AUTRE LETTRE DE M. LE GÉNÉRAL COMTE DE MONTHOLON
à M. le chevalier de Beauterne,
Citadelle de Ham, 30 mai 4844.
MonsIEUR ,
J'ai lu ayecun vifintérêt votre brachure : Satimet de Napoléon sur la divinité de Jésus-Christ, ek je ne gensæ pas qu'il soit possible de mieux exprimer les croyances religieuses de l'empereur.
Je vous remercie et vous renvoie les lettres que maame de Fontanges a bien voulu vous confier pour qu'elles fussent lues à Ham. Veuillez lui faire agréer les bonmages et les remercimens des captifs vers lesquels elle a été assez bonne pour reporter un souvenir.
Le prince vient de faire paraître quelques extraits de es travaux sous le titre de fragments historiques 1088 et 1830. Il vous en fait adresser un exemplaire; d me charge de vous le faire savoir, et espère .que vous verrez dans cet envoi un témoignage des sentiments qui Jui ont été inspirés par la lecture de vos ouvrages.
Lorsque j’ai lu votre opinion sur M. de Las Cases, j'ai fait acte de charité chrétienne, en vous écrivant que dans ma conviction, les senthaents qui l'ont conduit à Sainte-Hélène , ainsi que sa conduite pendant le peu de mois qu’il y est resté, avoient été des témoignages d'un dévouement semblable à celui qui , 38 ans avant, l’avait mené à Coblentz à la suite de madame la princesse de Lamballe et de M. le comte
me 8g. —— d'Artois; mais Je n'ai pas cherché et je ne cherchorai Jemais à expliquer les causes qui l'ont empétké de revenip à Longwood, quand sir Hudson-Losve le lui permit ; j& ne Les conriois ni ne les coniçois.
En voas écrivant également que la mission dohtiéè par l’ertipereur &u général Gourgaud est mr fait incôntéstable ét que le général a suivi l'empereur aveë üà égal dévouement sur la terre d’exil et sur les chattips de batdille, j’ai voulu combattre autant qu’il d&pendoft de moi d'ignoblés accusations ttop légèrement actrét ditées pat l'esprit de parti et qui otit été écrités défis un libelle publié pat sir Walter Scott , sous le titré fullacieux d’Aistoire de Napoléon.
Jeme crois assez riche de l’apptéciation donnée pät l’'empereût à més services près de lui, pendant les six années de son martyre, pour n’être point condamné à me taire quand il s’agit de rendre justice à mes compagnons de Longwood , quelque soient d'ailleurs les sentiments qu’ils témoignent à mon égard , et je laisse au besoin à leur conscience le soin de mé venger de leur oubli ou de leurs passions.
Je me refuserai toujours à croire que Île général Gourgaud aït en aucune occasion méconnu la confraternité de notre exil de Sainte-Hélène. Quant àM. de Las Cases, le journal de la Belle-Poule m’a prouvé qüe de petites rancunes d'intimité pouvoient parfois faird toat oublier jusqu’à dénaturer l’histoire. J'ai ai lu votré lettre au prince Louis Napoléon ; il est fort sensible à l'opinion que vous m’exprimez sur sa conduite devant la Chambre des pairs ; il me charge de vous l’assurer et de vous prier de l’instrire au nombre de vos
souscripteurs pour cinq exemplairès de votre duvrage qu’il désire avoir dans les bibliothèques de ses diverses habitations. |
Nous avons entendu hier la messe pour la première - fois depuis notre captivité, le gouvergement ayant permis qu'à l’occasion des solemnités de Pâques, M. le curé de Ham, pat communiquer avec nous ; je ne doute pas du plaisir que vous éprouverez, en apprenant que les sentiments religieux de l'empereur, sont ceux qu’a manifestés son héritier, en recevant l'assistance de M. le curé de Ham, pour communier et pour l'exercice de ses devoirs religieux,
Adiea, monsieur , veuillez agréer l’expression de mes sentiments Jes plus distingués.
