PREMIÈRE LIVRAISON
SOMMAIRE
L'auteur, en dédiant son livre au vénérable M. Marduel, le dés die à l’ancien clergé de France. — {vant-propos.— Un mot de M. d’Eckstein et un mot de M. de Montholon, au sujet de ce recueil — M. Thiers et M. Cousin. — L'Évangile de Napo- Jéon. — Épigramme contre le Conseil royal de l'instruction publique. — L'âme de Napoléon. — Visite de l’auteur à MM. Las Cases, Montholon, Marchand, Bertrand et Gourgaud. — L'Empereur et M. Montholon à l’Élysée-Bourbon, . en 1815.
Dédicace
Au Vnerable I... Moarduol,
Chanoine Honoraires de Paris et de Lyon,
Vénérable Père,
C'est assez de votre nom pour indiquer qu'il
ne s'agit point ici ni d'un écrit frivole, ni d’une
Le
HU — œuvre profane. Le lien spirituel qui m'unit à vous, et le besoin de votre appui, sont le motif de mon hommage, et sans doute aussi de l'acceptation que votre modestie daignera en faire.
Après avoir encouragé mes efforts et pris la peine ‘de revoir mon travail, vous ne refuserez pas d'en protéger les résultats. D'ailleurs, c’est encore la religion que vous servirez, puisqu'il s’agit ici exclusivement, du témoignage précieux d'un grand homme en faveur de la foi. Qui ne sait la magie d'un nom aussi populaire que celui de Napoléon, et notre pente naturelle anous ranger avec ceux que nous admirons! Enfin, les opinions religieuses du moderne César seront explicitement connues : on lira ici son adhésion au christianisme, et en particulier ses raisons de croire à la divinité de l'Homme-Dieu, qui sont bien les raisons d'un homme de génie. Tous, pour la première fois, nous l'entendrons parler sans ambisuité de nos dogmes, et formuler l'aveu de son sentiment intime, avec cette hauteur de vue, cette persuasion sympathique, avec la même éloquence qu'on admire dans ses
écrits et dans ses proclamations a ses armées. Et le lecteur, remontant, par le souvenir, vers les premières années de l'élévation au pouvoir de cet homme extraordinaire, dira : « Voilà bien » le législateur qui rouvrit les églises, qui re- » noua les liens rompus de l'unité chrétienne, » el qui ravit la France à limpiété. » La re. gion, qui fui consolée par un guerrier couronné, devoit plus tard consoler le héros restaurateur de nos autels. À Sainte-Hélène, où la guerre ei les soucis du trône n’étoient plus un obstacle à la grâce, Napoléon, rendu à lui-même, éprouvé et grandi par l'adversié, enfin fut trouvé digne de Dieu... L'empereur est mort marqué de l’onction qui présage un élu, comme il l'avoit été de l'onction qui bénit et consacre l'auta-
rité temporelle des princes.
Tel est, vénérable père, le contenu de l'écrit qui paroët sous vos auspices. Notre siècle peut ajouter à cette liste brillante et nombreuse des grands hommes qui se sont honorés de leur foi à
l'Évangile, le nom de Napoléon. Son titre d'empereur, ses vicloires, la grandeur de son génie, l'excès inoui de son élévation et de son abaissement, l'ont donné en spectacle à l'univers. On en est encore préoccupé, comme d'une comète gui a disparu. Ajouter à tant d'éclat, dont brille sa tête, le rayon sacré de l'auréole chrétienne, c'est embellir un objet cher à la France, c'est aussi célébrer le triomphe de la religion, qui a définitivement conquis l'âme de ce conquérant du monde, c'est édifier les chrétiens; peut-être méme, j'offre à nos grands hommes d'état un
sujet, pour le moins, de réflechir….
J'en ai l'espérance; puisse le grand nom de Napoléon aider a mon succès! puisse la leçon:
de ses derniers instants étre entendue !
Pour atteindre un but pieux, pauvre, je n'ai pas Sollicité l'or des riches; car je ne désire point la richesse ; je n'ai point non plus invoqué
le monde, ni les grands de la terre, ni la naïs-
eo VW —
sance, ni le pouvoir, qui ne sont plus qu'un thème obscur de mille contradictions, et pour
la société qu'un sujet d'effroi, une source d'a- | larmes. Orphelin, j'invoque Dieu seul et son sanctuaire... Mais j'ai confiance d’avoir honoré l’époque, en me plaçant sous la protection d'un humble ecclésiastique, riche seulement de sa piété, de sa science et de l'amour de ses devoirs. Du moins, je suis certain d'avoir bien agi, en ne consultant que moncœur, puisque je n'ai rien fait qui puisse déplaire à qui que ce soit au monde. Hélas! c'est à cela que se réduit, dans ce siècle-ci, l'autorité du prêtre, qui n'a jamais eu d'autre contact avec le monde que celui de sa prière et d’une bénédiction constante. Oui, si sa charité ne nous entraîne tous à l’imiter, du moins son nom vénéré, qui rappelle l'idée d'un dévouement exclusif à ses fonctions, et d'une consécration de toute la vie au service de Dieu,
commande encore cet hommage.
Mais pour vous louer, vénérable père, ou
vi —
plutôt pour me glorifier, vais-je indiscrètement déchirer le voile de modestie qui cache et qui doit cacher le serviteur de Dieu à un monde
qui n'en est pas digne?
" Non, je ne trahirai ni le secret du ciel, ni le vœu de l'humilité; je ne dirai rien d'une vie consurnée de bonnes œuvres et de charité.
Mais votre zèle pour la défense des saintes lois, sur lesquelles Dieu lui-même a fondé la société, et qui protègent la perpétuité de la famille, ce zèle me pardonnera de signaler ici votre ouvrage de l'Autorité paternelle et de la piété filiale : Livre, ou plutôt fleuve sacré, où coulent à pleins bords le flot des bons principes, les idées saines et pures, capables de guérir les plaies et d'emporter dans leur cours, si vif et sè mesuré, toutes les erreurs de ceux qui, inspirés par leur ange gardien, viendront s'y désal-
térer.…
Ah ! certes, quand mon cœur honore, etsalue par une inclination profonde, le défenseur de tous les pères, l'ami de tous les fils, je suis assuré de ne pas trouver un seul contradicteur, et qu’il n’est personne qui n'applaudisse à ma piété, qui ne s'en émeuve, et qui ne s'incline aussi profondément que.moi-même, devant vos
cheveux blanchis dans le service de Dieu.
Animé de la plénitude d'un tel sentiment, et déposant à vos pieds l'hommage de ces quelques pensées, permetltez-moi, vénérable père, de les offrir également à ce reste précieux de vieux prêtres, de l'ancien clergé de France, à ces vétérans du sacerdoce qui, dans la persécution suscitée à l'Église, vers la fin du dernier siècle, ont préféré, sans hésiter, l'exil, la misère, et la mort méme, à une lâche apostasie : vous étiez avec eux, leur choix fut le vôtre, souffrez donc qu’en implorant votre bénédiction, j'im-
plore aussi la leur...
Dans cette attente, je suis avec une vénération profonde,
DS Vénérable père,
Votre très-humble et très-obéissant ser-
viteur et fils en NN. S. Jésus-Christ.
Le chevalier de BEAUTERN=,
Commissaire de charité du 1°" arrondissement, rue des Batailles, 48.