sire. — En avez-vous desservi ? — Aucune. — Eh bien vous desservirez la mienne! L'empereur entre & cet égard dans les plus minutieux détails (1), « lorsqu'un éclat de rire se
(1) Ces lignes en italique sont d’Antommarchi. (Note de l'Auteur.)
ve 9922 —
fait entendre. Quel étoit celui qui s’oubloit jusqu'à insulter à la religion et à la majesté de l'empereur, sans être retenu par ce respect naturel qui s'attache aux dernières paroles d'un mourant? C'étoit le médecin Antommarchi.
Qu'on juge de ce qui dut se passer dans l'âme magnanime de Napoléon; sa colère fut telle que M, Marchand, qui en fut témoin, me disoit :
« Je n'ose ni ne veux rapporter les termes textuels, par égard pour l'empereur qui a pardonné au docteur, maïs je vous autorise à dire que ‘ l'empereur l’a tancé d'importance. » On peut se faire une idée par l'expression de M. Marchand, de la vivacité de la correction qui foudroya le moqueur insolent. Les termes furent bien énergiques, puisqu'Antommarchi, racontant cette scène, en atténuant ses torts, prête ces exclamations à l’empereur : « P’ous êtes un athée; vous êtes médecin ; les médecins ne croient jamais à rien, parce qu'ils ne brassent que de la matière. Je ne suis ni philosophe ni médecin, je crois à Dieu, je suis chrétien, catholique, romain; soyez athée, monsieur, pour moi je veux remplir tous les devoirs que la religion impose et recevoir tous les secours qu'elle administre. « Et se tournant vers
le prêtre: « Monsieur l'abbé, vous direz la messe tous les jours, et vous continuerez à la dire après ma mort. Vous ne cesserez que lorsque je serai en terre. Aussitôt que je serai mort, vous poserez un crucifir sur mon cœur, vous mettrez votre autel à ma tête. Je veux en outre que dès-à-présent vous exposiez tous les jours le Saint-Sacrement et que vous disiez tous les jours les prières des quarante heures. » Voilà ce que le médecin Antommarchi lui-même raconte et ce qui a été confirmé par M. Marchand, avec la rectification si intéressante qu'on vient de lire. Ici j'admire un trait de la politique de Napoléon. De même qu'il a été couronné empereur dans l'église Notre-Dame, en présence de toute l’Europe, îl veut que toute l'Europe sache aussi d’une manière certaine qu'il est mort couronné de ce diadème impérissable que la religion attache au front des élus! Voici la raison des ordres : donnés par lui en présence de deux témoins, dont la véracité ne peut être suspectée par personne. Si le prêtre eût été seul, alors même qu’il eût élevé la voix, l'impiété eût facilement couvert, infirmé ce témoignage. Mais la malignité, si audacieuse qu’elle soit, ne sauroit in-
firmer le témoignage de deux témoins étrangers à la religion, qui racontent ce qu’ils ont vu, et qui tous deux , avec une variante sur un détail accessoire, sont d'accord pour affirmer la vérité du fait principal. Mais bientôt un autre témoin, des faits nouveaux vont paroître, et la gloire morale, la foi du héros, sa piété, paroîtront aussi dans un nouvel éclat! Mais pourquoi suis-je obligé d'interrompre, d’assombrir les scènes consolantes de la religion? On vient d'entendre de la bouche d’Antommarchi les ordres formels de l’empereur, pour avoir la messe tous les jours jusqu'à sa mort, pour l'exposition du Saint-Sacrement, pour les prières des quarante heures. Eh bien! le crairoit-on! le 22 avril au malin, le prêtre fut interrompu dans l'exécution de ces ordres si formels. Comme il se disposoit à faire dresser l'autel, pour dire la messe, et avant qu'il eut exposé le Saint-Sacrement, le général Bertrand survint. On tint conseil sur un fait si grave, et l’on décida qu'il seroit enjoint à l'abbé Vignali de s’en tenir là, et que ce seroit bien assez de célébrer la messe funèbre après la mort de l'empereur, qui ne pouvoit avoir ordonné rien de plus (1).