F. MonTuoLon.
LÉTTRE INÉDITE DE S. £. LE CARDINAL FESCH à madame la vicomtesse de Fontange,
Ancienne dame-d’honneur de la mère de Napoléon:
Mapaues,
J’ai reçu votre lettre avec reconnoissance dans la circonstance qui vous a fait rompre un silence que j'ai excusé, et qui m’imposant à moi-même une grande circonspection, m’a privé jusqu'à ce moment d’avoir de vos nouvelles. J’en userois aussi par la suite si mes lettres pouvoient par quelque motif ne pas vous convenir, et je ne serois pas moins convainc des sentiments d'amitié, que vous conservez pour deg personnes , qui ont toujours apprécié en vous la sin-
= 8 29 — cérité et la vérité qu’on ne trouve guère dans le monde.
La soumission à la volonté de Diea a été pour moi, dans ce qui nous arrive, toute ma force dans un moment où il falloit réprimer tous les sentiments du cœur pour annoncer à une mère un semblable coup, et pour continuer, pendant un mois entier, à la soutenir et à adoucir un caractère fortement concentré dans la douleur la plus sentie, sans qu'elle ait pu répandre une larme et parvenir avec la grâce de Dieu à la préserver de tous les symptômes qui auroient pu faire craindre pour sa santé, Votre lettre lui a apporté quelque consolation et elle m’a chargé de vous en remercier , son état ne lui permettant pas de répondre à personne.
Vous n’auriez pas craint de m'importuner par vos lettres, si vous aviez connu le train de notre vie ; nous vivons purement en famille, sans voir personne ; tout nous est étranger, les Romains comme les voya— geurs, et nous continuerons ainsi tant qu'il plaiwa à Dieu. Retiré tout-a-fait du monde, ne me livrant qu’à quelques occupations de mon état, je commence à désirer cette paix que Dieu .seut peut donner.
Je vous aï très-souvent présente dans mes faibles prières ; veuillez bien me recommander à Dieu dans les vôtres, qui sont plus ferventes, et soyez convaincue du respectueux attachement avec lequel je suis.
P. S. J'ai été fort embarrassé pour répondre à votre lettre, ne connoissant pas votre adresse. Veuillez bien me la faire donner, si vous le croyez convenable.
: Votre très-affectionné serviteur.
J, card, Frscu.
"Rome, ce 25 août 1821,
LETTRÉ DE M. MARCHAND, . Premier valei-de-chambre de l'emperdur,
À. 3, le chevalier de Beauterne, Monsieu ,
né m'a poirit été possible, es jours-ei, comme je’ me proposois de Î8 faire , de répondre & la lettre que vous m’avèz fait l’honteut dé th'écriré. Je n°ai point écrit à M. Saint-Dénis 'penéatit qu'il avoit pet d’éclaircissement à apporter dans là question qué voük avez le désir de connottre.
Je crois plus convenable, M. le comte Montholon vous ayant donné ses souvenirs, de vous donner les miens. Ce qui me Jlaisseroit croire à un aète religieux, c’est qu’élant seul auprès de l’empereur dans la matinée du 1“ mai, M. l'abbé Vignali entra et me dit
que les intentions de l’empereur, communiquées par M. le comte Montholon, étoient d'être seul avec lui.
Quand l’abbé Vignali sortit de la chambre, je revins | :
auprès de l’empereur ; je le trouvai comme taujours | calme et résigné, ne laissant rien apercevoir de ce qui s’étoit passé. Quant à la conversation rapportée par le docteur Antommerchi ; elle s’est passée dans la chambre à coucher, huit jours avant que l’enipereur la quittât pour aller dans le saion où il est mort: j'étoit présent s cette conversation est exacte , sauf l’Unission du ihécontentement éprouvé par le docteur à propos de son inconvenante hilarité dans un moment ausei solennel,
Ne arsiguer pas de dire sous ma respansabilié qu'il fut tencé d'importance , comme il méritoit. |
Ge fut à la suite ce cette conversation qu’un autel fat élevé. Je regretis, monsieur, de ne pouroir vous donner de plus amples renseignements, mais ce sont les seuls à ma connoissance. (1)
Veillez je yous prie agréer la considération distingade avec lequelle j'ai l'honnéur d’être, monsieur,
. Votre très-humble et très-obéissant serviteur, MancHanD.
