RÉPONSE
MonsI£UR LE COMTE,
J'ai l'honneur de vous annoncer que je ne puis plus retarder ma publication. Votre dernière lettre me fait espérer des détails nouveaux, inédits sans doute, Mais vous attendez de Rome, pour me les donner, le procèsverbal de M. l'abbé Vignali. Puisque ce procès-verbal n’est pas arrivé, auriez-vous du moins la bonté de né pas tarder davantage à m'adresser une lettre qui contiendroit cé que vous savez personnellement des circonstances religieuses de la mort de l’empereur, en annonçant avec votre permission votre lettre inédite; pouvois-je penser que vous ne reproduiriez pas tout ce que vous avez vu et entendu, et que vous omettriez spécialement les admirables paroles dont l’empereur s’est servi pour demander les secours de l'Église, et que vous ne diriez rien de Ja satisfaction pleine d’une foi si vive qu’il éprouva après avoir reçu les consolations célestés. À quoi bon, en effet, publier autre chose et ce qui étoit connu de toute l'Europe.
Il est malheureusement des faits dans la vie de Napoléon qui sont incompatibles avec la foi catholique, et qui, malheureusement aussi, ont acquis la plus éclatante publicité, Je sais que de son propre mouvement et sur le trône, ce grand homme a publiquement désavoué des procédés qui effrayèrent toute
la chrétienté; mais il s’agit aujourd’hui de compléter cette réparation et d'y mettre le dernier sceau en opposant à des torts bien graves et en signalant à la postérité ce que l’empereur a fait-à sa mort en sa qualité de chrétien, qui vouloit dormir du sommeil des justes, dans une réconciliation sincère et parfaite avec la sainte Église.
Votre parole personnelle, si grave, suflit toute seule pour moi et pour les gens sans préjugés; mais il n'en est pas de même pour la multitude qui veut juger par soi-même, ni pour les incrédules ou pour le parti religieux ou quise dit tel, ni pour les esprits encleins aux mauvais soupçons et aux mauvaises croyances. Rien ne les éclairera mieux que la publicité de ce dialogue ou plutôt de ce monologue, sublime comme la foi, dont vous fûtes le témoin la nuit triste et solonnelle où votre grand Napoléon se décida à s’agenouiller , lui, le Dieu de la guerre, aux pieds d’un ministre du Dieu de paix, pour recevoir dans sa chambre de mort de Sainte-Hélène tous les sacrements des mourants,
Ayèz la bonté de me faire tehir votre dernière réponse tt d'agrésr les sentiments d’admiration et de réspect avec lesquels j'ai l'honneur d’être
Votfe très-humble et très-obéissant serviteur,
Le chevalier DE BaAUrEnN&.
L'impartialité m'engage à mettre sous les yeux du lecteur la lettre suivante de M. le général comte de Montholon, où il prend la défense
de M. le comte Las Cases et de M. le baron Gourgaud :