(4) Quel était le mobile qui faisait agir le général Bertrand ? ne
. De quoi s’agissait-il dans ce conseil ? il s'agis-
l’a t’on pas deviné ; c'étoit la crainte du qu’en dira-t-on des journauz d'Europe P Le général Bertrand croyoit déjà entendre m0hsieur le Constitutionnel traiter l'empereur de capuein, et gémir de la foiblesse d’esprit d’un grand homme. Le général Bertrand ignoroit que toute l’impiété da Constitutionnel est le fait d’un où deux drôles, dont la haîne vivace et subtile du christianisme est méprisée même des rédacteurs et propriétaires de cette feuille. Je dis la même chose des attaques contre les prêtres, la religion et les frères des écoles chrétiennes , qu’on lit avec dégoût dans les autres feuilles du libéralisme, et qui ne partent même pas de la rédaction officielle. Presque toujours ces attaques acérées sont envoyéés au journal sous le voile de l’anonyme , et le plus souvent ce sont des mensonges, des histoires faites à plaisir , que l’on prend dans les feuilles de province. Eu effet, quelque faute qui se commette , il faut avoir l’âme bien basse et bien méchante ou bien légère pour s’en faire une arme contre la religion ? Je prends à témoin de la vérité de ce que je viens de dire , tous les rédacteurs en chef des journaux libéraux ou républicains , MM. Raspail, Bastide , Chastelain , Moussette, Dupoty, Étienne et Jay ; et qu’on me permette d’ajouter une anecdote curieuse et honorable pour le Natsonal. Un jour que j’avois affaire au rédacteur en chef, M. Bastide, je ne pus m'empêcher de lui parler d’un article qui avoit paru le jour même, contre nn refus de sépulture ecclésiastique , et je lui dis : « Ce refus est très-louable de la part de l'Église , il est légitime ; mais de plus c’est humaiuement parlant une action plus utile à la société qu’à la religion. — Comment cela, me dit M. Bastide? — Un des motifs de l'Église dans ses refus , est sans doute la présomption de la damnation éternelle de l'individu ; cependant ce n’est pas le seul motif, ni même le’ motif principal; car l’église qui refuse des prières publiques ne refuse pas au suicide ses prières secrètes ; ce qu’elle se propose donc, par son refus de sépulture ecclésiastique, c’est de mettre un poids de plus dans la balance de la raison contre le suicide, en essayant de retenir par la crainte d’un dernier déshonneur. — Ah! me ditnaïvement M, Bastide. ce que vous dites là est touchant. L’Ægiise a raison et je vous promets que nous ne blâmerons plus jamais les refus de l’Église.» (Note de l’auteur. )
soit de là chose la plus sacrée qui soitau monde, savoir : les intentions dernières d'un mourant, et lequel ? Napoléon , exténué de corps, mais sain d'esprit et moralement plein de vigueur, puisque ce jour-là même ; 22 avril et les jours suivants, jusqu'au 30 avril, il écrivit de sa main son immortel testament. Eh bien! quand il £’agissoit d'unechose si grave, comment se faitil qu'il ne vint à l'esprit de personne de consul ter l’empereur lui-même, alors qu'on refusoit de croire à sa parole textuellement rapportée par ceux quil’ont entendue, par Antommarchi, qui cependant ne devoit pas être suspcté de
- partialité pour la religion ! 6 destinée bizarre, où triomphe le néant et la vanité des pompes et de la gloire du monde! Celui qui tout-à-l'heure ébranloit l’univers , à cette dernière heure, où l'être le plus vil devient un être sacré, ce potentat est tellement sans puissance , qu'on néglige sa parole; que dis-je? on la discute, on l'interprète, on n'en tient aucun compte, on l’annulle ! Quel étoit le devoir de l'abbé Vignali ? De protester , d'en appeler à l’empereur.
Non, la charité craint le scandale; étoit-ce à elle de contrister l'illustre pénitent, en lui
—— PES ou présentant à boire la lie amère decettehumiliation? L'abbé Vignali, disciple fidèle de l’agüeau qui se laisse égorger, céda. Priant et pleurant, bénissant Dieu et souffrant pour l'amour de lui cette contradiction, il se tenoit à l'écart et sans doute il disoit en lui-même: « Dieu qui voit le cœur, tient compte des intentions; il est puissant pour en inspirer de bonnes, il peut aussi les réaliser, sa sainte volonté soit faite. « Oui, bientôt le bien va sortir du mal, le miel de la pierre, bientôt Dieu va se manifester et le bien s’accomplir ; tranquillisezvous, lecteur pieux et sensible, ayez confiance ; les communications célestes sont rétablies. Ah! sous leur influence, nous ne pouvons guère tarder à sentir le besoin de la présence du ministre du Seigneur; Napoléon le rappelle, il veut converser, il s’enferme avec lui. Quoi donc1 Ce jeune homme a t-il vieilli tout d’un coup, n'est ce plus ce méme abbé Vignali, le commensal et le familier de l’éxilé? Non, voyez-le: sa démarche est posée et grave, l'Empereur ne lui impose plus; au contraire il impose à l'Empereur lui même, c’est un être tout divin, le familier de Dieu, le déposi-
taire de ses sacrements et de sa parole, le nouvel Adam, le çonvive et l'hôte du banquet, le prêtre éternel, enfin le représentant et le ministre légitime de Jésus-Christ, qui en tient les pouvoirs et qui est revêtu des entrailles de sa miséricorde; je ne dis point assez, écoutez : Ce prêtre, c'est Jésus-Christ; oui Dieu même, notre sauveur béni, dont Napoléon contemple le visage, recherche la société et
adore la conversation. O triomphe de la foi, à cette heure, ô Napoléon! vous en savez,
vous en goûtez enfin la suavité; ce fait des entrevues secrètes de l'abbé Vignali avec l’'Empereur ne sauroit être l’objet d'aucun doute, puis qu'il est attesté également par M. Antommarchi et par MM. Montholon et Marchand.