(4) Cette lettre est curieuse, annonçant une nouvelle entrevue secrète du prêtre avec Napoléon; M. Marchand m'a dit d’ailleurs, qu'à sa connaissance, ces entrevues s’étsient renouvellées plusieurs fois pendant la maladie. C'estune chose très-grave que le refûs de recevoir les sacrements de l’église, puisque c’est une apostasie formelle; mais de même il est trés-édifiant de voir un grand pécheur se reconnaître dans un moment aussi décisif, et revenir à la foi. Napoléon n'avait d’obslacle réel que dans son orgueil, mais il le foula aux pieds par une victoire qui lai était ordinaire, L’empe. reur asoët l'esprit trop juste pour ne pas sentir la vérité du Christianisme; il étoit.trop vraiment grand pour ignorer que la vraie grandeur consiste à s’humilier devant Dieu. Le roi Louis XV ren. contra à sa mort un obstacle terrible, qui faillit l'empêcher de recevoir les secours de la religion. L’archevêque exigeait que mamadame Dubarry quittât la demeure des rois, avant d’y entrer luimême. Le roi voulait de tout son cœur Îles seçours de la religion : mais il ne pouvait, disait-il, consentir à une cruauté ; enfin il s’y décida: Quand il se fut préparé, l’archevèque lui porta Le saint viatique. La faculté avait recommandé au roi de demeurer couché, sans faire aucun mouvement; mais aussitôt que le saint sacrement parut, le roi se leva sur son séant , jeta son bonnet, et voulut se prosterner. Tout le monde l’arrête :-on Le supplie, on lui intime de se coucher , alors le rpi avec une voix profondément émne et qui va au cœur de tous les assistans : Quoi! Messieurs, quand Dieu daigne entrer ches un chien comme moi, je n’ôteraÿs pas mon bonnel!
Je tiens cette anecdote d’une tante à moi, qui l’avoit apprise de son mari, témoin oculaire, et qui était mort de la maladie du roi, M. Vatout, qui raconte la même anecdote dans ses chroniques des châteaux royaux, la tient de moi et non du petit fils d'un seigneur de la cour du roi Louis XF, comme il l’affirme par errenr, à moins que ce seigneur de la cour citoyenne, ne prenne la charge militaire de porte aïquebuse des rois de France pour une des grandes charges de la couronne, et ne prenne le nom des 4ntoine de Beauterne pour un de ces noms dont l'illustration marche de pair avec celle de nos rois. Commentaurions nous cette prétention, nous, qui tenons notre noblesse de Louis XIV. Ce prétendu seigneur, dont parle M. Vatout, étoit tout simplement l'un des deux cents chevau-légers du roi Louis XV et son porte-arquebuse, le même qui occupa cette dernière charge (que nous avions depuis trois cents ans dans notrdfamille), sous le roi martyr, sous l’empereur Napoléon, et enfin sous Louis XVIII.
M. Vatoat est tombé dans une erreur plus grave, en faisant dire à Louis XV : Quos/ messieurs, quand Dieu daigne faire à s1 rau que Je suis l'honneur de le visiter , je n'éterois pas mon bonnet ! C'est là parler en courtisan des rois de la terre; je souhaite à M. Vatout, à sa mort, d'agir et de parler comme Louis XV. Quel spectacle sublime de voir un homme grossier et charnel , un roi libertin , dans ce moment suprême, s’élèver de la fange de sa corruption, jasqu'à parler en chrétien, jusqu'à paroître le digne descendant de saint Louis, en disant avec la foi de la Cananégnne : Quoi / messieurs, quand Dieu daigne entrer cHEz UX CHLEN COMME Moi, je n°6terois pas mon bonnet!!! ( Note de l’auteur, )