« Plusieurs fois, m'ont-ils répondu, quand je les interrogeois là dessus, pendant ces dernières semaines de son agonie , l'empereur demeura seul avec l'abbé Vignali; sa porte étoit fermée par ordre. » |
Que se passoit-il? Nous pouvons le pressentir : l'empereur repassoit toute sa vie pour en ôter l'ivraie; il nétoyoit son aire avec le van de l'Évangile. Quel travail nouveau! On ne veut plus gagner le monde ou des trônes qu'on mé-
prise, mais l’âme qu'on estime enfin son prix! Qui pourroit dire quelles furent les pensées avec les quelles il traita l'affaire de son éternité, lui qui avoit des pensées si magnanimes pour les affaires du temps! Lui, si dévoué à sa’ famille, à ses amis, indulgent aux ingrats, facile à la pitié, avec une conception si prompte: et si féconde, une mémoire prodigieuse, une volonté ardente, quelles furent ses sensations quand il se sentit tout près de la réalité de nos saints mystères, et déjà les maniant, pa/pant. Dieu avec la main , pour me servir d'une expression dé l'Évangile. Hommes grossiers et charnels, apostats du christianisme, qui ne comprenez ni la profondeur ni la vérité de cette expression , éloignez-vous , il n’y a plus rien ici
pour vous! Dans ces instants solennels où Napoléon médita le christianisme, favorisé de la grâce, reconcilié avec Dieu, lui qui à la lueur seule de son génie étoit monté et descendu dans l'abime de nos mystères , aidé de la foi, fondé sur l'humilité et rempli de la charité qu'elle inspire , où ne parvint-il pas, où s'arrêta cet aigle dans l'ascension de son vol royal, dans quelle région de l’azur, dans quelles
harmonieuses sphères, dans quelles sublimités, dans quels cieux ? ?? |
Ce me sont pas là de pures idées, des hypo+ thèses de l'imagination; non, ce sont les ré= flexions qui naissent naturellement des faits. J'en fais juge le lacteur, et je poursuis : Un chrétien vulgaire se fût contenté avec la céré= monie du 20 avril ; cette cérémonie étoit suffsante, satisfaisoit la religion et à toutes les ennv venances. C'étoit assez surtout pour un prie plus scrupuleux observateur de la forme que du fand. Mais non, le christianisme n'étoit pat une affaire de forme pour Napoléon, c'était une vérité essentielle et capitale, la première de toutes les vérités, puisqu'elle embrasse, éclaire et domine toutes les autres; enfin, c’étoit pour lui un sentiment, une croyance, Ja vraie religion ! Cette vérité étoit écrite dans ses perfs et dans son organisation ; il étoit chrétien, profondément chrétien ; il l’étoit beaucoup dans son esprit , il l'étoit davantage dans son cœur! car plusieurs fois il faillit s’'égarer, et il s'égara même avec son esprit; au contraire, ce fut san cœur qui le ramena toujours dans la bonne voie. De là le mépris de ce grand homme pour
= 9951 — l'idéologie ! Si intelligent qu'il fut, il mettoit sa gloire à penser comme le commun des hommes sur les vérités premières. Jamais on ne le vit contredire la natura ou la conscience ! Quelque système séduisant qui se présentât à lui, jamais il n'ent l’orgueil d’insulter, Dieu même, en s’arrogeant dans les questions de la foi, le droit absolu du jugement et cette infaillibilité souveraine , commise par Dieu à son église, et qui n'appartient qu'à elle, à elle seule. Pourquoi cela? Il avoit trop de génie (1). Mais pour
(4) Talleyrand, Fouché, Guizot ont pu avec madame Krudéner et Poinpereur Alezaudre, avec Benjamin Constant et madame da Staël, et surtont avec lord Castelreagh, qui fat l’âme de cette œuvre, rédiger la charte de 4844 ; cela se conçoit, la charte de 4814 vaut tout joste ce que valent ces individus et mérite la même estime; ils ont pris leurs idées, leurs notions, leurs principes en eux-mêmes, et non dane la vérités tant vaut l’onvrier, tant vaut Fœuvre! Cette œuvre élait uns image de l'esprit et du cœur, deg passions, des vices , de l’impiété, de l'ignorance et de la science mondaïine , superficielle et creuse des susnommés ! Mais, je le répète, Mapoléex avait trop de génie pour enfanter un pareil monstre qui devoit enfanter la révolution de juillet, Jaquelle enfantera à son-tour son feuit. MM, Thiers, Barrot ot d’autres , font l’honneur au christisnisras de Le protéger, et l’on assure que M. Guizot, depuis qu’il est entré au pouvoir, favorisé par le courage aveugle des combattans de juillet; va répélant sans cesse à son entourage : « Messieurs, je suis protestant ; eh bien, je suis forcé de couvenir que les Frangais sont catholiques ; le gouvernement ne peut pas être autre chose que catholique , parce que la majorité l'est et plus sérieusement qu’on ne le croit. » À la bonne heure ! M. Guizot; mais il est triste, profondément triste de ne le voir qu'avec le télescope d’une ambition puérile, et de ne le dire que par un intérêt purement hu-
mieux l'expliquer : la conscience réside dans le cœur, et Napoléon, doué des qualités les plus éminentes, avoit un cœur excellent. L'ordre de ses affections étoit une chaîne d'une belle symétrie , la chaîne des sentimens , des devoirs et des principes auxquels est obligé et qui régissent l'honnête homme. Tel étoit l'empereur! lé cœur dominoit chez lui. Ce fut son cœur qui le sépara des forfaits et de l'athéisme insensé de la révolution française, et son cœur plus | que sa politique , qui fit de lui un empereur très-chrétien. par la grâce de Dieu ! Un faït grave de sa jeunesse, une première communion ex-
main, qui demain peut changer et vous faire penser et agir différermment, scandale que vous avez déjà donné plusieurs fois. Quant à MM. Barrot et Thiers, leurs ménagemens pour le christianisme sont aussi le misérable calcul de leur ambition mesquine et d’on lâche égoïsme. |
Que les chrétiens sont dégénérés de leur primitive vertu, #ils acceptent la protection de tels hommes; non, ce n’est point en s’alliant au mensonge que le règne de la vérité s’est établi ou peut se conserver ! Se laisser protéger par ceax qui ont enlevé à sainte Geneviève son église, et qui en ont deshonoré le fronton , avec l’image de je ne sais quels hommes obscurs ou flétris tels que Lafayette, Manuel; quelle absence de sens et de dignité ; non, ce n’est pas l’amour des grands hommes, mais la haine de Dieu et de sa religion, qui « inspiré et accompli une telle profanation ! Tôt ou tard la religion reprendra son église, ou la religion disparaîtra du sol de France; ce jour, la France aura cessé d’être !!!
(Note de l'auteur.)
cellente, y contribua puissamment en marquant dans son âme d'ineffables vérités et d'ineffaçcables impressions; aussi l'idée de l'eucharistie ne se présentoit jamais à lui sans l'émouvoir profondément! c'est que l'eucharistie lui rappeloit son éducation , la cathédrale d’Ajaccio, avec son grand-oncle l’archidiacre, dont l’étole avoit veillé sur son berceau et qui plus tard avoit été le tuteur de l’orphelin.
L'eucharistie ne faisoit qu'un avec. ces souvenirs, qui. réunissent tout ce qui est cher à un cœur bien né, la patrie, la famille et la religion, ces objets qui sont la félicité! Qu'est-ce que l’homme égaré loin de ces objets et de cette félicité, qui étoient pour Napoléon un sentiment unique et inviolable! C'étoit son cœur!
Il vouloit mourir dans la foi chrétienne, parce qu'elle étoit la vraie foi, mais aussi parce qu’elle étoit la foi de son éducation, celle de son père et de ses ancêtres! C’est pour cela qu'il lui falloit à sa mort la religion, toute la religion! Et l’avoit-il toute entière, si l’eucharistie lui manquoit! Qu’on me pardonne ces réflexions, qui m'ont semblé nécessaires à l'intelligence et à la suite des faits qui vont clore ce récit. Ce
— 194 = ’étoit dono pas assez d'avoir recu le sacrèmént de pénitence et le sacrement de l'extrême onction, il falloit de plus à Napoléon Dieu luiimémé, |
Mais avant d'arriver à cette heure et à la nuit solennelle où l'Empereur va recevoir la sainte Eucharistie, voici deux traits qui achèvent de peindre sa physionomie morale !
On a vu tout-à-lheure sa colère contre son médecin; le lecteur n’a pas oublié sa décla:
ration, que ce médecin est un homrrie inutile, dans les lumières et dans la moralité duquel l'Empereur n'a nulle confiance. Jusqu'au 27 avril il n'avait pu se décider d'écrire le nom de cet impie dans son testament, mais ce jout là, la clémence l'emporte; il se préoccupe d’acquitter à son médecin sa dette de malade; « seriez-vous bien aise, lui dit-il, d'entrer au service de Marie-Louise, de lui être attaché en qualité de chirurgien , comme vous l'êtes auprès de ma personne ? — Si je devois perdre votre majesté, ce seroit toute mon ambition. — Fort bien, je vais écrire à l'impératrice. » Ce n'est pas assez pour l'Empereur, il sent que cette promesse a quelque chose de trop vague. Îl en fait un codicille
à part qu'il 6cfit la veille de sa imeré, ainsi eongus: « Ja prie ma bieri aimés Maria-Louist de prendre à son services mon chirurgien Antome marchi, auquel je lègus une pension pour sa vie durant de 6,000 fr., (six mille francs) qu'elle lui payera. » Cela té tranquillise pas eucore oelui qui connoît les cours ; il craint sans doute que La politique n'élève des vhjections, et que son médecin ne soit frustré du prix généreux de ses services; il mande ses exécuteurs testamentaires, MM. Montholon, Bertrand et Marchand, et en leur présence, il déclare que c’est son intention de laisser à son médecin une somme de cent mille francs. En tôte du codicille qui regarde Antommarchi on lié ces mots : Æujourd'hui »7 avril 1621, Mmaladé da corps, mais sain d'esprit, j'ai derit de ma propre man ce huitième codicille à mon testament,
Voici le second trait rapporté par Anton:
marchilui-mémie : /e 29 avril Napoléon éprouve pus de vomissamens et boit beaucoup d'eau fraîche, ce qui lui inspire ces pensées; « Si la destinée vouloit que je me rétablisse, il s'éleveroit un monument dans le lieu où jaillit cette eau; je couronnerois la fontaine en
mémoire du soulagement qu'elle m'a donné.
Si je meurs, que l’on proscrive mon cadavre comme on a proscrit ma personne, que l'on me refuse un peu de terre; je souhaite qu’on m'inhume auprès de mes ancêtres, dans la cathédrale d’Ajaccio en Gorse; s'il ne m'est pas permis de reposer où je naquis; eh bien!
qu'on m'ensevelisse là ou coule cette eau si douce et si pure. « O sentiment touchant ! à gratitude digne d'un souverain! Celui qui a été le maître du monde demande l’aumône d'un peu de terre pour son cadavre! il vient de disposer de tout ce qu'il a pour ses amis; il ne veut pas demeurer redevable, il veut payer généreusement même à une fontaine la fraîcheur de son eau; il n'a plus rien, mais le cadavre de Napoléon proscrit est un trésor; sa reconnaissance le donne à cette fontaine. Don immortel, dernière munificence d'un prince libéral et magnifique, vous êtes le dernier trait qui couronne toute une vie!
Et tout seul vous révélez l’infinie grandeur du héros! Ainsi dépouillé tout vivant de son corps, il ne lui reste plus que son âmel!! (1).
(1) Que le roi Louis-Philippe me permette avec cette liberté
Maïs s'agit-il ici seulement d'une fontaine ? cette exquise sensibilité, qui se manifeste dans
constitntionnelle , dont je ne suis pas partisan, mais dont je profite ici, de lui recommander la lecture de ce trait admirable de générosité de l'Empereur Napoléon son prédécesseur. Grâce à la révolation de juillet, qui a fait d’un prince un roi; d’officier des chasses et de pensionnaire du roi Charles-Dix, je suis devenu écrivain. Je bénis Dieu de m'avoir dépouillé de ma fortune, pour me faire accomplir mieux ma vraie vocation ; mais je le demande à la royauté nouvelle : Comment a-t-elle pu négliger tous les serviteurs de l’an- -cienne royauté légitime, et faire moins pour eux que la convention et l'empire. Dans son testament, Louis seize recommande les serviteurs de la royanté à la convention, et la convention répondit : «a La nation toujours grande et généreuse s'engage à veiller à l'éxistence des serviteurs du ci-devant roi,» et en effetelle pensionna tous ceux, en petit nombre il est vrai, qu'elle ne guillotina pas. L'empire a rétabli dans leurs fortunes ,; dans leurs emplois tous ceux qui se sont présentés, Qu’a fait la royauté de juillet? elle a totalement négligé la dette sacrée du malheur de Charles X, bien sacrée, puisque les charges de cour étoient le prix des sommes reçues par la royauté. Les ministres de juillet ont fait plus : ils ont cherché à avilir tous les pensionnaires de la royauté, en présentant à la chambre des députés une loi qui alloue un secours misérable comme une aumône, à ceux qui apporteroient un certificat d'indigence; j'ai fourni le mien; s’il ya quelqu'un d’avili, ce n’est pas, telle est du moins mon opinion, le créancier des rois de France, qui reçoit dela France une aumône en payement de sa créance légitime! Le nom de Bourbon est le plus illustre qui soit sous le ciel , un nom qui dans l’histoire est tellement mélé, identifié à celui de la France, qu'il ne fait qu'un avec elle; il est la France elle même. Comment donc ce nom est-il devenu l’objet de la haine , de l'exclusion et de l’anathème des partis, qui l’ont dépouillé de ses richesses jusqu’à le réduire à êtré en état de banqueroute à l’égsrd de ses plus fidèles serviteurs ; pendant que MM. Thiers, Guizot, Cousin, sont au pouvoir, gorgés d’or et d'honneurs, gréce au libéralisme; reconnoissez l'arbre à son fruit. La France a droit de dire à ceux qui sont les auteurs de l'ordre de choses actuel : «Cet ordre de ohoses est l'expression du libéralisme !!!» (Note de l'auteur.)
des termes choisis, n'est-ce qu’uii sentimerit de bien-être physique ? n'est-ce pas plutôt l'indice d’un bonheur plus relevé , d’une espérance de l'âme ?J'enfaisjuge le lecteur : d’après M. de Norvins, la nature seule de la maladie s'étoit opposée, le 20 avril, au désir de l'empereur de recevoir & Saint-V'iatique. Eh bien! Le 29 avril, le médecin constate dans son journal que les vomissemens ont cessé par suite de cette eau fraîche et pure de la fontaine; et ce jour-là même, l'empereur se prépare à recevoir le Saint-Viatique. Comment douter, après cela, de la liaison secrète , dans l'esprit de Napoléon , entre cette fontaine et le bonheur qu'elle va lui procurer d'étancher une autre soif et de se désaltérer à une autre fontaine, dont l’eau vive rejaillit jusque dans l'éternité. Aussitôt qu'il sent l'irritation de son estomac se calmer, et la nature toute seule opérer enfin ce que l'art n'a pu faire, Napoléon doit se dire à lui-même :
« Dieu le veut, Dieu me permet donc de godter à ma mort ce délicieux bonheur, que je n'ai goûté qu'une fois dans ma vie et qui m'a laissé une impression qui dure encore. »
Écoutez, lecteur, non de vaines conjectures,
mais un fait, dont l’authenticité ne sauroit plus être révoquée en doute, même par la mauvaise foi...
« Le 29 avril, raconte le général Montholon, j'avois déjà passé trente-neuf nuits au chevet du lit de l'empereur, sans qu’il eut voulu per mettre, même à mon vénérable compagnon de chaîne le général Bertrand, de me remplacer dans ce pieux et filial service , lorsque dans Ja ouit du 49 au 30 avril il affecta d'être effrayé de ma fatigue et m’engagea à faire venir à ma place l'abbé Vignali. L'insistance que mit l’empereur, me prouva qu'il parlait sous l'empire d'une préoccupation étrangère à la pensée qu'il m'exprimoit; il me permettoit de lui parle comme à mon père; j'osai lui dire ce que je comprenois de son insistance; il me répondit sans hésiter : « Oui, c’est leprêtre et non le montaghard Corse que je demandez veillez à ce qu’on mes laisse seul avec lui, et ne dites rien. » J'obéis , et lui amenai immédiatement l'abbé Vignali, que je prévins du saint ministère qu'il alloit rem plir. (1}»
Enfin, voici l'empereur face à face avec le
(4) Ceci est Fttéralement extrait d’une lettre inédite de général Montholon, qui se trouve à la fin de ce volume. (Note de l’auteur.)
christianisme , avec tous ses dogthes, contenus das un seul, avec le dogme de la création, de la chute et de la rédemption de l’homme ; face à face avec l'Eucharistie ! Avec le corps , le sang, l'âme ét la divinité de Jésus-Christ ; face à face ‘avec Dieu! Ne craignons pas d'appuyer sur les mots, car il s’agit ici d’un fait bien grave. D'un côté, le spiritualisme chrétienettous les mystèrés de la foi; et de l’autre, l'empereur. L'empereur, cette tête carrée , cet homme positif par excellencé, si clair et si net dans ses idées, prudent, réfléchi; chez qui la volonté est l'intelligence même! Voilà bien mon Dieu une de ces victoires, que vous remportez quand cela vous plaît, et ensuite que vous exposez aux yeux des nations, pour être un signe du salut ou de la ruine de plusieurs! Quelle fut, je le demande, cette communion différée, jusqu’à la mort , par celui qui avoit dit : «Je ne suis pas assez pieux pour communier, mais je le suis trop pour commettre un sacrilège. » Quelle en fut la ferveur et la sincérité! Quelle union intime avec la vérité, et surtout quelle séparation du monde et de ses mensonges ! Quel couronnement d’une vie qui toute entière avoit dominé l’impie et qui l’écrase en se
— dr — terminant ! Quel triomphe de la foi !.…. et quelle lecon donnée de haut à cette misérable et méprisable politique, qui n'ose pas avouer une re-: ligion de l'état, qui rougit d’un Dieu tel que ce grand Jésus, qu'il faudroit adorer comme:
le bienfaiteur des hommes, même alors que.
nous né lui devrions pas cette infinie recon-. naissance de la rédemption! Ah que la politique écoute l'exemple de celui qui fut son mattre, qui demeure l'oracle des vrais hommes d'état! En voyant Napoléon s'incliner avec le tremblement de la foi, devantnotre mystérieuse et redoutable hostie, attendre lés mains jointes, dans un recueillement profond, prendre et consommer l'aliment de la foi; que la politique s'incline elle-même et adore! Etvous, Napoléon, mon héros, que j'ai le droit d'appeler dans ca moment du doux nom de frère, du sein de ka mort ou plutôt de la gloire, ou vous régnéz sur un trône plus brillant cent fois que votre trône terrestre, Ô élu de Dieu, convertissez-moi, convertissez l'impie, oui, l’impie lui-même, s'il est possible, en nous racontant, pour notre édification, les idées et les sentimens de votre communion bienheureuse..…. Mais non, votre
— 040 mr enmmonion g6t assez élaquanta at parle awes haut toute seule! O fils dévot de l’église catholique, vos actes sont là, inséparables de votre nom , l’effroi de l’impie! Ah qu'il tremble est impie qui ose encore lever sa main sacrilège contre nos églises ! du haut du ciel, vous combattez pour nous, Ô Napoléon ! c’est assez d’avoir donné un immortel exemple. Que pourriez vous dire de plus?
Il est des âmes engourdies ou qui ne sont agissantes que pour la vie animales pour tout le reste ignorantes et inactives , lâches et paresseuses ; qui n’ont de foi, de certitude de religion, que celle de leurs appétits grossiers, en sevelies dans ce cachot infect ou elles se plaisent en rampant, comme dans un vestibule de l'enfer , éloignées de toute piété, sagesse et justice; au contraire il en est d’autres qui semblent être de purs esprits; qui sont lumière et con« noissance, amour et sentiment, si dégagées du temps qu'on les appelle les épouses de l'éters nel, qui aspirent sans cesse vers l'infini, et par des élans continuels qui s’avancent de pro= grès en progrès dans cette science de soi méme, qui est la racine du christianisme ; de
quelque nation qu'ellas soient, ces Âmes spirituelles qui sont justes et qui font le bien, sont agréables & Dieu ; Qu'est-ce que Dieu en effet, sinon l'essence de l'âme. L'âme de Napoléon étoit une de ces âmes prédestinées , vertueuse qu'elle était, équitable et sobre, indifférente aux joies dessens qu'elle dédaignoit le plus souvent , alors même qu'ils venoient au devant d'elle , sans pouvoir jamais les estimer ou lesrechercher; tel fut Napoléon qui, sur letrône même, dans le cours d'une carrière agitée, parmi les périls de la guerre et les prestiges de la puissance souveraïne, se montra l'ami de la vertu, et qui nécessairement de voit à sa mort se réunir à la vérité, comme à son vrai centre!!! Ce qu’il fit par sa communion avec la sainte Eucharistie (1).
. Quand le général Montholon parut le matin,
(4) En terminant ce volume , je veux répondre clairement à ceux qui me font l'honneur de demander quelle est mon opinion politique : pour un Chrétien, catholique romain , la légitimité du pouvoir vient de Dieu seul, par la consécration du prêtre , absolument daus la forme que les mariages sont légitimés par la religion. Donc la souvereinetà du peuple, en tant qu’origine du pouvoir est unprincipe, non seutement faux, mais encore absurde et impie. Ensuite tout doit être subordonné à la religion, qui étant la seule vérité immuable et absolue, marche nécessairement avant tout , sur la-
uelle tout sans exception doit se régler et s’harmoniser Île plas doucement et le mieux possible. Il me paroit difficile et dangereux d'admettre qu'il y ait une légitimité voulue par Dien autre que elle de l'Église; mais il estbien plus difficile d'admettre le juste milieu qui n'a pas La consécration de l'Église et qui ne reconnoît pas
— 14h — sur les quatre heures, dans la chambre du màlade, Napoléon lui dit avec émotion ces paroles si touchantes : « Général, je suis heureux ; j'ai » rempli tous mes devoirs, je vous souhaite à » votre mort le même bonheur. J'en avois be- » soin , voyez-vous ; je suis Italien , enfant de » classe de la Corse. Le son des cloches m'é- » meut, la vue d’un prêtre me fait plaisir. Je » voulois faire un mystère de tout ceci, mais ‘» cela ne convient pas; je dois, je veux rendre » gloire à Dieu; je doute qu'il lui plaise de me » rendre la santé. N'importe, donnez vos ordres, » général, faites dresser un autel dans la cham- » bre voisine ; qu'on y expose le Saint-Sacre- » ment, et qu'on dise les prières des quarante » heures. » Comme le général s'apprétoit à sortir, Napoléon l’arrêta : « Non, dit-il , vous avez »assez d'ennemis, commenobleet gentilhomme;
une religion de l'État ! enfin, qui est basé sur un principe faux et impie , savoir : la souveraineté du peuple, Après cette confession de foi franche et explicite, je suis et je serai toujours uni avec ceux qui travaillent au triomphe des saines doctrines, et particuliérement au triomphe de la religion. Je crois de plus que l’immense majorité des Français, est plutôt chrétienne catholique que légitimiste ou justé milieu. Mais ce qui est le meilleur, ce que je demande à Dieu, comme la plas grande grâce qu'il puisse me faire, c’est de me séparer de tout intérêt terrestre, pour ne plus tenir aux hommes que par le lien de la charité. (Note de l'auteur).
*an vous imputeroit d'avoir tout. fait, d’après » votre tête, quand je n’avois plus la mignne ; » demeurez, je veux donner les ordres moi- » même. » Le général étant monté à sa chambre s’étoit jeté sur sou lit tout habillé ; il dormoit, lorsqu'un bruit inaccoutumé le réveille, Le général Bertrand entre chez lui, et d’une voix très-animée lui demande « ce que c'étoit » qu’une chapelle en permanence chez l'em- » pereur et Tabbé Vignali ne décessant d'off- » cier. » Le général répartit : «Qu'on pouvoit in- » terroger l'empereur là dessus. » — Comment » cela, puisque c’est de vous, que Saint-Denis a » recu ces ordres-là, de vous seul, » s’écria le comte Bertrand. Les deux généraux descendirent pour interroger Saint-Denis , qui convint qu'il avoit recu de l'empereur directement l’ordre relatif à l'érection de la chapelle. Alors le comte Bertrand entra chez Napoléon, et crut devoir faire une objection respectueuse « contre des actes aussi solennels , aussi réitérés de religion, que la renommée porteroit en Europe, pour les défigurer, qu'il regardoit comme des exagérations politiquement peu convenables, plus
conformes d'aillettrs au caractère d'ün réligieut qu’à celui d’un vieux soldat, son empereur.»
Alors Napoléon se leva sur son séant , et d'uné voix animée : « Général, je suis chez mi, vous » n'avez pas d'ordre à donner ici, vous n'en avez s pas à recevoir ; pourquoi donc êtes vous ici? s Est-ce que je me méle de votre ménage, mois Le général s’inclina et sortit; mals il ne put vomprimer aussitôt son humeur, qui se mahifesta par ce mot, qu’il prononca en haussant les épaules : « caputin. »
Cependant on s'étoit empressé de démolir l'autel. Sur un nouvel ordre, on le reconstruisit; les intentions de l’empereur furent remplies ; les prières des quarante heures et la messe furént dites, tous les jours. Quand l'heure eut sonné, on commença les prières des agonisans, sublime invocation du chrétien, près de quitter son corps et la terre, dernier battement de son cœur expirant.
Antommarohi cite dans son journal des paroles qui se rapportent trop directement à la religion, pour les emettre. Napoléon parla des cultes, des dissensions religieuses, et de
l'espérance qu'il avoit nourrie de rapprocher toutes les sectes. « Je n’ai pu l'exécuter, ditil; les revers sont venus trop tôt; mais du moins j'ai rétabli la religions c'est un service dont on ne peut calculer les suites, Que depiendraiené les hommes sans la religion?»
M. deNorvinsrapporte les paroles suivantes :
uAuçun remède ne peut meguéris, dit Napoléon & un étranger qu'il avoit admis auprès de son lits mais ma mort sera un beaume salutaire pour . mes ennemis. J'aurois désiré de revoir ma femme etmon fils ; mais que la volonté de Dieu boit faite.» Puis, avec une attitude digne de Sucrate, il ajouta : « Îl n'y « rien de terrible dans la mort; elle a été la compagne de mon oreiller pendant ces trois semaines, et à présent, elle est sur lo point de s'emparer dé mei pour jamais. »
Il dit encore : « Quelle souffrance mes ennemis me font endurer ! Encore s'ils m'avoient fait fusiller, j’aurois eu la mort d’un soldat. J'ai fait plus d'ingrats qu'Auguste Que ne suis-je comme lui en état de leur pardonner. »
Le 5 mai, après avoir dit adieu à ses généreux , l'avant veille du jour fatal, il prononça
= 248 …— cette parole : « Je suis en paix avec le genre humain (1).» |
Ce même jour, l'empereur reçut une seconde fois lesaint viatique ; ce qui est attesté par M. Antommarchi et par M. Marchand.
Voici ce qu’on Hit dans Antommarchi :
. Le 5 mai,'2 heures après midi, la fièvre diminue. Tout le monde se retire. L'abbé Vignali reste seul avec le malade, et nous'rejoint quelques instants après dans ka pièce voisine, où il nous annonce qu'il a administré le saint viatique à l'Empereur.
M. Marchand m'a dit que les choses s'étaient passées telles que les rapporte M. Autommarchi, et que pour ce qui le concerne, son spuvenir lui rappeloit de la même manière l’événement de la dernière entrevue du prêtre et de Napoléon.
(4) Les personnes qui ne veulent entendie parler de religion qu’à l'église, parce qu'elles n'y mettent jamais les pieds, peuvent lire l'Histoire de Napoléon, par M. Launenr de l'Ardèche. La religion y tient peu de place. Tout ce qu’il en dit est à peu près contenu dans cette seule ligne : L'abbé Fignali n’attendoit qu'un mot qui lus . permit d'achever son ministère. L'empereur prononçga ce mot le 3 mai. La fièvre diminue. Seul avec le digne abbé, Napoléon reçoit
le saint Viatique. Voilà bien le langage suffisant d’un libéral mal juformé !!! . ( Note de P Auteur).
Le buste de son fils, qu'il avoit fait placer en face desonlit, eutson dernier regard. Il joignitles mains et sa dernière parole fut : « Mon Dieu. » Telle fut la fin de Napoléon , fin vraiment chre-
tienne! ,
e GHAPITRER IX.
SOMMAIRE
Codicille consacré aux pauvres. — Exposition du corps. — Le crucifix sur la poitrine. — Messe solemnelle. — Marche reli+ gieuse et honnéurs funèbres. — L'abbé Vignali et le jeune Henri Bertrand portant un bénitier d'argent avec le goupillon. — Description du cortége. — De profundis et prières au bord du caveau sépulcral. — Descente du cercueil dans le caveau. — Salut du canon anglais. — Pierre énorme pour fermer la tombe. — Garde à perpétuité posée auprès du sépulcre de Sainte-Hélène , qui reçoit ainsi le même honneur rendu au sépulcre du Calvaire.